RE
es lotions froides sur la tête. V. Dauter v. Gebrauche d. kalt. Wassers., p. 53.— Groote, Le. :
(19) On les fait ou avec de l'essence de Javande, ou avec un onguent composé d'amandes, de blanc d’œufet de lait de femme , ou avec le baume mnémocéphadique (Vogel, Formel-u. Recept-Lex., p.
457), tant loué par Sennert. On en prend le volume d’un pois pour se frotter les marines et les méats auditifs tous les jours, et après l’espace de deux mois, de deux jours l’un. On conseille aussi le baume suivant pour en frotter la nuque. (Pourquoi pas la région susorbitaire, que nous frottons involontairement, Si nous voulons nous souvenir de quelque chose?) Prenez huile de noix muscade exprimée, deux gros; huile essentielle de lavande et de rue, dix gouites de chaque ; musc et ambre, quatre grains de chaque.
(20) Par exemple : raélisse, lavande, maruin, basilique, deux gros de chaque; fleurs de roses, trois pincées; racine d'iris de Florence, un gros; benjoin, succin blanc, un demi-gros de chaque; muse, trois grains; huile essentielle de roses, deux gouttes. M.
(21) Par exemple une pilule préparée avec la poudre de racine de gingembre, a pyrètre et le mastic, avec du miel,
(22) Prenez styrax, musc, ambre, benjoin, huile de cannelle, lavande et baume du Pérou, autant qu’il vous plaira ; faitesen un bol ; enveloppez dans ane gaine de soie ou d'argent percée de petits trous, et tenez-le dans les mains. Voy. Groote, Ce
(25) Avec des plantes aromatiques.
: (24) Par exemple avec une infusion de racine de pivoine, d'herbe de bétoine, de fleurs de camomille, de semences de fenouil avec du sel. De
(25) On conseille Félectuaire Ténitif.
(26) Pourvu que le sang ne se porte
as vers la tête.
(27) Aviceune, 1, c.
(28) « 1 est très-favorable à la mémoire. » Plater, 1. c. pa
(29) On à cru que la mélisse aiguisait &tonnamment l'esprit et produisait l’hi- Jarité. du ” (50) Ce qu'ils pensaient de la mélisse, ils l'ont pensé de la marjolaine.
MALABIES
bourrache (32), les semences de moutarde noire (33), l’ortie (34), les fleurs d’arnica (35), la canelle, le sassafras, et le bois de gayac officinal (36), l’encens (37), la noix muscade(38),les cubèbes(39), l'ivoireet la corne de cerf (40), le musc, le castoreum, l’ambre, le muriate de mercure doux(#1) et le vin (42). Le régime comprend, outre Ja fuite des causes, l'exercice (43), surtout pris à l'air libre des montagnes, une nourriture tirée du règne animal (44), un sommeil modéré , l'habitude de se peigner fréquemment, le soin de modérer ses passions, en pardonnant quelque chose à
(31) Le suc récemment exprimé est re-:
commandé par Donat de Altoraare, au témoignage de Frédéric, I. c.
(52) Horst (L. c.) et plusieurs autres en font un grand usage, surtout si les fleurs et les feuilles sont mises à infuser dans du vin et de la bière. (Il faut attribuer aux derniers beaucoup plus de force qu'à Îa bourrache elle-même.) ,
(53) J'ai déjà plusieurs fois averti de:
l’action de la moutarde sur le cerveau.
(54) Donat d’Altomare, 1. €. si
(55) Avec ce seul remède, j'ai guéri le:
malade dont j'ai parlé plus haut.
(36) Juncker, Tract. de ligno sancto, Cap. de memoria. — Hiidesheim, Spici-:
leg. 5.
(91), Blaiôr, LE.
(38) Horst, 1. c. — Hercules Saxonia!
avait coutume de boire deux pastilles avec deux noix muscade, six clous de:
girofle, une once de bois d’aloës, et du:
sucre très-fin dissous dans de l’eau de:
roses.
