‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 153 sur 220 · LOC · texte numérisé non relu

LOC

Fig. 19o. — Sclérose tubéreuse. FacB externe ou convexe do rhémisphére droit.

1',, F.,. F;,, première, (leii\ii'mp l'I Iroisième circonvolutions frontales. — SR, sillon de Rolando. — LPS, lobule pimétal supérieur. — Ll'I, Inliule pariélal inférieur. — PA, pariétale ascendante. — FA, frontale ascendante. SS, scissure de Sylvius. — Slp, scissure interpariétale. — SP, scissure parallèle. — PC, pli courbe. — SPE, scissure perpendiculaire externe. — LOC, lobe occipital. — OpF, Ojiercule frontal. — Ll, lobe de l'inlula. — OpR, opercule rolandic[ue. — Tj, T^, T3, ])remière, deuxième et troisième circonvolutions temporales. — Los chifi'res 1, 2, o, i, 5, indiquent les ilols de sclérose tubéreuse (figure empruntée à BournevilleJ.

inégalité sensible dans le poids comparé des deux hémisphères. L'écart peut aller jusqu'à 30, 40 grammes.

La diminution du poids est due à l'atrophie ou à l'absence de certaines parties superficielles ou profondes du cerveau ffig. 194).

Sur la surface du cerveau, on constate l'aspect aplati des circonvolutions qui manquent de relief: cela est surtout notable au niveau des circonvolutions frontales et frontales ascendantes. L'élargissement des scissures et plus particulièrement de la scissure de Sylvius, augmente encore l'impression d'aplatissement, d'amincissement des circonvolutions.

Dans les régions profondes du cerveau comme dans certains cas d'idiotie hydrocéphalique, l'atrophie peut porter sur une foule d'organes importants parmi lesquels nous citerons : le corps calleux, la voûte à trois piliers, les couches optiques, les corps sti-iés (fig. 196j.

Le cervelet ne présente pas de modifications dans sa forme. Son poids n"est pas au-dessous de la normale.

Le bulbe est, au contraire, quelquefois sensiblement diminué dans son volume.

IDIOTIE 1273

Du côté de la moelle, on peut également constater des atrophies.

L'examen histologique de la substance cérébrale démontre une réduction plus ou moins considérable des cellules nerveuses au point de vue de leur volume et de leur nombre. Atteints par un véritable processus atrophique, les neurones del'écorce cérébrale sont insuffisamment développés dans leur corps cellulaire et dans leurs prolongements. Les fibres à myéline tangentielles sont en nombre sensiblement inférieur. La forme des cellules est modifiée, leurs bords sont comme déchiquetés ; quelques-unes sont en dégénérescence complète ; d'autres présentent des infiltrations pigmentaires ou calcaires. Il n est pas rare de trouver des foyers de sclérose cérébrale ou médullaire (fig. 195).

Fig. 196. — Idiotie liydroccphalique. Face interne do l'iiémisphère gauche.

F,, première circouvoluliou frontale exlenie. — Ijl', lol)ule paraceutral. — AC, avant-coin. — SPE, scissure perpendiculaire externe. — CGC, circonvolution de corps calleux. — CC, corps calleux. — V, veniricule. — COS. corps striés. — CB, carrefour olfactif de Broca. — Cal, calotte. — PFt, pli fronto-limbique. — GR, gyrus rectus. — Th, couche opti(|ue. — P, pédoncule. — G, coin. — LG, lobule lingual. — T,, T.., T,, iireniière, (ieuxiènie et Iroisièiue circouvolutions leniporales. — GH, circonvolution de l'iiippocanipe (figure empruntée à BourneviUe).

La substance conjonctive se présente avec un développement considérable à, la place des éléments nobles. En rapport avec l'atrophie des parties superficielles ou profondes du cerveau, les vaisseaux correspondants sont ou bien absents ou considérablement i^éduits dans leur nombre et leur volume ; il y en a qui sont à tel point rétrécis qu'ils sont imperméables ; à quelques-uns manque la membrane péri-vasculaire. On peut en ovttre observer dans le cerveau des idiots des méningites, des méningo-encéphalites, des hémorragies, des ramollissements, les différentes formes de porencéphalie.

