Première partie, AGe fragment, 3e addition
(45) Ibid., 4e addition.
seulement les ivrognes, mais ils se propagent aux races futures. Car les enfants qui naissent de parents adonnés au vin ont ordinairement de mauvaises mœurs (14), sont stupides (15), maniaques (16) et épileptiques (17); aussi, regardons-nous comme un bienfait de la divinité la stérilité des femmes ivrognes (18), ou leur propension à l'avortement (19). Du reste, comme. d’autres maladies, l'ivresse a quelquefois des résultats avantageux (20). Le pronostic du delirium tremens doit être tiré des maladies qui l’occasionnent. En général , le pronostic est douteux, et cela d’autaut plus que les
accès sont plus répétés (21).
$ IV. Traitement.
1. Traitementprophy lactique.—Il est bien difhicile de déraciner l’abus du vin et de l'alcool , ces liqueurs étant nécessaires aux gens occupés de pénibles travaux, surtout dans un climat froid ou humide. Cependant on pourrait au moins diminuer ce mal et le restreindre aux classes inférieures de la société, si on le combattait assez par le secours de la religion, des lois et de l’éducation. En outre, le bon exemple devrait être donné,
(14) Langius, Epist. 11, No, 9.
(15) Behrens, Select. diæt. sect. 5, c. 1, $ 7.
(16) Riedlin, Lin. med. ann, 1688, August, abs. 26. Voy. cap. xxv.
(17) Beverwyk, Thesaur. sanitat, Pur, c. 2.
(18) Riedlin, 1. c., Julius., obs, 93.
Schreyer, Scrutin. med. curios. de natura aquæ, vini et cerevis, p. 125. — J.-P, Frank, System e. vollst. med. Polizei, 1 B., et l'expérience de tous les jours.
(19) Behrens, L. c., et plusieurs de mes observations.
(20) Hommets., Non ergo singul. mensib. semel repet. ebrietas salubr. Paris., 1643.— Langlois, Diss. non ergo unquam ebrietas salutaris. Paris, 1665.— Swalwe, Querel. vent., p.181. Eph. nat. cur., dec.
1, ann. 5, p. 605. |
(21) C'est aussi l’avis de Goëden, Au contraire, Backhausen regarde comme plus dangereuse la première attaque de l’affectiou. Cette diversité d'opinions est un nouveau témoignage de la diversité des maladies comprises sous le nom de delirium tremens,
surtout par les prêtres (1), les médecins (2), les maitres (3) etles parents (4). Viendraitensuite l'inspection des tavernes (5), la réclusion des ivrognes qui infestent la voie publique , l’omission de la mitigation qui existe dans le châtiment des crimes commis pendant l'ivresse, le coupable étant considéré comme s'étant enivré volontairement (*), la cessation de l’habitude de se tenir tel outre mesure (6),
(4) Le ministre de la religion est comme l'âme de l'Etat. En vain tenterait-on d’agir sur le peuple , si les ministres de la religion ne s’arrachent point à Fivrognerie dans laquelle ils sont plongés chez quelques peuples du Nord, |
(2) J’ignore par quelle fatalité il arrive qu'une classe de citoyens, qui devrait être surtout persuadée des terribles effets de l'ivresse, savoir, les médecins, présente tant d’ivrognes parmi ses membres, surtout dans les régions septentrionales.
(3) Je m'étonne de ce que, dans le sein des universités et des colléges, on puisse tolérer des hommes qui font abus des liqueurs fermentées. Plût au ciel qu'ils produisissent sur les élèves l'effet que cherchaient, dit-on, à produire les Spartiates lorsqu'ils faisaient exprès enivrer leurs esclaves, afin que leurs enfants en tirassent un exemple. Mais, hélas ! les élèves de plus d’une université sont tellement ivrognes qu’ils ne peuvent discerner quel exemple leur est offert.
(4) Un anonyme a très-bien écrit sur ce sujet : Some inquiries into the effects of fermented liquors. Lond., 1814. V, Bibliothèque Brit. u., 1815, Avril. No.
