TROUBLES PAU HYPERFONCTIONNEMENT DU CORPS THYROÏDE, ETC
troubles profonds de la nutrition que le goitre entraine avec lui, et cela, non seulement chez les prédisposés mais chez des malades dont les antécédents héréditaires sont nuls. » Telle est encore l'opinion de Bail S de Devay-.
HirschF rapporte la forme maniaque seule au goitre exophtalmique.
Pour Austin *■ les troubles psychiques dépendraient directement du fonclionnement anormal de la glande thyroïde aussi bien dans le goitre exophtalmique que dans le myxœdème et il croit à l'efficacité possible du traitement chirurgical.
En regard de l'opinion soutenue par ces différents auteurs ou plutôt des faits qu'ils invoquent à l'appui de leur thèse on pourrait, croyons-nous, citer une observation intéressante de Boinet". Elle a trait à un étudiant qui présenta de l'agitation maniaque, puis des idées de persécution, enfm des phénomènes atténués de goitre exophtalmique après avoir absorbé du corps thyroïde de mouton à dose excessive, et dans un but thérapeutique. Ces accidents disparurent avec la cessation du traitement, se montrèrent à nouveau après une nouvelle reprise du traitement pour s'effacer définitivement lorsque le malade fut mis dans l'impossibilité de se procurer du corps thyroïde. Ce sujet ne présentait, d'après Boinet, ni antécédents nerveux, ni syphilis, ni alcoolisme, ni surmenage.
2° D'autres auteurs se refusent à admettre que le goitre exophtalmique soit capable de créer de toutes pièces des états vésaniques ; ils estiment que l'intervention d'une névrose ou d'une psj'cho- névrose concomitante est nécessaire au développement des troubles psychiques et que le goitre exophtalmique n'intervient à son tour que pour imprimer à, ces troubles un certain cachet et modifier leur évolution. Cette théorie éclectique a été particulièrement bien exposée par Gilbert Ballet*. Rapportant l'observation d'un basedowien qui avait présenté des hallucinations, des idées de persécution, des tentatives d'homicide et de suicide, Gilbert Ballet se garde de l'eiTeur qui consisterait a accorder à des circonstances fortuites provoquant l'apparition «l'un trouble cérébral l'importance d'une cause déterminante. Il ne ci^oit pas que le goitre exophtalmique puisse à lui seul et indépendamment de toute compromission avec une autre névrose — qui, dans le cas actuel, est l'hystéi'ie — donner naissance à rhallucination. 11 remarque que les hallucinations <le son malade sont comme les hallucinations hystériques multiples et mobiles, visuelles surtout, zooptiques. Mais, si' l'hallucination visuelle est fréquente chez les hystériques, les idées de persécution sont rares. L'hallucination a donc-besoin pour ainsi dire du secours d'un élément secondaire pour aboutir à l'idée de persécution. Cet élément, Gilbert Ballet le trouve dans l'état d'esprit qui est celui de tous les exophtalmiques, l'hyperexcitabilité maladive.
' Bail. Lri-iins sur les maladies mentales. Folie basedowienne. - Devay. Loc. cit.
Jlirsclil. Loc. cil.
' .\ust.in. Loc. cil.
■' Boinet. Reçue neurologique, 1899.
" Gilljcrt Ballet. Loc. cil.
i318 TROUBLES MENTAUX CONGÉNITAUX OU ACQUIS, ETC.
« L'hysténe crée riiallucination, le goitre exophtalmique se l'approprie et s'en sert pour réaliser les idées de persécution. » Il ne nous appartient pas de décider si cette interprétation, assurément exacte dans un certain nombre de cas, est applicable à la totalité des délires avec hallucinations qui peuvent traverser l'évolution du goitre exophtalmique. Il semble bien cependant que la plupart des hallucinations observées chez les basedowiens soient d'origine hystérique, et sur ce point l'opinion de Gilbert Ballet est confirmée par l'observation de Joffroy que nous avons déjà mentionnée. S'il en est ainsi, le rôledu syndrome de Basedow dans la genèse de ces manifestations psychiques se trouverait notablement amoindri.
3" D'autres se sont appliqués à parachever le démembrement des psychoses basedowiennes. Le travail de Raymond et Sérieux ^ synthétise en quelque sorte l'opinion de ces auteurs.
Tout d'abord Raymond et Sérieux rappellent que l'association du goitre exophtalmique avec d'autres névroses est chose admise sans conteste. Or, dans la majorité des cas les troubles mentaux observés dans le goitre exophtalmique présentent absolument les caractères des phénomènes psychiques que l'on rapporte communément à ces névroses. Nous avons déjà insisté sur la nature hystérique des hallucinations. La part de la neurasthénie dans le développement des troubles psychiques de la maladie de Basedow est encore plus importante. C'est à elle que Boëtau, Régis rattachent l'obnubilation de l'intelligence, l'état de dépression, la diminution de l'attention, de la mémoire, l'aboulie, le trouble des sentiments affectifs. De même certains cas d'automatisme ambulatoire sont imputables à l'épilepsie. II faut encore ranger à part quelques cas dans lesquels on a vu un délire alcoolique (Escans), un délirechronique à évolution systématique coïncider avec la maladie de Basedow.