(39) Ils sont surtout vantés par Amatus:
Lusitanus.
(40) C'était un secret d’'Ætius.
(41) Lorsque l’on soupçonne une col lection séreuse dans l’encéphale.
(42) L'énergie de ce médicament n'était même pas ignorée d'Homère (Iliad. x).
(45) La course dans une voiture a été, dit-on, très-utile. Ephem. nat. cur., dec.
1, ann. Vi, Obs. 147. '
(44) Des cervelles de lièvres, de perdrix, de passereaux étaient prescrites par suite d’un préjugé. Je ne vois pas pourquoi on n’avait pas choisi de préférence:
les cervelles des oiseaux voyageurs, qui sont doués d’une étonnante mémoire des lieux !
(45) Peut-être l'électricité ou le magnétismeé animal pourraient-ils rendre compte du paragraphe suivant de l’ouvrage de Frédéric (c. x1) : « IL faut surtouts’ occuper de se peigner.On peut seservir pour cela d'un peigne d'ivoire en ayant
DU SYSTÈME NERVEUX
a colère(46), l'exercice de la mémoire(47)
* sans égard pour l'amour-propre {48), et en mettant beaucoup d’ordre dans ce que l'on apprend (49).Autrefois on employait aussi les amulettes (50),
CHAPITRE XIX.— DU CHAGRIN EN GÉNÉRAL ET DE LA NOSTALGIE EN PARTICULIER.
$ Ie Definition. Bibliographie.
1. Définition. — La douleur que nous fait éprouver soit la présence d’un mal, soit la perte d’un bien que nous avons possédé , ou le refus d’un bien que nous désirons, avec langueur des forces, abjection de l’âme, constitue le chagrin, ‘qui se trouve parfois naître du désir où l’on se trouve de retourner chez soi, et ‘prend alors le nom de nostalgie (1).
2. Bibliographie.— Outre les auteurs qui ont écrit sur les passions en gé-
soin d’aller du front vers la nuque, et cela quatre fois, d’après le conseil de Marsilius Ficinus (1. e.), ou on se servira d’un peigne de fer, fabriqué d’une certaine facon, de sorte qu’on puisse le mettre audessus des charbons pour l’échauffer. On s’en servira ensuite une ou plusieurs fois par semaine pour se peigner la tête ,'ou bien on peut le faire avec ses doigts, et l’on ressemble alors à un chasseur dans une épaisse forêt avec dix petits chiens.»
A6) « Ira interdum ad excandescentiäm usque locum habere suo modo potest » Friderici. Et en effet, nous ne parlons jamais mieux une langue étrangère, que lorsque nous sommes un peu en colère.
(47) « Se souvenir souvent est le meilleur des remèdes. » Wedel, 1. c., p. 17.
(48) Connaître la maladie est une partie de la guérison.
(49) Rien n’est plus profitable que l’ordre pour les études ; rien n’est plus pernicieux que la confusion.
(50) Rhases pense que la langue d’un oiseau suspendue détruit l’amnésie, d’autres pensent que l’améthiste produit cet effet. .
(1) Du grec Noctos, retour, et Akyoc, douleur. Syn., nostomania, nostrassia ; allemand , Heimwebe, Schweizerkrankeit; belge, heimvee; danois, hiemvee, hiemsyge; suédois, hemsjuka ; islandais, heimsott; polonais, tesknota do swoich ; anglais, longing for home , broken heart; français, maladie du pays, mal du pays, nostalgie; italien, malattia del paese; espagnol, mal de pais ; portugais, doença do paiz,
néral (2), il faut lire sur le chagrin Voghter (3) el J. Stahl (4), et sur la nostalgie en particulier, Harder (5), Takius (6), Zwinger (7), Hoyer (8), Scheuchzer (9), Heuber (10), Zimmermann (11), Verhovitz (12), Moricheau- Beauchamp (13), Gerbois (14), Castelnau (13), Pellegrini (16), Therrin (17), Pauquet (18), Polinière (19), Moreau de la Sarthe (20), Percy et Laurent (21),
(2) Chap. 1, $ m1, No. 9.