Cette dernière lésion se caractérise par des excavations plus ou moins considérables situées sur la surface du cerveau, sous la pie-mère qui les recouvre. Ces excavations peuvent occuper la place de toute une circonvolution; il en résulte alors la foi'mation d'une sorte de puits allant de la surface du cerveau

jusqu'au ventricule correspondant. Cette cavité recouverte, du côté de la surface cérébrale, par la pie-mère, est remplie de liquide céphalo-rachidien qui baigne le ventricule correspondant; tout autour, les circonvolutions voisines sont plus ou moins atrophiées. La cause de ces excavations est très variable. Telle ou telle circonvolution a pu ne pas se développer du tout : il' a pu y avoir une sorte d'anencéphalie partielle d'où aura résulté une cavité allant de la surface jusqu'au ventricule. Il s'agit alors de la porencéphalie vraie. D'autrefois, l'excavation a pu être produite par une hémorragie cérébrale, une méningite, une hydrocéphalie, autant de lésions dont on peut retrouver la trace ; dans ce cas, l'excavation est le plus souvent séparée de la cavité ventriculaire par une bande de tissu cicatriciel et l'on a affaire à la pseudopo-

F)g. 197 et 198. — Crânes plagiocéphaliques. Direction oblique du diamètre antcro-postérieur (flgures empruntées à Bourneville) .

rencéphalie. Vraie ou fausse, la porencéphalie s'accompagne d'altérations histologiques dans les différents territoires du système nerveux. Il n'est pas rare non plus de constater, chez les sujets atteints de cette lésion, des malformations du côté du système osseux, des vaisseaux, du cœur, des poumons, du foie, des reins ou de la rate.

La grande variété que nous venons de constater dans les malformations et les lésions du cerveau de l'idiot va se retrouver dans l'étude des vices de conformation des os du crâne. Nous n'indiquerons que les principales anomalies.

Le type le plus fréquent des crânes d'idiots n'est ni le crâne trop petit, ni le crâne trop volumineux, mais surtout le crâne très asymétrique, à foï-me ovalaire oblique, c'est-à-dire le crâne dont la partie antérieure a pris un certain développement d'un côté, à droite par exemple, tandis que la partie postérieure s'est développée surtout du côté opposé. Dans ces conditions, on comprend.

IDIOTIE 1275

que le diamètre antéro-postérieur du crâne ait une direction oblique pendant que le crâne dans son ensemble est fortement asymétrique et ovale. Ce type qui porte le nom deplagiocéphalie peut être dû, d'après les uns, à l'existence de deux points d'ossification au niveau d'un seul pariétal, et d'après les autres, à l'ossification prématurée des sutures coronales (fig. 197 et 198).

Fig. 199. — Ci'àno natil'ornio hurédo-sypliililiiiue (d'après E. Fournior).

Vient ensuite, au point de vvie de la fréquence, le type du crâne microcéphale, qui frappe par son petit volume et sa forme effacée par rapport à la face : en effet, celle-ci est presque toujours fortement développée pendant que le crâne, relativement insignifiant, fuit derrière elle. La capacité de ces crânes est très faible : chez lesjeunes idiots, elle ne peut guèredépasserSOOcentimètres cubes (Broca), chez les adultes, 430 centimètres cubes (Vogt). Les parois du crâne microcéphale sont plus ou moins épaisses, ce qui exerce aussi son influence sur la capacité de la boîte crânienne. Dans le rachitisme, elles sont généralement très épaisses et éburnées. Pour Gratiolet, Virchow, Vogt, Baillarger, cette forme du crâne est due toujours à l'ossification prématurée de

certaines sutures et plus particulièrement de la suture lambdoïde. Grâce à cette synostose précipitée, la voûte du crâne se développe moins que sa base. Pour Bourneville, cette synostose prématurée des sutures n'existe pas dans la généralité des cas, et même la synostose partielle est une exception. Bien avant Bourneville, Broca a montré des crânes microcéphales dont les sutures étaient restées libres. Il semble démontré aujourd'hui que c'est le développement du cerveau qui commande celui du crâne et que s'il existe des synostoses pi'ématurées des sutures, elles sont la conséquence du non-développement du cerveau. On conçoit qu'il serait tout à fait irrationnel de pratiquer dans ce cas la craniectomie, comme cela a été proposé et expérimenté sans aucun résultat

favorable d'ailleurs (Lannelongue i). La raison de la microcéphalie est tout entière dans celle de l'arrêt de développement de l'encéphale.

