TROUBLES MENTAUX DANS L'ÉPILEPSIE. — ÉPILEPSIE PSYCIKOUR
est commis en plein jour, devant témoins. En Texécutant le malade déploie ( une force, un acharnement hors de proportion avec le résultat à obtenir. La 1 victime sera lardée de coups inutiles. Parfois, le crime accompli, le malade \ tombe dans un sommeil profond et s'endort près de sa victime; que cette j torpeur post-paroxystique se produise ou non, au sortir de l'accès, l'épi- j leptique n'a aucun souvenir de l'action qu'il vient de commettre, il l'ignore, ! aussi se montre-t-il fréquemment indifférent, sans remords.
Dans certains cas cependant le crime épileptique ne présente pas les caractères typiques que nous venons d'indiquer. Ainsi il peut arr-iver que l'acte homicide suive de près une provocation étrangère, il semble alors avoir été déterminé par elle. Parfois il y a une apparence de préméditation, de préparation, de rancune antérieure'. C'est qu'en effet le délire impulsif n'est quelquefois que « l'exécution automatique d'une idée antérieure n (Féré)-. Les épileptiques sont souvent en dehors de leurs paroxysmes, des impulsifs nés, des alcooliques; leur caractère, leurs habitudes, leur éducation en font parfois des prédisposés aux actes de violence ou de brutalité, et l'on comprend qu'en pareil cas on ait tenté d'attribuer à une volonté réfléchie un acte qui semble en effet prémédité, mais dont l'exécution est cependant le fait d'une impulsion comitiale; mais ces faits sont exceptionnels.
Dans les impulsions au vol, à V incendie on se trouve encore en présence d'actes coupables accomplis sans motifs, sans préméditation et se répétant invariablement suivant la même formule. Tel malade s'est livré à des tentatives d'incendies reitérées et c'est toujours de la même manière, quelquefois à la même heure et sans se dissimuler qu'il a perpétré ses tentatives. S'il s'agit d'impulsions au vol, le sujet emplit ses poches d'objets futiles ou précieux indistinctement. Quelquefois le vol ne porte que sur des objets de valeur insignifiante et toujours de même nature (cravates, clefs, etc.). Le malade ne cherche pas à tirer parti des objets volés, à en réaliser la valeur. La crise passée il est fort surpris de retrouver dans ses poches les produits de ses larcins inconscients.
\J exhibition épileptique se présente avec un certain nombre de caractères qui permettent de la reconnaître aisément^. Cette variété d'impulsion s'observe généralement chez l'homme; elle est exceptionnelle chez la femme. Elle ne s'accompagne pas, ou du moins rarement de manœuvres lubriques, d'attentat (à la pudeur ou de viol. Il s'agit d'un étalage inconscient non dissimulé, effectué en plein jour, dans un lieu public, en pleine rue avec une indifférence et un calme parfaits. A côté de ces impulsions de cai^actère criminel ou simplement délictueux, on peut observer des actes impulsifs ou automatiques, banals ou bizarres, dont la diversité est pour ainsi dire indéfinie. Le délire impulsif peut consister en un accès de dipsonianie ou de boulimie. Quelquc-
' Clouston. Menlal Diceases.
- Féré. Loc. cit.
^ Gilbert Ballet. Exliibilionnistes. Semaine médicale, 1893. Voir. Laségue. Union médicale. 1877. — Magnan. Soc. de méd. légale. 1890. — Garnier. Archiv. de Neurologie, 189i. Pribat. Th. Paris. 1894.
fois il s'agit d'une sorte de crise coprolaliqiie. Brusquement le malade lâche une bordée d'injures ou de mots orduriei^s avec ta plus grande impassibilité et sans s'émouvoir le moins du monde de l'étonnement qu'il provoque dans son entourage, etc.
Automatisme comitial ambulatoire. — Certains épileptiques sont sujets, à intervalles variables, à des fugues inconscientes dont la durée est parfois considérable. Cette forme de crises psycho-épileptiques a été décrite par Gharcot^ L'accès débute brusquement. Il saisit le malade au milieu de ses occupations. Le sujet quitte tout à coup son travail, son domicile et erre 23endant des heures, des jours entiers. Rarement il revient à son point de départ. Le plus souvent il va droit devant lui dans une direction déterminée et ne reprend conscience de lui-même qu'après avoir jiarcouru des distances quelquefois énormes. Ces fugues sont parfois très longues et le trajet parcouru par le malade fort compliqué. Le sujet au cours de ces crises ambulatoires semble se comporter comme un homme normal puisqu'il prend quelquefois un billet de chemin de fer, se fait servir à manger, paie, etc. 11 est dans une sorte d'état second. Ainsi le malade de Gharcot accomplit dans sa crise le voyage de Paris à Brest. Un autre épileptique observé par Cabadé- se rendit à pieds en sept jours de Bordeaux à llyères. Mais cette variété est exti-êmement rare. Le plus souvent l'épileptique en fugue présente des allures anormales ; il a l'air hébété, niais ou farouche. Il ne répond pas si on l'interpelle, il brise l'obstacle qui s'oppose à sa marche. Quelquefois il tombe épuisé et mourant de faim (Voisin).
D'autres formes sont rarement observées : ce sont la narcolepsie et la stupeur épileiJtique.
La narcolepsie comitiale n'appartient pas à propreiiaent parler au groupe des paroxymes psychiques. Dans certains cas cependant les crises de sommeil sont immédiatement suivies d'un délire violent (Gaffe et Sémelaigne).
La stupeur épileptique apparaissant à titre Ae, paroxysme indépendant des accès convulsifs, des" vertiges, est assez mal définie. Dans sa forme légère et momentanée elle ressemble assez à uiie crise d'amnésie. Le malade cesse tout à coup de savoir où il est; il ne reconnaît ni les lieux ni les personnes. Kesteven^ a vu cependant des crises de stupeur survenant chez un enfant à heures régulières, que le traitement bromuré supprima.
Enfin deux auteurs italiens Franzolini et Gelotti'' ont publié des faits d'après lesquels l'accès de stupeur comitiale se prolongerait durant plusieurs jours et revêtirait l'apparence de la stupeur lypémaniaque. Mais cette dernière forme ne saurait être acceptée sans réserves.
Par contre on sait qu'il n'est pas rare d'observer à la suite des paroxymes
' Gharcot. Leç. du mardi, 1889.
■"' Cabadé. Archiv. cliniq. de Bordeaux, 189b.
Kesteven. Clinical Society, 1879.
' Franzolini et Colotti. Epilessia larvata sotto forma de lipemania altonita [Archiv. liai, ver le nialaltie mentale e nervose, 1861.)