XI. — Infections
Qu'elles soient aiguës ou chroniques, les infections sont fréquemment la cause de troubles mentaux et elles les déterminent par des mécanismes
' .loffroy. Soc. méd. psych., mars 1890.
- Raymond ot Sérieux. Congrès annuel de méd. mentale. Sossion de Blois, 1892.
' G. Ballet. Soc. méd. Iiôp., 1890, 29 fùvr.
* Devay. Arch. de neurol., 1897, vol. IV, n° 24, p. 491.
^ Voir : a) BoiUeau. Des troubles psychiques dans le goitre e.r ophtalmique. Th. Paris, 1892; 6) Raymond Martin, th. de Paris. 1890 ; c) Jacquin, th. de Montpellier, 1891.
' Notkine et Bojenoiï. Cités par E. Brissaud. in Corps thy roule et maladie de Dasedov). Congrès de Bordeaux, août 1895. Voir aussi : BojenotT, Semaine médicale, 189.T.
' Chauffard. L'into.vicalion addisonien ne. Semaine médicale, 1894, n°IO, p. 74.
' Abelous, Charrin et Langlois. La fatigue chez les addisoniens. Arcli. de physiol., 1892, p. 721.
" Ettlinger et Nageotte. Lésions des cellules du système nerveux central dans l'intoxication addisonienne expérimentale (décapsulation). Société de biologie. Séance du 28 nov. 189G.
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divers. Dans les infections aiguës, au cours de la période fébrile, le délire est la conséquence de l'intoxication cérébrale par les toxines microbiennes et les déchets de la nutrition résultant de la fièvre. A la fin ou dans la convalescence de la maladie, on peut observer des états de confusion mentale plus ou moins durables et qui sont sous la dépendance de l'altération plus ou moins grave qu'ont subie les éléments nerveux du fait de l'action directe des microbes, de celle surtout de leurs produits de sécrétion, ou des substances toxiques fabriquées en excès ou non éliminées au cours de la période aiguë. Enfin on rencontre encore dans la convalescence, des délires en apparence systématisés, constitués par des idées fixes d'ordinaire peu durables, et qui semblent être le reliquat de rêves persistant à l'état de veille et dont l'esprit, momentanément affaibli, a de la peine à reconnaîti^e la nature. On trouvera plus loin la description de ces divers délires.
Quant aux infections chroniques, elles influencent l'intelligence, soit par les intoxications qu'elles provoquent (intoxications microbiennes ou autointoxications, tuberculose; intoxications d'origine externe, pellagre), soit par les lésions du cerveau ou des méninges qu'elles occasionnent (tuberculose, syphilis *).
a. Infections aiguës. — 1. Délire aigu. — Le délire aigu pourrait être considéré comme l'expression la plus haute des délires par infecticxi, s'il était établi qu'il résulte de l'invasion du cerveau par un micro-organisme. Blanchi et Piccinino - déclarent avoir découvert, dans le sang des individus qui en sont affectés, un microbe spécial auquel avait déjà fait allusion Briand. Mais Gehi ' n'a pas constamment retrouvé le bacille de Bianchi, et Cappelletti l'a vainement recherché dans 3 cas. On ne peut tirer de ces observations contradictoires des conclusions définitives.
2. Infection pneumococcique . Pneumonie. — Pendant la période aiguë de la pneumonie le délire est fréquent (1 fois sur 2 d'après Grisolle) : c'est le délire fébrile associé assez souvent à des rêveries et à des hallucinations d'origine exotoxique, chez les alcooliques. Quand la fièvre tombe, on observe quelquefois des accès passagers qui sont comparables à la manie aiguë (Griesinger) et rentrent plutôt dans la catégorie des délires confusionnels. Fontaine a décrit un délire tardif survenant un ou deux jours avant la défervescence, indépendant de la fièvre et de toute auto-intoxication, délire transitoire, qu'il considère comme spécial à la pneumonie
' Chardon. Th. de Lille, 1889.
^ Bianchi et Piccinino. Nouvelle conbibul. à la doclr. de ro?-ir/ine infeclieuse du délire aigu. Annali di neurologia, fasc. YI. 1894, et Bianchi : Communication à l'Académie roj'ale de Naples, 14 juin 1899.
^ Geni. Recherches bactériologiques sur te délire aigu, Riv. sp. di fren., fasc. IV, 1897.
* Cappelletti. Pathogénie microbienne du détire aigu. Acad. des Se. méd. et nat. de Ferrara, 19janv. 1899.
