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CHAPITRE PREMIER

Par GILBERT BALLET

Quand on parcourt d'un coup d'œil d'ensemble l'histoire de la pathologie mentale, depuis ses lointaines origines jusqu'à nous,, on s'aperçoit vite qu'il n'en est pas qui mette mieux en évidence l'éternel conflit des tendances entre lesquelles se débat l'esprit humain, dans toutes les branches de son activité. Au début,H"intelligence est plus préoccupée d'expliquer les faits que de les observer : imbue, à la naissance de toutes les civilisations ou, dans les civilisations avancées, chez ceux dont l'évolution mentale est retardataire, d'idées métaphysiques ou théurgiques, elle cherche à ces faits qu'elle connaît mal des interprétations surnaturelles. Plus tard, quand elle a commencé à se discipliner au contact de la réalité objective, elle fait appel à des explications moins simplement naïves ; mais ce n'est qu'à une phase beaucovip plus tardive que le souci de l'observation et des descriptions exactes arrive à dominer et à reléguer à l'arrière-plan le besoin d'explications et de théories.

Raconter l'évolution de la pathologie mentale à travers les civilisations qui' se sont succédées, c'est montrer comment petit à petit à la conception religieuse et plus tard philosophique de « la folie » se sont substituées les notions positives qui constituent aujourd'hui le domaine de la psychiatrie.

Dans I'Antique Égypte les aliénés étaient considérés comme possédés par des esprits. On les purifiait dans les temples dédiés aux dieux. Une inscription du treizième siècle avant Jésus-Christ, nous apprend qu'une princesse asiatique fut guérie de sa possession par l'intercession du Dieu Khons.

Les Hébreux expliquèrent de même la folie par l'influence du doigt de Dieu : c'est en punition de ses fautes que fut changé en bête Nabuchodonosor roi de Babylone, dont on connaît l'accès de lycantropie ; et si Saiil eut une crise de manie c'est que l'esprit de Je'hovah s'étant retiré de lui, il tomba <au pouvoir d'un esprit méchant.

En Grèce régnèrent longtemps des idées analogues ; les légendes accréditées par les poètes en font foi : on se rappelle celle des filles de Prétus, roi d'Argos, dont Junon qu'elles avaient insultée, se vengea en les frappant d"une horrible maladie : leur corps se couvrit de lèpre, elles s'imaginèrent être transformées en vaches et poussaient des mugissements. On n'ignore pas la place que tinrent dans les explications pathogéniques des Grecs, les furies et les euménides et le rôle médical important que jouèrent chez eux pendant longtemps les prêtres du temple d'Esculape.

Chez les Romains jusque vers le m" siècle avant J.-G., c'est-à-dire jusqu'à l'amnvée des médecins grecs, la pratique médicale réduite au plus grossier des empirismes mar"cha de pair avec les superstitions religieuses les plus outrées. Les épidémies de peste qui ravagèrent Rome à maintes époques, sous les rois et sous la république, apparurent comme des fléaux envoyés par le Ciel, et contre elles on eut recours surtout à l'intercession des dieux. Les duumvirs et les décemvirs consultaient les livres sybillins, les édiles instituaient des cérémonies purificatrices, les prêtres et les augures multipliaient les prières publiques, le peuple et les Epulones entassaient, devant les statues des dieux, les offrandes et les mets appétissants. Il ne faut pas s'étonner qu'un peuple en de pareilles dispositions d'esprit, ait continué, comme l'avaient fait les Grecs, à considérer l'épilepsie comme une maladie sacrée {morbus sacer), que la trépanation faite pour y remédier ait par cela même revêtu un certain caractère religieux, et que les trépanés aient été l'objet d'une sorte de culte comme s'ils eussent été des êtres supérieurs, aimés du ciel

Si vers le commencement de l'ère chrétienne, au temps des premiers empereurs et dans les années qui suivirent, la croyance à l'origine surnaturelle des maladies perdit petit à petit de son prestige, au moins dans les classes éclairées, une réaction en sa faveur, et quelle réaction ! ne tarda pas à se produire sous l'influence de la torpeur du moyen âge. On sait le rôle que jouèrent alors la torture, les exorcismes, le bûcher dans la thérapeutique des hallucinations et du délire. On vit des médecins comme Bodin, Boquet, Fernel, expliquer la démonomanie par la lutte d'une puissance infernale contre l'esprit du bien.

La Renaissance n'a pas mis fin à ces idées erronées. On les retrouve au XVI®, au xvu" et même au xviii'^ siècle. Calmeil ^ a tracé la vivante histoire des démonopathes, des théomanes, des hystéi*iques dont le cas a eu quelque retentissement à ces époques, et il a montré les erreurs d'interprétation dont ces

' Maurice Albert. Les Médecins Grecs à Rome. Paris, Hachette, 1894. ^ Calmeil. De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, histO' rique et judiciaire, de la Renaissance au xix" siècle. Paris, J.-B. Baillière, 1845, 2 vol.

malades ont été l'objet et les actes de barbarie auxquels ils ont trop souvent donné lieu.

