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RAPPORT 23. PERVERSION DU SENS GENITAL. OUTRAGE PUBLIC A LA PUDEUR

IRriESPONSÂBILITÉ

Homme trente-quatre ans. — Antécédents héréflitaires. — Grand-père masturbateur. — Impulsions irrésistibles, revenant par accès, de pratiquer l'onanisme en regardant une femme. — InelTicacité du mariage. — Autres obsessions. — Inculpation d'outrage public à la pudeur. — Irresponsabilité. — Non-lieu.

G... est âgé de trente-quatre ans, marié depuis deux ans il est père d'une petite fille d'un an; depuis quinze ans il fait partie d'une administration de l'Etat.

Le 28 janvier dernier, vers huit heures du matin, en quittant son service, après une séance de nuit de onze heures, il est entré dans une crémerie et y a commis un outrage public à la pudeur dans des circonstances que fait connaître la déposition ci-dessous de la servante de l'établissement : « L'inculpé s'est assis à une table, et, se déboutonnant, a immédiatement sorti de son pantalon son membre viril. Il le tenait dans la main; j'ai eu l'air de ne pas y faire attention et je suis passée dans l'arrière-boutique. Je suis revenue peu d'instants après et je l'ai trouvé dans la même position, avec cette différence qu'il tenait son membre avec les deux mains au lieu d'une seule, et l'agitait. Il ne me parlait pas, ne faisait aucun geste pour attirer mes regards vers lui. Mais il me regardait avec des yeux hagards, comme s'il n'avait pas eu tout son bon sens. »

Devant M. le juge d'Instruction G... a cherché à excuser son acte en disant « qu'il n'avait pas pu s'en empêcher, qu'il était sous une influence irrésistible et qu'il ne savait pas que la bonne pût le voir. »

G... a la physionomie d'un dégénéré, son crâne est irrégulier, l'occipital fait une saillie tout à fait anormale. Quand je le vois à Mazas, je le trouve triste, chagrin, mais calme et lucide, il répond correctement aux questions que je lui pose.

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Il est, m'explique-t-il, l'avant-dernier d'une famille de douze enfants; son père et sa mère étaient des gens corrects au point de vue cérébral, mais son grand-père maternel passait pour un maniaque, avait des manières bizari'es : il s'enfermait chez lui des journées entières ne voulant recevoir personne ; il avait vis-à-vis de sa femme une attitude singulière, au lieu de pratiquer le coït avec elle, le plus souvent il se masturbait auprès d'elle sans même la toucher.

Depuis l'enfance, il a lui-même des habitudes d'onanisme. Autrefois il se masturbait devant des gravures, des photographies de femmes ; maintenant cela ne lui suffit plus, il lui faut la présence d'une femme.

Le désir de pratiquer l'onanisme, en regardant une femme, est devenu pour lui une passion qui domine son existence. Quand il est seul chez lui, il cherche à apercevoir une femme à une fenêtre, ou dans la rue, et il se masturbe en la regardant. Dehors il se masturbe dans son pantalon. Il n'arrive pas tout de suite à l'éjaculation : il s'arrête et recommence pour que la sensation se prolonge. C'est un besoin impérieux auquel il ne peut se soustraire. Quand il a fini de se masturber, il se sent débarrassé comme d'un poids, il redevient maître de lui.. Ce n'est pas tous les jours qu'il est entraîné irrésistiblement à l'onanisme, mais de temps à autre, par accès ; alors il se masturbe plusieurs fois dans la môme journée, il est dans un état d'énervement extrême et ne peut même plus dormir. II déplore la malheureuse passion qui le domine et, comme il est religieux, il demande à Dieu de le guérir. 11 lui est arrivé de résister pendant un mois, puis il se laisse aller de plus belle. II s'est marié, espérant trouver dans le mariage un remède à son mal, cela n'a rien produit. II aime beaucoup sa femme, mais le coït ne le satisfait pas; d'ailleurs 'l'impulsion à l'onanisme n'est pas provoquée par une sensation dans les organes génitaux, mais par une idée qui s'empare de son cerveau. Cette idée le domine si bien qu'elle l'empêche de fixer son attention ; ainsi il a voulu préparer un examen nécessaire à son avancement, cela lui a été impossible, il ne pouvait étudier.

L'impulsion irrésistible à l'onanisme n'est d'ailleurs pas la seule qui existe chez G. .. Depuis quelques années il a ce qu'il appelle des manies consistant en ceci : par moments il est pris du besoin de sauter ou de tourner la tête à droite et à gauche un nombre de fois déterminé. Il comprend tout ce que sa conduite a de ridicule, mais il ne peut résister ; aussi se cache-t-il et est-il tout honteux quand on le surprend.

Il pleure en me faisant ces aveux, il est accablé, on sent l'homme qui souffre d'obsessions dont il comprend le caractère maladif et desquelles, malgré ses efforts, il ne peut s'affranchir.

