‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 154 sur 220 · I. M YX OEDÈME DE l'.\DULTE OU CACHEXIE PACH Y DERMIQUE · texte numérisé non relu

I. M YX OEDÈME DE l'.\DULTE OU CACHEXIE PACH Y DERMIQUE

Ghez certaines personnes ayant dépassé la quarantaine, on voit appara itre à la suite d'une perte sanguine plus ou moiiis abondante ou d'une maladie infectieuse comme le rhumatisme articulaire aigu, des modifications singulières dans l'intelligence et dans l'ensemble de l'organisme.

Ces modifications sont imperceptibles d'abord, mais progressivement elles augmentent pour permettre de constater à un moment donné des signes d'une importance indiscutable : Vœdème de la peau, V affaiblissement des facultés intellectuelles, la disparition ou Valrophie de la glande thyroïde. Examinons chacun des éléments de cette tiiade.

i. Faux œdème de la peau. — ■ Les téguments sont tuméfiés, comme infiltrés et cela des pieds à la tête. On est surtout frappé par les modifications survenues dans la figure du malade : la peau du front est boursoufflée et plissée; les paupières sont gonflées et rapetissent singulièrement les fentes palpébrales ; le nez est élargi ; les oreilles ont perdu leurs contours normaux, elles sont épaisses et difformes; les joues, un peu plaquées de rose, tremblottantes à force d'être infiltrées, encadrent des lèvres renversées par excès d'épaisêeur et cyanosées. La peau du visage est d'un pâle jaunâtre, teinte essentiellement cachectique. Dans l'ensemble, on trouve un visage gonflé de tous les côtés, large et rond, dépourvu de toute expression, ce qui a permis à Gull de le comparer à la lune.

Cette infiltration des téguments se retrouve sur le reste du corps : la peau y est dure, élastique, sèche et quand on enfonce le doigt, on ne produit pas de godet comme dans les œdèmes d'origine rénale ou cardiaque.

Les mains et les pieds sont difformes à force d'être épais ; les doigts sont en boudins. Les extrémités sont continuellement froides, cyanosées. Dans les régions sus-claviculaires, sous les aisselles, on trouve souvent des tumeurs ressemblant à des lipomes et qui ne sont que des masses d'inliltration plus abondantes à ces niveaux que partout ailleurs.

Les cheveux, les poils, les ongles sont profondément modifiés. Les cheveux sont secs et tombent. Les sourcils et les cils, les poils des aisselles et du pubis sont rares ou nuls. Les troubles trophiques des ongles ne sont pas moins accentués : striés dans tous les sens ils se cassent avec la plus grande facilité.

Les différentes muqueuses : buccale, linguale, pharyngée, laryngée, sont sèches, gonflées, blanchâtres ; leur tuméfaction explique certaines difficultés de déglutition et d'articulation qu'on observe chez les malades atteints de myxœdème.

Du côté des glandes sudorales et sébacées, la sécrétion est diminuée ou nulle.

Si le phénomène de l'infiltration tégumentaire est celui qui attire immédiatement l'attention de l'observateur, les troubles d'ordre psychique sont aussi faciles à constater. D'abord, l'attitude du sujet qui a sa tête penchée sur le tronc avec un air profondément hébété. Involontairement on pense à l'idiotie, et le fait est qu'il y a là une certaine analogie.

Le myxœdémateux adulte reste continuellement à la même place, dans la même position, le moindre mouvement lui coûte, le moindre effort pour parler le fatigue. Aussi est-il muet ou à peu près ; s'il articule quelques mots, c'est avec une lenteur désespérante, comme cela se voit chez certains vésaniques plongés dans une profonde torpeur.

2. Recherche t-on chez lui l'état des fondions intellectuelles, on constate que la mémoire est affaiblie, obnubilée, que les sensations extérieures sont à peine perçues, que l'association des idées est profondément entravée sans qu'il y ait d'idées délirantes. L'expression hébétée du visage rend fidèlement compte de ce qui se passe dans le cerveau du myxœdémateux : un engourdissement, une paresse, une apathie de toutes les fonctions psychiques, idéogènes, sensitives, sensorielles ou motrices.

