MÉNINGITES AIGUËS
longtemps latente, et du type ambulatoire. On observe, en pareil cas, de la dépression psychique, de la torpeur intellectuelle, un e'tat mental analogue à celui de la premièi'e période de la fièvi-e typhoïde.
L'association de cet état mental aux phénomènes spinaux, la notion de l'épidémicité, celle des conditions étiologiques, pourront aider, en l'absence dè signe manifeste de méningite cérébrale, à poser un diagnostic précoce, que confirmera \d. ponction lombaire.
Les intéressantes observations de A. Chauffard \ Joffroy^ Netter^ Widal et Lemierre '* ont bien mis en lumière la réalité et le polymorphisme des suites éloignées de la méningite cérçbro-spinale aiguë. Ces séquelles méningitiques semblent porter principalement sui les fonctions médullaires : mais il ressort des observations de Netter (surdimutité consécutive à une surdité méningo-labyrinthique) d'Antony ^ (aphasie, démences, secondaires à la méningite aiguë) de Moizard et Grenet' (graves modifications du caractère, chez un enfant guéri d'une méningite aiguë) que la méningite cérébrale aiguë peut laisser, après sa guérison, des altérations et des déficits sensoriels, aphasiques et psychiques permanents et graves. Les suites psychopathiques des méningites sont proportionnelles, dans leur intensité, au jeune âge des sujets. Chez les tous jeunes enfants, elles sont représentées par les différentes variétés méningitiques de l'idiotie.
Méningite tuberculeuse.
La méningo-tuberculose comporte, au cours d'une évolution plus longue, des réactions psychopathiques plus variées et plus nombreuses. Ces réactions sont essentiellement commandées, dans leur nature et leurs caractères, par l'âge des malades, leur degré de prédisposition névropathique, héréditaire ou acquise ; et, dans une certaine mesure, par la localisation dominante des lésions, à la base ou à la convexité, au pôle frontal ou aux régions ■postérieures. Si, au point de vue des symptômes généraux, la méningite tuberculeuse comporte bien des variétés, au point de vue des réactions psychopathiques, elle revêt des formes encore plus diverses ; et l'on peut dire en ce sens, que chaque malade a une méningite particulière , dont l'expression psychopathique est presque toujours conforme à sa réaction cérébrale individuelle, à sa formule mentale personnelle. « Pour être complet il faudrait presque instituer autant de formes qu'il y a de malades « (Chantemesse).
* A. Chauffai'd. Des suites éloignées dos méningites céréljro-spinales aiguës Soc. méd. des llôpiLaux. 22 mars 1901.
^ A. Jolï'roy. Môme sujet. Loc. cil. Soc. méd. des Hôpilaux. ■' A. Netter. Idem. Soc. méd. des Hôpitaux. 29 mars 1901.
* Widal et Lemierre. Idem. Soc. méd. des Hôpilaux. 26 décembre 1902. " Antony. Idem. Soc. méd. des Hôpilaux. 29 mars 1901.
" Moizard et Grenet. Idem. Soc. méd. des Hôpilaux. Décembre 1902.
PSYCHOPATHIES ORGANIQUES
Les troubles psychiques de la méningo-tuberculose doivent être étudiés aux trois stades successifs de l'évolution clinique de l'afTection : durant les prodromes, pendant la période d'état, et enfin au moment de la terminaison.
ha période prodromique de la méningite tuberculeuse a une durée extrêmement variable et dont le début ne peut être précisé : contemporaine de l'infection bacillaire d'un autre territoire de l'organisme, et d'une évolution tuberculeuse, latente ou manifeste, des ganglions, des poumons, etc., elle confond ses iiianifestations cliniques avec les effets de ces lésions primitives; et, parmi les troubles de toute nature qui précèdent le début de la méningite tuberculeuse, on distingue malaisément des symptômes de souffrance générale de l'organisme et du système nerveux, les signes révélateurs précoces de l'atteinte morbide de la séreuse cérébrale.