Mais à mesure qu'on approche de la période contemporaine, la lumière se fait dans les intelligences instruites et l'interprétation mystérieuse des troubles mentaux n'a plus guère d'adeptes que dans la foule ignorante. Aussi s'étonne-t-on de voir toute une école, composée de médecins d'une incontestable valeur, s'approprier à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dernier, ce qui peut rester de la métaphysique nuageuse des âges passés, et s'attacher à une conception de la folie qui est moins éloignée de celle des Grecs et des Hébreux qu'elle ne l'est de la conception positive qu'on en a aujourd'hui. Cette école qui relève de Stahl et dont les adeptes s'appellent Langermann, Ideler, lleinroth est celle à laquelle on donne quelquefois le nom ô! écolo, psychologique allemande . Pour Heinorth (1773-1843) qui la personnifie et la résume, l'àme est une force libre, excitable par des stimulants, mais douée de la faculté de se diriger elle-même. « Le corps n'est pas un être indépendant existant par lui-même, mais l'àme devenue organe phj'sique. Le principe fondamental de l'àme est la liberté : la source de son existence c'est la raison. L'étiologie de Heinorth est éthique et religieuse : tous les maux de l'homme viennent du péché, par conséquent aussi les troubles de l'àme. L'àme se rend malade elle-même : les passions et le péché, c'est-à-dii^e le renoncement à Dieu, sont les causes des maladies psychiques. La partie la plus importante de la thérapeutique de ces maladies, c'est le traitement psychique, notamment la vie religieuse, le dévouement entier à Dieu et au bien. D'après Hkixroth, la seule prophylaxie de l'aliénation mentale est la foi chrétienne » ^

Ces théories comme les conceptions religieuses de la folie qui les ont précédées, ont à jamais vécu. Mais la science, faite d'observations exactes plus que d'interprétations, n'est arrivée à se substituer à elles que par un travail lent et continu et par la patiente accumulation des faits.

La période Hippocratique a été à cet égard peu fructueuse. Si l'on a connu Vépilepsie, entrevu la. mélancolie et la manie, la folie par intoxication vineuse, décrit sous le nom de phrénitis des délires qui paraissent correspondre pour la plupart à nos délires fébriles ou à la confusion mentale, on n'a tracé de ces états que des descriptions vagues, confuses et incomplètes. Bien qu'on proclamât que la médecine consistait avant tout à bien observer {ars tota in observationibus) l'on semblait préoccupé plutôt de substituer aux théories en cours des théories nouvelles : les folies dépressives étaient provoquées par la pituite, celles avec excitation par la bile ; la phrénitis résultait de réchauffement du corps entier par le sang échauffé lui-même par son mélange avec cette dernière humeur. Le mérite d'Hippocrate est d'avoir reconnu et affirmé, en face des explications surnaturelles de la folie qui régnaient alors, que les troubles mentaux comme les sentiments et les pas-

* Krafït-Ebing. Traité clinirjiie de Psychiatrie. Trad. française, d'E. Laurent. Paris 1897, Maloine, éd., p. 55.

sions relèvent du cerveau. « C'est par le cerveau que nous tombons dans le délire, dans la manie, que nous recevons la peur, la frayeur » '■ . Ainsi e'tait ouverte la voie à l'interprétation physiologique des phénomènes.

Ni les médecins de la période Alexandrine (îlérophile, Erasistrate), ni ceux qui se signalèrent au début de la période Gréco-Romaine (yVsclépiade, Gelse) n'ajoutèi'ent de notions importantes à celles qu'llippocrate avait fait connaître.