(5) Diss. de morbis mœrentium. Altdorf., 4705.
(4) De immoderato anxio mϾrore, morbi mortisque autore. Erf., 1732.
(5) De nostalgia. Basil., 1678, dans Haller, Coll. diss. pr., t. 1, No. 2.
(6) Diss. exhib. ægrum nostxlgia laborant. Giess., 1707.
(7) Diss. de pathopatridalgia, V. Fasc.
med. sel. Basil., 1710.
(8) De nostalgia. Acta acad. nat, cur., vol. n1, p. 74. :
(9) De nostalgia (Ileimwehe, maladie du pays), qui morbus est Helvetorum proprius. Comment. Bononienses, t.1, C. p.
(19) Diss. de nostalgia. Wirceb., 1755.
(11) Von der Erfahrung in d. Arzneykunst, th. 2, p. 485.
(12) Diss. de nostalgia. V. Eyerl , Coll, diss. Stollii.
(15) Réflexions sur les modifications que l'éducation et les habitudes ont apportées dans le développement de la nostalgie, pendant là dernière guerre. Mémoire de la soc. méd. d’émulation, an.
(14) Essai sur la nostalgie. Paris, 4805. Re
(15) Diss. considérations sur la nostalgie. Paris, 1806.
(16) De nostalgia in Orsteschi diar.
med., t. IV, p. 572. |
(17) Essai sur la nostalgie. Paris,
(18) Dissertation sur la nostalgie. Paris, 1815.
(19) Diarrhée chronique, compliquée de nostalgie. Annales de la soc. de méd, prat. de Montpellier, t. x11v, p. 142.
(20) Un nostalgique promptement guéri par quelques entretiens avec un de ses compatriotes. Mém. de la soc. méd. d’émulation, an. 6, p. 178.
(21) Dictionnaire des scienc, médicales, t, xXXVI, p. 205-281,
Zangerl (22), Larrey (23), Andresse (24), etc. (25).
S II. Symptômes. Necroscopie. Causes.
1. Symptômes. — Un profond chagrin et son état le plus violent, le désespoir, présentent selon les circonstances les symptômes suivants : de la faiblesse, le tremblement dans les membres inférieurs, la flexion des genoux, une peau rugueuse, sèche, âpre, ou couverte d’une sueur abondante et visqueuse , des cheveux flétris, une face pâle, défaite, comme de couleur jaunâtre, des yeux concaves, privés de leur éclat, rouges, las, ou baignés de larmes, supportant la lumière avec peine; les oreilles repoussent le bruit, les malades recherchent la solitude ; leur esprit est tantôt stupide et étonné, tantôt irritable (1) et disposé à l'injustice (2); ils ont un délire pendant lequel ils croient voir l’objet qu'ils ont perdu, ou ils font souvent entendre son nom (3). Ils offrent soit de l’insomnie, soit un sommeil profond, ou troublé par des soubresauts ou par des rêves effrayants; un rire sardonique, du trismus (4), de la paralysie (5), des
(22) Ueber das Heimweh. Wien, 1820.
(25) Recueil de mém. de chirurgie.
Paris, 4821, p. 161, et dans Fr. Nasse, Zeitschrift für psychische Aerzte. Jahrg., 4822, Heft 2, p. 153.
(24) Nostalgiæ adumbratio pathologica. Berel., 1826.
(25) Pensées d’un Allemand sur la nostalgie. Jen., 1714. — Blumenbach, Med.
Biblioth., B. 1, St. 1, p. 752. — Baldinger, Neues Magaz., B. 10, p. À05. — Del- Japorte, Reisen eines Franzosen, th. 7, p. 184. — Piderit’s Prakt. Annal., B. 2.
