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PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT

L'activité psychique de l'idiot offre des lacunes dans le mode de perception des sensations, dans le développement des instincts, des émotions ou des différents actes de rintelligence. Toutes ces manifestations psychiques sont reliées entre elles par iine dépendance réciproque. Leur connaissance approfondie, dans chaque cas particulier, permet d'orienter l'action éducatrice dans le traitement de l'idiot, de façon à stimuler certaines facultés très élémentaires pour aider au développement d'autres, plus complexes.

La faculté de percevoir les sensations visuelles, auditives, gustatives^ olfactives et tactiles est rudimentaire chez l'idiot.

La perception des sensations visuelles est parfois nulle, ou bien parce qu'une lésion oculaire détermine une cécité absolue, ou bien parce que l'idiot ne parvient pas à fixer le regard sur quoi que ce soit, sans qu'il soit aveuglé; en effet, dans ce dernier cas, les pupilles réagissent régulièrement à la lumière . l'idiot regarde, mais ne voit pas.

Les sensations auditives sont dans le même cas : il y a tantôt une véritable surdité due à une malformation ou aune lésion auriculaire, tantôt une imiDossibilité de prêter l'oreille à un bruit, à un mot, à une phrase.

La gloutonnerie de l'idiot emi^êche de se rendre compte de la perception chez lui des sensations gustatives : le plus souvent, il avale tout ce qu'on lui donne ou tout ce qui lui tombe sous la main, sans qu'il ait l'air de préférer une chose à une autre.

Les sensations olfactives sont très souvent à peine marquées, à tel point que les plus fortes odeurs semblent laisser l'idiot indifférent.

On constate aussi une grande diminution ou même une absence de perception des sensations tactiles, simples, douloureuses ou thermiques.

Bien entendu, nous parlons ici des grands idiots ; chez les imbéciles, la faculté des perceptions sensitives existe un peu, et chez les semi-imbéciles, elle s'approche de la normale.

A cet état rudimentaire ou nul des sensations venant du monde extérieur.

IDIOTIE

correspond l'insuffisance ou l'absence des sensaLions venant des appareils et organes de l'idiot lui-même. Il en résulte des modifications importantes dans le domaine des besoins inslinclifs.

Le besoin de manger et de boire est nul cbez ceilains idiots et constant chez d'autres. Les tins restent sans nourriture et ne manifestent jamais leur faim, les autres mangent gloutonnement, sans limite, sans faire la moindre attention à ce qu'ils mangent.

Le besoin delà miction et de la défécation est satisfait d'une manière purement réflexe, à la façon des gâteux.

Le besoin de dormir existe chez tous les idiots, et chez quelques-uns il détermine une somnolence continuelle. L'idiot profond ne connaît pas les insomnies et encore moins les rêves. Ces derniers peuvent s'observer chez les imbéciles.

Très variable est chez les idiots le besoin des rapports sexuels. Le plus souvent, il est nul ou très faible. L'onanisme est extrêmement fréquent. Les perversions sexuelles sont bien plus le fait des imbéciles que des vrais idiots.

.Abandonné à lui-même, l'idiot n'éprouve aucun besoin de se remuer, de se livrer à un travail musculaire, de jouer. Ce n'est qu'à force de répéler mille fois le même acte devant lui qu'il finit par éprouver le besoin d'imiter cet acte d'une façon d'ailleurs purement automatique. C'est ainsi qu'on parvient parfois à apprendre à l'idiot à se débarbouiller, à manger avec une cuillère, à mettre son chapeau sur la tête, etc..

Plus difficilement, encore, parvient-on à lui faire prononcer quelques mots. L'idiot profond est tantôt complètement aphone, tantôt il n'est capable que de pousser des cris dépourvus de toute exjDression. Par une éducation appropriée, il arrive à se servir d'un petit nombre de mots monosyllabiques, débités sur un ton sourd et très péniblement. Il est impossible le plus souvent de lui apprendre à lire, à écrire, à calculer, à dessiner. Tout ce qu'on peut obtenir parfois en écriture et en dessin, c'est une copie servile, nullement comprise.

La musique et, plus particulièrement, le chant, s'apprennent plus facilement aux idiots que la parole articulée.

L'imbécile et le semi-imbécile sont naturellement susceptibles d'api^rendre toutes les formes du langage avec plus de succès que l'idiot.

Avec des éléments aussi pauvres, l'intelligence ne peut être que très rudimentaire ou nulle dans toutes ses manifestations : la formation des idées, leur conservation, leur reproduction, leur comparaison, leur combinaison.

Du domaine des sensations visuelles l'idiot peut, à force d'exemples, tirer l'idée d'un objet qui a une forme ronde qu'il distinguera de la forme carrée d'un autre objet. Il pourra acquérir aussi l'idée de la couleur rouge. Dans le domaine des sensations auditives, il parviendra à l'idée du chant, et dans celui des sensations tactiles à l'idée du froid, du chaud, de la douleur, des objets à surface rugueuse ou polie.

