HYSTÉRIQUES
Automatismes ambulatoires. Hystérie et alcoolisme. — Par contre, nous décrirons brièvement l'automatisme ambulatoire, les fugues hystériques qu'il importe de connaîtra en raison des conséquences médico-légales qu'elles peuvent avoir
Pitres - a bien défini les conditions dans lesquelles s'opèrent ces fugues. Le malade, plusieurs jours avant la crise, éprouve des malaises, des tristesses, des maux de tète ; puis il est pris d'un désir impérieux de marcher, de partir. Parfois-, au besoin de marcher s'ajoute une obsession psychique, l'idée de visiter tel ou tel endroit, telle ou telle ville, parfois aussi le départ succède à un rêve, aune hallucination.
Aussitôt parti, le malade perd la conscience et le souvenir de ce qu'il fait, il va devant lui sans se soucier des obstacles. Une fois l'obsession satisfaite, le malade revient à lui et se tient tranquille pendant un certain temps.
Nous avons nous-mème noté tous ces caractères dans l'observation que nous avons publiée ^ ; aussi sommes-nous absolument de l'avis de M. Pitres, lorsqu'il dit : « Les prodromes me paraissent avoir une grande valeur clinique.,. L'épileptique n'a pas tant de prévoyance, il ne raisonne pas avec sa maladie. Il perd tout à coup connaissance, et tant que dure l'accès, il agit inconsciemment, comme un automate ».
Ajoutons que les malades de ce genre présentent toujours des stigmates hystériques et des attaques dont les accès d'automatisme constituent une ti^ansformation, mais qui permettent de faire le diagnostic de la fugue hystérique avec la fugue épileptique et l'automatisme ambulatoire d'origine alcoolique.
Il convient de faire remarquer ici les liens étx'oits qui rattachent les manifestations psychiques de l'hystérie et celles de l'alcoolisme. Ce sont les mêmes hallucinations, les mêmes illusions. « Le délire alcoolique, a dit Lasègue, n'est pas un délire, c'est un rêve. » On peut en dire autant du délire hystérique. Les hallucinations auditives, plus fréquentes que ne le croyait Lasègue, les hallucinations visuelles, sont les mêmes dans les deux cas. Dans les deux cas il y a les mêmes illusions, et de la zoopsie. Il est donc probable qu'il y a excitation des mêmes centres psychiques, et que l'agent excitant seul diffère.
L'analogie est frappante encore entre certaines manifestations hystériques telles que l'automatisme ambulatoire et les fugues des alcooliques, les manifestations délirantes du delirium tremens et le délire de l'attaque hystérique. Dans les deux cas, on peut provoquer des illusions et des hallucinations. C'est ainsi qu'une femme, en plein delirium, à laquelle on disait qu'il y avait autour d'elle des tigres, des lions qui allaient la dévorer, voyait parfaitement ces animaux et poussait des cris véritablement effrayants
' L'automatisme somnambulique peut avoir aussi des conséquences judiciaires, ainsi qu'en font foi les cas de Motet: Annales dlujgiène et de méd. lér/ale, 1881, t. V, p. 214; Paul Garnier; Umitoniatisme soinnanibulique devant les tribunaux. Annales d'hygiène et de médecine légale, avril 1887.
^ Pitres. Loc. cit., t. H, p. 274.
^ H. Colin. Automatisme ambulatoire alcoolique. Automatisme ambulatoire histe'rique, Gazette des liôpitaux, 1890, n» 86 et 92.
' Voy. les observations publiées in : Colin; Étal mental des hystériques, loc. cit., p. 34.
Il est essentiel d'avoir présentes à l'esprit ces manifestations morbides analogues, de l'hyste'rie d'une part, de l'alcoolisme de l'autre. On le comprendra aisément si on réfléchit que chez les hommes hystériques surtout, il est extrêmement fréquent de constater un appoint alcoolique qui, à n'en " pas douter, influe sur les différents accidents auxquels sont sujets ces malades.
Hystérie associée à la folie. — Nous venons de décrire les caractères qui nous semblent appartenir en propre à l'hystérie pure et les phénomènes psychiques qui en dépendent. 11 nous reste maintenant à traiter des rapports de l'hystérie et de la folie. Nous avons soutenu ' avec Féré - et Déjerine ^ qu'il n'existait pas, à proprement parler, de «folie hystérique w, et que les cas décrits sous ce nom constituaient simplement une combinaison de l'hystérie avec les différentes formes de la folie. Cette idée combattue par un certain nombre d'aliénistes a été partagée par l'école de la Salpêtrière, par Chai-cot, par Gilles de la Tourette et avec quelques restrictions par Pitres, G. Ballet, Janet, etc.