Le crâne trop grand ou macrocéphale a pour cause la plus fréquente l'hydrocéphalie ; le liquide occupe une place plus ou moins considérable, prise souvent aux dépens même de la substance cérébrale qui se trouve alors atrophiée. Il est tout à fait exceptionnel de trouver la macrocéphalie liée à une hypertroi^hie du cerveau.

La malformation qui consiste en un allongement antéro-postérieur du crâne con%i\i\XG, la scaphocéphalia. On l'attribue à la synostose prématurée de la sutui'e sagittale. Quand le front plus long que large a une direction oblique en haut et en arrière, ce qui donne à la voûte crânienne une forme acuminée, il s'agit de Vacrocéphalie (fig. 200).

Le front peut former une véritable proéminence due à la saillie en avant, sous forme de coin, de la suture métopique; on désigne cette malformation sous le nom de trigonocéphalie.

Si le front allongé, au lieu de fuir en arrière comme dans l'acrocéphalie, est incliné plus ou moins fortement en avant, on distinguera l'oa^î/céjoAaZee.

Le crâne aplati au niveau du vertexest d'û platicéphale. Celui qui présente au milieu une dépression antéro-postérieure qui lui donne l'asi^ect de fesses, s'appelle naticéphale et peut s'observer plus particulièrement, ainsi que Parrot l'a indiqué, dans la syphilis héréditaire. On peut observer aussi le crâne scaphocéphale de Duverney et le front olympien, chez les idiots hérédo-syphilitiques (fig. 199, 201 et 202;.

Fig. 200. — Idiotie avec acrocéplmlie (d'après une piiotographie prise dans le sei'viee de J. Voisin, à la Salpêtrlère) .

' Bourneville. Du traitement chirurgical médical et pédagogique des enfants idiots et arriérés. Communication à l'Acad. de Méd., 20 juin 1893.

IDIOTIE

Les malformations de la face dépendent en très grande i^artie de celles des os du crâne; par exemple, la face du microcéphale présente des particularités tout autres que celles du macrocéphale. Il faut tenir grand compte aussi, pour juger du degré de la malformation, de la race à laquelle appartient le

Fig. 201. — Idiotie hérédo-sypliilitiquo avec malformation crânienne; front olympien (figure empruntée à Fournier).

sujet. La face de l'idiot est, avons-nous dit, généralement laide : la cause en est due à la grande asymétrie des traits et au développement disproportionné des différentes parties qui la composent. Chez les microcéphales, la face est beaucoup trop développée par rapport au crâne ; le nez forme une saillie disgracieuse sur cette figure étroite dont le menton peu accusé fuit en arrière. Ce nez a l'air d'un bec et l'ensemble de la figure donne, selon Griesin-

ger, l'impression d une tête d'oiseau. La face paraît à peine développée chez l'hydrocéphale dont le visage est aplati. Le nez enfoncé, les mâchoires saillantes. L'asymétrie des os de la face est la règle. Le prognathisme, qu'il soit double ou simple, est extrêmement fréquent. Chez certains idiots, la voûte palatine et le voile du palais présentent une fissure plus ou moins complète. Les maxillaires inférieurs offrent quelquefois un développement très exagéré et peuvent présenter au niveau du bord inférieur de leur an-le une

Fig. 202. — Cràno scaphocéphale (de Duvcrney) d'idiot liérédo-syphilitique (figure empruntée à Fournler).

saillie dite apophijse lémurienne d'Albrecht. Les anthropologistes considèrent cette apophyse comme un stigmate de réversion.