Arétée de Cappadoce (80 après J.-G.) au contraire se révéla observateur remarquable. « On ne saurait assez louer, ditB. BalP, à quinze siècles de distance, la rigueur scientifique, le sens clinique, la précision des détails et l'abondance des faits qui se retrouvent dans les admirables et pittoresques écrits de ce grand aliéniste, qui a su décrire les principaux symptômes, les formes, les espèces et plusieui^s des variétés les plus importantes de la folie, avec une supériorité qui fait de lui le véritable Hippocrate de la médecine mentale. » Ges éloges sont en grande partie mérités : sans doute dans la description qu'il a donnée de la mélancolie « affection sans fièvre, dans laquelle l'esprit reste toujours fixé sur la même idée et s'y attache opiniâtrement », Arétée a confondu des malades fort différents les uns des autres, les mélancoliques vrais, les hypochondriaques, les persécutés; mais il a entrevu ces divers types d'aliénés et le peu qu'il en dit suffit à prouver ses qualités de nosographe. Le tableau qu'il trace de la manie est loin d'être parfait : il assimile à tort aux maniaques certains malades à délire systématisé; mais il indique avec précision l'exaltation intellectuelle, l'hypermnésie et l'hyperidéation que présentent les premiers ; il différencie nettement la manie des états d'excitation avec délire qu'on observe chez les vieillards ou qui sont produits par le vin ou les autres toxiques, la mandragore et la jusquiame. Il signale la succession possible d'un état mélancolique à un état maniaque, comme s'il avait entrevu la folie circulaire. La plus remarquable des descriptions d'Arétée est celle qu'il a tracée de l'épilepsie : il a vu et bien observé les aura, il note la possibilité d'empêcher les attaques en liant, fléchissant ou étendant les membres par où le mal commence. Ge qu'il dit de la crise de grand mal est vraiment remarquable pour l'époque; tout ou presque tout est indiqué : les convulsions de la face et des membres, la projection de la langue entre les arcades dentaires et ses morsures, la congestion de la face, les modifications du pouls, l'évacuation involontaire d'urine, de matières fécales ou même de sperme, la torpeur et la tristese consécutives à l'attaque. On ne trouve rien de plus net, de plus exact, de plus conforme à la réalité clinique dans les livres de l'antiquité.

Goelius Aurelianus (180 après J.-G.) doit être cité après Arétée. Il a peu ajouté à la nosographie, mais il a eu le mérite de rompre avec la théorie des humeurs en honneur depuis Hippocrate, et de proclamer que la folie relève de causes somatiques et psychiques. Les vues qu'il a émises à propos du traitement de l'aliénation autorisent à le considérer comme un véritable précurseur

' Hippocrate. Œuvres complètes. Trad. de Littré, 1839 à 1853, t. Il, p. 100. - B. Bail. Leçons sur les maladies mentales. Paris, Asselin, 1880, p. 9 et suiv.

sur ce tei'rain spécial : il protesta enei'giquement contre les moyens violents de répression employe's à son époque et préconisa les procédés de douceur. Il y avait quelque mérite et une réelle originalité à écrire, Î600 ans avant Pinel, que les moyens de contrainte constituent « un traitement déplorable qui ne fait qu'aggraver l'état des malades, ensanglanter leurs membres et leur olï'rir le triste spectacle de leurs douleurs, au moment où ils reprennent l'usage de leur intelligence. »

Du m" au xvi'^ siècle on chercherait vainement dans la littérature une œuvre mai'quante sur l'aliénation mentale. Galien avait codifié les enseignements de ses prédécesseurs, on se borna à reproduire et à répéter Galien. La médecine des arabes, qui eut à partir du viii'" et du ix^ siècle sa période glorieuse, ne fit pas avancer d'un pas sensible la pathologie de la folie et les quelques observations de délires symptt)matiques ou de folies sympathiques qu'on trouve dans les ouvrages de ces derniers ne l'ont pas notablement enrichie.

Il faut traverser le moyen âge et annver jusqu'à la fin du xvi'^ siècle pour rencontrer des auteurs et des travaux qui méritent de nous arrêter. La renaissance s'est affirmée; l'esprit humain, longtemps contenu sous le despotisme théologique et religieux, aspire à s'émanciper : Descartes et Bacon lui ont donné une méthode. La médecine va suivre les progrès qui s'accusent dans la littérature, la philosophie et les sciences, avec Montaigne, avec Leibnitz, avec Pascal, avec Newton.

Félix Pl.\ter (1536-1614) professeur à l'Université de Bàle, a droit à une place à part parmi les auteurs auxquels la pathologie mentale est redevable de quelques progrès. Dans ses œuvres on trouve mieux qu'un essai insuffisant de description didactique; on y rencontre des observations qui témoignent d'un souci très remarquable de l'étude exacte et attentive des faits. Plater a vu et assez bien observé non seulement la manie et la mélancolie, la phrénilis et la chorée, mais encore la folie impulsive, le délire des persécutés-persécuteurs (Zclotypia, de Zr|lo;-Zèle et Ti7tTî!.v-frapper). Il signale la mélancolie à forme hypochondriaque, la mélancolie à deux.

Vers la même époque Paul Zacchias (1584-1659) proto-médecin du pape et des États Romains, s'élevait avec courage contre la démonologie et jetait dans un ouvrage remarquable pour le temps [quœstiones médico-légales) les bases de la médecine légale des aliénés; Sydenham (1624-1689) signalait les troubles maniaques observés à la suite des fièvres intermittentes; Willis enfin (16:22- 1675) donnait d'exacts aperçus sur la manie, la mélancolie, la stupeur et des notions judicieuses sur le traitement des aliénés; mais il noyait malheureusement ses descriptions au milieu de considérations surannées sur le rùle des esprits animaux.