' Fontaine. Da détire dans ta pneumonie et en particulier du délire tardif. Th. de Paris, 1898,
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Enfin les troubles mentaux, dans la pneumococcie, peuvent se rattacher à l'invasion des méninges par le pneumocoque (méningite pneumococcique). Cette méningite se montre d'ailleurs quelquefois indépendamment de toute localisation pulmonaii^e et sa symptomatologie peut simuler celle de la manie aiguë ou de la confusion mentale (Klippel
3. Érysipèle. — Le délire fébrile y est assez commun (1 fois sur 10, Beigbeder-), de même que le délire alcoolique. Dans la convalescence on observe quelquefois des délires de confusion avec prédominance de l'excitation maniaque ou au contraire tendance à la stupeur (Christian''). On sait enfin que l'érysipèle peut se compliquer de méningite ; au dire même de quelques auteurs (Baillarger, Morel) dont l'opinion est à réviser, il devrait être rangé parmi les causes possibles de la paralysie générale.
4. Septicémie streplococcique. — Dans la septicémie streptococcique le délire est la règle. Il constitue l'une des formes les plus fréquentes de la folie dite puerpérale, et se présente d'ailleurs sous des physionomies variées, tantôt rappelant par son acuité les délires fébriles, tantôt ressemblant davantage aux délires confusionnels sans fièvre, tantôt enfin débutant par une vague systématisation délirante (idées ambitieuses ou de persécution) qui aboutit assez vite à la confusion (G. Ballet).
5. Influenza. Il n'est pas de maladie infectieuse qui intéresse plus communément le système nerveux. On sait notamment combien est fréc|uente la neurasthénie post-grippale. Cette tendance de l'influenza à porter son action sur le myélencépale explique le grand nombre d'affections mentales qui se développent sous son influence (Althaus '). Ici comme dans les autres maladies aiguës, on peut observer, au début, de simples délires fébriles, apparaissant et disparaissant avec la fièvre, mais qui revêtent quelquefois l'intensité de l'agitation maniaque (Joffroy^). Après la période fébrile on rencontre des états de dépression mélancolique (Séglas G. Ballet, Kraepelin, Mairet ', Ladame*, Pick), de confusion mentale, de vagues systématisations délirantes. (J. Voisin"). Beaucoup de ces troubles sont certainement rattachables à l'asthénie grippale, mais dans d'autres cas la toxine de la grippe ne fait qu'éveiller une prédisposition latente, comme cela a lieu pour certains cas de mélancolie ou de délires systématisés (H. Fehr)
' KlippeL Ann. de psych. el d'hi/pnol., 1891, n» 5, p. 133. ^ Boigbedcr. Du délire dans l'érysipèle. Th. de Paris, 1898.
' Clirislian. De la folie consécutive aux maladies aiguës. Arch. gén. de méd., 1873. ■* J. Althaus. On psychoses afler influenza. Journal of mental science, 1893, p. 163, et Arch. f. Psych., XXV, I.
^ A. Jolïroy. liullet. Soc. méd. hôp., 28 mars 1890. " Séglas. /(/., p. 277 et 278.
Mairet. Montpellier médical, 1890.
' Ladaiiie. Annales médic. psych., 1890. ' J. Voisin. Gaz. des hôp., 1890, p. 1012.
'° H. Fehr. Influenza soin Aarsag til Sindssygdom. DisserL, 1898, Kjobenhavn.
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6. Fièvres éruptives. — C'est surtout la variole qui s'accompagne de troubles mentaux. Au début, durant l'invasion et l'éruption, on voit souvent un délire intense, assez accusé quelquefois pour simuler un accès de manie aiguë ; les hallucinations, particulièrement les hallucinations visuelles et celles de l'ouïe, y tiennent une grande place (Thore*. Quinquand Plus tard, dans la convalescence, on a affaire à de la dépression mélancolique, à de la confusion mentale astliénique. Cette confusion, qui est ici très fréquente, guérit d'habitude, mais elle peut persister et aboutir à l'obtusion intellectuelle définitive et à la démence.