Des malformations du tronc, des membres, des organes génitaux s'observent très souvent chez les idiots et les imbéciles. Ce sont : des déviations de la colonne vertébrale dues le plus fréquemment au rachitisme ; des arrêts de développement des mains qui sont trop grêles et dont certains doigts, comme le pouce, par exemple, sont plus courts qu'à l'état normal ; l'atrophie des muscles avec paralysies dont la cause se trouve dans une lésion acquise ou congénitale de la moelle ; l'atrophie des organes génitaux.

Au point de vue anatomo-pathologique, le nombre de variétés d'idiotie est donc très considérable. Bourneville a essayé de signaler les principales, et voici, d'après lui, la liste abrégée des types anatomo-pathologiques de l'idiotie :

1" Idiotie microcéphalique. 2° Idiotie hydrocéphaliqUe.

3'' Idiotie en rapport avec l'arrêt de développement des sillons cérébraux. 4° Idiotie par absence congénitale des différents territoires du cerveau.

IDIOTIE

notamment par absence d'une circonvolution, comme dans la porencéphalie, ou du trigone cérébral, ou du corps calleux.

5° Idiotie en rapport avec une sclérose hypertrophique de l'encéphale.

6° Idiotie avec sclérose atrophique.

Cette dernière comprend plusieurs sous-variétés :

a. Idiotie avec sclérose d'un ou de deux hémisphères ;

b. Idiotie avec sclérose d'un lobe ;

c. Idiotie avec sclérose de certains sillons ;

d. Idiotie avec sclérose méningitique déterminée par une méningite ou une méningo-encéphalite.

7° Idiotie myxœdémateuse liée à la cachexie jDachydermique.

Etiologie. — L'arrêt du développement du cerveau étant le facteur principal de l'idiotie, toutes les encéphalopathies congénitales ou acquises qui auront pour conséquence cet arrêt, seront autant de causes de l'idiotie.

Idiotie congénitale . — Les encéphalopathies qui la déterminent sont provoquées par des facteurs dont les uns agissent sur le germe même et les autres sur le foetus.

Parmi les facteurs qui agissent sur le germe, l'alcoolisme occupe aujourd'hui la première place. Sur mille idiots, Bourneville a relevé 471 fois l'alcoolisme du père, 34 fois celui de la mère et 65 fois celui des deux à la fois '. Le germe est plus particulièrement impressionné lorsqu'un des conjoints ou tous les deux sont en état d'ivresse pendant la conception (Christian). Cette influence de l'intoxication alcoolique des parents sur la production de l'idiotie est fortement accusée; Lancereaux- démontre que l'individu alcoolisé étant imprégné par le poison jusqu'aux cellules qui renferment le plasma germinatif, il n'y a rien de surprenant à ce que le germe soit imprégné au moment opportun.

Les autres intoxications des parents résultant ou bien du mode d'alimentation ou bien des conditions du travail dans des métiers malsains, agissent probablement de la même façon. L'affaiblissement des parents par la misère, le manque de nourriture et d'air, crée un état d'auto-intoxication qui doit retentir sur le germe d'une façon fâcheuse. Les infections acquises du père ou de la mère, la tuberculose, la syphilis, l'impaludisme rentrent dans la même catégorie de facteurs agissant sur le germe. L'action dystrophique de ces hérédo-infections est aujourd'hui suffisamment démontrée par de nombreuses observations de Morel, de Fournier, etc. Les affections nerveuses et mentales des parents (neurasthénie, hystérie, épilepsie, diverses vésanies, la paralysie générale), exercent également une action nuisible sur le germe sans qu'on connaisse au juste le mécanisme intime de cette action. Le fait que les consanguins mariés ont parfois des enfants atteints d'idiotie s'explique surtout

' Bourneville. Influence étiologique de l'alcoolisme sur l'idiotie. Progr. méd.. 1897, p. 21. " Lancereaux. Art. Alcoolisme in Diction. Enajclopédique.

par l'existence des tares nerveuses dans la famille et non par la consanguinité. De même si l'on constate que le mariage entre personnes trop âgées aboutit quelquefois à la naissance d'enfants très arriérés, l'explication naturelle se trouve dans l'état de fatigue, d'épuisement, de tares acquises que l'un des conjoints ou tous les deux apportent au moment de la conception. On conçoit d'ailleurs facilement que, dans la pratique de la vie, tous ces facteurs interviennent dans un chassé-croisé souvent impossible à débrouiller ; tout au plus, peut-on établir la part des facteurs héréditaires et celle de facteurs externes comme les intoxications, infections et toutes les tares directement acquises des parents.