La part du xviii^ siècle dans les progrès de la médecine mentale est assez mince : ni Boherhaave (1668-1738), ni Sauvages (1706-1767), ni Culle» (1712- 1792) n'ont beaucoup ajouté à ce que connaissaient leurs prédécesseurs. Mais l'anatomie pathologique prit son essor avec Morgagni (1682-1771) et grâce à l'orientation nouvelle que donnèrent à la science les travaux de ce dernier, les théories religieuses ou métaphysiques et les hypothèses humorales qui

avaient jusque-là envahi le déveloi^pement de l'alie'nation mentale, furent décidément abandonnées pour faire place à une interprétation plus positive des faits : on allait tomber d'accord pour reconnaître que la folie, comme le proclamait Ghiaruggi en 1793, dépend d'une lésion ou d'un trouble primitifdu cerveau.

Le résultat, le plus clair des efforts qui ont été faits jusqu'à présent, a été de dégager l'étude de la pathologie « de l'esprit » des entraves qui au cours des siècles i^assés l'ont gênée dans son développement. Une ère nouvelle va s'ouvrir avec le xix" siècle, ère de progrès rapides dans le domaine de la nosogmphie, de modifications profondes et radicales dans les conditions matérielles des aliénés.

Le bilan des connaissances est à la fin du xvm® siècle encore restreint. On connaît les névroses, pai'ticulièrement l'épilepsie et la chorée ; on sait qu'il y a des aliénés agités, les maniaques, d'autres déprimés et tristes, les mélancoliques, d'autres dont les facultés intellectuelles sont profondément affaiblies; mais on a à peine entrevu que ces derniers forment des catégories diverses : la stupeur de Willis englobe à la fois la démence et l'idiotie. D'ailleurs les « fous » qu'on connaît mal et à l'étude desquels on s'intéresse peu, ont été jusqu'à présent à peine considérés comme des malades. « A Bicêtre, à la Salpêtrière, dit Pariset', le vice, le crime, le malheur, les infirmités, les maladies les plus dégoûtantes et les plus disparates, tout était confondu comme les services. Les bâtiments étaient inhabitables, les hommes y croupissaient couverts de fange, dans des loges toutes de pierre, étroites, froides, humides, privées d'air et de jour et meublées seiilement d'un lit de paille, qu'on renouvelait rarement et qui bientôt devenait infect : rejDaires affreux oîi l'on se ferait scrupule de placer les plus vils animaux. Les aliénés que l'on jetait dans ces cloaques étaient à la merci de leurs infirmiers , et ces infirmiers étaient des malfaiteurs que l'on tirait de la prison. Les malheureux malades étaient chargés de chaînes et garrottés comme des forçats. Ainsi livrés sans défense à la brutalité de leurs gardiens, ils étaient l'objet des plus cruels traitements, qui leur arrachaient jour et nuit des cris et des hurlements qui rendaient encore plus effrayant le bruit de leurs chaînes. »

La réforme du régime des aliénés s'imposait, non seulement comme mesure d'élémentaire humanité, mais aussi comme la condition primordiale des progrès que la nosographie était bientôt appelée à réaliser. Pour s'attacher à mieux étudier ces malades, il fallait d'abord obtenir qu'ils fussent considérés et traités comme des malades. Dès la fin du siècle dernier deux médecins italiens Daquin àChambéry et Ghiaruggi à Florence préconisaient la substitution des procédés de douceur aux moyens de contrainte brutale dans le ti'aitement des fous. Mais nul n'ignore que le mérite d'avoir « brisé les chaînes des aliénés » revient principalement à Ph. Pinel, qui secondé par le sui'veillant Pussin, introduisit en 1793 à l'hospice de Bicêtre, puis à la Salpêtrière, non sans ren-

' Pariset. Eloge de Pinel, Acad. de Médecine.