Les troubles psychiques prodromiques de la méningite tuberculeuse peuvent apparaître soit dans la période qui précède immédiatement l'éclosion des accidents méningés, soit beaucoup plus tôt, quelques mois, parfois quelques années avant le début de l'affection. Le mécanisme pathogénique de ces derniers troubles peut prêter à la discussion : on peut les imputer à la souffrance d'un cortex, encore anatomiquement indemne de produits tuberculeux, mais exposé aux conséquences indirectes de la toxi-infection bacillaire de l'organisme. On peut les rapporter aux débuts mêmes d'une germination tuberculeuse précoce et discrète ou avortée.
.J'ai eu, à deux reprises, l'occasion d'observer V association de ces troubles prodromiques psychiques à de pénibles et tenaces douleurs dorso-lombaires, nettement rachidicnnes. Dans un de ces deux cas, la rachialgie fut longtemps attribuée à un syndrome neurasthénique, dont l'état psychique constituait les autres éléments. L'évolution montra la nature méningitique de tous les symptômes, mentaux et rachialgiques. Dans le second cas', la nécropsie montra une méningo-myélite dorso-lombaire prédominante, avec invasion secondaire de la pie-mère cérébrale : dans les deux cas, le cyto-diagnostic céphalo-rachidien fut posiiif. Ce sont là des exemples de méningo-bacillose subaiguë, à évolution lente, à localisation très probablement médullaire initiale et h. processus ascendant. Cotte filiation des phénomènes donne bien aux prodromes psychopathiques toute leur valeur séméiologique, en montrant l'exquise susceptibilité réactionnellc de l'écorce cérébrale <à l'intoxication diffuse du névraxe, par des poisons issus d'un foyer morbide encore discret et éloigné. Il convient, en tous cas, de voir, dans ces troubles mentaux prodromiques, la ijreuve d'une vulnérabilité cérébrale toute spéciale. Le terrain psychique marque ainsi, par ces réactions subtiles et précoces, ses aptitudes pathologiques natives ou acquises.
Les troubles mentaux qui précèdent à longue échéance le début de la méningite tuberculeuse, et que (]hantemesse, dans un chapitre de sa remarquable thèse-, a groupés sous le titre de « Troubles cérébraux prémoni-
' Dupré, Hauser et Sébilleau. Méningo-myulile tuberculeuse subaiguô. Société de Neurolocjie, 1903.
- Chanteoiesse. Étude sur la méningiLe tuberculeuse de l'adulte. Les formes anormales
MÉNINGITES TUBERCULEUSES
toires dans la méningite tuberculeuse », sont caractérisés par de l'affaiblissement général de l'intelligence, des perversions morales ou affectives variées, des désordres dans les actes, des bizarreries dans la conduite. Les observations cliniques diffèrent beaucoup les unes des autres : tantôt il s'agit d'un changement complet dans le caractère, tantôt d'idées de persécution, tantôt de modifications dans la conduite, qui devient étrange, tantôt d'actes immoraux, d'escroqueries; tantôt d'une période de dépression mélancolique ou d'excitation maniaque, etc. ; ces lointains prodromes apparaissent quelques mois ou quelques années avant l'éclosion de la méningite. Celle-ci, par son apparition, vient à la fois clore la série et éclairer la nature des accidents.
Ces relations entre les troubles psychiques et le développement insidieux d'une liiherculose méningo-cérébrale latente ont un intérêt médico-légal non négligeable ; deux des malades observés par Ghantemesse avaient été mis en prison, pour des délits cotmnis sous Vinfluence du début de la tiiberculisalion méningée, reconnue à l'autopsie quelques semaines plus tard. Aussi Chantemesse conclut-il, avec raison, que, à côté des troubles cérébraux qui n'atteignent que l'individu, il en est d'autres dont le caractère est à la fois plus dissimulé et plus dangereux, et qui conduisent les patients à subir les condamnations Judiciaires les plus graves.