La conservation de ces idées ti'ès péniblement acquises, est difficile, la

mémoire étant infidèle. A chaque instant, on constate que les images qui semblaient le mieux fixées dans la mémoire de l'idiot à cause de leur caractère concret, se sont échappées, et, pour les reproduire, il est nécessaire de recommencer la démonstration. Il faut ajouter qu'il y a des idiots qui ont une sorte de prédilection pour certaines images mentales qu'ils conservent et reproduisent avec jikis de facilité que les autres : ainsi, on en observe qui retiennent surtout les images musicales, d'autres les images des objets vus. Mais cette faculté de se représenter un objet ou une personne, c'est-à-dire l'imagination, est extrêmement rare chez l'idiot qui, le plus souvent, ne peut concevoir une idée que si l'objet ou la personne se trouvent placés sous ses j^eux. L'imbécile a plus de facilité pour ce travail d'imagination. Cette difficulté à retenir les images explique pourquoi l'idiot les confond si souvent quand elles sont de la même nature, du même ordre. Pour lui, toutes les personnes se ressemblent, et il est incapable de saisir la différence de leur aspect extérieur. De même, toutes les tables, toutes les chaises se ressemblent. II réduit tout ce qui appartient au monde extérieur à sa plus simple expression. Le côté matériel des choses n'attire son attention que d'une façon tout à fait superficielle, partielle, Encore moins est-il capable d'apprécier les qualités purement abstraites : le nombre des objets ou l'espace qu'ils occupent.

Cette impossibilité de concevoir une idée abstraite, jointe à celle de différencier des objets du même ordre qui se trouvent sous les yeux, mais qui ne sont nullement ressemblants, i^end toute association d'idées essentiellement précaire, fausse. Jamais l'idiot n'est frappé par les contrastes que peuvent présenter deux choses différentes ; il ne les associe que si ces choses lui paraissent i^essemblantes. Inutile d'ajouter que les jugements pouvant résulter de pareilles associations par ressemblance sont empreints d'une grande faiblesse.

Nous avons déjà dit que l'idiot est le plus souvent incapable de reproduire les idées par imagination ; encore moins sait-il les associer de cette façon, et ce n'est pas lui qui est capable d'imaginer un mensonge, par exemple ; c'est plutôt l'affaire de l'imbécile.

Dans la sphère émotive, l'idiot se fait remarquer par sa grande timidité et sa tendance à la solitude. Les sentiments affectifs semblent absents : il est extrêmement rare de le voir manifester son attachement à ses parents ou aux personnes qui s'occupent de lui ; encore moins sait-il montrer sa reconnaissance. La physionomie peut exprimer la joie ou le chagrin à l'occasion de la nourriture : qu'on la lui donne, il sourit ; qu'on la lui retire, il ^Dleure. Les colères sont assez fréquentes chez lui ; elles sont en disproi^ortion avec la cause qui les a provoquées et se caractérisent par une tendance à passer immédiatement aux réactions violentes, destructives. On se rend d'ailleurs facilement maître de l'idiot en colère, car la crainte des punitions corporelles, les seules qu'il comprenne, est vive chez lui.

Les imbéciles sont bien moins modestes que les idiots; ils pèchent plutôt par la vanité, l'orgueil, la coquetterie ; en revanche, leur éducation est plus facile, car ils peuvent être touchés par les reproches et les punitions non corporelles.

IDIOTIE

L'idiot est susceptible d'une certaine discipline, surtout quand les actes très simples qu'on exige de lui se répètent continuellement devant lui. Il n'est pas toujours insensible aux manifestations de l'art : il aime parfois le chant, la musique, la déclamation, la danse. Mais il n'aura que très rarement un mouvement spontané de curiosité pour ces choses-là et ^Dour qu'il les goûte, il fatit qu'il lésait sous la main. Certains sentiments d'ordre religieux ou moral comme la charité, la pudeur, par exemple, sont absents cliez Tidiot.

En somme, ce sont les instincts qui prédominent et qui caractérisent l'état psychique de l'idiot. L'élément instinctif empêche le développement de l'attention sans laquelle aucune éducation n'est possible. Aussi, tous les actes de l'idiot non éduqué sont inconscients. La volonté, faible ou nulle, n'intervient guère dans leur accomplissement; les instincts commandent tout.

Anatomie pathologique. — Il n'existe pas de type anatomo-pathologique absolu caractérisant l'idiotie ; on constate, au contraire, que cette affection peut être déterminée par toute sorte de vices de conformation ou par des lésions des centres nerveux et plus particulièrement de l'encéphale, qui s'accompagnent d'anomalies morphologiques des os du crâne et de la face et d'autres altérations qu'on observe habituellement chez les dégénérés.

Malformations de l'encéphale. — En règle générale, le cerveau de l'idiot

Fig. 194. — Idiotie microcéphalique. Face e.x.lei'ne uu convexe de l'iiéiiiisplière droit.

Scissure de Sylvius trop largos. Circonvolulions frontales et pariélales mal tléliiiiilccs, effacées (ligure emprurUée

à Bourneville).

est plus petit, moins lourd, plus simple au point de vue des circonvolutions que le cerveau d'un individu normal. Le poids en est d'ailleurs très variable : il est le plus souvent au-dessous de 1 200 grammes chez l'idiot adulte et audessous de 1 100 chez l'idiote. Il faut néanmoins compter avec quelques cxcep-

tions dans lesquelles le cerveau de l'idiot s'est montré d'un poids normal ou même supérieur à la normale ; tels sont : les cas de Cullerre qui a constaté un poids de 1 530 grammes et de Baillarger, i 305 grammes ; de Moreau (de Tours),

1 495 grammes

•Qu'il soit atrophié ou h^'pertrophié, le cerveau de l'idiot offre souvent une

SPF

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