‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 107 sur 220 · EPILEPSIE PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

EPILEPSIE PSYCHIQUE

quement de délire et d'agitation. Il va, vient, de'plaçant les objets situés à sa portée sans raison et sans méthode, répète indéfiniment les mêmes mots ou la même phrase, chantonne, s'arrête et se tait un instant puis se remet en marche, évitant les obstacles, répétant toujours les mêmes paroles. Sa physionomie exprime la tristesse ou l'indifférence ou quelquefois la béatitude. Si on l'interpelle il répond brièvement mais correctement et retombe aussitôt dans son délire. Cette particularité est importante. Elle constitue un des traits distinctifs de la manie épileptique et qui peut servir à la différencier de la manie simple ordinaire. Ce délire doux en somme est traversé par des hallucinations, quelquefois par des réminiscences variables suivant les cas et qui viennent en colorer diversement la physionomie. Chez une malade observée par J. Voisin la tristesse et les pleurs, le rire et les chansons alternaient avec des périodes de mutisme absolu. Le plus souvent ce sont des. souvenirs d'un passé plus ou moins lointain qui semblent occuper l'esprit des malades, mais leurs idées ou leurs souvenirs, qu'ils soient partiellement cooi'donnés ou bien incohérents et confus, sont toujours exprimés par les mêiTies mots, les mêmes phrases. Les illusions et les hallucinations qui accompagnent et souvent dirigent le délire sont d'ordre visuel. Ce sont parfois des hallucinations terrifiantes (sang, feu, personnages réels ou imaginaires, menaçants). En pareil cas le délire et l'agitation prennent une intensité plus grande sans toutefois s'élever au degré de véhémence qu'ils présentent dans la manie furieuse. C'est qu'en effet entre le petit et le grand mal intellectuel on peut observer des variétés intermédiaires.

La forme maniaque que nous venons de décrire, peut durer de quelques minutes jusqu'à quinze jours, mais cette durée est plus brève que celle de la manie ordinaire qui persiste des semaines et des mois. Le retour à l'état normal se fait le plus souvent d'une manière brusque, quelquefois à la suite d'un accès convulsif, et lorsque le trouble mental a pris fin les malades n'en ont gardé aucun souvenir.

b) Manie furieuse. — La fureur épileptique réalise le type le plus achevé de la folie furieuse. Elle aboutit fréquemment à des actes criminels ou délictueux. Elle est quelquefois annoncée par des signes précurseurs : ce sont des troubles dyspeptiques, de la céphalalgie, une sorte d'angoisse morale qui va s'accentuant jusqu'à ce que le paroxysme éclate.

L'accès débute d'une façon soudaine, inattendue. Le malade devient tout à coup irritable, loquace. Il entre dans une colère furieuse, brise tout autour de lui, injurie les personnes qui l'entourent même celles qui lui sont chères et se rue sur elles pour les frapper. La violence et la force du malade s'élèvent à un degré inouï si l'on cherche à faire obstacle à ses mouvements. Chose remarquable, au milieu de cette fureur aveugle, l'épileptique qui paraît étranger à ce qui l'entoure sait cependant voir et observer; il lance à chaque interpellation une parole appropriée, ses gestes sont violents mais coordonnés

' J. Voisin. Loc. cit.

et parfois terriblement précis. Souvent affolé ou exaspéré par ses hallucinations il frappe à coup sûr et tue ou se suicide.

Après quelques minutes ou quelques heures de durée, la voix devient rauque, la langue se dessèche, le corps se couvre de sueur et l'accès s'apaise soit brusquement soit par degrés; au réveil, amnésie complète. Si la crise a été de courte durée, la température du malade s'élève légèrement ; si l'accès a persisté plusieurs heures, une journée, elle peut monter jusqu'à 40° et 41°; l'accès est toujours suivi d'une période d'épuisement, de torpeur ou de somnolence qui dans certains cas peut aboutir au coma et à la mort.

Ces crises de manie se répètent à des intervalles plus ou moins éloignés, plus ou moins irréguliers. J. Falret a insisté sur la ressemblance parfaite chez le même malade des accès du petit ou du grand mal intellectuel. C'est là un caractère important, qui n'a rien d'absolu cependant, mais qui se retrouve dans un très grand nombre de cas.

Impulsions. — • Les impulsions épileptiques se caractérisent surtout par leur soudaineté et leur indépendance des circonstances extérieures. Cependant elles sont quelquefois précédées par quelque ti'ouble ou quelque sensation spéciale qui constitue pour le malade un vague avertissement : c'est un état d'angoisse, ou bien une douleur précordiale, un goût ou une odeur désagréables, etc.; de même il peut advenir que l'acte par lequel se traduit le délire impulsif revête un caractère plus ou moins réfléchi. Il arrive parfois que pendant la brève durée de l'état impulsif le malade soit capable d'opposer une réponse correcte à une interpellation, mais le fait est rare et en tout cas, au réveil, l'amnésie est complète et porte aussi bien sur les actes délirants que sur la période de lucidité intercalaire. Quelquefois, il est vrai, l'amnésie post-paroxystique n'est pas absolue, et le sujet conserve une vague souvenance de l'acte qu'il vient d'accomplir. Mais ces particularités sont exceptionnelles et on peut dire qu'en général le délire impulsif des. épileptiques est soudain et accompagné d'une altération profonde de la conscience et du souvenir.

Au cours de cet état psychique il n'y a pas à proprement parler perte de la connaissance, mais bien effacement subit de la conscience normale. Le sujet entre brusquement dans ce que Azam appelait la condition seconde, sorte d'état de rêve dans lequel le malade perd le contrôle et la direction de ses actes et que l'on désigne encore sous les noms d'état hypnagogique (Krafft- Ebing)^ ou d'état crépusculaire (Ottolenghij -.

La direction des délires impulsifs des épileptiques est extrêmement variable. -Les plus intéressants au point de vue pratique sont ceux qui aboutissent à des actes criminels ou délictueux. Telles sont les impulsions au suicide, à V homicide, au vol, les '\m^\xW\oi\?> pyronianiaques, etc.

Le meurtre épileptique est accompli généralement d'une manière soudaine , sans motif, sans préméditation, ouvertement. Souvent en effet l'acte criminel

' Krafît-Ebing. Etats épileptoïdes hj-pnogogiques (Annales médic. psych.. 1879). "' Ottolonghi. Le Epilessie psychicke. Turin, 1890.

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