Les troulAes psychiques immédiatement prodromiques de la méningite tuberculeuse sont constants et beaucoup plus connus. Ils consistent principalement en 7nodifications du, caractère, secondaires à des perturbations, de sens variable, de l'émotivité et de l'affectivité. Los malades, le plus souvent des enfants, deviennent tristes, taciturnes : ils recherchent la solitude et le silence : grognons, querelleurs, hargneux, ils se montrent d'une irascibilité insolite. Dans d'autres cas, au contraire, ils deviennent anormalement tendres câlins, atfectueux, et recherchent les caresses de leur entourage.
A ces perversions pathologiques de l'émotivité et de l'aii'ectivité, s'ajoutent des troubles du sommeil, des cauchemars, des terreurs nocturnes, des hallucinations ; enfin, plus rarement et chez les adultes seulement, des idées délirantes variées, du désordre des actes, des fugues, des bizarreries de la conduite. Comme ces troubles psychiques se développent chez des sujets compromis dans leur nutrition et leur vitalité par l'infection tuberculeuse en voie d'extension et de dissémination progressives, le médecin peut entrevoir parfois la cause organique fondamentale de ces manifestations prodromiques, et dépister ainsi, à ses débuts, la méningite tuberculeuse. L'erreur inverse peut être aussi commise : devant l'ébauche d'un tableau clinique qui rappelle, souvent de fort près, celui de cette période prodromiquc, on pense, surtout chez des sujets suspects, à la possibilité d'une méningite tuberculeuse au début, et la suite des événements ne confirme pas ces soupçons.
Lorsque l'évolution morbide démontre, par l'apparition des signes soma-
en particulier. Tlièse, Paris, 1884. Lire les huit observations, clans lesquelles sont mentionnés les prodromes psychopathiques.
dll4
tiques classiques, l'existence dp la méningite tuberculeuse, de nouveaux troubles psychiques s'associent aux symptômes physiques.
Un symptôme assez fre'quemment constaté, au cours de la méningite tuberculeuse, surtout dans la méningite en plaques, est l'aphasie, surtout l'aphasie motrice. Madelaine ' en cite de nombreux exemples, et insiste sur l'intérêt du symptôme dans le diagnostic de la méningo-tuberculose en plaques (obsei'vations de Balzer, Josias, Gombault, etc.) Carrière - a publié une intéressante observation de méningite tuberculeuse avec surdité verbale, puis surdité corticale, agneusie, anosmie ; les lésions prédominaient dans les régions sylviennes et temporales.
Lapsychoséméiologie de lapériode d'état de la maladie se caractérise, avant tout, par une modification profonde du ton affectif et de l'obnubilation de l'intelligence, accessoirement par des troubles sensoriels, de la confusion mentale et des idées délirantes, qui altèrent profondément la personnalité du malade.
Ces troubles se marquent, dès le début, par l'attitude générale du corps, l'expression du visage et du regard, les modifications du langage, les réactions mimiques. Le malade, le plus souvent immobile et somnolent, taciturne, indifférent au monde extérieur, semble poursuivre un rêve pénible ou une méditation profonde ; des grimaces rapides, des soupirs profonds, des gémissements, des mouvements automatiques variés scandent irrégulièrement cette obscure etdouloureuse pantomime : le malade sort de temps à autre de cet état, sous l'influence d'excitations, spontanées ou extérieures, comme les crises de céphalée ou un appel impérieux, pour émettre des plaintes, des remarques, ou des réponses précises aux questions posées. Il retombe ensuite rapidement dans le même état d'indifférence, de rêve et de demi-stupeur. Souvent couché en chien de fusil, la face tournée du côté oj^posé à la lumière, les yeux fermés et le visage contracté dans une grimace continue et douloureuse, le malade éveille par son seul habitus le soupçon de la méningite : lorsqu'il ouvre les yeux, l'expression fixe, étonnée et hostile du regard, le froncement des sourcils, trahissent la perversion des sentiments affectifs : et en effet, le malade redoute l'approche de ses parents et du médecin, et les personnes les plus familières lui deviennent importunes; la parole est rare, brève, manifestement pénible au malade : les réponses sont courtes, saccadées monosyllabiques, émises avec mauvaise humeur.