Mais, ces diverses espèces manifestement étrangères au goitre exophtalmique étant mises à l'écart, il reste encore tout un ensemble de faits dans lesquels on ne peut invoquer une autre névrose préexistante ou concomitante pour expliquer le développement des troubles mentaux. Alors Raymond et Sérieux font appel à l'importante notion de la dégénérescence mentale. Pour affirmer l'influence prépondérante de la dégénérescence mentale, ces auteurs se fondent sur l'existence des tares héréditaires psychopathiques, des stigmates physiques, de l'état de déséquilibratioh mentale souvent bien antérieur à l'éclosion des premiers symptômes du goitre exophtalmique, tous indices que l'on retrouverait toujours si les observations étaient plus attentives. Et d'ailleurs, les idées obsédantes, les impulsions notées chez ces malades n'offrent-elles pas tous les caractères des stigmates psychiques similaires qu'on observe chez les dégénérés? La variété, la mobilité, la curabilité des accès délirants ne constituent-elles pas autant d'arguments en faveur de cette doctrine? Dans la plupart des cas, phénomènes psychiques et syndrome de Basedow évoluent pour ainsi dire côte à côte sans s'influencer le moins du monde. Quelquefois il est vrai, ces deux ordres de troubles apparaissent
' Raymond ot Sérieux. Loc. cit.
TROUBLES PAR IIYPERFONCTIONNEMENT DU CORPS TIFVKOiDE, r/lC. 1319
simultanément ; mais il ne faut pas oublier le rôle important de Vémotion, morale qu'on reti'ouvesi souvent à l'origine de la maladie de Basedow et qui est également susceptible de provoquer l'apparition des troubles psychiques dont il s'agit ici. Raymond et Sérieux se trouvent ainsi conduits à penser que « le goitre exophtalmique est une névrose bulbo-protubérantiellc constituée par l'exagération et la permanence des phénomènes physiologiques de l'émotion ». Nous n'avons pas à les suivre sur ce terrain. Bornons-nous à admettre avec eux que « l'associalion de la maladie de Basedow avec la dégénérescence mentale n'est pas une coïncidence ; elle s'explique par les tares héréditaires dont relèvent les deux ordres de faits ».
II nous paraît que l'opinion de ces auteurs renferme une grande part de vérité, que le groupe des psychoses dites basedowiennes est destiné à se restreindre de jour en jour et que la plupart des éléments dont il est composé reprendront peu à peu la place qui leur appartient dans les cadres ordinaires de la psychiatrie. On doit admettre cependant que la maladie de Basedo\y peut aidera l'éclosion de ces manifestations psychiques et qu'elle leur imprime parfois une physionomie un peu spéciale.
Pronostic. — • L'irritabilité, l'instabilité d'humeur, l'émotivilé qui caractérisent l'état mental habituel des malades ne présentent guère que des rémissions momentanées. Et dans les cas fort peu nombreux, somme toute, où la maladie de Basedow se termine par laguérison, ils peuvent persister longtemps encore. Quant aux syndromes psychiques épisodiques, aux accès délirants, le pronostic qu'ils comportent doit être réservé. Ils sont, sans doute, mobiles et curables ; mais ils reparaissent parfois avec une facilité très grande. Enfin il ne faut pas oublier que l'excitation maniaque aiguë est une des causes de mort dans le goitre exophtalmique. Dans un travail récent, Barton Jacobs a rapporté deux observations personnelles d'excitation maniaque rapidement mortelle et réuni huit observations similaires empruntées à divers auteurs. Mais il s'agit là d'une éventualité rare.
Traitement . — Le traitement du syndrome basedowien est encore si mal établi qu'on ne pourrait guère compter sur lui pour faire disparaître les troubles psychiques, même si ces troubles étaient sous la dépendance directe du goitre exophtalmique, ce qui n'est pas le cas. On en est donc réduit dans la très grande majorité des faits à recourir aune médication symptomatique.
La question de Vinternement pouri'a se poser à un moment donné. Les idées de persécution, de suicide, les tentatives d'homicide, les états d'agitation maniaque susciteront plus particulièrement cette éventualité. Nous rappellerons ici qu'il s'agit fréquemment de délires transitoires, fugaces ; par conséquent lorsque le malade pourra être de la part de son entourage habituel l'objet d'une surveillance attentive et efficace, on 'ne perdra rien à temporiser. Toutefois il ne faut pas perdre de vue que V isolement constitue une précieuse ressource pour la cure de ces variétés de délires. On n'hésitera donc pas à y avoir recours pour peu que le délire tende à se prolonger.