— Hamilton dans Med. Comment. von Edinb:;B2, St. 4, p 2291:
(1) Plutarque l'avait déjà observé.
(2) Les médecins devront se souvenir de ces effets du chagrin, et se montrer plus disposés par-là même à pardonner bien des choses aux familles qui ont perdu
uelques-uns de leurs membres.
(3) Ainsi dans la nostalgie. O ma mère!
ou : Ich will heim, ich will heim ! Harder, I. c., S6.
(4) Tissot, Ouv. c., p. 581.
(5) Camerarius, De efficacia animi pathemat., p. 17. Mon père a vu chez le prince C. C., à la suite du chagrin causé par la perte de son épouse , une paralysie des muscles de Ja moilié de la face,
MALADIES
Jipothymies, de l'oppression de cœur (6), des palpitations, de l’angoisse, des soupirs, des gémissements, un pouls pelit, irrégulier, souvent lent (7), un froid qui les abat, des chaleurs passagères, une bouche amère, une haleine fétide, de la soif, de l’aversion pour les aliments, quelquefois de la voracité (8), de Ja cardialgie , des coliques, une constipation, de la diarrhée, une urine copieuse, une odeur particulière ($), la suppression des évacuations habituelles, surtout les meustrues et les hémorrhoïdes ; la maigreur (10), et d’autres symptômes que nous énumérerons plus bas.
2. Necroscopie. — Les cadavres des sujets morts de chagrin ont offert les vaisseaux du cerveau gonflés de sang{1 1}, les méninges affectées de phlogose (12), les poumons et le cœur couverts de sang (13), la plèvre enflammée (14), le cœur hypertrophié (15), la veine cave dilatée (16), l'estomac et les intestins distendus par de l'air (17), enfin, des calculs dans la vésicule biliaire (18).
3. Causes. — Les principales causes du chagrin sont : la perte de la santé, la mort de parents, de l'un des deux époux, d'enfants, d'amis, la perte d’un patrimoine, des biens, du pouvoir, et de la patrie, et surtout la nostalgie. Cette maladie, qui parfois ne se rapporte qu’à
(6) « La tristesse nuit au cœur et dessèche les os. » Salomon, prov. 12.
(7) Dans une première minute je n’ai compté que trente-six pulsations.
(3) Il y en a qui ont d'autant plus de désir de manger, qu'ils ont plus de chagrin. | (9) Elliot rapporte que l'urine d'un homme affligé avait l'odeur de violettes (De med. stimul., p. 46).
(10) L'influence du chagrin sur la fonction de Îla nutrition, a été décrite par Moreau (Mém. de la soc. méd. d'émul,., t. 11, p. 178), Reil (Rhaps., p. 289) et autres.
(14) Barcon, Obs. anatom., No. 4.
(12) Larrey,nle c:
(15) Bonet, Sepulchr., t. 1, p. 899. — Larrey, L. c. |
(14) Auenbrugger, Inventum novum ex percussione thoracis, etc. Vienn., 1761.
(15) Viridet , Praité du bon chyle, 1.1, p. 29. — Larrey, !. c.
(16) Lieutaud, Hist. anat, med.,t.r, p. 155.
(17) Larrey, I. c.
(18) Viridet, Op, ç., te 11, p. 651.
DU SYSTÈME NERVEUX
l'habitation (19), attaque de préférence les citoyens d’une république, les habitants des Alpes (20). comme les Suisses, en général les peuples qui ne peuvent pas encore se glorifer d’avoir atteint ce degré de civilisation qui les rend cosmopolites, les soldats et les matelols que l’on enlève pour toujours à leurs foyers, pour les envoyer dans des pays lointains, les jeunes gens, surtout ceux qui ont été trop tendrement élevés par leurs mères (21), et qui vont dans des universilés étrangères , etc. Comme ces diverses conditions se rencontrent rarement parmi les femmes, il est facile de comprendre pourquoi elles sont moins sujettes à la nostalgie que les hommes (22). Assez souvent la nostalgie reste cachée comme un feu sous la cendre, jusqu’à ce qu'elle soit par hasard réveillée par l'aspect de concitoyens, par un air national (23), par des maladies (24), par des lettres, elc.