Avec les progrès de l'évolution méningitique, les altérations psychiques se marquent davantage : la période d'interférence symptomatique , dite d'oscillation, de rémission ou de ti'ansition, est signalée par la sédation de l'éréthisine cérébral, l'apaisement de l'agitation mentale, et \q retour partiel et temporaire de la lucidité intellectuelle et du calme psychique. C'est à ce moment caractéristique de l'évolution de la méningite tuberculeuse, que l'entou-
' G. Madelaine. Contribution à l'étude de la méningite tuberculeuse en plaques. Thèse Paris, 1902.
- Carrière. Archives cliniques de Bordeaux. 1896.
?II':N INCITES TUBERCULEUSES
rage, trompé par les apparences de la situation, se félicite de cette détente générale et espèi^e tout d'un changement de si bon augure. L'évolution morbide suit cependant son cours^ et ce réveil momentané de l'intelligence annonce l'imminence de la période terminale, paralytique et comateuse, de la maladie.
Au cours de la période d'état, à ces symptômes fondamentaux (obnubilation et confusion mentales, dépression psychique, perversion affective; s'ajoutent, par intermittences, surtout le soir et la nuit, du subdélire, à forme tranquille, avec marmollement. carphcAogie, etc. Plus rarement les malades sont tourmentés par des troubles sensoriels plus ou moins marqués, des hallucinations surtout visuelles, et portant bien la marque de leur nature toxi-infectieuse : multiples, mobiles, pénibles ou terrifiantes, surtout nocturnes.
Ces troubles sensoriels peuvent déterminer des réactions motrices, le plus souvent défensives ; des impulsions parfois violentes; en tous cas, ils alimentent le délire et augmentent la confusion mentale : il peut en résulter un étal d' agitation délirante et motrice avec incohérence dans les idées et violence dans les actes^ Ces manifestations, d'ailleurs rares, essentiellement passagères, ont été observées chez des prédisposés vésaniques, et surtout chez des alcooliques.
Dans d'autres cas, le délire revêt la forme érotique, avec liallucinations génitales, et excitation sexuelle, attitudes passionnelles, et spasmes rytlimiques du bassin.
Des idées de persécution peuvent aussi apparaître, au cours de l'évolution morbide, mais absolument dénuées de cette ;ipparence de systématisation qu'elles peuvent revêtir dans la période prodromique.
.Des idées de ruine, de culpabilité, de damnation, ont été également observées, dans les formes mélancoliques du délire méningilique -
Vigouroùx- a publié une intéressante observation de méningite tuberculeuse, précédée d'une période de délire mélancolique qui dura plusieurs mois, avant l'explosion des accidents nettement méningitiques qui emportèrent le malade en deux semaines. La nécropsie démontra une méningite tuberculeuse de la base, prédominant à la face inférieure des lobes fronlaux, oii les lésions semblèrent également plus anciennes qu'à la partie moyenne de la base.
Quelles que soit leur forme, leur intensité et leur durée, les troubles psychiques de la méningite tuberculeuse semblent indépendants de l'état de la. température : le délire peut être très intense, quand la fièvre manque, et n'être qu'à peine appréciable quand la méningite, accompagnée de broncliopneumonie tuberculeuse, dessine une courbe qui oscille autour de 40" (Chanteraesse). Une autre loi de ces réactions psychopathiques, est leur grande variabilité. D'un bout à l'autre de l'évolution morbide, l'état psychopathique se modifie incessamment.