Pour bien la faire comprendre, il convient tout d'abord de décrire ce que les auteurs entendent par « folie hystérique ».
«L'hystérie, disait Esquirol, dégénère et passe souvent à la folie et dans beaucoup de cas elle n'en est que le premier degré. » C'est Esquirol aussi qui attribuait à une « véritable catalepsie de l'intelligence », les différents acci-
' H. Colin. Essai sur l'clat mental des hyste'riques . Paris, 1890.
- Féré. La famille névropatliiquo. Arch. de neuroL, 1884, t. VII, p. 11.
^ Déjerine. TIi. d'agrég., p. 123.
'' Cet auteur, dans son Traité de l'Hystérie, Paris, 1891, p. 489, s'exprime ainsi : « Depuis la publication de notre article, il a paru une thèse de M. Colin : « Essai sur l'état mental des hystériques. Dans cette thèse M. Colin bien que dûment averti de la publication de notre article qu'il reproduit en substance, feint d'en ignorer l'existence. Nous réclamons la priorité, parce qu'à la lecture de sa thèse nous ne voudrions pas qu'on pût nous classer parmi les auteurs dont il pai'le en ces termes : « On a beaucoup écrit sur l'état mental des hystériques; mais chose singulière, tous les auteurs, ou à peu près, qui ont traité ce vaste sujet l'ont fait avec une arrière-pensée. Pour eux l'esprit de « simulation » prime tout chez ce genre de malades, c'est le mobile de leurs moindres actions. Aussi quel tableau bizarre on nous fait de l'esprit des hystériques ! »
Sans insister sur le fait que les observations sur lesquelles s'est basée notre conviction provenaient toutes, ou à peu près, des services d'aliénés, et par conséquent avaient forcément échappé à la sagacité de M. Gilles de la Tourette. nous nous bornerons à constater que cet auteur, aux qualités duquel nous nous empressons de rendre hommage, avait lu notre travail d'une façon incomplète. S'il en avait été autrement, il aurait trouvé page 15 la note suivante qtii lui donne pleine satisfaction.
« Nous avons examiné des centaines d'hystériques d'abord pendant les deux années que nous avons passées dans le service de M. Charcot, ensuite pendant nos trois années d'internat. Nous croyons donc être à même de les juger. C'est le résultat de notre impression générale que nous donnons plus haut.
« On consultera avec fruit sur le sujet qui nous occupe le livre de M. Gilles de la Tourette : L' hypnotisme et les états analogues au point de vue médico-légal, 2» édit. Paris,
« Lire également du même auteur : Considérations sur les ecchymoses spontanées et sur l'état mental des hystériques. Nouvelle Iconogr.de la Salp., mars-avril, 1890, n° 2. Les conclusions de l'auteur ne s'éloignent pas sensiblement des nôtres; elles s'imposent d'ailleurs, croyons-nous, à tout observateur impartial des faits ».
ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES
dents psychiques de la névrose. Il suffit de rappeler qu'à cette époque les termes de catalepsie et d'hystérie avaient une signification vague toute différente de celle qu'on leur attribue aujourd'hui.
Marcé décrit une folie hystérique comprenant une manie hystérique, dans laquelle « l'accès seul est caractéristique », un « délire généi'al mélancolique », rare d'ailleurs, un « délire mélancolique partiel » plus fréquent, enfin un « délire hypochondriaque ».
Morel insiste sur les rapports de la folie hystérique avec les prédispositions héréditaires léguées par les parents et l'exagération du tempérament nerveux propre au malade, idée juste que malheureusement il n'approfondit pas.
Moreau de Tours ^, tout en confondant les manifestations psychiques de l'hystérie avec les formes les plus variées de l'aliénation mentale, entrevoit cependant que la folie dite hystérique est, en réalité, un simple délire, qui doit être séparé de la folie (délire chronique) proprement dite.
Falret ^ dont les opinions ont fait autorité sur ce sujet, note l'extrême mobilité des hystériques, « dont la vie n'est qu'un perpétuel mensonge ». On peut noter chez elles comme trait caractéristique, « la rapidité et même l'instantanéité de production des idées, des impulsions et des actes », elles «s'abandonnent instantanément aux impulsions qui surgissent spontanément chez elles sans cause connue et sans réflexion préalable » ; elles « ont fréquemment des tendances erotiques prononcées, quoique l'on ait beaucoup exagéré cette disposition ordinaire de leur nature, car elles sont plus souvent coquettes et vaniteuses que vraiment ardentes et passionnées ».