APERÇU HISTORIQUE Eï ÉVOLUTION DE LA PATHOLOGIE MENTALE 7

contrer d'oppositions, des habitudes toutes différentes de celles qui y avaient re'gné jusqu'alors. Il fit plus, il montra la nécessité qui s'imposait de créer des établissements spéciaux pour les individus affectés de maladies mentales, et traça les règles de l'hospitalisation de ces malades. A peu près à la même époque, William Tuke, citoyen de la ville d'York, créait une maison de santé où les fous devaient être traités suivant les mêmes méthodes que Pinel préconisait chez nous. Ainsi l'Italie, la France, l'Angleterre prenaient presque simultanément à la fin du xviii'^ siècle et sans concert préétabli, l'initiative des réformes qui allaient se parachever au cours du nôtre. Il faut dire toutefois que les choses n'allèrent pas toutes seules : la routine est puissante et difficile <à vaincre. En 1818, Esquirol se plaignait encore dans un rapport au 3Iinistrc, que les aliénés fussent plus maltraités que les criminels et les bêtes. Il a fallu près de cent ans pour vaincre en fait les préjvigés barbares contre lesquels s'étaient insurgés les réformateurs de la fin du dernier siècle. Mais petit à petit les progrès se sont réalisés : les maisons d'aliénés actuelles, larges, spacieuses, aérées, avec leurs préaux, leurs galeries, leurs jardins, ne ressemblent que de très loin aux misérables réduits qui les ont précédées. Sans doute les barrières y sont toujours hautes et les portes bien closes, mais on tend de plus en plus à abaisser les premières et à ouvrir les secondes; l'asile à portes ouvertes (open door) qui existe déjà en certains pays, comme l'Ecosse, compte des partisans de jour en jour plus nombreux; la camisole qui récemment encore était d'un usage fréquent, pour ne pas dire courant, n'est plus utilisée que dans des cas exceptionnels; enfin le traitement par le séjour au lit qu'on tend aujourd'hui à appliquer à la plupart des formes aiguës de la folie, contribuera dans un avenir prochain à rapprocher de plus en plus l'asile de l'hôpital. C'est le xix" siècle, à son honneur, qui aura vu s'accomplir, ou au moins préconiser toutes ces réformes. Il aura bien mérité de l'humanité, il aura aussi bien mérité de la science, car pour incomplètes que soient nos connaissances dans le vaste domaine de la psychiatrie, elles se sont depuis cent ans prodigieusement accrues et précisées. L'étiologie est sortie du chaos, l'étude des symptômes, rapprochée de celle de la marche des affections mentales, a permis d'individualiser mieux que des formes symptomatiques, des espèces nosographiques; l'anatomie pathologique, après nous avoir révélé les lésions de la paralysie générale progressive, nous a montré, grâce aux progrès récents de la technique, les altérations qui conditionnent certains troubles mentaux secondaires, la médecine légale des aliénés a été assise sur des bases moins mobiles et plus précises, enfin le traitement de la « folie » est devenu à la fois plus humain, plus rationnel et plus efficace.

La loi de 1838, en réglant les conditions de l'assistance et de l'internement des aliénés, acontribué grandement à l'amélioration du sort de ces derniers. Le temps a pu montrer les imperfections de cette loi et la nécessité de l'adaptera certaines exigences nouvelles, et dans une certaine mesure légitimes, de l'esprit public, mais les efforts qu'on a fait pour la modifier et qui n'ont pas été toujours heureux, n'ont servi qu'à établir avec quel soin, quelle prévoyance et quel sentiment des nécessités jiratiques elle avait été conçue.

Une revue sommaire va nous rappeler, quand et comment ces divers progrès ont été réalisés.

Il suffit de comparer d'un coup d'œil rapide le chapitre consacré aux CAUSES de « la folie » dans l'un des traités du commencement du siècle à ceux qui visent l'étiologie des affections mentales dans les ouvrages les plus récents, pour apprécier ce que notre temps a répandu de lumière sur la connaissance des conditions déterminantes des divers troubles mentaux. Si l'on parcourt le premier chapitre du traité d'Esquirol, qui résume exactement les notions qui avaient cours aux environs de 1830, on y verra quelle large place on faisait alors dans l'étiologie de la folie aux causes considérées aujourd'hui comme simplement adjuvantes et accessoires : l'influence du climat, des saisons, des âges, du sexe, des tempéraments, des professions, des passions est passée méticuleusenient en revue : mais l'étude des causes de l'aliénation se limite alors à quelques notions statistic[ues et empiriques sans lien pathogénique les rattachant les unes aux auti^es. De l'hérédité il est à la vérité question, mais quelques lignes seulement sont consaci'ées à son influence, dont Esquirol pense avoir suffisamment indiqué l'importance quand il a dit : « l'hérédité est la cause prédisposante de la folie la plus ordinaire, surtout chez les riches, elle est d'un sixième chez les pauvres. »

En fait si le rôle capital de l'hérédité dans la genèse des affections mentales a été mis définitivement en relief c'est grâce à des travaux presque contemporains et relativement récents. Lucas' en étudiant les modes et les lois de l'hérédité naturelle a préparé les voies à MoreP qui devait formuler peu de temps après, avec l'autorité que l'on sait, la théorie des dégénérescences. Morel peut être tenu dans l'espèce pour un véritable initiateur; ses études ont été le point de départ de beaucoup d'autres qui sont venues ultérieurement les compléter, de celles de Moreau (de Tours), de Magnan, d'Arndt, de Krafft- Ebing; et dans le domaine de la neurologie proprement dite de celles de Charcot et de ses élèves, de Môbius, de Pick, de Schultze, de Ch. Féré.

L'influence des intoxications, particulièrement de celles occasionnées par l'usage habituel et prolongé de certains poisons, n'a été elle aussi nettement dégagée que de notre temps. Il n'y a pas là toutefois de quoi nous énorgueillir : si les troubles mentaux d'origine toxique ont été mieux observés et par conséquent mieux décrits à notre époque, c'est que l'abus des substance qui les produisent ou s'est plus répandu, ou s'est établi de nos jours.