La conception a pu se faire dans des conditions normales et le germe a pu présenter toutes les qualités requises pour une évolution prospère. Seulement, durant la vie intra-utérine, l'embryon, et plus tard le fœtus, peuvent subir le contre-coup des intoxications et des infections acquises par la mère et cela sous l'a forme des troubles plus ou moins profonds apportés dans la nutrition de l'enfant. Cette évolution intra-utérine peut être compromise par des traumatismes portant sur le ventre de la mère, des chocs nerveux résultant de toute sorte d'émotions violentes qui ont pour effet de modifier brusquement et d'une façon purement réflexe toute la circulation fœtale au plus grand préjudice du développement des différents organes et plus particulièrement du système nerveux. Les maladies nerveuses ou mentales acquises au cours de la grossesse, surtout au début, peuvent être également la cause d'un arrêt de développement de l'encéphale d"e l'enfant.

Idiotie acquise. — Le germe, l'embryon, le fœtus ont évolué dans d'excellentes conditions. Arrive l'accouchement. S'il est difficile, long, comme cela arrive souvent chez les primipares, s'il nécessite des manœuvres obstétricales, l'application du forceps, si les ciiTulaires du cordon autour du cou ont déterminé des troubles graves de la circulation, de nouveau l'encéphale de l'enfant est en danger à cause de la compression ou des traumatisines qu'il pourra subir. Sur 494 idiots, Mitchell attribue 57 cas aux causes de cet ordre.

Après la naissance, il faut compter avec le terrain : s'il est préparé par des facteurs héréditaires directs ou indirects, l'encéphale pourra subir un arrêt de déveloprement sous l'influence de causes très variées : les maladies infectieuses, les auto-intoxications d'origine gastro-intestinale, les traumatismes de toute sorte : compression, chutes, coups portant sur la tête, violentes frayeurs, affections du système nerveux acquises sous l'influence de ces diverses causes comme la polyomyélite infantile, la méningite, l'épilepsie précoce, les hémorragies cérébrales, l'encéphalite, la sclérose diffuse du cerveau.

Parmi les encéphalites, V hémiplégie spasmodique infantile peut également donner lieu à l'idiotie acquise.

Cette hémiplégie d'origine corticale débute généralement par des attaques épileptiques précédées jDarfois d'une période fébrile ainsi que l'avait consigné dans plusieurs observations Strûmpell. Les attaques épileptiques prédominent

IDIOTIE

au début sur les membres du cùté de la future hémiplégie. Elles pi'ennent souvent le caractère du mal comitial subintrant avec élévation de la température centrale (Bourne ville). L'hémiplégie appai'aît d'une façon soudaine aussitôt que l'enfant sort de l'état de mal. Dans certains cas, elle apparaît sans convulsions préalables. Son caractère essentiel est d'être flasque et totale, affectant généralement toute une moitié du corps : jambe, bras, moitié de la face. Mais, l'impotence fonctionnelle est rarement complète, absolue dans les régions atteintes : le membre supérieur est plus gravement frappé de paralysie que le membre inférieur, et au niveau du bras, les muscles de la région radiale sont plus paralysés que les muscles des autres régions. Au niveau du membre inférieur, ce sont les muscles du groupe sciatique poplité externe qui sont plus affaiblis que les autres. En somme, dans l'hémiplégie spasmodique infantile, comme dans toutes les hémiplégies d'origine corticale, les extrémités des membi^es sont plus paralysées que leurs racines. A la face, c'est le facial inférieur qui est seul paralysé ; quant à l'hypoglosse, il est à peine touché. La flaccidité de l'hémiplégie dure une quinzaine de jours environ; l'état spasmodique s'établit ensuite d'une façon délinitive. L'atrophie du côté paralysé est la règle.

Les garçons deviennent idiots plus souvent que les filles; la statistique de Hermann Piper indique la proportion de 2 : 1.