11 convient d'ajouter que le chapitre de « la folie hystérique » est intercalé dans un mémoire sur la « folie raisonnante ou folie morale », et l'on conviendra que d'après les cai'actères donnés par l'auteur, il serait difficile de l'en séparer.
Legrand du Saulle admet quatre degrés dans les troubles intellectuels des hystériques.
« Chez les malades du premier degré, l'hystérie est légère, les facultés
affectives sont un peu diminuées , c'est du nervosisme plutôt que de
l'hystérie proprement dite.
« Au degré suivant, le trouble est plus prononcé, la façon de percevoir les impressions du dehors et de réagir contre elles trahit une équilibration vicieuse des facultés
« Un pas de plus et c'est déjà l'hystérie grave avec dérangement marqué des facultés. La malade est conduite aux actes les plus éti^anges et les plus audacieux, aux accusations les plus odieuses, aux dénonciations les plus fausses ».
' La folie iiévropathique (vulgo liystérique), 1869.
- Falrel. Etudes cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, Paris. 1890. p. 499. Le travail et la communication à la Société médico-psycliologique datent de 18B6. ^ Les hystériques. État physique et état mental. Paris, 188.3, p. iOO.
« Le quatrième degré enfin constitue la folie hyste'rique ».
Celle-ci consiste (p. 292) en accès de manie, de mélancolie, en hallucinations, en impulsions irrésistibles. Tous ces accidents se combinent le plus souvent ; l'incoordination maniaque, par exemple, s'accompagne habituellement d'hallucinations, d'impulsions ».
Schûle 1 décrit une folie hystérique qui se distingue de la folie hystéroépileptique. Elle est, dit-il, infinimentvariable, aiguë ou chronique, passagère ou durable. Toutes les formes mentales peuvent s'y rencontrer, mais elle a toujours une physionomie spéciale ; les folies hystériques constituent un groupe étiologique. Il décrit de la sorte une mélancolie, une manie, un délire systématisé, une paranoïa hystérique dans lesquels on chercherait vainement des caractères particuliers à la névrose,
Krafft-Ebing- décrit un délire transitoii'e, un délire prolongé et enfln des psychoses hystériques (Hysterische Psychosen). Ces dernières se divisent en deux classes, suivant qu'elles apparaissent sur un terrain hystérique simple ou qu'elles sont une marque de la dégénérescence hystérique.
Dans le premier cas, ce sont, dit-il, des psychonévroses (mélancolie, manie), d'un pronostic favorable, se différenciant des psychoses correspondantes non hystériques par une évolution en général plus rapide, et un mélange de symptômes appartenant à la grande névrose.
Dans le -second cas, les psychoses hystériques révèlent l'existence d'une « dégénérescence fonctionnelle, progressive, constitutionnelle ou héréditaire. Elles représentent alors les formes dégénératives de la folie raisonnante ou moral insanity ».
L'existence des stigmates donnent à ces psychoses leur caractère hystérique.
On voit combien les diverses modalités délirantes qui ont été réunies sous le nom générique de folie hystérique reposent sur des données vagues. D'un côté on s'est appuyé pour établir des caractères généraux sur ce qu'on était convenu d'appeler le « tempérament hystérique », tempérament qui, dans l'état actuel de la science, s'applique exclusivement aux femmes et surtout à certains grands sujets hystériques, d'autre part, on a décrit sous le nom d'hystériques toutes les formes possibles de la folie.
Il est plus logique, plus conforme aux saines données de la clinique d'admettre qu'il s'agit, dans l'espèce, d'hystérie associée. C'était l'opinion de Charcot quand il parlait des manifestations vésaniques avec lesquelles « l'hystérie s'accole sans jamais se fusionner ». C'est aussi celle de ses élèves. Ballet, Babinski ^ Gilles de la Tourette, etc.
Ballet * et ses élèves Marquézy^ Tabaraud ^ Roubinovitch mettaient en
' Traité clinique des maladies mentales, trad. Dagonet et DuhameL Paris, 1888. - Kralït-Ebing. Le/irbuch der Psychiatrie. 3'» Auilage. Stultgard, 1888. ' Babinski. Association de l'hystérie avec les maladies organiques du système nerveux, les névroses et diverses autres affections. Soc. méd. des hop., 11 nov. 1892. * E. Ballel. Arch. gén. de méd., mars-avril, 1888.
Marquézy. L'homme liystérique. Bull, méd., p. 1126, 1141, 1888. " Tabaraud. Des rapports de la dégénérescence mentale et de l'hystérie. Th. Paris, 1888. " Roubinovitch. Hystérie mâle et dégénérescence. Th. de Paris, 1890.
ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES
relief la combinaison fréquente chez l'homme de l'hyste'rie et de la dégénérescence mentale. Nous-mème dans le travail cité plus haut, nous affirmions que ce qu'on décrivait sous le nom de folie hystérique résultait d'une combinaison de la névrose avec la dégénérescence mentale héréditaire, les deux maladies évoluant côte à côte.
Cette théorie a soulevé de vives protestations, et au Congrès des Aliénistes tenu à Clermont-Ferrand en 1894 ^ de nombreuses objections ont été faites au rapport de G. Ballet sur les rapports de l'hystérie et de la folie. Alors que Joffroy émet l'avis que l'hystérie elle-même est une des modalités de la dégénérescence, Charpentier, Pierret, Régis repoussent la doctrine de la dégénérescence.
Cette discussion semble avoir porté plutôt sur le terme de dégénérescence employé que sur le fonds même du débat.
L'appellation de dégénérés héréditaires, donnée à certains malades, est mauvaise, nous n'y contredisons pas. Mais qu'on l'appelle dégénérescence mentale, folie héréditaire, délire partiel, folie morale, déséquilibre mental, il n'en est pas moins exact qu'il existe un groupe de malades fortement entachés d'hérédité morbide, présentant des stigmates physiques et psychiques, reliés entre eux par des liens communs, quelle que soit la diversité des différents symptômes qu'ils peuvent présenter, et chez lesquels les différents syndromes tantôt se superposent, tantôt au contraire apparaissent successivement, se substituant les uns aux autres.
Ces individus peuvent manifester leur infériorité mentale sous toutes les formes, depuis l'obsession, l'impulsion et les divers syndromes épisodiques, jusqu'aux variétés délirantes (manie, mélancolie, délire des persécutions, délire des grandeurs, etc., etc.).
Si main tenant l'on réfléchit que l'hystérie elle-même est une affection héréditaire par excellence, ainsi que Georget, Briquet, Déjerine l'ont bien établi, et que d'autre part les aliénés dont nous parlons sont « imprégnés d'hérédité » suivant l'expression de Morel ; si l'on songe à cette sorte d'attraction d'après laquelle les « nerveux se recherchent », comme le disait Charcot, il semblera naturel d'admettre que, très fréquemment, il y aura une combinaison de deux maladies, la névrose d'une part, la folie de l'autre, chacune conservant ses caractères propres. Cela explique comment on a attribué à l'hystérie pure les perversions sexuelles, les mensonges, les tendances au suicide, les manifestations sans nombre de l'état mental qui lui est associé.
Cela ne veut pas dire que l'hystérie ne puisse, non pas « simuler » comme le dit M. Charpentier ^ toutes les formes aiguës des maladies, mais se combiner avec elles. Il n'y a aucune raison en effet pour qu'un hystérique ne devienne pas paralytique général, persécuté, pour qu'il ne soit pas atteint de confusion mentale, de manie ou de mélancolie aiguë. Dans ce cas encore, il n'y aura pas une forme nouvelle d'aliénation, mais simplement une association.
' Conr/rès des médecins aliénisles et neurologistes, 5° session, Paris, Masson, 1895. - Loc. cit., p. 62.
D'après ce qui précède, on comprendra que nous ne nous attardions pas à décrire les différentes formes de folie qui peuvent atteindre les hystériques. Il suffit de se souvenir que l'aliénation mentale peut r'evétir ici les modalités ordinaires, et que seule la recherche des stigmates pourra faire déceler la névrose.
11 reste cependant de l'ancienne « folie hystérique » battue en brèche de tou.s côtés, et qui n'a pu résister, — en tant que forme nosologique, — à l'application raisonnée des résultats fournis par l'observation clinique, un ensemble de symptômes désigné sous le nom de «manie hystérique ». Le simple énoncé des symptômes décrits par les auteurs suffit à démontrer sur quelles bases fragiles repose la distinction entre la manie dite hystérique et les états maniaques ordinaires.