L'alcoolisme n'est pas un mal récent ; l'ivresse tout au moins, qui en constitue l'une des formes, ne fut pas inconnue de nos ancêtres : la légende de Noé est là pour l'attester. Les Grecs et les Romains eurent à lutter contre ses progrès; les prescriptions de Lycurgue, les lois de Dracon, les écrits des auteurs latins en font foi. Mahomet dut sévir contre elle en interdisant à ses fidèles l'usage du vin, et Chaiiemagne s'émut de sa fréquence en occident. Au xi^ siècle

' Lucas. Traité philosophique et psychologique de l'hérédité naturelle, 2 voL, 18S0. ! MoreL Traité des dégénérescences, 2 vol., 1857.

l'introduction clans la consommation de ralcool obtenu par distillation du vin créa un nouveau péril : Vaqua vilse considérée d'abord comme un précieux remède, devint assez vite une boisson^langereuse quand au xvii^ siècle la vente cessa d'en être réservée aux pharmaciens ; la Russie, la Suède, l'Angleterre ne tardèrent pas à en faire la dangereuse épreuve. On sait, et on verra d'ailleurs en une autre partie de cet ouvrage, comment la création des alcools dits d'industrie a généralisé le péril et étendu ses effets dans les divers pays d'Europe. Le traité de Magnus Huss '■ qui date de 1852, est l'ouvrage fondamental où pour la première fois ont été mis en relief les manifestations principales àeV alcoolisme. Magnus Huss dont le travail avait été précédé par ceux de Brûhl-Gramer, de Rœsh, a visé exclusivement l'alcoolisme chronique. Avant lui déjà Sutton en Angleterre, Rayer en France, puis Blake, Ware, Copland, Calmeil avaient enti^evu le délire alcoolique aigu, que Dupuytren observait en 18:26 chez les opérés et qu'il considérait indûment comme un ■délire nerveux. Il est peu de sujets qui aient été aussi attentivement étudiés en ces cinquante dernières années, que l'histoire des manifestations de l'alcoolisme. Parmi les travaux de marque qui s'y rattachent, ceux de Delasiauve •et de Magnan sur la symptomatologie du delirium tremens, ceux de Magnan et de Motet sur l'absinthisme, de Lasègue sur le délire alcoolique subaigu, de Korsakoffsur la psychose polynévritique qui relève souvent de l'intoxication par l'alcool, ceux de Westphal sur l'épilepsie des buveurs méritent une mention spéciale. L'attention plus récemment s'est portée surtout sur la pathogénie de tous ces troubles et l'on semble aujourd'hui particulièrement préoccupé de déterminer le rôle qui revient dans leur genèse à chacun des divers éléments (essences, alcools supérieurs, alcaloïdes) qui entrent dans la composition des boissons dites alcooliques. Les travaux qui ont été poursuivis dans cette direction, parmi lesquels ils convient de citer ceux de Cadéac et Meuniei-, de Laborde, de Joffroy, ont déjà jeté quelque lumière sur le problème.

Il nous suffira de rappeler les recherches auxquelles ont donné lieu l'intoxication par le haschisch (Moreau, de Tours), la pellagre (Th. Roussel, Lombroso etc.), la morphinomanie, le cocaïnisme, le chloralisme pour montrer la place importante qui revient aux troubles d'origine toxique parmi les progrès réalisés depuis cinquante ans par la pathologie mentale.

Mais à côté des intoxications d'origine externe ou exogènes il faut placer celles d'origine interne ou endogènes. Le rôle que jouent ces dernières dans l'étiologie des troubles mentaux, bien qu'il ait été depuis longtemps entrevu, commence seulement à se dégager avec quelque netteté. Le nombre des observations ou des travaux d'ensemble auxquels il a donné lieu, est déjà considérable. A mesure que la nature des maladies infectieuses et des troubles de la nutrition s'est éclaircie, que la fonction antitoxique de certains organes, comme le foie, est devenue évidente, qu'on a été mieux fixé sur les conséquences des lésions des émonctoires comme le rein, il est apparu plus nettement que l'accumulation dans l'organisme de certains poisons résultant du

' Magnus Huss. Chronische alcoolish Krankheit. Stockholm, 18.=52.

désordre de l'assimilation ovi de la désassimilalion ou de l'insuffisance de la dépuration organique, engendrent, entr'autres conséquences, des accidents cérébraux, que la clinique n'avait pas méconnue mais qu'on avait arbitrairement rangés parmi les « folies diathésiques ou sympathiques ». On commence aujourd'hui à mieux interpréter ces troubles dont la physionomie n'est pas très variée et qui semblent revêtir le plus souvent l'une ou l'autre des formes de la confusion mentale. Leur déterminisme précis exige sans doute encoi"e de nombreuses recherches, mais leur histoire constitue un nouveau chapitre récemment et déjà largement ouvert de la pathologie mentale '■.