(5) Les propriétaires lithuaniens, pour faire du gain et sans qu'aucune loi les en empêche, augmentent tous les jours le nombre des cabarets et les livrent à des Juifs. Ceux-ci, par divers artifices, y attirent les serfs paysans, déjà passablement ivrognes, ce qui chez eux est excusable, et leur arrachent ainsi jusqu’à la dernière obole.
(‘) Hitzig, Zeitschrift für Criminal- Rechtspflege, 1826, Heft 5, et Horn’s Archiv für med. Erfahr., 4826, Mai, Junius. P. 483.
(6) Kesier, Exercit. academ. de immoderata adbibendi consuet. (Vom Zutrinken), 4668. Cette élégante dissertation
contient les lois auxquelles on est surtout redevable de ce que le vice de l’ivrognerie, autrefois si familier aux Alleraands, a disparu en grande partie. Voyez Th.
Ilertell, An expose of the causes of intemperate drinking and the means, by
MALADIES
un plus grand usage du café (7), et d'autres moyens appropriés aux différentes circonstances (8). Quant à la prophylaxie spéciale , si la raison ne suffit pas pour engager l’ivrogne à s'abstenir du vin, il faut y associer l’idée de quelque chose qui puisse inspirer du dégoût.
Autrefois, soit par suite de préjugés qui ontété suffisamment réfutés par Bruckmann (9), Plainer (10) et Lentinius (11), on administrait dans ce but de l’eau avec laquelle un mort avait été lavé(12), du vin dans lequel une anguille (13) ou une grenouille (14) avait été Suffoquée, une œuf de hibou (15), des écrevisses, ou des tortues (16) , des excréments de lion (17), etc. Quelquefois une petite dose de tartrate antimonié de potasse mise dans une boisson enivrante, en excitant des nausées et le vomissement , a arrêté le goût de ce breuvage. D’autres fois, après avoir éprouvé une forte maladie, un ivrogne est revenu à la sobriété. La manière d’altérer les liqueurs fermentées n’entre nullement dans le cadre de cet ouvrage.
2. De l'accès. — Au moment où l'ivresse se déclare on a retiré de bons ef-
which it may be obviated, New-York,
(7) Je pense que l’odieux système con+ tinental, en restreignant l’usage du café, a beaucoup contribué à répandre l'ivrognerie. Il en est de même des guerres perpétuelles de cette malheureuse époque, qui ont substitué les habitudes militaires aux habitudes civiles.
(8) IL paraît, d’après the Edinburgh med, and surg. Journ., 1805, April, qu'on a créé en Ecosse une institution consacrée à l'amélioration morale des ivrognes. ;
(9) Braunschweïger Intelligenzblætter,
(10) Diss. de ebriositate. Lips., 1799.
{11) Beobachtungen der epid, Krankheit, p. 400.
{12) Ephem, nat. cur., dec. 5, ann. 4; obs. 156, dec. 1, ann. 4, obs. 45.
(13) Zacut. Lusitanus, Prax. admir., lib. 1m, obs. 1927.
(14) Sachsius, dans Ampelograph., sect. 6, membr. 2, cap. n, De vini abusu, p. 214.
(35) Fr. Scacchius, De salubri potu, C; XX, p. 215.
(46) Capivace., lib. nr, De affect. ventricul., c. vin, De siti.
(17) Albertus, M, L. 22, De animal.
DU SYSTÈME NERVEUX
fets de l'immersion dans l’eau froide(18), de la terreur (19), de la douleur (20), de chutes (21), d’une application de vinoigre sur le scrotum (22), de scarifications (23) dela musique (24),et de ventousessur l’épigastre ("). Nous pensons qu’il vaut mieux attendre la guérison du sommeil, et qu’en attendant il faut employer le repos, le silence, faire tenir au malade Ja tête droite et découverte , le surveiller convenablement, jui administrer des lavements avec de l’eau et du vinaigre, lui faire boire de la limonade ou de l’eau sucrée (25), et, lorsque la période d’irritation est passée, un infusion de café brülé et quelque peu de liqueurs fermentées même (26), en quaniité modérée, Le traitement du delirium tremens doit être ordonné d’après la nature de la maladie, en ayant égard toutelois à ce qui a ordinairement lieu chez les ivrognes.