$S 3. Diagnostic. Pronostic.
1. Diagnostic. — Le diagnostic d'un chagrin secret se tire de la présence des symptômes indiqués pius haut, surtout de la physionomie, des soupirs, des larmes , du refroidissement du corps, des sueurs et du pouls, et de l’absence des signes qui indiquent une maladie d’un autre genre. On peut avoir pour s’aider
(19) Aretée (Art. med. principes ex rec. Haller. Lausan., 1769, t. v, p. 60) raconte d’un menuisier que toutes les fois
qu'il quittait son atelier, il était pris.
d’anxiété, de soupirs et de délire, et ces accidents cessaient lorsqu'il retournait chez lui.
(20) Scheuchzer, 1. c., p. 507, a tâché de montrer combien la condition de l'air influe sur la nostalgie.
(21) Allem., Mutter-Sæbnlein, die Mumen-Kindlein. V, Willius dans Diss. 11, de philiatrorum Germanorum itineribus.
(22) C’est ce que pensent avec raison Percy et Laurent, Zangerl et autres, dont Jes arguments, je ne sais pourquoi, n’ont pas satisfait Andresse (1. c., p. 54).
(23) Par exemple la chanson des Suisses : der Kuhreihen, le ranz des vaches.
V. Bresil. Sammlung., 1778, p. 832, et Baldinger’s Magazin , 40 B., p. 405.
(24) Moreau, 1. c., p. 192.— Coste (Observalions sur la campagne d'Espagne en 1823. Paris, 1825) regarde avec raison la nostalgie comme étant souvent l'effet d’autres maladies.
les questions adressées aux parents, aux domestiques , et même les bruits populaires. On distingue le chagrin simulé par les efforts faits pour le montrer, et par les grands mouvements (1). Car le chagrin véritable et profond est muet, ct, comme dit Sénèque : « Curæ leves loquuntur, ingentes stupent. » Souvent la nostalgie se cache sous l’aspect d’une fièvre nerveuse lente (2), et se complique avec d’autres maladies (3). IL existe encore un mal opposé à la nostalgie, qu’il faut attribuer au désir d’une félicité imaginaire. Nous avons désigné cette affection sous le nom d’{mpatience du lieu (4); elle n’a point non plus échappé à la perspicacité de Hoyer (5).
(1) Les soldats feignent la nostalgie et différentes autres maladies pour fuir les exercices et les fatigues de la guerre; cette ruse se dévouvre facilement par [a force et l'égalité de la peau, la couleur saine, l'’aversion pour la diète et les sétons. Les chirurgiens leur donnent à prendre tous les jours, plusieurs fois, une poudre composée d’aloës, de chamepitis et d’absinthe. Ces soldats, par dégoût pour ce médicament, demandent d’'euxmêmes à retourner à leur régiment, disant qu'ils se portent bien. Sagar, Syst.
morbor.
(2) Édition seconde, P. r, vol. 1, sect.
1if cap. :v; S'xxr,"No:°2.
(5) Ainsi les résultats des autopsies des sujets morts de chagrin, me paraissent devoir être attribués à des maladies concomitantes plutôt qu'au chagrin même.
(4) I y a des hommes qui ne peuvent rester long-temps dans aucun pays, dans aucune ville, dans aucune maison. Quelques-uns avouent franchement qu'ils ne peuvent rendre compte de ce désir de changer de place; d’autres donnent pour causes des désagréments qui sont partout inévitables. On trouve surtout de tels hommes parmi les professeurs des universités. Parmi eux, il faut aussi compter Pétrarque et Alfiéri qui dit de lui-même :
« Jo già di bel nuovo mi sentiva incalzato dal furore dell’ andare (Vita di V.
