LUE
tement aux maniaques de suivre les exercices religieux (76); aussi avons-nous consacré une petite chapelle, plutôt pour les convalescents que pour les malades eux-mêmes, Cependant, par ordre du médecin, surtout s’il était d'accord avec l’aumônier de la maison, on pourrait agir autrement. Cet ecclésiastique, s'il n’était pas étranger à l’étude des manies, serait, pour plusieurs malades, comme le bras droit du médecin (77). Les jours ouvriers les malades, et surtout les conva lescents (78), doivent être occupés à divers travaux manuels, mécaniques, soit à la maison, soit aux champs (pourvu que l’on évite que le soleil ne feur tombe sur Jatète) (79). Le jardin et les champs qui environnent l’hospice, et une espèce de métairie qu'on lui annexerait, pourrontnon seulement contribuer à l’économie de la maison, mais aussi à la sanlé des malades. La nourriture doit être réglée d’après la condition particulière des malades. Quelques médecins se servent de la faim pour dompter l'audace des malades ; et en effet, quelquefois les maniaques, comme les animaux, se laissent apprivoiser par ce moyen; mais, de là, il
(76) La question très-importante : si l’on doit permettre ou non les exercices religieux aux mañiaques? à été résolue négativement par Niemeyer (Philotas 8, 86). — Reil a restreint avec raison celte opinion (App. ad vers. germ. op. Goxii, p. 55). — P. Slade Knight a développé ex-professo cette question (op.c.), comme on peut aussi le voir dans Froriep, Notizen, eic., B. 17, No. 4, p. 57, du The London med. repository, No. 19, New Series, vol. 1v, p. 1827.
(77) Je rends grâces publiquement à notre professeur de théologie Klakewicz (récemment évêque de Vilna), comme ayant donné avec avantage ses soins aux maniaques de ma clinique.
(78) Pinel, L. e., p. 247. — Reil, 1. c., p. 51.
(19) Reil a très-bien éclairci ce sujet (Rbhaps., p. 240). L’oisiveté certainement développe non-seulement les vices, mais même la manie. En outre, par le moyen du travail, l'attention des malades est fixée. Parfois les voyages remplissent ce même but. Aussi, Cæl. Aurelian. dit-il :
« Utendum etiam peregrinatione terrena atque maritima, et animi avocamentis, quibus mentis laxatio fiat, » 1. c.
(80) Lit. x. Lisez Pinel (p. 241) sur les établissements de fous à placer dans des fermes, — La même chose par Pieuitz, 1, C. à
MALADIES
arrive facilement qué le malade change de rôle, et que lui-même ensuite refuse des aliments (81). En outre, quelque malades, par suite d’abstinence ou du pet de nourriture, deviennent plus furieur ou plus stupides (82). Ainsi donc, si l’afl fection provient de la disette, ou si ellt existe chez des hommes accoutumés : bien vivre, il faut bien nourrir les malade:
en leur accordant, outre les bouillons:
de la viande (83). (Nous ne l’accordon pas volontiers dans les autres cas.). L faut excepter la chair des amphibies , at moins tous les jours. Ce qui leur conviem le plus ce sont les végétaux (84) aciduw lés, antiscorbutiques, non flatulents (85) farineux, le pain, le riz, l'orge, l'avoine:
le millet, la pomme de terre, le maïs € surtout les fruits rouges, soit récents soit confits (86). Il en est de mème di laitage, du beurre, du fromage sam acreté et du lait pur de vache, de jumem (87) et d’ânesse (88). Excepté le sel com:
(81) La chose m'est arrivée deux fois Voyez Hufeland’s Journ. der pr. Heilk.
4 ‘h., p. 290, et 20 B., 4 St., p. 179.
(82) Pargeter, 1. c., p. 103, 108.
(83) J'ai enseigné ailleurs qu'il ne fal lait pas rejeter les bouillons de grenoui:
les, de limaçons, de tortues et de vipè res. — Voyez Lorry, 1. c., p. 52. Ce sa vant a appelé l'expérience sur les opi nions des anciens touchant l'usage de | chair de lièvre, de poissons, etc., dan les mélancolies (p. 297).
(84) II est fâcheux que nous ignorion ce que les ancrens comprenaient sous Î nom de Troximium ou Troximia: était-© une espèce de légume en particulier o:
était-ce tout un genre de légumes? car est constant que le seul troxymium con stituait une nourriture très-vantée dan les mélancolies par suite d'obstruction Lorry, 1. c., p. 514.
(85) Je suis surpris de ce que le cat:
logue des aliments de l’hospice de la Sa pétrière contienne des fèves et des lenti les, que tous les anciens, d’un commu accord , ont rejetées dans les vésanies Je préfère de beaucoup le régime qui e:
prescrit dans l'hôpital de Neurupp et cc lui de Baiïreuth. (Niemann, Handbuch « Staatsarzneywissenschafr. Leipz., 1813 A th., p. 457).
(86) Lorry, pour la nourriture d’hive des maniaques, recommande des roobs d'autres préparations faitesavec des frui et du miel, 1. c., p. 315.
(87) Posidonius. Voyez Lorry, 1. € p. 294.
(88) Au témoignage de Lorry (1. ç.;]
DU SYSTÈME NERVEUX
mun (89) et les semences de coriandre, de fenouil et de moutarde noire, nous n’admettons pas beaucoup les condiments.