Dans la scarlatine on rencontre les mêmes troubles psychiques que dans la variole, mais ils y sont moins communs ; ils sont moins communs encore au cours ou à la suite de la rougeole. Cependant on a observée des cas de confusion mentale à la suite de cette dernière (Séglas'^). D'une façon générale ces états confusionnels, qui sont fréquemment consécutifs aux maladies aiguës, sont remarquables par le fonds de faiblesse mentale sur lequel ils évoluent et par la rapidité habituelle de leur marche et de leur guérison (Krœpelin \ Kirn"'). II ne faut pas oublier d'ailleurs que la perturbation apportée dans l'organisme par certaines formes de fièvres éruptives peut être l'occasion de l'éveil de la prédisposition nerveuse chez les héréditaires et occasionner l'apparition des accidents névropathiques ou vésaniques auxquels expose cette prédisposition (J. de Mattos
7. Fièvre typhoïde. — De toutes les maladies infectieuses aiguës, c'est celle au cours ou à la suite de laquelle les troubles psychiques sont les plus communs, les plus accusés et les plus variés de nature. Ces troubles ont depuis longtemps attiré l'attention, aussi bien celle des pathologistes que des aliénistes (Ghomel, Louis, Max Simon, Sauvef). Ils tiennent une grande place dans les monographies où sont étudiés les accidents délirants dans les maladies aiguës (Iluguier, Chéron, Krœpelin) et ont, dans ces dernières années, fait le sujet d'un assez grand nombre de travaux (Régis ^ Marandon de Montyel", Glover'», Pagliano Saisset^-).
' Thore. Des hallucinalions dans la variole. Ann. môd. psycli., 18.56.
' Quinquaud. Sur quelques troubles nerveux consécutifs à la variole. L'Encépliale, 1884,
^ Séglas. Presse médicale, l»"' mai 1897.
* Krœpelin. Influence des maladies aiguës sur les mal. mentales. Arch., de Neurol., 1881, n» 6, p. 263 et ii» 10, p. lOo.
" Kirn. Contribution à la casuistique des psychoses consécutives aux maladies fébriles. Allg. Zeitsch. f. Psycli. XXXIX, 6.
" J. de Mattos. Les maladies infectieuses dans l'étiologie de la folie. Rev. portug. de méd. et chir. prat. 1898, n" 41, p. lijg.
' Sauvet. Remarques sur le délire consécutif aux fièvres typhoïdes (Ann. méd.-psychol., 1845).
* Régis. Folie consécutive à une fièvre typhoïde. Encéphale, 1881.
° Marandon de Monlyel. De la fièvre typlioïde dans ses rapports avec la folie. Ann. méd. psych., 1883, IX, p. 387.
Glover. Thèse de Paris, 1891.
" Pagliano. Revue de médecine, 1894.
Saisset. Thèse de Paris, 1895.
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Le délire peut, dès le début de la dothiénentéi ie, affecter une grande intensité. Comme au début de toute période fébrile c'est un délire à caractère onirique, avec rêvasseries, agitation, hallucinations visuelles vagues et changeantes, alternant d'ailleurs d'ordinaire avec la stupeur ou y aboutissant. A un moment où les autres symptômes de l'affection sont encore peu accusés, l'origine de ce délire peut être méconnue et, dans certains cas, on a commis l'erreur de croire à un début de manie aiguë. Pareille faute s'évite sûrement quand, après quelques jours, les signes de la maladie se sont révélés avec netteté.
Le délire de la fièvre typhoïde présente ceci de particulier que, pendant son évolution, on peut voir apparaître soit de vagues idées de persécution avec craintes d'empoisonnement, soit des préoccupations mélancoliques avec idées de culpabilité, qui se détachent nettement du fonds du déliré pour donner l'illusion, si l'on n'y prend garde, que l'on a affaire à de vrais délires partiels (Barié ').
A ce délire fébrile et toxique, banal par sa fréquence et sa pathogénie, succède assez souvent, au cours de la convalescence, un état de dépression, avec impuissance mentale, torpeur intellectuelle, gâtisme. Sur ce fonds plus ou moins accusé se manifestent quelquefois de l'agitation et des hallucinations. Breton a affaire à de la confusion mentale à foi^me asthénique. Ces états de confusion tiennent certainement à l'altération des éléments nerveux, favorisée ou non par une prédisposition antérieure, et résultant elle-même de l'intoxication produite par les toxines microbiennes, et par les déchets fébriles. Ils guérissent d'ordinaire assez vite. Mais on n'ignore pas que dans un certain nombre de cas, par contre, l'intelligence, à la suite de la fièvre typhoïde, reste plus ou moins atteinte : il y a des lacunes de mémoire, la difficulté à s'assimiler les notions nouvelles, en un mot un état longtemps durable et quelquefois permanent d'affaiblissement psychique. Il est vraisemblable que, dans ces derniers cas, l'écorce cérébrale est le siège de lésions analogues à celles qu'on observe si souvent du côté des nerfs périphériques (Pitres et Vaillftrd) : on a affaire, en somme, <à une véritable psychose polynévritique avec lésions des cellules corticales et peut-être de leurs prolongements axiles de même origine et de môme nature que celles de la périphérie (G. Ballet).