Alferi da Asti, scritta da esso. Lucca, 1814).
(5) L. c. Il a observé des jeunes gens, désireux d'apprendre ou de mener une vie plus libre, pour lesquels la patrie n'avait plus de charmes, êtres tellement dominés par leur imagination, que si on leur refusait la permission de partir, ils devenaient malades, tombaient dans la tristesse et la fièvre hectique, et mou-
9. Pronostic. — On compte un assez grand nombre de cas de mort subite, produite par le chagrin et le désespoir, surtout si ce sont des effets de terreur (6). Le plus ordinairement cependant le chagrin occasionne des maladies lentes, comme les affections du cœur et des veines (7), la pneumorrhagie, et la phthisie pulmonaire (8), les obstructions des vis- ‘cères abdominaux, le cancer des mamelles et de l'utérus, l'avortement, etc.
Quelle que soit la maladie que le chagrin produise, elle est toujours plus grave que la même maladie dans des cas ordinaires (9). La nostalgie même si on ne peut l'enlever de suite, hâte, le plus ordinairement, la mort. Il faut noter aussi que le chagrin empêche le traitement des autres maladies, et qu’il élude la vertu des médicaments,
raient même; mais leurs vœux élaientils exaucés, quoique déjà presque morts, ils guérissaient aussitôt. Hoyer à désigné cette maladie par le nom d’apodemalgie.
Andresse veui qu’on l'appelle plutôt apodemanie (L. c., p.15), puisqu'elle excite chez ces hommes le désir de visiter les pays étrangers, et non le dégoût de la patrie. On conviendra avec moi que ces deux maladies infectent le peuple de VAI lemagne , lorsqu'il émigre pour coloniser d’autres pays. Déplorable sottise de sa part!
(6) Stahl, De passion. animi, th. 25, école milit., t. 1, p. 6.—Gaubius, Serm.
acis-alter, D. 27. Henault, Abr. chr., t. 1, p. 365 et 583. — Bonet, Sepuichr., tu, p. 220. — Tissot, L. c., p. 577. — Rumler, obs. 6. — Marcellus Donatus, lib. ur, ce. 15, p. 182.
(7) Tissot (I. c., p. 575) dit : Albertini avait déjà observé que le chagrin produit plutôt des dilatations dans les veines que dans les artères.
(8) J'ai, connu plusieurs jeunes filles qui présentaient des signes évidents de tubercules pulmonaires, mais qui se portaient du reste assez bien, jusqu'au moment où le chagrin s’est emparé d'elles ; de cet instant, le plus souvent à la suite d’une pneumorrhagie, la phthisie se développait rapidement.
(9) Auersbach dans Erntel, Varsav.
phys. illustr., p. 468. — Tissot (1. c., p.
319) dit : « Je me suis plaint, il y a plus de vingt ans, -qae les maladies, occasionnées par le chagrin, étaient presque toujours fâcheuses. »
MALADIES
$ IV. Traitement.
1. En general. — Le traitement du chagrin comprend deux parties, dont l'une se rapporte aux consolations, l’autre aux secours de la chirurgie, de la pharmacie et de l'hygiène. Par lune nous attaquons la maladie elle-même, et par l'autre nous en tempérons les effets.