Quant à la quantité de nourriture que l’on doit accorder aux iwmalades, sion ne peut pas toujours garder un juste milieu, il vaut mieux pécher par excès que par défaut (90). Siles nuits sont très-longues, on doit, pendant leur durée, donner de quoi manger à ceux qui sont voraces. La meilleure boisson pour les maniaques est l’eau, ou, s'il y a besoin de les nourrir, la bière. Le vin est surtout indiqué lorsqu'il y a perte de forces, abattement de l’âme, refroidissement continuel des extrémités, pouls faible, et surtout chez les malades qui ont été autrefois inutilement accablés de remèdes. En parlant du régime, nous ne terminerons pas sans faire mention du coit qui, dans bon nombre de manies, surtout dans la manie érotique, la mélancolie (91), la manie gaie (92), etc., dans des cas que l’on comprendra facilement, a été de tout temps regardé comme un excellent remède (93). fl
361), ce lait était suriout recommandé autrefois dans les mélancolies avec lésions de la rate.
(89) De même qu’en parlant en général de la diète des hôpitaux, j'ai toujours coutume de m’occuper beaucoup du sel, si nécessaire à l’économie animale. Ainsi, je m'en occupe spécialement dans le ré- ‘gime des maisons de fous.
(90) Sur les dangers résultant du défaut de nourriture nécessaire, lisez Cox, l. c., p. 95, et Pinel, I. c., p. 232-256.
(91) Perneau, Ergo melancholiæ venus. Paris, 1658.
(92) Marcellus Donatus, lib. u, c. 1,
(93)L’empereur Augusterecommandait, dit-on, comme un très-bon remède, aux Romains affectés de mélancolie, de prendre une épouse pleine de douceur et conforme à son propre caractère, Cette épouse, compagne fidèle dans le bonheur et douce consolatrice dans l’adversité, constituait, disait-il, le meilleur moyen de charmer Ja vie durant la bonne santé, et de guérir dans la maladie (Dio Cass.
dans Cæs. Aug., lib. vvr). Par la suite, les Romains se recommandèrent les uns aux autres dans Îeurs chagrins ce même moyen béroïque d’une compagne pour éloigner les soucis et apaiser l’âme irritée. Ils la nommuient Viriplaca et Verticordia (Marlian., Antiquit, Rom., lib.
1, C. 9. — Al. ab Alex., p. 57, etc, — Brisson, lib. 1. — Valer. Max., lib. n,
Frank, Tom, 111,
est évident que ce moyen ne peut presque jamais être employé dans les maisons de fous : car un ordre parfait sous tous les rapports est nécessaire dans de tels établissements, sans en excepter la régularité dans l’heure des repas, du sommeil , des travaux, etc. Enfin, comme les maniaques ne sont pas à l'abri des autres maladies, et comme de tels malades réclamentun soin particulier, dans la maison même nous avons établi une infirmerie.
Nous n’avons pas non plus oublié une salle des morts avec des chambres pour les dissections, un musée pathologique et une bibliothèque contenant les monographies sur les manies.
3. Des moyens chirurgicaux et des autres moyens externes. — Maintenant parlons des moyens chirurgicaux dont le plus puissant , ‘la saignée, a donné lieu dans tous les temps à un grand nombre de controverses. Les anciens médecins lui étaient favorables (95). Son usage a été
c. À, lib. vu, c. 15). — Arnold de Villeneuve remarque que le coït employé de temps en temps est très avantageux, et qu'il est également utile d’embrasser, de toucher de belles femmes, de coucher avec elles, d’avoir des conversations lascives (Breviar., lib. r, c. 48). — Bartholin ajoute, d’après une relation de Sylvaticus, qu'une femme maniaque, souvent approchée par les employés de l’hos.
pice de Saint-François de Pavie, recouvra sa santé (Hist., anat. 2, obs. 69). — Enfin Alexandre Benedictus, de Vérone, raconte qu'une maniaque, dont quinze hommes avaient joui pendant une seule nuit, ayant éprouvé par suite un écoulement copieux de règles qui s'étaient arrêtées pendant quelques années, se trouva rendue à la raison au point du jour, mais non sans quelque honte (lib. 1, c. 8). — Voyez C.-Th. Bierling, Melancholiæ anniversariæ in maniam degenerantis admiranda species, cum observationibus R. Lentilii, Miscell. acad, nat, cur., dec.
1, ann. 2, 1671, p.224, dec. 1, ann.8, 1694, append., p. 129.
(94) Reil (append., p. 62) a très-bien expliqué tout cela.
(95) Alexandre de Tralles, lib. r, cap.
xx. —Ccelse, lib.in, c. Vu.— ÂAvicenne, lib. ur, fen. 1, tr. 4, c. 17. — Sydenham, Opp. t.1, p. 61. — Théophrastus , t. 1, lib. r, De crigine morbor., cap. 1v, dit:
« Sehet an in mania, was helft da, als allein sein Ader aufzuschlagen, so geneist er, das ist sein Arcanum, nicht Campfer, nicht Nenuphar, nicht Salvia, nicht Mae
restreint par Ferriar (96), Pinel (97) et d'autres parmi les modernes (98). ls ont objecté surtout que la phlébotomie jetait les malades dans la démence. Suivant une route moyenne, à l'exemple de Reil (99), nous avons recours à la saignée toutes les fois que la manie est récente (100), qu’elle existe chez des personnes robustes et pleines de force et qu’elle est causée par la suppression des hémorrhoïdes, des menstrues, des lochies, d’un épistaxis, d’une pneumonorrhagie. La rougeur de la face, un pouls plein et fort servent moins ici pour nous guider, puisque souvent ils proviennent de lagitation du malade. En outre, il est constant (101) que quelquefois l’inanition même produit des signes inflammatoires trompeurs. Mais comme souvent les maniaques s'opposent à la saignée, à moins qu'on ne se serve d'un stratagème (102), le choix de la veine, pour ne pas parier de l'artère (103), n’est pas toujours