M""^ G... que j'ai interrogée, m'a confirmé la plupart des faits avancés par son mari ; elle est désolée de s'être unie à un homme qui, elle s'en rend bien compte, est un malade. Deux ou trois jours seulement après son mariage, elle l'a surpris se masturbant derrière les rideaux, en regardant une femme qui était à une fenêtre, dans la maison en face.

G... est un dégénéré, il en a les stigmates physiques ; il est atteint d'une

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perversion du sens génital et dominé par des obsessions pathologiques. Ce n'est pas un fou en ce sens qu'il ne délire pas, mais c'est un malade, un cerveau débile, entraîné malgré lui à des actes dont il comprend l'immoralité ou le ridicule, dont il voudrait s'abstenir, mais qui s'imposent irrésistiblement à lui.

Conclusions. — G... est atteint de dégénérescence mentale avec perversion du sens génital et impulsions pathologiques.

En commettant l'outrage public à la pudeur dont il est inculpé, G... a obéi à une impulsion irrésistible, il ne saurait donc à mon avis en être rendu responsable.

G... a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu.

RAPPORT 24. EXIBIÏIONNISTE. — [ URES P DNS A J5 ILITÉ

Homme de quarante ans. — Hérédité pathologique. — Syphilis. — Excès alcooliques. — Deux arrestations pour exhibition des organes génitaux suivies d'examen médical et do non-lieu. — Troisième arrestation pour le même motif ; pas d'examen, condamnation à deux mois de prison. — Nouvelle exhibition dans la rue. — Inculpation d'outrage public à la pudeur. — Epilepsie probable. — Abus d'absinthe. — Irresponsabilité. — Non-lieu. — Internement.

B... a été arrêté le 8 février sur la réquisition d'une dame qui a fait la déclaration suivante : « Vers 8 heures du soir, je passais rue Saint-Gilles avec mes deux jeunes sœurs quand un individu (l'inculpé) qui marchait en sens inverse s'est subitement placé devant nous et, ouvrant son pantalon nous a montré sa nudité avec persistance. Je cherchai immédiatement un agent, j'en trouvai un, quand l'individu le vit venir avec moi il prit la fuite, mais l'agent le poursuivit et l'arrêta un peu plus loin. »

Interrogé par le commissaire de police, B... répondit : « Je n'ai pas montré ma nudité et je ne me suis pas sauvé quand l'agent est venu, je rentrais chez moi tranquillement, je ne sais pas ce qu'on me veut. »

B... est ouvrier ciseleur, il travaille depuis trois ans environ dans une maison oîi il gagne de 7 à 8 francs par jour, il passe pour un bon ouvrier. Il vit maritalement avec une femme. Il est pâle, maigre, et paraît être d'un tempérament très nerveux.

Il est coutumier d'outrage public à la pudeur. Poursuivi une première fois en 1891, il fut soumis à l'examen de M. le D"' Garnier qui, le 28 août, déposa un rapport dans lequel il disait en substance: « B... est un faible d'esprit par voie d'hérédité morbide (père mort d'une tuberculose pulmonaire aggravée par des excès alcooliques, oncle paternel interné pendant plus de vingt ans dans un asile d'aliénés, mère morte à l'asile de Villejuif, tante maternelle décédée à l'asile de Vaucluse, frère utérin atteint de névrose caractérisée par des attaques épileptiformes, s'est suicidé à l'âge de vingt ans) faible d'esprit qui s'est depuis longtemps adonné à l'absinthe, qui de plus a été atteint d'accidents de syphilis cérébrale, deux conditions pathologiques qui sont venues limiter encore l'exercice de ses facultés intellectuelles originellement très

restreintes. Il semble qu'au moment de l'action l'inculpé avait l'intelligence plus obnubilée que de coutume et qu'il ne se rendait pas compte de sa conduite ».

Conformément aux conclusions de ce rapport, B... bénéficia d'une ordonnance de non-lieu.

Le 30 avril 1893, il fut de nouveau arrêté pour outrage public à la pudeur (exhibition de ses organes génitaux au jardin des Tuileries) et envoyé directement à l'Infirmerie spéciale de la Préfecture de police où M. le D'' Garnier délivra le certificat suivant : « Débilité mentale avec aberration du sens génésique. Dépression mélancolique. Stigmates physiques de dégénérescence. Hérédité morbide très chargée. Est dans un état mental qui nécessite son placement dans un asile d'aliénés ».

Envoyé à Sainte- Anne, B... fut examiné par M. le D'' Magnan qui consigna son appréciation dans le certificat suivant : « Est atteint de dégénérescence mentale avec aberration sexuelle, obsessions ».

Le 20 septembre, son état paraissant amélioi'é, il fut mis en liberté.

Arrêté une 3" fois en flagrant délit d'outrage public à la pudeur en 1896, B... comparut devant le tribunal correctionnel sans avoir été soumis à un examen médical et fut condamné le 18 mars à deux mois de prison et 16 francs d'amende.