En rapport avec toutes les causes de l'idiotie, on a décrit des variétés correspondantes.

L'idiotie génétique de Ireland comprend tous les cas d'idiotie congénitale sur laquelle nous avons déjà insisté. Les infections et les traumatismes survenant après la naissance, peuvent donner lieu, avons-nous dit, à toutes sortes d'encéphalopathies infantiles ; de là. des variétés étiologiques suivantes : idiotie par hé^norrhagie cérébrale, idiotie éclaniptiqiie:, idiotie épileptique, hydrocéphaliqite, microcéphalique , hypertrophique, inflaînmatoire, paralytique, Iraumaiique.

Une variété spéciale d'idiotie dite sensorielle est celle qui est déterminée par l'absence de toute perception, comme dans l'exemple classique de l'enfant Gaspar Ilauser. Cet enfant avait été enfermé depuis les premiers mois de sa vie dans une pièce où il n'avait pu voir qu'un seul homme; il fut privé de toute autre perception pendant de longues années ; il prit ainsi toutes les apparences d'un idiot. Mais ce qui prouve bien que ce n'était là qu'une idiotie artificiellement créée et passagère, c'est que, placé dans un milieu où son . éducation put se faire dans les conditions normales, Gaspar Ilauser développa son intelligence en assimilant rapidement tous les notions et les impressions nouvelles.

Si l'absence des perceptions est motivée par la cécité et la surdité survenues dès la première enfance, l'idiotie sensorielle peut être définitive.

Classifications, des idiots. — L'idiotie étant un syndrome résultant d'affections les plus diverses des centres nerveux, il est impossible de faire une classification méthodique des idiots s'appliquant à tous les cas. Le nombre des

P.\THOLOGIE iMENT.\LE. 81

variétés est illimité : chaque type clinique, chaque cause étiologique, chaque lésion anatomique motive la constitution d'une variété particulière. Aussi, au lieu de réunir dans un chapitre unique les différentes classifications proposées, avons-nous jugé plus rationnel d'indiquer à propos de chacun des chapitres : description clinique, anatomie pathologique et étiologie, les classifications correspondantes de l'idiotie. Nous y renvoyons le lecteur.

Diagnostic. — Il est extrêmement difficile de porter un jugement sur l'état intellectuel d'un enfant très jeune. Les renseignements fournis par la mère ou la nourrice sont dans ce cas très précieux : l'enfant, sans cause apparente, est toujours somnolent, la tête tombante ; on n'arrive pas à lui faire prendre le sein : on a beau essayer d'attirer son attention par toute sorte de moyens couramment employés pour les autres enfants, cela le laisse complètement indifférent. On fait ensuite un examen somatique complet, et on constate l'absence de toute affection aiguë pouvant motiver \me pareille torpeur ; en revanche, on trouve des difformités du côté du crâne, quelquefois du côté du tronc et des membres. Ces signes physiques unis aux troubles fonctionnels signalés par la mère sont de nature à faire songer à l'idiotie.

Le diagnostic se confirmera par l'absence de développement ultérieur de l'enfant. A l'âge de deux, trois, quatre ans, ce bébé sei'a toujours gâteux, son attention ne sera attirée par rien, jamais il ne dira mot, jamais il ne manifestera le moindre sentiment, sa physionomie restera hébétée, et s'il marche, ce sera d'une façon lourde, maladroite ; au milieu d'autres enfants de son âge, il se fera remarquer par l'impassibilité de sa physionomie, son immobilité, son incompréhension des jeux les plus simples, son mutisme.