C'est surtout à la suite de la fièvre typhoïde et dans sa convalescence qu'on rencontre certaines idées fixes, qui semblent le reliquat d'un rêve, et s'imposent à l'esprit avec la netteté de faits réels pendant une durée plus ou moins prolongée, de quelques jours ou de quelques semaines. Baillarger, Dechambre, G. Ballet ont rapporté des faits de cet ordre : un malade se réveille un jour et reste convaincu qu'il possède une maison de campagne avec un cheval blanc; un autre, célibataire, s'imagine pendant deux semaines qu'il est marié; un troisième est persuadé qu'il est décoré et qu'on vend pour son compte à l'hôtel Drouot des caisses d'objets précieux rapportés d'Extrême-
' E. Bariii. De quelques formes de délire parliel, au début et pendant la période d'état de la fièvre lyplioïde. Soc. méd. hôp., 28 fév. 1898, et discussion qui a suivi cette communication (G. Ballet et Séglas).
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Orient ; on doit, après plusieurs jours, prendre des précautions infinies pour le dissuader et le rappeler à la désagréable réalité.
Indépendamment des troubles mentaux dont nous venons de parler, la fièvre typhoïde peut directement ou indirectement en déterminer d'autre nature. Il convient de signaler ici le délire symptomatique de la méningite qui complique quelquefois la dothiénentérie : on observe en pareil cas des paralysies ou des contractures, des vomissements, des troubles oculaires. La mort survient du quatrième au huitième jour environ ^ .
D'après quelques auteurs (Schûle, A. Voisin) la paralysie générale peut être une des conséquences de la fièvre typhoïde, mais le fait n'est pas nettement prouvé. Ce qui est mieux établi, c'est que la dothiénentérie, par les atteintes qu'elle porte au système nerveux, crée une prédisposition au délire, qui peut se révéler dans l'avenir à une époque plus ou moins éloignée de la maladie première.
8. Les oreillons se compliquent quelquefois d'accidents cérébraux qui prennent la physionomie des délires méningitiques (Cooper, Russel, Maximovitch, Lannois et Lemoine 2.
9. Il en est de même du choléra ^. Quand la maladie guérit elle peut laisser après elle un état de confusion mentale passager ^
Dans la fièvre jaune, dans la peste, on rencontre des délires qui n'ont pas de caractères propres.
10. L'infection gonococcique étend quelquefois son action au système nerveux. On connaît ses manifestations méningo-méduUaires. Le cerveau peut être aussi intéressé et les accidents qu'on observe alors ont été tour à tour considérés comme la conséquence du rhumatisme blennorrhagique (rhumatisme cérébral blennori'hagique) ou comme l'expression d'un processus méningitique. Venturi ^ a rapporté un certain nombre de cas de stupeur et de manie hallucinatoires, rappelant les formes hébéphréniques et qu'il attrTljue, sans preuves convaincantes suivant nous, k la blennorrhagie dont étaient affectés les jeunes sujets. De même Gullerre " a cité deux obsei'vations de confusion mentale hallucinatoire chez une femme et une jeune fille au cours d'une vaginite gonococcique. Ces faits sont encore insuffisants pour établir la réalité d'une folie blennorrhagique .
11. Dans la rage, les troubles intellectuels apparaissent au début même de la maladie et durent pendant tout son cours. On observe des alternatives
* Levillain. Thèse de Paris, 1893.
■ Lannois et Lemoine. Des manifestalions niéningiliques et cérébrales des oreillons. Arch. de NeuroL, I880, t. XI, p. 1.
' B. Bail. De la folie consécutive au choléra. Encéphale, 1885, n° 1.
* Séglas. Ann. méd.-psychol., 1893, t. XVII, p. 376.
" Venturi. PsycopaLia blennorrhagica. Ril'orma inedica, avril 1894. " Gullerre. Ann. méd.-psychol., 1894, t. II.
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d'excitation et de dépression avec liallucinations visuelles teri'ifiantes, qui précèdent le coma paralytique. Ces troubles correspondent en somme à ceux d'une confusion mentale hallucinatoije.