Lanosographie s'est depuis soixante ans encore plus enrichie que l'étiologie et la pathogénie. Si au temps de Pinel on connaissait la manie et la mélancolie auxquelles on faisait en clinique mentale une place que les travaux ultérieurs ont plutôt rétrécie, celle surtout de la manie, on n'avait qu'une notion très sommaire et fort peu précise des délires systématisés. Esquirol^ les avait sans doute entrevus ; il paiie en effet, dans le chapitre sur la monomanie, « d'un désordre intellectuel concentré sur un seul objet ou sur nne série d'objets inconscrits » ; Griesinger d'autre part^ puis Ellinger * avaient indiqué quelqvies-unes de leurs variétés qu'ils englobaient dans le groupe de la Verrucktheit. Mais c'est à Lasègue" que revient le mérite d'avoir eu la conception nette de ces délires, qui tiennent une si large place en clinique psychialique; son mémoire célèbre sur le délire des persécutions peut être considéré comme le travail fondamental qui a servi d'assise à tous ceux qui ont suivi (1852). Les additions qu'y a faites Morel " n'ont sans doute pas été toutes très heureuses; du moins cet auteur a-t-il contribué à consacrer la place qu'allaient dès lors occuper dans lanosographie les systématisations délirantes.

La voie une fois ouverte, la description des délires systématisés et de leurs variétés est devenue l'un des objectifs de prédilection des psychiatres. Innombrables sont les travaux auxquels ont donné lieu la Paranoia, la Verrucktheit, la Wahnsinn, la delusional insanity, qui sont les noms nouveaux sous lesquels à l'étranger, ces délires sont désignés. Les publications de SnelP, de SanderS de Sarnt", de VVestphal i», de Krafft-Ebing d'Arndtl^ de Mayser^^en

' Voir à ce sujet : a. E. Régis et A. Chovalier-Lavaure. Des auto-intoxications dans les maladies mentales. Rapport au Congrès des médecins alie'nistes français. Session de la Rochelle, 1893. b. D'Abundo. Les Intoxications et les infections dans les maladies mentales et les névropathics. Presse médicale, 3 nov. 1900.

- Esquirol. Traité des maladies mentales, t. II, 1838.

" Gi'iesinger. Traité des maladies mentales. Trad. franç. de Doumic, 186.3. * Ellinger. Allg. Zeitsch fiir Psychiatrie, 1845. ° Lasègue. Arch. de médecine, 1832.

" Morel. Études cliniques, 183:2 et Traité des maladies mentales, 18G0. ' Snell. Allg. Zeitsch filr Psychiatrie. B. XXII, p. 368, 1865. » Sander. Arch. fur Psychiatrie, 1868-69, B. I, p. 387.

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Arndt. Lehrbuch der Psychiatrie. Vienne, 1883. " Mayser. Allg. Zeitsch. fur Psychiatrie, 1885, B. XIII, 1.

Allemagne, ceHes de Rosenbach' en Russie, de Morselli et Buccola^ d'Amadei et Tonnini^ de Raggi'', de Tanzi et Riva-% de Salenii-Pace en Italie, de Spitzka^en Amérique, le mémoire de Foville * en France, les travaux de Magnan ' et ses élèves sur le délire chi'onique et les délires de dégénérescence, ceux de J. Falret "' sur le délire de persécution à évolution systématique et sur les persécutés persécuteurs ont éclairci bien des points de détail, mis en relief des types morbides divei's. Les divergences qui régnent encore sur la nature, l'indépendance, les caractères spécifiques de ces types témoignent de la complexité du sujet. Il s'en faut que l'accord soit prêt d'être parfait entre les divers observateurs, et l'on n'entrevoit pas le moment où une même classification synthétique réunira tous les suffrages. Mais la diversité des opinions actuelles opposée ù l'étroite conception d'Esquirol et à la description si exactement pittoresque mais un peu simpliste de Lasègue, atteste les progrès qu'a réalisés depuis les pi'emières années de ce siècle l'étude des délires systématisés.

Pinel, Esquirol, Dubuisson. Guislain. Griesinger et avant eux, dès le xvii^ siècle, Willis avaient noté que chez certains malades, les accès de manie alternent avec des accès de mélancolie, ou peuvent se transformer les uns dans les autres. Mais à cette époque la manie et la mélancolie étaient envisagées comme des espèces morbides toujours autonomes, et l'on entrevoyait à peine qu'en dehors de la manie et de la mélancolie simple, il pût y avoir des accès mélancoliques ou maniaques qui fussent l'expression symptomatique d'espèces morbides plus complexes. En 1851, J.-P. Falret^' et plus tard, en 1854 ce même auteur d'une part, et Baillarger de l'autre appelèrent presque simultanément l'attention sur une espèce clinique caractérisée par « une période d'excitation alternant avec vmc période d'affaiblissement. » L'un (Baillarger) montra que la folie à double forme (c'est l'expression dont il se servait) se jirésente tantôt sous forme d'accès isolés, tantôt sous celle d'accès se succédant sans interruption ; l'autre (J.-P. Falret) insista surtout sur la seconde variété qu'il dénomma folie circulaire, mais tovis les deux furent d'accord pour proclamer, contrairement ù l'opinion énoncée par

^ Rosenbach. Messager Russe, 1884.

