V. — Affections DU FOIE
Elles ont été, de tout temps, considérées comme des causes possibles de troubles mentaux. L'hypochondrie des anciens dépendait des lésions de cet organe; et on n'a pas perdu l'habitude de dire des esprits chagrins qu'ils « se font de la bile»; c'est à la bile en effet et aux humeurs atrabilaires, que les médecins eurent longtemps la tendance d'imputer les psychopathies. Mais si la pathogénie des anciens était insuffisante et sommaire, leur observation n'était pas toujours en défaut et les recherches modernes ont montré qu'ils n'avaient pas constamment tort en rapportant certains troubles mentaux au désordre des fonctions hépatiques. Déjà en 1821, Délaye et Foville'* appelaient l'attention sur la coïncidence, chez une femme, de crises de mélancolie et de poussées d'ictère. Hammond '*, plus tard, insistait sur les troubles mélancoliques et hypochondriaques qui accompagnent les abcès du foie ; Mairet de son côté, a relevé la coexistence de la mélancolie et de la congestion hépatique ; Grilli', il est vrai, ne croit guère à la relation des troubles psychiques avec les lésions du foie, mais son opinion ne manque pas de contradicteurs. Charrin dans un cas de cirrhose, a constaté la diminution notable de l'activité psychique ; .dans une cirrhose atrophique, il a vu un délire vespéral avec hallucinations; il a noté de la confusion mentale dans un cas de cancer pri-
' De Fleury. Accidents nerveux au cours du petit brightisme. Acad. de méd. ; séance du 31 oct. 1899. Semaine médicale, 1899, n» 46, p. 364. ' Guelon. Thèse de Bordeaux, 1898.
^ Délaye et Foville. Nouveau journal de médecine. Septembre 1821.
* Hammond. Abcès du foie, leur association avec l'hypochondrie et leur traitement. Anal, par Hénocque, Gazette hebdomadaire, 1880.
■' Mairet. Cité par Régis et Chevalier-Lavaure. Des auto-intoxic. dans les mal. ment. Congrès delà Rochelle, 1893, p. 81.
° 1'. Grilli. La cirrossi epatica si trova molto raramente nei pazzi. Sperimentale, mai
' Charrin. Maladies du foie et folie. Société de Biologie, 30 juillet 1892.
ETIOLOGIE GENERALE DES AFFECTIONS MENTALES
mitif du foie. Klippel d'autre part, a constate', au 'moyen de l'analyse spectroscopique, que les variations de Turobiline sont en rapport, chez certains aliénés, avec le plus ou moins d'intensité des troubles mentaux ; il en conclut que ces derniers sont sous la dépendance de l'insuffisance fonctionnelle du foie. Cette insuffisance fonctionnelle peut se traduire par une sorte d'exaltation maniaque, avec conceptions vaniteuses. En fait, comme l'a noté Régis on a affaire, là encore, à l'une ou l'autre des formes de la confusion mentale. Klippel 3 attribue aussi à l'insuffisance hépatique les rêves prolongés, les hallucinations, le délire des alcooliques. Il n'est pas douteux que les lésions et les troubles du foie ne jouent un grand rôle dans la- genèse de beaucoup de troubles mentaux : Oordt '* a constaté la glycosurie alimentaire au cours des névroses et de certaines affections du cerveau. Le fait, s'il était vérifié, prouverait que le fonctionnement de la glande hépatique est ralenti dans quelques maladies mentales. Tel semble être le cas dans ces états confusionnels liés à l'insuffisance des fonctions hépato-rénales, sur lesquels Maurice Faure °, en diverses circonstances et tout récemment encore, a appelé l'attention.