Plus les idiots avancent en âge, plus cette différence avec d'autres enfants normaux s'accentue, et jjlus le diagnostic devient facile ; à partir de sept ou huit ans, l'idiot se reconnaît sans hésitation. Une i^éserve s'impose cependant pour certains enfants qui ont l'apparence de grands arriérés, qui sont réellement très en retard dans leur développement intellectuel, et cela jusqu'à huit, neuf, dix 'ans ; puis, une sorte de réveil s'opère en eux, leur développement intellectuel reprend avec une intensité parfois remarquable et leur permet de rattrapper le temps perdu. D'autres enfants produisent, à première vue, l'impression d'imbéciles et ne le sont nullement : tels sont les enfants maltraités, abandonnés, au point de vue matériel ou moral, par leurs parents, et qu'on est appelé à examiner dans les orphelinats, les écoles de réforme, les maisons de correction... Au bout de quelques jours ou de quelques semaines de régime plus convenable, ces enfants qui avaient l'air de bêtes traquées deviennent communicatifs et on est tout surpris de découvrir chez eux une intelligence parfois au-dessus de la moyenne. Ces réserves s'appliquent bien plus à des enfants ayant l'apparence d'imbéciles et non d'idiots chez qui les déformations crâniennes et les troubles fonctionnels sont trop accentués vers l'âge de neuf, dix ans pour permettre le moindre doute. Ce qu'il importe alors de bien reconnaître, c'est le degré d'idiotie et cela en vue de l'éducabilité de l'idiot. Pour déterminerce degré, une analyse détaillée des

IDIOTIE

facultés est nécessaire : de l'attention, des différentes formes de la mémoire, de la perception, etc..

L'idiotie congénitale se reconnaît donc assez facilement. Ce qui est plus difficile, c'est de faire le diagnostic de la cause de cette idiotie. Ce que nous avons dit au chapitre « étiolpgie » pourra guider dans cette recherche.

Pour Vidiotie acquise, la recherche du facteur étiologique est plus aisée. Mais là, il faudra s'appliquer à établir le diagnostic différentiel entre cette affection et deux autres qui peuvent la simuler : la démence précoce (l'hébéphrénie) et la paralysie générale juvénile ou même infantile.

La démence précoce est généralement secondaire à un délire simple ou hallucinatoire. La paralysie générale juvénile ou infaatile a son évolution et sa symptomatologie spéciales qui ne permettent pas la confusion avec l'idiotie.

Pronostic. — D'une façon générale, on peut dire que dans l'immense majorité des cas. il est impossible de transformer l'idiot en un individu normal : l'arrêt de développement des centres nerveux échappe le plus souvent à l'influence thérapeutique qui est incapable de créer des neurones là oîi il en manque. C'est ainsi que l'idiotie très marquée, s'accompagnant de toutes les défectuosités fonctionnelles et physiques qui la caractérisent, est une affection absolument incurable : on perdra son temps inutilement en voulant éduquer un idiot de cette catégorie. Seulement, nous avons vu à propos des diverses classifications d'idiotie, qu'il n'existe pas de types fixes de ce syndrome et que chaque cas particulier a une physionomie clinique, psychologique ou étiologique tout à fait personnelle. Le pronostic, comme le diagnostic, dépend de l'analyse très détaillée de toutes les particularités qui caractérisent le cas déterminé. Il arrive ainsi que, dans certaines idioties occasionnées par un traumatisme crânien, par exemple, l'arrêt de dévelopiîement cérébral n'est ni complet, ni définitif, et qu'il y a moyen, par un traitement approprié, par une éducation bien conduite, de diminuer dans une proportion plus ou moins grande, l'intensité de l'affaiblissement intellectuel. Le même fait peut se présenter dans les idioties provoquées par une hémorragie cérébrale, par de l'hydrocéphalie. Le degré d'éducabilité ne peut être bien déterminé qu'après un diagnostic de tous les détails du cas. J. Voisin démontre que la non-éducabilité est à peu près certaine chez les idiots présentant ces trois symptômes : extrême émotivité, attaques fréquentes d'épilepsie et gâtisme. Quand un de ces symptômes manque, surtout l'émotivité. on peut espérer, après un traitement et une éducation longtemps poursuivis, obtenir que l'idiot apprenne à faire un travail très simple, très machinal, comme, balayer ou frotter. Il faut d'ailleurs, nous l'avons dit, les exercer toujours dans tout ce qu'on leur a appris à faire, sans quoi ils l'oublient avec une désesjDérante facilité.

Naturellement, plus on s'éloigne de l'idiotie proprement dite, pour se rapprocher de l'imbécillité et de la débilité mentale, plus les chances d'éducabilité augmentent.