' Sornas. MéningiLe tuberculeuse à forme do delirium Ireiiiens. T/ièse Paris. 1887, - Vigourou.v. Méningite tuberculeuse à forme mélancolique. Soc. médico-psyclioloyhj ne . Juin 1901.
PSYCHOPATHIES ORGANIQUES
La période terminale de la méningite tuberculeuse est marquée, dans la sphère psychique, par les progrès de Tobnubilation intellectuelle, de la torpeur et de la somnolence ; la conscience disparait et toute activité intellectuelle cesse. La résolution musculaire est complète. Tanesthésie sensitivosensorielle absolue et le malade succombe dans \ecoma.
Telle est la physionomie générale des troubles psychiques de la méningite tuberculeuse. Cette description ne vise d'ailleurs que les réactions psychopathiques de la méningite bacillaire de l'adulte, dite primitive ; les formes secondaires, celles qui tuent les tuberculeux pulmonaires ou génito-urinaires, les i^htisiques, qui, selon l'expression de Guersant, meurent par la tête, varient beaucoup dans leur expression clinique : l'évolution en est le plus souvent très raccourcie, et dans l'explosion subite des symptômes de la déterminalion méningée mortelle. le délire n'occupe qu'une place secondaire : l'apparition de ce délire acquiert cependant en l'espèce une haute valeur séméiologique : surtout lorsque les autres phénomènes cérébraux sont frustes et atténués.
On conçoit qu'en raison du polymorphisme du caractère souvent ii'régulier et ataxique des formes psychopathiques de la méningite tuberculeuse, la nature fondamentale de l'affection soit méconnue et que le diagnostic reste souvent, en l'absence d'autopsie, incertain. G. Landel^ rapporte une observation intéressante, qu'il tient de son maître Siredey, et dans laquelle une jeune dame mourut d'une affection délirante aiguë, à forme érotique, suivie d'excitalion maniaque, et de coma. Un ne porta le diagnostic rétrospectif très plausible de méningite tuberculeuse chez cette femme, que quelque temps après sa mort, lorsqu'un de ses enfanls fut atteint lui-même de méningite tuberculeuse a évolulion classiqui;. Le diagnostic rétrospectif de la nature méningo-bacillaire des accidents psychiques de la mère s'éclaira alors par laméningile de l'enfant, et par le rappel de certains symptômes significatifs qu'avait présentés la malade.
La qucsiion des rapports entre le siège des lésions et la nature psychique des syniptô)nes de la niéningilc tuberculeuse s éclaire par l'éludo de quelques observations, qui démontrent la prédominance et l'anli'i'ioi'ité manifeste des lésions fronlalcs dans les foi'mes mentales de l'affection. A rappi'ocher du cas plus haut cité de Vigoiiroux, est robscrvalion de Bergé-, dans laquelle un alcoolique commença l'évolution cliniqui' d'une méningite luberculeuse par une période, de deux semaiiu's environ, de troubles mentaux graves, avec désordres de la couduite, fugues, elc. En présence d'un diagnostic difficile, la ponction lombaii'e, pratiquée douze jours après le début des accidents, fut négalive : une seconde ponclion, faite Irois jours plus tard, donnait un liquide louche chargé de lymphocytes. La nécropsie montra une énorme prédominance des lésions méningo-bacillaires en nappe à la région frontale,
' Gaston Landol. — Contribution à. l'étude clinique de la méningite tuberculeuse de l'adulte. ïliése de Paris, 1896.
- A. Bergé, Soc. de \eurolû(/ie, 1903.
ABCÈS ENCÉPHALHIQUES
surtout à la face iiilerno des lobes frontaux. Le caractère pi^ychopathique du début et de l'évolution de l'affection, la localisation frontale des lésions, enfin la différence des résultats des ponctions lombaires successives, sont des faits intéressants à rapprocher : car ils éclairent la nature des réaclions cliniques par le siège des alléralions anatomiques, et ils montrent l'intérêt de Vétiide des modifications évolutites du liquide céphalo-rachidien, au cours des méningites primil ivement localisées et secondairemenl généralisées.