2, La consolation. — La consolation (1) doit être appropriée à la cause du chagrin (2). Si cette cause se trouve dans une maladie douloureuse et d’un traitement ennuyeux, le médecin doit redoubler d’assiduité, s'attacher à adoucir les moindres incommodités, raconter des cas semblables que la patience des malades a amenés à guérison, et d’autres choses de ce genre ; ce sera la meilleure des consolations. Si le chagrin provient de la perte d’un objet aimé, dans le premier abord il ne faut pas proférer même une parole de consolation, car elle serait importune. Seulement il faut avoir soin que l'affligé soit entouré d'amis et d’autres personnes, qui prennent part à sa tristesse. Car les larmes font surtout couler les larmes, et on doit mettre tous ses soins à les provoquer. Aussi un ou deux jours après l'instant du malheur si les yeux sont encore à sec, il faut provoquer au chagrin, soit en énumérant les qualités de celui qu’on à perdu, soit en élevant son prix. Si l’on peut, il faut s'opposer à la pratique de faire les derniers adieux aux cadavres, de peur qu’au lieu d’un enterrement on n’en ait deux (3). Cependant, ici encore , il se trouve
(4) Plût au ciel que le livre de Cicéron, sur la consolation, qu'il écrivit à la mort de sa bien-aimée Tullie, n’eût point péri avant notre temps. Cependant ce qui a été perdu dans Cicéron nous a été rendu dans Boëce (Jul. Martianus Rota dans la vie de Boëce). I faut y joindre Lipsius dans ses deux livres sur la constance, et Edelmann dans Diss. philos. de officio consolandi, sive luctum erecta rat, minuendi, Lips., 1689. Plus récemment Dumouslier a traité élégamment le même sujet (œuvres),
(2) « Nam ut medici, caussa morbi inventa, curationem esse inventam pu tant ; sic nos, caussa ægritudinis seu doloris reperta, medendi facultatem reperiemus. » Cicer., Tusc. quæst., lib. 117,
(5) Dans les auteurs cités plus haut, on rencontre quelques exemples d'hommes qui sont morts ainsi.
DU SYSTÈME NERVEUX
des exceptions, et nous avons vu des infortunés qui, après un dernier et froid éinbrassement, sont devenus plus calmes.
On se demande souvent s’il faut faire quitler aux survivants la maison qui à été le témoin de leur perte? Il ne le faut pas de peur qu'à leur retour la plaie, déja à demi guérie, ne se rouvre une $€conde fois. It ne faut point non plus éloigner les objets qui par associalion rappellent l'idée du défunt, car l'absence inaccoutamée de ces objets a fait naître les idées tristes encore plus que leur présence. Lorsque le désespoir s’est changé en un chagrin chronique, il ne faut point empêcher une certaine solitude, surtout celle des champs (4). Mais il ne faut rien de trop, en évitant Îles hommes , il ne faut pas les fuir, ni passer de là à la misanthropie. Comme trèsrarement le malheur vient seul, d'autres maux, tels que les soucis domestiques , etc., viennent en général distraire de plus en plus l'attention de l’objet qu'on a perdu, Les voyages dans la compagnie d'un ami produisent le même effet. IL faut opposer à la nostalgie l'espérance de revoir sa patrie, le commerce avec ceux qui sont de la même ville, ou du moins qui parlent la même langue, une nourriture du pays, et les bons soins des hôtes. Si ces choses restent sans elfet, il faut aussitôt bâter le retour du malade dans son pays, quand même sa faiblesse paraîtrait sy opposer. Il est plus rarement du devoir du médecin de consoler ceux dont l’affliction résulte de la perte de leur patrimoine, de leurs biens, du pouvoir, d’une espérance Îrustrée , d’un amour-propre blessé ; cependant si l’occasion se présente, dans quelque cas que ce soit, il faut leur rappeler que dans la nature il n’y a rien de stable, si ce n’est l’inconstance même des choses, que tout est soumis au flux et au reflux, que tout est caduc (5), et humain, et que par conséquent il faut supporter ce que les autres ont supporté et supportent encore; que plusieurs
(4) « L'homme profondément affligé ne se console qu'avec la nature. » Dumoustier, |. c.
(ä) Hippocrate, aph. 3. Ces vers de saint Grégoire de Narianze (Præc. ad Virgil.) méritent d’être retenus.
