MÉNINGITES AIGUËS
nécroptique ne révèle aucune altération maci-oscopiqu(> saisissable. Cette double série de cas si opposés démontre clairement la relative indépendance des troubles psychopathiques et des lésions inflammatoires grossières des méningites, et l'importance majeure, dans la pathogénie de ces troubles mentaux, de l'aptitude réactionnelle de la cellule corticale, troublée dans sa nutrition et sa vitalité. Ilutincl ' dit fort judicieusement que la nature et les formes du délire sont plus en rapport avec les tendances innées ou acquises des sujets qu'avec l'étendue des lésions. El il ajoute : C'esl surtout la prédisposition psj'chique, hérédilaire ou personnelle, qui fait que tel méningitique s'agite comme un maniaque, tandis que tel autre est déprimé ou taciturne comme un mélancolique.
La psycho-séméiologie des méningites aiguës, très inche en symptômes de tout ordre, est très pauvre en syndromes cohérents, systématiques, qui, par leur groupement ou leur succession, puissent i^évéler l'origine méningitique des accidents. D'une manière générale, le début de l'évolution méningitique est signalé par l'apparition de ]ihénom'pnofi (Vexcilalion psychique, diffuse et générale; V érélhisme cortical s'accuse par de l'agitation intellectuelle et motrice, <le la loquacité, de lajactitation.de l'insomnie, de l'éclat du regard, de l'injection du visage et des oreilles, etc. Un degré de plus, non dans l'évolution morbide actuelle, mais dans le nervosisme an térieur du sujet, et le tableau rappelle celui de l'excitation maniaque, avec des caractères qui en spécifient la nature toxiinfectieuse aiguë : apparition des illusions et hallucinations, surtout visuelles, exacerbation vespérale et nocturne des phénomènes morbides, céphalée, troubles respiratoires et circula toii^es , tremblement, inégalité pupillaire, etc. La marche des méningites aiguës est, en général, trop rapide, pour que ce syndrome psychique initial ne subisse pas promptement, par suite de l'évolution morbide, de profondes modifications. En même temps qu'apparaissent les différents symptômes soniatiques de l'aliéction, l'excitation initiale s'apaise et les phénomènes de dépression psychique, avant-coureurs du coma terminal., s'accusent par l'apathie morale et l'inertie physique, l'obnubilation progressive de l'idéation consciente, la confusion intellectuelle, la torpeur, la somnolence, le gâtisme. Suivant une loi classique de physiologie générale, l'atteinte morbide de l'élément anatomique, en l'espèce le neurone cortical, s'est traduite d'abord par l'irritation, puis par l'épuisement fonctionnel de la cellule qui va mourir.
hs, succession de ces deux phases, d'excitation et de dépression sensorielle et psychique. Vacuité d'évolution des accidents, enfin l'ensemble des symptômes généraux et soniatiques, au milieu desquels se précipite le procès morbide dans la méningite aiguë, rappellent d'assez près le tableau, soit du délire aigu, soit des troubles cérébraux aigus de la période initiale des états typhoïdes. Cette ressemblance des symptômes s'explique par l'analogie des processus pathogéniques. Dans tous ces cas, V imprégnation toxi-infectieuse du cortex provoc|ue le syndrome caractéristique des psychosestoxicjues aiguës,
' V. Hulinel. Les mûningilcs aiguës. Traité de Brouardel-Gilbei-l. T. I\. 1902.
PSYCHOPATHIES ORGANIQUES
avec ses éléments constitutifs constants : céphalée, hyperesthésie sensorielle, hallucinations surtout visuelles et tactiles, confusion mentale, délire onirique, agitation ou torpeur, réactions anxieuses, insomnie ; et l'infection générale se traduit par les symptômes somatiques et généraux qui la caractérisent (fièvre élevée, dénutrition, état général, etc.)
Lorsque ce syndrome psychopathique toxi-infectieux aigu a pour substratum anatomique une méningite diffuse, les progrès de l'affection locale ajoutent rapidement au syndrome psychique des symptômes révélateurs des lésions en foyer: contractures, convulsions, paralysies, ophtalmoplégies, troubles du pouls et de la respiration, etc. Les vomissements à caractère cérébral, la constipation avec rétraction du ventre, la céphalée, plus vive dans la méningite aiguë, que dans les états cérébraux aigus non méningitiques (délires alcoolique, typhique, infectieux, etc.) conservent, en l'espèce, toute leur valeur diagnostique.
Les convulsions localisées, souvent à forme monoplégique, à caractère automatique, peuvent, au cours de la méningite aiguë, revêtir l'allure de mouvements coordonnés, de tics, et se répéter avec une régularité rythmique remarquable. Ces convulsions ont une signification précieuse pour le diagnostic de la nature méningitique du processus morbide ; car elles témoignent de l'excitation directe, dans les zones psychomotrices de l'écorce, de certains foyers circonscrits, en rapport avec les fonctions musculaires des membres. La lésion fait ici, au hasard de sa topographie, œuvre d'analyse expérimentale, et provoque à la périphéine des décharges motrices, dont le caractère indique la mise en jeu des associations cellulaires les plus hautement différenciées de la zone psycho-motrice. Cet automatisme morbide, qui s'exerce d'ailleurs tout à fait en dehors de la conscience et de la volonté, est tantôt surajouté, tantôt combiné au thème principal du délire.
Je ne puis insister ici sur les innombrables variations que peut présenter, dans chaque cas particulier, le tableau clinique des troubles psychiques dans les méningites aiguës. Ces variations, qui s'exécutent toujours sur le fond principal que je viens d'indiquer, tiennent à des causes multiples. Vinlluence héréditaire psychopathique fait prédominer, dans le tableau clinique, les ébauches de systématisation délirante temporaire, les idées de persécution, etc. ; l'influence alcoolique, héréditaire ou acquise, multiplie les processus hallucinatoires, les réactions anxieuses ; le surmenage antérieur, l'état de consomption organique consécutif, créent des réactions analogues à celles du délire aigu; une infection en cours, que complique la méningite aiguë secondaire, modifie profondément le tableau clinique de la réaction psychopathique : en généi-al, elle l'atténue, l'abrège et le réduit souvent au coma terminal; telle est parfois l'histoire clinique, au point de vue psychique, des méningites aiguës secondaires à la pneumonie lobaire chez les vieillar-ds et à la lièvre typhoïde chez les adultes. Dans d'autres cas, une subite et courte période d'excitation sensorielle et délirante avec réactions motrices, fugues, précède l'apparition du collapms terminal.
Quand la méningite aiguë affecte la forme cérébro-spinale, elle est parfois