L'étude anatomique et chnique, la cytodiagnostic, des méningites a démontré la possibilité de la guérison non seulement des méningites aiguës mais encore de la méningite tuberculeuse. Cette notion a ouvert le chapitre encore bien récent des suites lointaines des méningites sur les fonctions psychiques. Je ne reviens pas sur les c[uelqnes indications que j'ai données à ce sujet, à l'occasion des méningites cérébro-spinales aiguës (voir plus haut). La littérature médicale est encore plus pauvre en documents de cet ordre, relatifs aux suites de la méningo-tuberculose guérie. Les études que j'ai faites, à propos du méningisme, sur cette question, me portent h penser que, le plus souvent, la méningite tuberculeuse guérie récidive, el emporte le malade, après un intervalle de santé physique relative, et de santé psychique encore plus précaire. Dans d'aulrescas, on observe un affaiblissement intellectuel manifeste, qui confine à la débilité mentale. Chez les tout jeunes enfants, la tuberculose méningée curable est une des causes anatomiques de Vidiotie. La surdi-mutité, qui succède souvent à Voloméningite, bien étudiée par Ginlrac et Netter dans les formes aiguës de la méningite, semble pouvoir aussi représenter une des suites de la méningite tulnuTaleuse guérie
IL — ENCÉPHALITES AKiCES CIRCONSCRITES. — ABCÈS ENCÉPHALIQUES
Les abcès cérébraux sont toujours secondaires à une encéphalite aiguë, en général circonscrite, mais plus étendue que la collection purulente consécutive. \ lapremière phase d'encéphalite aiguë, succèdent une seconde période, de plus longue durée, de ramollissement et de suppuration en un foyer circonscrit, et enfin une troisième étape anatomique, celle de l'enkysteinent local, en une région déterminée, de la collection purulente.
A ces différents stades anatomo-pathologiquescovve'è^onàQnlûeii périodes cliniques, dont la succession, à travers toutes les vicissitudes symptomatiques que peuvent comporter de telles affections, se marque assez nettement, dans les cas classiques, par l'apparition d'une phase de phénomènes aigus, généraux, fébriles, avec vive réaction cérébrale (période d'encéplialite aiguë), suivie d'une phase souvent fort longue d'accalmie, de sédation relative, des accidents du début (période de rémission) et enfin d'une dernière étape, marquée par l'apparition de symptômes de foyer, convulsifs ou paralytiques, avec le syndrome terminal des tumeurs cérébi^ales (période de paralysie et de
' Voir le cliapitrc : Psychopalhien iiihevculeuses.
coma). Klippel^ a bien mis en lumière l'évolution de ce processus anatomoclinique.
A ces périodes cliniques successives correspondent des réactions psychopathiques, en rapport avec le déterminisme pathogénique des accidents cérébraux. Dans la phase (ï encéphalite aiguë, éclatent avec la fièvre, la céphalée, les convulsions, etc., des troubles aigus, de l'agitation, de l'insomnie, des troubles sensoriels hallucinatoires, du délire actif, avec loquacité, jactitation, etc. Uéréthisme psychique peut aller jusqu'à l'excitation maniaque; le tableau ressemble à celui de la méningite aiguë. Dans d'autres cas, cette première période se marque par de la torpeur, de la dépression somnolente, d'apparence mélancolique, avec subdélire tranquille, rêvasseries, etc. Dans tous les cas, le syndrome psychopalliiqtie révèle bien son origine toxi-infectieuse par la prédominance des accidents de confusion mentale, de délire onirique, d'hallucinations, etc.