Comme en général ils supportent difhicilement les pertes du sang, on doit employer, avec circonspection, non-seulement la saignée, mais même les évacuations sanguines locales, quand même elles sont indiquées. Si, d’ailleurs, la tête est brûlante , des fomentations froides (d’eau et de vinaigre) pourront être employées avec d'autant plus de süreté que
(18) Ephem. nat. cur., dec. 1, ann. 2, obs. 217.—Trotter, Med. nautica.
(19) Riedlin, 1. c.,1695, p.283. — Eph.
nat. cur. , 1. ©. — Langius, Opp:, t. ut, p. 50. |
(20) Langius, 1. €.
(24) Maucharts, Repertorium für die empirische Psychologie. Nürnb., 1792, 4 Th., p. 108.
(22) Ab Heer, Obs. No. 19.
(25) Paullini, cent. 1, obs. 7.
(24) Plutarque affirme que les Scythes, toutes les fois qu'ils avaient trop bu, avaient coutume de se servir d’instruments de musique , afin que le plaisir étant dissipé, leur esprit revint à son ancienne continence et modération. Voy.
Ettmülleri diss. c. de effect. music.
(*) Application der Magenpumpe in einem Falle von Trunkenheit. Ex London . medic. and phys. journal. January, 1827, dans Frorien’s Notizen, B. 18. No. 4, 1821, Aug.
(25) Hufeland’s Journ. d. pr. Heilk, 11 By 2,9%: pe FA
(26) Horstius, Opp., t. nr, tait aussi le conseil del’école
. 49. C’ée Salerne :
Si nocturna tibi noceat potatio vin, Hoc tu mane bibes ilerum et fuerit medicina,
la répercussion de la sueur sera moins à craindre, Il est évident qu'il ne faut point alors employer les vésicatoires (27). Mais il faut agir différemment dans les périodes avancées de la maladie, surtout si on soupeonne une extravasion dans la cavité du crâne (28). Les eccoprotiques, comme la décoction de tamarins et la potion de Rivière (29), sont le plus souvent les meilleurs moyens de guérison. Le calomel, qui serait peutêtre indiqué à cause de l'affection du foie (30), ne convient nullement aux buveurs. Au contraire, excepté le seul cas d’un état inflammatoire de l’estomac, on ne se repentira jamais d’avoir employé le tartre émétique si justement vanté, jusqu’à ce qu’il en naïsse un léger vomissement sans diarrhée trop abondante (31). Les poudres tempérantes avec le cinnabre (32) arrêtent très-bien l’irritation de tout le système nerveux.
Quelques personnes dans ce Cas recommandent l’élixir acide de Halier (33) ;nous nous en sommes abstenu jusqu'ici, craignant l'effet des acides minéraux sur l’estomac ébranlé des buveurs. Nous nous efforcons de relever Les forces abattues du
système nerveux, non point par le phos-
nà =.
(27) J'adopte sous ce rapport l’avis de Sutton, qui ne veut pas de vésicatoiré dans le delirium tremens.
(28) Ici je me range de l'avis de Graf qui loue les vésicatoires dans le delirium tremens.
(29) Pr. : Sous-carbonate de potasse, un derui-gros ; saturez-le avec du suc de citron frais ; ajoutez : eau de fontaine, neuf onces; sirop de groseilles, une once : mêlez. D.S. une once toutes les deux heures,
(50) Armstrong et d’autres Anglais res commandent le calomel dans la maladie dont il s’agit.
(51) Certainement ce n’est pas à ces doses folles, qui provoquent sur le canal intestinal, comme sur la peau, des pustules; mais, par exemple, prenez: tartré émétique, deux grains : faites dissoudre dans une livre d'eau distillée : M. D. S.