— Terram properamus xd unam, Quocirea nec te præsentis commoda vitæ Immodice oblectent, nec rursus tristia frangant,
Tristia numque simul et jucunda necesse cst Liuquere cuncta brevi.
biens n’appartiennent point en propre à l'homme , de sorte que l'homme, qui cherche en eux son bonheur , court après une ombre; que la mort soumet tous les hommes à ses cruelles lois; que plusieurs des choses qui paraissent un mal, n’en sont point (6); que les malbeurs présentent l'occasion de pratiquer la vertu ; que la douleur ne peut diminuer le mal, et même que la douleur ajoute un mal à un mal; que la félicité consiste dans la tranquillité de l’âme, et qu'on ne peut point l'acheter par les pierres précieuses et par l'or; que les biens que nous avons Ou que nous espérons, ne doivent point être plus méprisés que ceux que nous avons perdus, el ainsi de suite. Mais la confiance en Dieu, la soumission à sa volonté, la certitude d’une vie meilleure, et autres raisons tirées de la sainte religion chrétienne Pemportent beaucoup sur tous les autres moyens.
3. Secours de la chirurgie et autres moyens externes. — Si le chagrin nait subitement, surtout s’il résulte de la terreur, si le malade est pléthorique, s'il s'agit d’une femme enceinte, si le cerveau , le cœur, l'estomac on le foie sont
‘dans un état de souffrance, et si une hé-
morrhagie ordinairement utile a été arrêtée , il ne faut jamais négliger la saignée. Car, lorsqu'on à négligé ce moyen, parsuite du préjugé qui défend d'opposer à une passion qui affaisse l'âme, un secours débilitant, on donne souvent un libre accès aux maladies les plus dangereuses. Il faut appliquer des sangsuts aux environs des parties les plus atfectées, ou à celles qui étaient auparavant le siége d’une hémorrhagie utile. Si l'affection est déjà avancée , et qu’elle soit surtout accompagnée d’insomnie et de sécheresse à la peau, nn bain agréablement tiède est très-avantageux.
4. Remèdes.—1[ serait absurde d’accabler de remèdes les gens en proie au chagrin. Cependant, dans les mêmes cas où nous avons recommandé la saignée, on prescrit avec avantage une émulsion des quatre semences appelées froides, majeures et mineures, où une autre à laquelle on ajoute une petile dose de nitrate de potasse. Si l'affection des vais-
(6) « H n’y a point de malheur, au quel on ne puisse trouver quelque consolation ; et il y en a plusieurs que l’on peut, par une conduite judicieuse, faire tourner à son avantage. » Dumoustier, L. c,
seaux sanguins persiste malgré le traitement anti phlogistique, il faudrait avoir recours aux acides végétaux , et s'ils ne produisaient pas leur effect, à l’acide sulfurique alcoolisé, et même à l’infusion des feuilles de digitale pourprée.
Dans un faible degré de chagrin, et lorsqu’il y a absence de pléthore, on emploie avantageusement la poudre rouge antispasmodique de Stahl, avec une eau aromatique (7). Il faut s'abstenir des remèdes spiritueux, chauds, si l'on en excepte seulement VPéther nitrique alcoolisé.
Dans un chagrin chronique, et dans la nostalgie il faut employer des médicaments amers, un peu toniques, el, s’il y a déjà une fièvre lente, suivre la méthode indiquée ailleurs (8).
5. Secours hygiéniques. — Dans un chagrin grave et subit, rien de pire que de forcer le malade à prendre des aliments et surtout de la viande. On doit lui présenter seulement en abondance une boisson légèrement acide, ou de l'eau un peu froide avec du sucre et des aliments légers, surtout des fruits de la saison. À moins que le malade ne soit épuisé et très-faibie, il ne faut point lui accorder de vin, tar, dans le chagrin, il n’égaie point l'esprit, mais produit plutôt l'effet contraire. La musique produit le même effet ic. Elle ne doil être employée que pour tirer des larmes. Au contraire il faut chercher de la consolation dans le mouvement du corps et dans
les études (9).