Là phase de rémission signalée par l'apaisement des accidents aigus, comporte le réveil de l'activité intellectuelle, et, souvent, un tel amendement symptômatiqice , que l'on peut croire à la guérison d'une méningite légère, d'une détermination encéphalopathique passagère de nature infectieuse. Cependant l'examen attentif révèle l'existence de quelques légers troubles psychiques : un peu de torpeur, des crises de somnolence diurne, d'insomnie nocturne, de la lourdeur de tète, de la paresse intellectuelle, en un mot, un syndrome plus ou moins accusé, et intermittent, de neurasthénie cérébrale. Cette phase de rémission, qui correspond à la formation lente de l'abcès, dans, une région tolérante de l'encéphale, peut durer des mois, et même des années.
ho. période terminale est marquée par l'apparition de phénomènes de torpeur, de somnolence, de stupeur progressive, de gâtisme et de coma.
Souvent, en raison de l'absence ou de l'irrégularité de la fièvre, du néant d'antécédents étiologiques, etc., la succession de ces périodes présente au médecin des symptômes cérébraux diffus dont l'origine reste méconnue. Lereboullet^a publié une observation de ce genre, oii la première période des accidents fut rapportée à l'urémie, et la seconde à une méningite tuberculeuse, dans un cas oîi l'autopsie révéla l'existence d'un abcès du lobe temporal, avec méningite suppurée.
L'évolution anatomo-clinique des suppurations cérébrales, qui, à cause de tant de facteurs pathogéniques en présence, comporte déjà dans son expression neuropathologique d'innombrables variétés, suscite des réactions psychopathiques plus capricieuses et plus imprévues encore.
Sans parler des cas d'abcès latents révélés par l'ictus apoplectique et comateux terminal, il faut mentionner ceux où l'abcès n'a d'autre expression clinique qu'un accès maniaque, qui éclate brusquement sans autre symptôme.
' Klippel. Abcès cérébral. Traité de Brouardel-Gilbert, t. VIII.
- P. Lereboullet. Sur un cas d'abcès du cerveau. DilTicuUés du diagnostic. Confusion avec l'urémie cérébrale et la méningite tuberculeuse {Gaz. hebd., décembre 1898).
ABCÈS ENCÉPHALIQUES
sans fièvre, et guérit assez vite et complètement : quelques semaines plus tard, la mort survient au milieu d'accidents cérébraux significatifs. Dans d'autres cas, l'abcès cérébral détermine d'abord quelques modifications du caractère, suivies de légers troubles délira7ils, Qi à' affaiblissement intellectuel relatif. Le malade, interné dans un asile, meurt quelque temps après, et la lésion n'est reconnue qu'à l'autopsie (Klippel). Parfois l'abcès encéphalique ne provoque que les réactions psychiques des tumeurs cérébrales : la phase des accidents aigus fait défaut. Dans des éventualités encore plus rares, on peut constater l'adjonction, à un syndrome encéphalopathique complexe, de troubles mentaux particuliers : c'est ainsi que, dans un cas d'abcès tuberculeux du cervelet ^ j'ai observé cette singulière altération de la personnalité, que j'ai proposé de dénommer puérilisme mental, dans laquelle l'habitus, l'attitude, la mimique, le langage, les tendances et l'expression des idées
Fig. ISS. — (Collection Dupré.) Abcès du lobe fronlal droit, d'origine septicopyémique (bronchoplcuropneumonic, avec foyers métastatiques divers, périnéphrite, etc.). La cavité de l'abcès, de la dimension d'une grosse noix, est en pleine substance blanche, et n'intéresse pas l'écorce. La profondeur de l'abcès, l'épaisseur visqueuse de son contenu, n'ont pas permis à la trépanation de vider le foyer. Le diagnostic de la nature et du siège de la lésion avait été fait avant l'intervention.
témoignent d'une régression de la mentalité vers l'enfance. Dans un autre cas, j'ai constaté, au cours de l'évolution chronique d'un abcès staphylococcique du lobe frontal^ des troubles psychiques variés, parmi lesquels prédominait cette curieuse disposition d'humeur à la plaisanterie, et cette tendance de l'esprit à l'ironie, que certains auteurs, avec Bruns et Jastrowitz, ont signalées, sous le nom de Wilzelsucht et de Moria, dans les lésions du lobe frontal.