Durée. — Les idiots complets ne vivent guère vieux : ils dépassent rare-

pient la trentaine. Beaucoup d'entre eux meui^ent pendant les premières années de la vie, à la suite d'une affection aiguë intercurrente quelconque provoquant une cachexie à évolution rapide intense. Les imbéciles peuvent arriver à des âges avancés.

Complications. — Il est rare, exceptionnel même, qu'au cours de l'idiotie, apparaisse une psychose comme la manie ou la mélancolie ; le fait se produit plutôt chez les imbéciles et les débiles; ces derniers sont même capables de présenter des idées délirantes à tendance systématique.

Plusieurs affections nerveuses peuvent coexister avec l'idiotie ; parmi elles, l'épilepsie occupe la place la plus importante puisqu'elle s'observe chez le quart des idiots ; la chorée vient après ; la moins fréquente est l'hystérie.

Très souvent, on retrouve chez les idiots les stigmates de la syphilis ou de tuberculose héréditaires : les organes thoraciques et abdominaux, la peau, les yeux, les dents, rései^vent souvent à cet égard des surprises importantes.

La gloutonnerie des idiots est souvent la cause des maladies du tube digestif : gingivites, stomatites, embaiTas gastrique; diverses entérites n'ont souvent pas d'auti^e origine. On a remarqué également la grande fréquence chez les idiots des végétations adénoïdes.

Traitement. — Pour lutter efficacement contre la production de l'idiotie, i,! faut diminuer la consommation alcoolique du pays, améliorer les conditions sociales du peuple au point de vue de l'habitation et du travail, et surtout celles de la femme du peuple ; prendre des mesures sanitaires empêchant la propagation de la syphilis et d'autres maladies infectieuses; mettre les aliénés et les épileptiques dans l'impossibilité de procréer.

Comme remède à l'idiotie reconnue tant soit peu éducable, il faut s'appliquer d'aussi bonne heure que possible (à partir de trois, quatre ans), à développer, avant tout, les sens : la vue, l'ouïe, le tact, à l'aide d'objets d'un usage courant; on apprendra à la longue à l'idiot à distinguer leur forme, leur couleur, leur volume, leur son, la sensation que donne leur contact.

On passera ensuite au domaine de la motilité, et là, pour apprendre à l'idiot certains actes indispensables comme : saisir sa nourriture, mâcher, avaler ou marcher, on tâchera de développer chez lui la faculté d'imitation, en répétant devant lui le même acte, souvent, sans se lasser. C'est encore par l'imitation qu'on parviendra à lui apprendre quelques mots, en les lui prononçant constamment en même temps qu'on lui montre les objets qu'ils servent à désigner. Après de longues années d'efforts de ce genre, on parvient à rendre certains idiots assez propres, ne gâtant que rarenaent, sachant se rendre un peu utiles par un travail manuel mécanique, pouvant dire quelques phrases banales toujours les mêmes, et signer leur nom.

Il arrive cependant de temps à autre qu'un idiot offre une aptitude particulière pour le chant, la musique instrumentale, le dessin ; en cultivant son aptitude de prédilection, on aide dans une certaine mesure au développement de son intelligence en général.

IDIOTIE

On voit h quelle patience et à quelle persévérance il faut se résigner si l'on veut s'occuper d'une façon profitable de l'éducation des idiots. Aussi est-il nécessaire d'être spécialement dressé pour une pareille besogne, et de connaître à fond entre autres, tous les procédés employés en France par Séguin, Belhomme, Félix Voisin, Delasiauve, Bourneville, qui ont consacré une grande partie de leur activité à l'éducation des idiots et des imbéciles.

A côté de V éducation qui constitue ici le traitement psychique, il faut s'occuper de l'hygiène générale des idiots : leur procurer une alimentation saine, le séjour au grand air, des exercices physiques modérés ; veiller à ce qu'ils mangent sans dévorer, sans s'étouffer, sans se donner des indigestions .

La syphilis héréditaire, l'épilepsie, le myxœdème seront combattus par des médicaments et préparations appropriés.

Quant à la trépanation, ses résultats ne sont aucunement encourageants .

Page 1