Une lourde hérédité pathologique pèse sur B... ainsi qu'on l'a vu. A vingt ans, il a contracté la syphilis (chancre, roséole, plaques) pour laquelle il a été soigné pendant dix-huit mois par M. le D'' Mauriac. Depuis longtemps il a des habitudes d'intempérance et il est obligé d'avouer que si au régiment il est resté simple soldat c'est, en partie au moins, parce que, déjà à cette époque, il buvait plus que de raison. Sa liqueur favorite est l'absinthe et dans ces derniers temps il en avait pris encore plus que de coutume.

Interrogé sur les faits qui l'amènent devant la justice il me raconte que le mardi 8 février, vers 8 heures du soir, il sortait de travailler et se rendait chez lui quand des agents l'ont arrêté sur la réquisition de dames qui l'accusaient de leur avoir montré ses organes génitaux. Il ne sait pas ce qui s'est passé, car sans être tout à fait ivre il avait bu trois ou quatre absinthes, mais les déclarations des dames doivent être vraies car plusieurs fois déjà il a commis des actes semblables. C'est plus fort que lui, il ne peut pas s'en empêcher.

B..., par la nature des actes qui lui sont reprochés, appartient à la catégorie des individus désignés par Lasègue sous le nom d'exhibitionnistes, parce qu'ils sont poussés par un besoin maladif d'exhiber leurs organes génitaux. Mais le groupe de Lasègue contient des malades de diverses espèces et il importe de déterminer celle à laquelle appartient l'inculpé. Sans doute c'est un dégénéré par voie d'hérédité morbide, mais c'est peut-être aussi un épileptique ; plusieurs faits permettent du moins de le supposer.

Il y a six semaines, B... est tombé, raconte-t-il, sans connaissance dans l'atelier; ce sont ses camarades qui le lui ont dit (le frère de l'inculpé a confirmé ce renseignement). C'était la première fois de sa vie, mais depuis long-

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temps il est sujet à des éblouissements : tout tourne alors autour de lui. Dans ces moments on lui a dit qu'il était très pàle. Parfois il lui arrive, ayant un outil à la main de ne pas le sentir et de le chercher.

D'autre part M"" B... (ou plus exactement la femme avec laquelle l'inculpé vit maritalement depuis un an) m'a donné des renseignements confirmatifs des précédents. Elle a remarqué souvent que B... étant en train de causer s'arrête tout d'un coup, et qu'au bout de quelques instants, quand il reprend la parole, il parle de choses n'ayant aucun rapport avec ce qu'il disait avant. Dans ces moments et à d'autres aussi il devient subitement d'une pâleur de mort, on dirait qu'il va mourir. Un jour M™" B... était en train de s'habiller quand B... lui dit : « Non, n'écris pas à ta mère que je suis malade », M*"^ B... ayant répondu : « Mais pourquoi écrirais-je cela, » B... a soutenu qu'il n'avait pas prononcé la phrase parfaitement entendue par sa femme. Souvent d'ailleurs il lui arrive de répéter la même chose un grand nombre de fois, et quand sa femme lui fait remarquer qu'il l'a déjà dit il soutient que ce n'est pas vrai.

M"" B... donne encore un renseignement intéressant : assez souvent il arrive à B... au milieu de la nuit, de pratiquer le coït avec elle une et deux fois sans-dire un mot, et le lendemain il ne s'en souvient pas.

31""* B... ajoute que B... est très nerveux et qu'il a de la tendance à grincer des dents ; elle ne lui a cependant pas vu de véritables attaques de nerfs. Il n'urine pas au lit. Depuis quelque temps il s'était remis à boire de l'absinthe. Ses appétits génésiques n'ont rien d'excessif et rien d'anormal. Il ne paraît pas se livrer à l'onanisme.

Les déclarations de B... et celles de sa femme sont de nature à faire penser qu'on se trouve en présence d'un épileptique. Il existe, en effet, chez B... tout un ensemble de symptômes qu'on trouve dans l'épilepsie : éblouissements, par moments, insensibilité de la main, arrêts brusques dans la conversation en passant d'un sujet à un autre, pâleurs subites, paroles et actes ne laissant pas de souvenirs et par conséquent prononcées et commis inconsciemment.

Probablement s'agit-il ici d'une épilepsie absinthique étant donné sa tardive apparition chez un buveur d'absinthe.

Quoi qu'il en soit de ce diagnostic un fait certain c'est que B... porte le poids d'une très lourde hérédité pathologique et que sur ce cerveau prédisposé aux maladies mentales, l'absinthe est venue faire sentir son action -funeste en sorte que quel que soit exactement la maladie mentale dont B... est atteint, le fait certain c'est qu'il est malade et que les actes dont il est inculpé ont un caractère pathologique.

Conclusions. — i° B..., sur lequel pèse une très lourde hérédité morbide, a déjà été interné dans un asile d'aliénés, c'est un déséquilibré, peut-être un épileptique, atteint d'aberration sexuelle avec obsessions.

2° C'est sous l'influence d'une impulsion morbide qu'il a commis les actes dont il est inculpé, il ne saurait donc en être rendu responsable.

B... a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu.

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