INTRODUCTION GÉNÉRALE
Pour apporter un peu d'ordre dans une matière aussi étendue et aussi confuse, on peut classer les lésions de l'encéphale en quelques larges catégories, fondées sur les notions d'étendue (lésions circonscrites ou diffuses), d'évolution (lésions aiguës ou chroniques)^ de siège (lésions de Vécorce, du centre ovale, des différents lobes, etc.) et de nature (lésions inflammatoires ou dégénératices, réparables ou destructives, etc.).
En général, ù des lésions aiguës et circonscrites , correspondent des réactions psychiques soudaines et transitoires ; à des lésions chroniques et diffuses, des trouhles mentaux lents et durables; à des lésions inflam7natoires et réparables, de?, désordres intellectuels subaigus et curables; à des lésions dégénératives et destructives, des altérations de l'intelligence progressives et définitives. Mais ces propositions, dans leur généralité, ne peuvent suffire à l'entreprise d'une classification anatomo-clinique des psychopathies organiques. Cette œuvre ne sera possible que lorsque nous pourrons saisir quelques rapports constants entre la lésion cérébrale et le trouble mental. Or, entre les deux termes, anatomique et clinique, du problème, s'interpose, dans le déterminisme des psychopathies organiques, un faisceau complexe d'éléments pathogéniques, dont l'intrication défie l'analyse la mieux informée et la plus pénétrante.
Une première remarque s'impose : c'est, d'une part, la fréquence des lésions organiques de l'encéphale qui n'éveillent pas de troubles psychiques manifestes ; et, d'autre part, la fréquence encore plus grande des psychoses indépendantes de toute lésion organique, macroscopiquement ou microscopiquement saisissable. La conclusion qui ressort de ce contraste est que : exception faite des diminutions et abolitions de l'intelligence qui signalent les derniers stades des encéphalopathies organiques destructives, les troubles psychiques d'oingine organique sont relativement rares. La raison de ce paradoxe apparent est simple : pour réaliser leurs aptitudes délirantes ou démentielles, les prédisposés aux troubles morbides de l'intelligence n'attendent pas l'apparition d'une lésion organique du cerveau. Les traumatismes, les infections, les intoxications, ou plus souvent encore, la simple traversée des diverses périodes du développement cérébral, le seul exercice fonctionnel de l'écorce, aux phases successives de son évolution et de son involution, suffisent, chez les prédisposés, à créer l'aliénation mentale.
L'apparition, chez les aliénés, d'une lésion cérébrale organique, peut représenter une affection surajoutée, une complication épisodique de la folie. La même lésion cérébrale, survenant chez des sujets à équilibre psychique stable et solide, sera impuissante à éveiller des troubles nerveux. Les aptitudes psychopathiques de ces derniers sujets sont faibles ou même nulles puiscfue, chez eux, la valeur et la résistance de l'édifice mental se sont montrées, au cours de toute une existence, à l'épreuve des multiples accidents de la vie. Voilà pourquoi, en dehors des cas réservés plus haut, les troubles psychopathiques ne sont pas les satellites nécessaires des lésions organiques de l'encéphale ; et pourciuoi, inversement, ces lésions figurent si rarement au dossier étiologique des psychoses.
PSYCHOPATIl [ES ORGANIQUES
Les troubles psychiques observés au cours des affections organiques de l'encéphale doivent donc être regardés, non pas tant comme le produit direct et nécessaire de ces lésions, que comme un effet indirect et contingent de l'affection organique. Celle-ci, toujours exception faite des lésions diffuses destructives, n'est, dans l'éclosion des accidents psychopathiques, qu'un facteur occasionnel, associé à tout un ensemble d^iutres facteurs, personnels ou héréditaires, congénitaux ou acquis, lointains ou récents, dont l'action, accumulée et virtuelle, avait abouti à créer chez le sujet un état de prédisposition psychopathique, qu'a révélé Vappoint de la lésion organique.
Dans les encéphaloi^athies organiques, les troubles psychiques sont presque toujours associés à des troubles sensitivo-sensoriels et moteurs : mais tandis que ceux-ci sont presque constamment l'effet direct des lésions, les troubles psychiques semblent plutôt reconnaître un déterminisme pathogénique comparable à celui des épilepsies et des paralj^sies toxiques, dans lesquelles une imprégnation morbide diffuse du cortex provoque des réactions localisées. L'éclosion de ces symptômes partiels, épileptiques, aphasiques, paralytiques, etc., sous une incitation d'ordre général, représente très probablement la réalisation, provoquée par l'action du poison, ôl imminences morbides régionales, depuis longtemps préparées sous des influences multiples.
De même, dans le domaine psychologique, l'imminence morbide, depuis longtemps créée par les facteurs héréditaires et acquis, se réalise sous l'incitalion de l'épine organique, locale ou générale. Les changements mécaniques, les oscillations vasculaires, les perturbations nutritives, les imprégnations toxiques, qu'entraîne toute lésion cérébrale dans la vie du neurone cortical, mettent enjeu tout le potentiel pathologique de la cellule et déchaînent par cet ébranlement les tendances morbides particulières à l'ensemble du cortex. Aussi ces réactions psychopathiques traduisent-elles, non seulement dans leur existence et leur intensité, mais, le plus souvent, dans leur sens propre et leurs modalités particulièi^es, les prédispositions morbides et les aptitudes délirantes que chaque sujet tient de son ascendance ancestrale et personnelle, c'est-à-dire de son héi^édité, de son éducation, de sa vie individuelle et sociale antérieure, de tout l'ensemble des conditions qui ont présidé, surtout aux premièi^es époques de son développement, à l'évolution somatique et psychique de l'être. Tous les facteurs héréditaires ou acquis, de dégénérescence mentale, jouent donc, dans la préparation et l'orientation des accidents psychopathiques d'origine organique, un rôle de premièi'e importance.
En dehors de ces conditions étiologiques majeures, il faut aussi compter avec l'influence exercée par les associations morbides, sur les effets de la lésion encéphalique psychopathogène. Un foyer d'hémorrhagie ou de ramollissement, toutes autres conditions semblables d'ailleurs, déterminera des accidents psychiques plus fréquents, ou plus durables, ou plus graves, ou d'un caractères clinique tout particulier, si le malade est diabétique ou cardiaque ; s'il est intoxiqué par l'alcool, le plomb, le sulfure ou l'oxyde de carbone, la morphine ; s'il est en état d'insuflisance hépatique ou rénale, etc.
Une des conditions étiologiques importantes, qui influe, non sur l'appari-