Une cuillerée dans l’éspace de vint-quatre heures.
(32) Prenez : Poudre de crème de tarire, une once; nitre pur, un gros ; cinnabre factice, vingt-quatre grains : mêlez.
Divisez en douze parties égales. D. S.
Prenez, une partie toutes les deux ou trois heures.
(33) Goëden ; Backhausen , etc.
phore(34) et l'alcool (35), mais par le vin et les remèdes appelés nervins. Parmi ceux-ci nous avons eu surtout à nous louer de la valériane, l’impératoire (*), l’ammoniaque (36), l’éther (37), le musc (38), et le camphre (39). Lorsqu'on s’est débarrassé des complications inflammatoire et gastrique, rien n'arrête plus sùrement les troubles nerveux et l’insomnie que l’opium; il n’y a de nouveau dans ce (40) remède que l'abus qu’on en fait (41). Il est surtout avantageux lors-
(54) Comme si les malades n'étaient pas déjà assez brûlés dans le delirium tremens, Goëden propose encore l'usage du phosphore.
(55) Cependant: on l’a employé avec succès chez un ivrogne qui était condamné à la prison, et qui était devenu malade parce qu'il ne buvait que de l’eau (Rust’s Magazin, B. 21, Heft 2, p. 252).
(*) Spitta dans Hecker’s Annalen der gesammi. Heilk., 1850, Mærz (Radix imperatoriæ gignens delirium tremens).
(36) Velsen a employé le carbonate
d’ammoniaque (Horn's Archiv für med.
Erfahrung, 1899, July, August., p. 54), et Girard (Journ. de méd. française et étrangère, t. zxxu1, 1820. Nov., p. 166. Voyez Revue médicale, 18235, p. 290, et Froriep Notizen., B. 20, No. 4, 1898, p.
(57) Voici ce que Je prescrivais à mes malades, dans l’hospice de Vienne : Pr. :
Eau de menthe, six onces; éther sulfurique , esprit de corne de cerf, de chaque un gros; laudanum liquide de Sydenham, un scrupule : mêlez. D. $S. Donnez une demi-once toutes les heures.
(58) Grœtzner, 1. c., p. 546.
(39) Pour les malades qui repoussent lesremèdeséchautffants quoique indiqués, Pr. : Camphre dissous dans q. s. de vinaigre, un grain; eau de fontaine, une livre; sirop de vinaigre, une once : mêlez.
Ou : Pr.: Camphre dissous dans du mucilage de gomme arabique,un grain; nitre, un gros; eau de fontaine, une livre; sirop de guimauve, une once : méêèlez.
(40) Goëden se vante (1. c., cap. 6) d’avoir fait prendre à un seul malade , dans l’espace de huit jours, trois cents grains d’opium. Albert (dans la préface de l’ouvrage de Sutton), et Froriep (Notizen aus dem Gebiete der Natur-und Heilk., B. 5, 1895, p. 157), racontent des faits semblables d’autres médecins téméraires.
(41) « Tous ceux qui sont ainsi affectés ne peuvent pas dormir, et cependant le sommeil leur est nécessaire, et à sa
MALADIES
qu’on l’administre en substance, et qu’on y ajoute de l’ipécacuanha (42). Mais n’abusez pas des médicaments. Lorsque vous avez satisfait aux indications urgentes, donnez le temps à la nature dé faire le reste du travail. Loin de vous ces perpétuels scribes de formules médicales!
En général le delirium tremens demande que ie médecin procède sans précipitation, et que toutes choses se fassent tranquillement et dans le plus grand calme.
Ainsi il faut garder le malade, mais autant que possible il ne faut point le contraindre (43). Quelquelois il se laisse gouverner en lui présentant à priser du tabac. Il faut surtout éviter le nombre et les bavardages des assistants, une trop grande lumière, le séjour dans une chambre ornée de tableaux, et la chaleur. L'ivrogne ne pouvant pas soutenir long-temps la privation d'aliments, il ne faut pas le tenir à une diète trop sévère.