Dans une autre occasion, j'ai reconnu cliniquement l'existence et le siège
' E. Dupré et A. Devaux. Abcès du cervelet. Soc. de Neurologie, 1903. ' Dupré, "Widal et Le Sourd. Abcès cérébral. Soc. mul. des tiopilauj:, 1903.
PSYCHOPAÏHIES ORGANIQUES
exact d'un abcès central du lobe frontal droit, chez une femme atteinte de septicopyémie streptococcique subaiguë, d'origine broncho-pulmonaire, à l'apparition soudaine d'un accès d'épilepsie jacksonnienne gauche, suivi d'hémiparésie correspondante avec signe de Babinski et légère exagération des réflexes; et, à la constatation, au cours de ces graves conjonctures, chez nne femme intelligente et très éveillée, d'un état mental extraordinairement optimiste, enjoué, disposé à la plaisanterie et témoignant d'une jovialité vraiment paradoxale en la situation. L'absence de lymphocytose céphalorachidienne, de céphalée, de vomissement, de réactions méningées en général, éloignait l'idée d'une affection cortico-pie-mérienne : ces signes indiquaient une lésion irritative et destructive à la fois, centrale, limitée, sur la projection pyramidale : enfin, l'état psychique plaidait en faveur d'une atteinte du lobe frontal. La nécropsie confirma un diagnostic qui ne devait sa précision topographique qu'à l'interprétation de l'état mental sui'ajouté aux autres symptômes de foyer ^ (Voy. lig. 152 et 153). C'est là un des exemples de l'application du psycho-diagnoslic.
J'ai enfin observé - un syndrome précisément opposé, dans un cas d'abcès centrovalaire double du lobe frontal droit, d'origine grippale, qui détermina des troubles mélancoliques, après une courte période de confusion mentale. En résumé, on voit que l'expression psychopathique des abcès encéphaliques est extrêmement variée, et qu'elle peut revêtir, d'une manière très générale, plusieurs formes : la forme aiguë, où la réaction psychopathique rappelle soit le syndrome mental des infections générales septicémiques, soit celui des encéphaloméningites aiguës; la forme subaiguë, analogue à l'expression psychopathique de la méningite tuberculeuse, de certaines tumeurs cérébrales ; la forme chronique, qui rappelle le syndrome psychique des tumeurs cérébrales, des méningites chroniques; cette forme peut se traduire par des accidents vésaniques irréguliers, de l'affaiblissement démentiel, une issue mortelle, imprévue, bref une évolution qui déjoue tout diagnostic. 11 existe enfin une forme latente, qui cause parfois la morl subite d'un sujet qui, à aucun moment de son affection, n'a présenté de trouble intellectuel appréciable.
Fig. 154. — (Collection Dupré.) Même pièce que figure 153. Abcès centrovalaire du lobe frontal droit.
Coupe vertico-transversale de Tliémisphère.
' Dupré et Sébilleau. Abcès du lobe frontal. Société de Neiirolof/ie. 1903 - E. Dupré et J. Ileitz. Double abcès cenlrovalaire du lobe frontal droit. Confusion mentale et mélancolie (Soc. de neurolor/ie, avril 1902).
ENCÉPHALITES AIGUËS
Je n'étudie pas ici les troubles psychopathiques liés au siège même des collections purulentes (aphasies, etc.). Ceux-ci, pour éviter les répétitions, sont passés en revue aux chapitres des lésions cérébrales en foyer (hémorrhagies, ramollissement) et des Tumeurs cérébrales.