TROUBLES PAR IIYPERFONGTIONNEMENT DU CORPS THYROÏDE, ETC
des modalités différentes; ou bien l'éclosion des manifestations psychiques a été postérieure à celle des premiers signes de la maladie de Basedow.
Il faut bien en convenir, si l'on soumet à une critique tant soit peu attentive les observations publiées jusqu'à ce jour, il en est peu que l'on puisse en connaissance de cause faire rentrer dans la seconde catégorie. Sans tenir compte des tares névropathiques d'ordre général, et à ne considérer que les troubles psychiques, il est certain que la plupart des malades ont présenté dès l'enfance ou l'adolescence des modifications notables du caractère, de l'intelligence, quelquefois des syndromes psychiques épisodiques ou même de véritables accès de délire. C'est là un fait qui apparaît clairement à la lecture des observations rapportées par Peter, parBoëtau, par Jofiroy, par Raymond et Sérieux. Les observations relatées par Raymond et Sérieux offrent à ce point de vue un intérêt de premier ordre. Avant l'apparition du goitre exophtalmique un de leurs malades présenta durant de longues années, de l'émotivité, des craintes obsédantes (peur des couteaux, du verre... etc.), pnis des obsessions hypochondriaques (arrêt du cœur, mort subite). Une malade de Vigoureux a présenté avant le développement de la maladie de Basedow des idées fixes, des impulsions, un accès mélancolique pour lequel elle fut internée. Nous pourrions miiltiiilier les exemples de cet ordre.
Par contre, si l'on met à part les faits dans lesquels aucun renseignement précis, positif ou négatif, n'est donné sur l'état mental antérieur à l'apparition du syndrome de Basedow, on trouve peu d'observations probantes dans lesquelles le développement des troubles psychiques ait suivi l'éclosion des premiers signes du goitre exophtalmique. Toutefois on ne peut nier qu'il existe quelques faits de cet ordre : telle l'observation, incomplète du reste, rapportée par Renaut'; telle encore celle plus récente de F. Devay-.
En résumé, l'association des psychoses avec la maladie de Basedow peut se faire de deux façons différentes :
1° Le goitre exophtalmique débute plus ou moins longtemps après le délire apparent; c'est le cas le plus rare;
2° Chez un individu qui a déjà présenté des troubles mentaux, le goitre exophtalmique se développe. A cette catégorie appartient le plus grand nombre de faits.
Nous avons déjà insisté sur la variabilité, le polymorphisme des troubles mentaux qui peuvent traverser l'évolution du syndrome de Basedow. Ces diverses manifestations psychiques se succèdent parfois les unes aux autres (chacune d'elles, ayant ordinairement une durée assez courte), séparées par des périodes durant lesquelles les malades ne présentent d'autres anomalies que celles qui caractérisent l'état mental « habituel » de ces sujets.
Voyons maintenant quelle influence ])ei\l avoir l'évolution propre du goitre exophtalmique sur celle des troubles psychiques qui l'accompagnent et dans
' Renaut. Observ. pour servir à l'hisloire des troubles cérébraux dans la mal. de Basedow {Soc. méd. des hûpU., 28 mars 1890).
' Devay. Loc. cit.
TROUBLES MENTAUX CONGÉNITAUX OU ACQUIS, ETC
quelle mesure les deux syndromes associe's paraissent être solidaires l'un do l'autre. Ici encore on se trouve en présence de deux ordres de faits complètement opposés. Dans certains cas les troubles psychiques marchent parallèlement à la maladie de Basedow : on observe alors qu'ils s'aggravent si celle-ci progresse, qu'ils rétrocèdent lorsqu'elle s'améliore. Dans un cas rapporté par M. Renaut et auquel nous avons déjà fait allusion, cet auteur avu le retour à 'l'intégrité des opérations mentales coïncider avec l'amélioration progressive des symptômes du goitre exophtalmique. En revanche, on a pu voir dauila majorité des cas, les symptômes d'ordre psychique s'amender pour un temps et même disparaître sans qu'aucun arrêt, aucune amélioration se produisît dans l'évolution du syndrome de Basedow. Parfois enfm le traitement mis en œuvre a amené la sédation des troubles fonctionnels du goitre exophtalmique, mais est resté sans effet sur l'état mental du malade (observ. de Vigouroux).
IV. Nature des troubles psychiques associés à la maladie de Basedoio. ■ — La multiplicité des formes que peuvent révéler les troubles psychiques associés à la maladie de Basedow, les données disparates et en partie contradictoires qui se dégagent de l'étude de leur évolution permettent de comprendre et même de prévoir la divei^sité des opinions qui ont été émises sur la nature et la pathogénje de ces troubles. Les auteurs qui se sont occupés de cette question et les interprétations par eux proposées peuvent être rangés sous trois chefs :
1° Les uns affirment catégoriquement l'existence des psychoses « basedowiennes », tout en admettant que dans quelques cas les phénomènes mentaux peuvent être rattachés à une autre origine. Ainsi Joffroy' estime qu'il s'agit bien chez certains malades d'une folie dépendant uniquement du goitre exophtalmique. « Les inodifications du caractère et de l'intelligence si fréquentes dans la maladie de Basedow, écrit cet auteur, peuvent prendre dans certains cas une intensité telle qu'elles créent une véritable folie, se présentant le plus généralement soit sous la forme de mélancolie, soit sous celle de manie, la mélancolie ou la manie étant, dans ces cas, symptomatique de la maladie de Basedow. »
Renaut- (de Lyon) admet également une relation directe et de cause à effet entre le délire de persécution présenté par un de ses malades et la maladie de Basedow.
De même Jacqu.in conclut qu'il existe dans la maladie de Basedow des troubles psychiques tellement particuliers qu'ils pourraient servir à diagnostiquer cette affection. « Le goitre exophtalmique, dit-il, peut créer une aliénation mentale de toutes pièces, aliénation qui survient par le fait des
^ Joffroy. Loc. cit.
- Renaut. Loc. cit.
' Jacquin. Étude critique des rapports du goitre exoplUal. et de l'aliénation mentale. Tfi. doc t. Montpellier, 1891.