Pitres ^ s'exprime ainsi : « Tous les accès de manie aiguë se ressemblent. Quelles que soient leurs causes, ils sont toujours caractérisés par la surexcitation du corps et de l'esprit, par l'agitation désordonnée des membres, par les clameurs incohérentes. Les malades qui en sont atteints crient, chantent, rient, gesticulent à tort et à travers, déchirent leurs vêtements, injurient leurs gardiens, et cela, sans suite, sans discernement, comme s'ils étaient poussés par un besoin automatique et irrésistible d'activité. »
(( La manie hystérique ne diffère guère de la manie simple ou de la manie épileptique que par son étiologie. »
Pour Sollier^ «la manie hystérique se manifeste par un besoin incessant de mouvement, non par une agitation incoordonnée, comme celle de la manie vraie, mais par des accès d'automatisme ambulatoire et des déplacements continuels. Les malades sentent souvent que leur accès va les prendre et en préviennent l'entourage. Les malades se livrent à des actes extravagants, ayant un caractère de malice, comme s'ils le faisaient exprès, et répètent aussitôt ce qu'on leur défend de faire ou dire. Ils sont la contradiction perpétuelle. Souvent violents, quand ils ont des caprices qu'on ne veut pas leur satisfaire, ils frappent, déchirent, menacent. Ils sont exigeants, ont des accès de colère, et paraissent toujours conserver la conscience de leurs actes. Cette persistance apparente de la conscience est un caractère très important. Mais en réalité ils n'ont qu'une conscience très vague de ce qu'ils font, car ils n'en conservent guère le souvenir une fois guéris. Ils aiment à se rouler par terre, à se cacher sous les meubles, à faire toutes les niches possibles à leur entourage. Leur délire est surtout un délire d'acte. Quant aux discours, ils ne sont que rarement incohérents et traduisent seulement une grande mobilité- dans les idées et les volitions ».
Cette description de Sollier, simple paraphrase de la définition très claire de la manie ordinaire donnée par Pitres, ne signale aucun caractère appartenant en propre à une espèce nosologique spéciale.
Falret ^ admet dans la manie hystérique « une semi-lucidité qui n'existe
' Pitres. Loc. cit., t. II, p. 283.
- Guide pratique des maladies mentales. Paris, 1893, p. 230. Congrès de Clermont-Feri-and. Loc. cit., p. 09.
ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES
jamais clans la manie simple; en outre le délire des actes et les perversions sensorielles sont beaucoup plus prononcées dans cette première forme mentale que dans la seconde ».
On peut arrêterlà ces citations, il en ressort, comme l'a très bien fait remarquer G. Ballet^ qu'on est « frappé de l'indécision qui existe encore dans les signes de l'affection ». Cela noas semble une raison suffisante pour ne pas créer de toutes pièces une entité morbide indépendante.
Nous en dirons autant de la mélancolie hystérique qui représente un épiphénomène de l'attaque ordinaire évoluant chez un sujet hystérique.
Restent certaines manifestations qu'on a coutume de rattacher à l'hystérie bien qu'on puisse les i^encontrer, avec une fréquence égale, chez les aliénés ordinaires, les fous moraux et les déséquilibrés. Nous voulons parler des tentatives de suicide sur lesquelles Legrand de Saulle -, et après lui Taguet'', ont formulé des appréciations dont Pitres a fait justice
Nous voulons parler aussi des dénonciations calomnieuses d'hystériques qui, sous l'emiîire de leurs hallucinations, ont fait condamner des innocents pour des crimes qu'elles avaient inventés de toutes pièces. Il est superflu de rappeler le cas de sœur Jeanne des Anges et d'Urbain Grandier, la fameuse affaire La Roncière-le-Nourj^ affaire qui eut un pendant il y a quelques années. Nous renvoyons pour l'examen détaillé de ces faits à la partie médico-légale de ce traité. Il importe cependant de faire remarquer que les hystériques ne sont pas seuls à user de semblables procédés, et les aliénistes ont tous les jours l'occasion de constater des phénomènes analogues chez une certaine catégorie de malades. En dehors de l'aliénation mentale, c'est un fait d'observation vulgaire que la crédulité et la suggestibilité des foules, si bien étudiées par Tarde; d'autre part, les enfants ont une telle tendance à imaginer des romans présentant toutes les apparences de la réalité, que leur témoignage ne compte pas en justice.
Il ressort des pages qui précèdent que l'hystérie est une maladie bien distincte, ayant ses caractères autonomes, toujours les mêmes, dont les stigmates sont la manifestation extérieure. L'état mental de ces malades varie à l'infini, comme les individus, avec le sexe, l'âge, sans oublier les conditions sociales dans lesquels les sujets se trouvent placés. Le délire est un des symptômes habituels de l'hystérie ordinaire, une sorte de transformation de l'attaque. En dehors de cela, il s'agit non plus d'hystérie pure, mais d'hystérie associée à la folie, auquel cas le délire peut revêtir toutes les formes de l'aliénation mentale.
' Congrès de Gleraiont-Ferrand. Loc. cit., p. 72. - Les hystériques, 1883. Loc. cit.. p. 303.
' Taguet. Du suicide dans l'hystérie. Ann. mùd. psych., t. XVII, 1877, p. 346. * Pitres. Loc. cit., t. II, p. 47.