3. Avec les deux symptômes importants que nous venons de décrire, le faux œdème et la torpeur cérébrale, le tableau clinique du myxœdème a déjà une personnalité nosologique à part ; mais il s'y ajoute toujours un troisième signe plus difficile à découvrir que les deux premiers, c'est Vatrophie ou V absence de la glande thyroïde. La difficulté de la constatation de ce signe résulte d'abord de ce que, même à l'état normal, la recherche du corps thyroïde par la palpation nécessite une grande habitude et une certaine finesse du tact ; elle vient encore de cette autre circonstance que, chez le myxœdémateux. la peau'du cou étant infiltrée, la difficulté de la palpation est considé-

TROUBLES MENTAUX CONGÉNITAUX OU ACQUIS, ETC

rablement augmentée. Toutes les prescriptions théoriques que nous pourrions donner pour pratiquer le palper thyroïdien ne vaudront pas l'exercice répété de cette recherche. Chez le niyxœdémateux adulte, l'atrophie de la glande est précédée quelquefois d'un gonflement passager, d'une hypertrophie transitoire.

Exceptionnellement, cette hypertrophie peut persister, mais dans ce cas Ja glande, tout en étant plus grosse, est profondément altérée dans sa structure et dans ses fonctions. Il peut même arriver que le malade présente une hypertrophie réelle du corps thyroïde déterminant le syndrome de Basedow qui se trouve suivi de myxœdème quand la glande thyroïde, altérée dans sa structure intime, cesse sa fonction normale.

Les trois symptômes cardinaux du myxœdème s'accompagnent d'une multitude de signes moins importants et variables que nous ne ferons que rappeler rapidement.

L'examen objectif du système nerveux permet de constater qu'il n'existe du côté de la surface cutanée aucune plaque d'anesthésie ou d'hypéresthésie.

La sensibilité subjective est altérée ; le myTtœdémateux pachydermique accuse une sensation de froid intérieur, froid glacial dont il parle généralement avec une grande insistance ; il se plaint aussi de bourdonnements d'oreilles, de vertiges, quelquefois de véritables céphalalgies.

Les réflexes l'otuliens sont habituellement affaiblis, mais on ne trouve pas de tremblements, de paralysies, ni de contractures.

Nous avons insisté plus haut sur l'état des muqueuses ; il nous explique la gêne de la déglutition, les mauvaises digestions, la constipation, très fréquente chez le myxœdémateux ; d'autant plus que ses dents sont souvent cariées ou absentes. Ce même état tuméfié et sec des muqueuses nous rend compte des particularités de la voix du myxœdémateux qui est lente, monotone, à timbre rauque.

Le pouls est irrégulier, les battements cardiaques sont très faibles, hliypothermie atteint parfois 35", moins même. Dans certains cas, on trouve de l'albumine dans les urines. Chez les femmes on note des métrorr'hagies, très fréquentes, d'ailleurs, à l'occasion de la ménopause.

Le myxœdème de l'adulte qui a, comme nous l'avons dit, un début insidieux, évolue très lentement mais d'une façon progressive. Si l'on n'intervient pas par un traitement approprié, il conduit sa victime vers la cachexie de plus en plus profonde qui rend l'organisme particulièrement apte à contracter une affection pulmonaire, rénale ou cérébrale intercurrente.

De toutes les co^nplica lions qui viennent mettre vm terme à l'existence du myxœdémateux cachectique, la tuberculose pulmonaire occupe la première place. Aux approches de la terminaison léthale, le faux œdème diminue et peut même disparaître.

On a remarqué que la chaleur empêche les progrès trop rapides de la cachexie myxœdémateuse et que le séjour dans un climat chaud peut déterminer une sorte de rémission dans son évolution.

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