12. Malaria. — Les troubles mentaux développés à l'occasion ou sous l'influence de l'infection paludéenne ont depuis longtemps attiré l'attention des auteurs. Griesinger, Krœpelin et plus récemment Lemoineet Ghavimier Marandon de Montyel ^ les ont signalés à l'attention. Dans la malaria comme dans toutes les maladies infectieuses, on rencontre des délires fébriles, avec agitation et hallucinations oniriques au cours des épisodes aigus, c'est-à-dire des accès et particulièrement des accès pernicieux ; des états de stupeur à la suite des accès, qui paraissent rattachables à la confusion mentale asthénique ; dans l'impaludisme chronique on trouve des troubles de même nature que les précédents mais chroniques et durables, caractérisés par de l'agitation maniaque avec hallucinations, ou par des idées mélancoliques avec ou sans tendance au suicide. Rey et Boinet^ pensent que ces accidents sont surtout fréquents chez les héréditaires et les surmenés.
b. Infections chroniques. — 1. Tuberculose. — La tuberculose, et particulièrement la tuberculose pulmonaire, détermine assez souvent des troubles cérébraux. Les préoccupations que fait naître cliez les malades la conscience de leur état, les troubles de la nutrition et de l'Iiématose engendrés par la maladie, la fièvre qui liabituellement l'accompagne, expliquent ces troubles.
On n'ignore pas qu'il existe un état mental particulier chez les tuberculeux. Le plus souvent il est fait de tristesse, de tendance trop légitime aux idées noires, d'égoïsme profond. Le malade est un être moral endolori « devant lequel tout s'efface, hormis le besoin de vivre. Pour vivre encore, si peu de temps que ce soit, tout lui sera bon, tout sera bien, tout sera juste ' ». Cet état d'esprit conduit par une pente rapide et insensible à la défiance, au soupçon, qui peuvent s'accuser assez pour constituer une sorte de délire de persécution à l'état d'ébauclie, ou à un état de dépression mélancolique plus ou moins profonde (Clouston, B. Bail).
D'autres fois au contraire, mais plus rarement, on observe des phénomènes qui rentrent plutôt dans la catégorie des troubles par excitation. La fièvre les explique en partie. Au plus léger degré, il s'agit d'une sorte de sentiment de bien-être, d'eupliorie, qui peut, jusqu'au moment même de la mort, donner au malade l'illusion d'un i-etour à la santé; ou bien d'une véritable excitation avec tendances impulsives aux actes génésiques, aux excès de boisson ; on peut enfin voir s'établir, sous l'influence de la consomption, des troubles de l'hématose et de l'auto-intoxication qui en résulte, un délire confusionnel avec hallucinations oniriques (Peter, Leudet, B. Ballj.
' Lemoine et Chauniier. Ann. méd. pst/choL, 188", V, 177.
- Marandon de Montyel. Ann. médic.-psychoL, 189:^, XVtlI, 353.
'■' Roy et Boinet. Congrès des alién. et neuvol. de France, 1897. Comptes rendus, p. .581 * Maurice LetuUe. Essai sur la psychologie du phtisique. Arch. gén. de méd., sept. 1900.
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Il n'est pas besoin de rappeler que la tuberculose, en envahissant les méninges, peut déterminer une symptomatologie mentale particulière, celle qu'on observe au cours des méningites.
2. Syphilis. — Les relations des troubles mentaux et de la syphilis ont été le sujet d'un très grand nombre de travaux : elles ont été surtout étudiées par les auteurs anglais et américains (Grainger-Stewart, Skae, Clouston, J. Mickle. Kiernan, Savage) et ont fait l'objet d'une discussion au Congrès international de Washington en 1887. En France, il convient de citer les leçons de A. Fournier, de Mairet la revue de Parant^, la thèse d'PIagelstein
Au début de l'infection et pendant la période secondaire, le souci de la maladie qui les affecte peut chez les malades dégénérer en un véritable état de mélancolie hypochondriaque.
Sous l'influence de la cachexie, de la mercurialisation, et aussi de la fièvre, qui se voit quelquefois à ce moment, on peut, à la période de la roséole et des accidents de la seconde phase, voir apparaître soit des accès de mélancolie, soit des accès d'excitation maniaque dont la pathogénie est encore indécise, mais qui souvent semblent influencés (directement ou indirectement) par le traitement spécifique.
Mais les troubles mentaux les plus importants sont ceux qu'on rencontre à la période tertiaire. Leur physionomie et leur nature seront étudiées plus loin.
Enfm la syphilis est l'élément étiologique qui joue le rôle prépondérant sinon exclusif dans la genèse de la paralysie générale. C'est un point sur lequel on aura longuement à revenir.