ÉTUDE CLINIQUE
Bibliographie. — Consulter : Ghristiax et Ritti. Art. Paralysie générale [Biclionnaire Decliambrei Schûle, Art. Paralysie générale {Traité des maladies mentales), Traduct. franç. de Dagonet et Duhamel, 1888). Lire surtout le chapitre : Analyse des symptômes. — Krafft-Ebing. Art. Démence paralytique (Traité clinique de Psychiatrie. Trad. franr. de E. Laurent, 1897). Lire le chapitre : Tableau d'ensemble et marche de la maladie. — Ballet et Rlocq. Art. Paralysie générale progressive (Traité de médecine Charcot-Bouchard, 2° édition) — Magnan et Sérieux. La paralysie générale (1 vol. de la collection Léauté. Paris, 1898). — Kkoepelin. Art Dementia paralytica Psychiatrie. Lehrbuch fiir Aerzte und Studirende, 2'- volume, 6"= édition, 1900). Lire les 30 premières pages : AUgemeine Kranklieitszeichen. — Hueï, dans le troisième vol. du Manuel Debovc-Acliard, Régis, Gullerre, dans leurs manuels, ont écrit de bons résumés du tableau clinique de la maladie. — Raymond et Sérieux. Article ; Paralysie générale du t. VIII du Traité de Brouardel-Gilbert. — Kévaval. — La pratique de la médecine mentale, Paris, 1901. — Th. Ziehen. Psychiatrie. Leipzig, 1902. — .1. RoGUES de Fursac. Manuel de Psychiatrie. Paris, 1903.
Résumé de l'évolution clinique. — ■ Avant d'exposer le détail des symptômes, je crois utile de tracer un tableau sommaire de l'évolution générale de la maladie.
L'affection a toujours un début lent et insidieux. Lorsqu'un ictus, apoplectique^ ou épileptique, apparaît comme symptôme précoce, ce n'est jamais un
' L'apoplexie et l'épilepsie étant, non pas des maladies, mais des syndromes, je ne vois pas la nécessité d'upiteler apoplecci formes et épilepli formes les ictus de nature apoplectique
PSYCHOPATHIES ORGANIQUES
phénomène de début qu'en apparence; et l'anamnèse permet facilement au médecin de i^etrouver les éléments d'une période prodromique dont l'insidieuse évolution avait échappé à l'entourage. Cette période prodromique, dont la durée, toujours longue, peut varier de quelques mois à quelques années, se marque par des troubles généralisés et progressifs dans les sphères psychique et motrice. La plupart de ces troubles ne sont d'abord que des nuances, peu perceptibles, que le médecin ne remarque qu'à une observation attentive, et lorsque ses soupçons ont été éveillés par quelque indice inquiétant. L'ensemble de ces symptômes dénote, dès le début, une « déchéance généralisée de tout l'être sentant, pensant et voulant » (Magnan et Sérieux). Il y a une diminution, plus ou moins marquée, mais générale, de l'activité fonctionnelle dans toute la sphère psychique : les facultés intellectuelles baissent, les facultés morales et affectives s'oblitèrent et se pervertissent, les facultés volontaires et le pouvoir d'inhibition s'affaiblissent. Du côté de la motricité, s'observe, à ce moment, une incoordination légère, intermittente, inégale, mais générale et progressive, appréciable seulement dans les mouvements d'exécution délicate et difficile (élocution rapide ou pi"olongée de mots complexes ; écriture, fins travaux manuels, etc.).
L'association de cet amoindrissement psychique et de cette légère incoordination musculaire caractérise le début de l'affection. Comme ces troubles sont progressifs, et qu'ils sont, quoique généralisés, inégalement marqués, quelques-uns d'entre eux ne tardent guère à constituer, par leur exagération, des symptômes prédominants, nets, et à inaugurer ainsi le début de la période d'état de la maladie.
Cette période d'état se caractérise par l'exagération des troubles précédents : à la légère incoordination motrice, appréciable seulement dans les actes délicats, succède et s'ajoute le tremblement, l'ataxie et la parésie psychomotrices, les troubles dysarthriques. La sphère psychique s'obnubile de plus en plus : l'amnésie s'étend des faits actuels ou récents aux faits anciens ; l'incoordination des idées s'accentue; le caractère se modifie complètement: les qualités affectives, le sens moral, déjà émoussés, disparaissent : l'indifféi^ence et l'apathie s'exagèrent, l'individualité psychique tout entière se dissocie et se désorganise. Cependant, apparaissent et se cultivent, sur ce fonds démentiel, des idées délii-antes variées, d'ordre expansif ou dépressif, ambitieuses et mégalomaniaques, ou mélancoliques et hypochondriaques, toutes marquées <au sceau de la démence, c'est-à-dire absurdes, illogiques, incohérentes, contradictoires, asystématiques : la même anarchie mentale préside aux actes des malades, dont la conduite suffit souvent à caractériser l'affection. Cette période, qui dure plusieurs années, est traversée par bien des incidents, d'ordre divers, qui donnent à chaque cas particulier sa physionomie spéciale, et autorisent la description des différentes formes de la paralysie générale. Parmi ces incidents, quelques-uns peuvent, par leur soudaine appa-
ou épileptique qui accidentent lo cours de la paralysie générale. Le syndrome apoplexie ne peut ressenribler qu"à lui-même, quelle que soit sa cause étiologiquc et son allure clinique.
PARALYSIE GÉNÉRALE PROGRESSIVE
rition, précipiter l'évolution morbide et brusquerie dénouciiient (ictus, complications viscérales, etc.)- En dehors de ces éventualités, la maladie s'achève en \xne période terminale, caractérisée par la ruine totale de l'intelligence, la démence complète, l'incapacité musculaire presque absolue du malade immobilisé au lit, la persistance de la seule vie végétative hulbo-méduUaire, le gâtisme, le marasme et la mort.
La succession de ces trois périodes fait de la par'alysie générale progressive, une maladie chronique, très lente, à évolution irrégulière, soit accélérée par des accidents soudains et graves, soit ixtardée par des rémissions prolongées, et qui, en dehors de cas exceptionnels et discutables, aboutit en quelques années à une terminaison fatale.