‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 12 sur 220 · IV. — Affections des reins · texte numérisé non relu

IV. — Affections des reins

« Les maladies des reins, disait Griesinger '% ne paraissent pas avoir une grande importance dans l'étiologie des maladies mentales et personne ne rangera les symptômes cérébraux de la maladie de Bright parmi les maladies mentales. » On ne pense pas de même aujourd'hui. En ces vingt dernières années, la question des troubles mentaux liés aux affections des reins a été très étudiée et très remaniée. La « folie brightique » a fait l'objet de nombreux travaux ; rappelons ceux de Leidesdorf, Jolly, Glouston et Hagen dont les observations tendent à prouver que le brightisme aigu ou chronique peut donner lieu à des psychopathies mélancoliques ou alternativement maniaques et mélancoliques. Mentionnons aussi les recherches de Bouvat^ de Dieulafoy^ Raymond ^ Joffroy*; les thèses de Florant^^et Spigaglia*'. Tous les auteurs sont d'accord pour affirmer l'importance et, dans quelques cas, la gravité des troubles mentaux qui compliquent les affections rénales. Les divergences portent seulement sur l'interprétation de ces troubles. Florant et Spigaglia ne les considèrent que comme des variétés de délires toxiques plus ou moins aigus. Jolfroy distingue parmi eux des vésanies développées à l'occasion du brightisme et des psychoses vraiment brightiques; Dieulafoy décrit une folie urémiqiie caractérisée tantôt par de l'agitation et des hallucinations, tantôt par de la torpeur. « Quelquefois, dit-il *^ c'est la forme lypémaniaque qui domine. Le malade a l'œil éteint, la figure impassible. Il est muet et résigné. »

Toutes ces opinions renferment, nous semble-t-il, une part de vérité. Il est ' D'Astros. Loc. cit.

* J. Fischer. Ueher Psychosen bel. Herzkranken. Allg. Zeitscli. f. Psych., LIV Bd , G llel't, p. 1060.

^ Eiclihorst. Délires toxiques dans les maladies du cœur. Deutsche medizinische Wochonschrift, 28 juin 1898.

* Griesinger. Traité des malad . ment. Trad. Doumic, 1865, p. 235.

Hagen (d'Erlangen). Des maladies des reins considérées comme causes d'aliénation mentale. Allg. Zeits. 1'. Psych. u. psycli. gerichtl. Meilicin. XXXVIII, 1. ° Bouvat. Esscd sur Vurémie délirante. Th. de Lyon, 1883.

' Dieulal'oy. De la folie brightique (Soc. m. hôp., 10 juin 1883). Contrib. à l'étude clin, et expérim. de la maladie de Briglit sans albuminurie (Soc. méd. hôp., U juin, 22 oct. 1886).

' Raymond. Sur certains délires simulant la folie survenus dans le cours de néphrites chroniques . Arch. gén. de méd., mars 1882.

" Jolîroy. La folie brightique. Bull, méd., fév. 1891.

'° Florant. Des manifestations délirantes de l'urémie {folie brightique). Th. de Paris, 1891. " Spigaglia. De la folie urémique ou folie rénale. Genève, 1891. " Dieulafoy. Manuel de pathologie interne, 1897, t. II, p. 82.

ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES AFFECTIONS MENTALES 4o

exact que les néphrites aiguës sont capables de donner naissance à des délires toxiques, et il n'est pas douteux d'autre part que l'albuminurie détermine parfois l'éclosion de vésanies chez des sujets prédisposés. Il est également vrai que les psychoses du brightisme se présentent tour à tour sous la forme d'états maniaques ou stupides, de mélancolie avec idées de persécution S de délires hallucinatoires. Mais ces divers troubles psychopathiques ne paraissent constituer autre chose que les aspects divers d'états de confusion mentale développés sous l'influence' de l'auto-intoxication brightique-. En réalité il n'y a pas plus une folie brightique spéciale qu'il n'y a une véritable folie cardiaque : le brightisme, comme les affections du cœur, ne fait qu'éveiller la prédisposition latente et provoquer l'éclosion d'une psychose constitutionnelle, ou conditionner une intoxication d'origine endogène avec la symptomatologie mentale qui révèle d'ordinaire ces sortes d'intoxications.

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