- Morselli et Buccola. Gioni délia R. Acad. di Torino, 1883, p. 210. ^ Amadoi et Tonnini. Avch. Ital. per la malalie nervose, i883-8i. * Ra,ggi. Arch. Ital. per la 7nalad. nervose, 1884. " TanzL et Riva. Rivisla sperim. di frenalria. 1884, 1883 et 1886. " Salemi-Pace. La classificazione délie frenopatie. Il Pisani, 1885. '' Spitzka. Journal of iierv. and mental diseuses, 1881.

" A. Foville. Etude clinique sur la folie avec prédominance du délire des grandeurs, Paris 1871.

" Magnan. Leçons cliniques sur les Maladies mentales. Paris, 1893 et 1897 et passim ; et travaux do ses élèves (Paul Garnier, Th. de Paris, 1878. P. Gérente, Th. Paris, 1883. Legrain. Th. de Paris, 1886, etc.)

" J. Falret. Ann. méd. psych., 1878. Potticr, Th. Paris. 1386.

" J.-P. Falret. Gaz. hôpitaux, janvier 1831, et Bulletin de l'Acad. de médecine, 14 fe vrier 1854.

Baillarger. Bulletin de l'Acad. de médecine, 31 janvier 1854.

Morel, que la folie à double forme et la folie circulaire sont autre chose qu'une succession d'accès de manie et de mélancolie vulgaire, mais bien comme le disait Baillarger, « un genre spécial de folie. » Plus tard, Magnan^ en montrant que la caractéristique de la nouvelle espèce morbide réside moins dans la succession des deux phases mélancolique et maniaque qui constitue la plupart des accès, que dans l'évolution générale de la maladie, a rapproché heureusement dans la même description les folies circulaires, à double forme, intermittentes et alternes, qui semblent bien constituer des modalités diverses d'une même espèce morbide. Ainsi ont pris rang en clinique mentale les folies périodiques qui, si l'on tient compte des formes atténuées, certainement nombreuses, y occupent une large place, et dont les travaux de Ludwig Meyer, de Kirn, de Dittmar ont contribué à démontrer les relations avec la constitution nerveuse héréditaire.

Les NÉvBO.sES ressortissent moins complètement que les psychoses à la pathologie mentale : toutes cependant soit par leur nature (hystérie), soit par leurs manifestations relèvent au moins partiellement de son domaine. Leur histoire n'est pas nouvelle, mais elle a été tellement remaniée depuis un demi-siècle, qu'on a peine à reconnaître sous les dénominations qu'elles portent aujourd'hui les espèces morbides que ces appellations désignaient naguère. L'histoire clinique de Vhystérie a été refaite de fond en comble : les recherches de Louyer-Villermay, celles de Brachet, de Landouzy, de Briquet, celles surtout poursuivies ou inspirées par Charcot en ont étendu la symptomatologie et précisé les causes. Sa psychologie pathologique, comme celle des somnambulismes et des états connexes, a été tirée de l'ombre, et il est à peine besoin de rappeler quels éclaicissements ces progrès ont apportés à tout un côté de la pathologie de l'esprit.

iVvant Beard on n'ignorait point la neurasthénie, mais celle-ci n'a vraiment pris place dans la nosographie, qu'avec le mémoire de cet auteur (1869) ; ce que nous en savons nous permet de mieux interpréter certains troubles hypochondriaques et surtout les obsessions et les impulsions, qu'elle se partage avec la déséquilibration mentale héréditaire (Morel, Trélat) et qui, déchues du rôle d'entités qu'elles occupaient dans la nomenclature d'Esquirol, nous apparaissent aujourd'hui comme les expressions diverses d'un état sousjacent d'instabilité mentale plus ou moins accusé.

h'épilepsie n'est guère mieux décrite aujourd'hui qu'elle ne le fût du temps d'Arétée ; mais les travaux de Bravais et plus tard ceux de Jackson, en nous révélant les convulsions localisées d'origine corticale dont l'expérimentation entre les mains de Ferrier et la méthode anatomo-clinic|ue entre celles de Charcot et Pitres allaient préciser le mécanisme physiologique et la signification diagnostique, nous ont amené à concevoir cette affection d'une toute autre manière qu'on ne le faisait naguère : à iTgarder les choses de près il apparaît tous les jours davantage qu'il n'y a pas une névrose épileptique mais des syndromes épileptiformes à étiologie et à lésions

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