II — PROPHYLAXIE DES AFFECTIONS MENTALES
L'étude plus minutieuse et la détermination plus précise des causes des affections mentales a ouvert, à notre époque, la voie à la prophylaxie de ces affections.
Les troubles mentaux d'origine infectieuse ou toxique nous apparaissent comme susceptibles d'être au moins enrayés. C'est le cas, par exemple, des délii'es alcooliques dont le nombre, croissant depuis un quart de siècle, semble, espérons-le au moins, appelé à diminuer grâce aux mesures législatives qui sont actuellement à l'ordre du jour et à l'active propagande entreprise de divers côtés contre le « fléau alcoolique ».
Si la paral^'sie générale s'est montrée jusqu'à présent rebelle à toutes les médications qu'on a dirigées contre elle, les notions que nous possédons aujourd'hui sur son étiologie, et sur le rôle au moins prépondérant et habituel qu'a la syphilis dans sa genèse, nous autorisent à la considérer, sinon comme une affection curable, au moins comme une maladie évitable.
De même, on est en droit de penser que la. relation de mieux en mieux établie des infections et des auto-intoxications avec le délire aigu et la confusion mentale conduira à un traitement préventif de ces syndromes, du moins dans certains cas. Dores et déjà, l'antisepsie externe ou interne nous offre des ressources qui ne sont pas négligeables.
Les psychoses constitutionnelles elles-mêmes n'échappent pas complètement aux ressources de notre prophj-laxie. Sans doute, l'action des causes qui les déterminent est moins immédiate que celle des troubles d'origine infectieuse ou toxique; la prédisposition dont elles dépendent, tient à des influences
* Th. Bonct. Medicinœ doc. sepulclirctitut, sive anato»iia praclica, elc, édit. de 1700, 3 vol. in-folio. — Medicina septenlrionalis collatitia, sive rei medicinœ nuperis annis a medicis anglis, germanis et danis emissœ sylloge et sijntaxis, etc., 2 vol. in-folio, 1G86, Genevœ.
' Ph. Pinel. Traité médico-philosophique sur l'aliénulion meiilate, 2» édit. Paris, 1809.
SUR LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS MENTALES
héréditaires ou ancestrales dont les effets sont en quelque sorte fatals. Pourtant il n'est pas impossible d'agir pour empêclier le développement de ces fâcheuses prédispositions originelles et pour entraver leurs effets.
Ce qu'on sait du rôle de l'hérédité, directe ou atavique, similaire ou dissemblable, autorise le médecin à user de l'influence et de l'autorité dont il jouit, pour prévenir des unions regrettables et enrayer la marche d'une famille dans la voie de la dégénéi^escence. Même en présence d'un sujet, chez lequel ses antécédents familiaux permettent de supposer une prédisposition acquise ou dont les tares phj'siques ou cérébrales révèlent l'organisation défectueuse, l'action médicale peut encore s'exercer utilement pour empêcher la tare d'aboutir. L'éducation, dans ce cas, doit être particulièrement surveillée : il faut éviter à l'enfant les grands efforts cérébraux, le surmènement sous ses diverses formes, surmènement physique, surmènement intellectuel et, si possible, aussi, le surmènement moral qui résulte des chagrins, des soucis, des vexations d'amour-propre, des taquineries maladroites et répétées. Le travail doit être fractionné, associé aux exercices physiques, aux distractions au grand air. La vie à la campagne est préférable à la vie urbaine. On doit s'attacher à instruire l'enfant par les yeux, au moyen des leçons de chose, à solliciter sans efforts sa mémoire visuelle par des occupations qui y font particulièrement appel : l'histoire naturelle, la physique, la géographie, seront préférées à la littérature, à la poésie, à tout ce qui stimule l'imagination ; on choisira les arts plastiques, le dessin, la sculpture ou les arts manuels plutôt que la musique. On ne perdra pas de vue que l'époque de la puberté et les années qui la suivent, constituent pour le prédisposé une période critique : on prendra soin qu'il ne se livre, particulièrement à cet âge, à aucun excès, ni aux excès alcooliques ni aux excès génitaux. Au moment de l'adolescence, se posera la question du choix d'une carrière : on déconseillera celles qui condamnent aux examens nombreux, aux concours, et qui,, de la sorte, exigent par à-coups un surcroit pénible de travail, ou exposent, en cas d'échec, aux vexations d'amour-propre ; l'agriculture, le commerce, certaines industries, la vie calme du bureaucrate vaudront mieux que les professions libérales et surtout que la prépai'ation aux grandes écoles.