‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 202 sur 220 · RAPPORT 26. VIEILLESSE. RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

RAPPORT 26. VIEILLESSE. RESPONSABILITÉ

Homme de soixante-sept ans. — Inculpation d'attentats et outrages publics à la pudeur. — Actes incriminés n'ayant pas un caractère pathologique. — Pas de troubles mentaux. — Responsabilité. — Comparution aux assises. — Deux ans de prison. ■

De l'information il résulte que depuis quelques mois, D... attirait chez lui des petites filles et se livrait sur elles à des attentats à la pudeur.

Devant M. le commissaire de police, puis devant M. le juge d'instruction il a reconnu « s'être fait branler et sucer par trois enfants » mais il a nié les avoir touchées d'une façon quelconque. Un nommé B... accusé d'avoir commis une fois des actes de même nature en sa compagnie, a nié toute culpabilité; il a déclaré que D... ne savait pas ce qu'il disait et qu'il était nécessaire d'examiner son état mental.

D... est, d'apparence plutôt robuste malgré ses soixante-sept ans. Il a le faciès coloré des buveurs d'habitude et présente un tremblement très marqué des mains et de la langue, indice d'habitudes d'intempérance. Ses artères ne sont cependant pas athéromateuses ; il n'existe chez lui ni trouble de la sensibilité soit générale, soit spéciale, ni paralysie, ni embarras de la parole, ni symptôme quelconque pouvant être rapporté à une maladie du système nerveux. Ses yeux offrent un cercle sénile, c'est-à-dire une opacité de la cornée due à une dégénérescence graisseuse. Ce cercle sénile n'a pas une grande signification, c'est simplement un signe de vieillesse, analogue à la chute et à la décoloration des cheveux, à l'apparition des rides, etc., et comme les divers attributs de la vieillesse, se montre à des âges très variables.

D... est calme, lucide, exempt de délire et d'hallucinations ; il répond très correctement aux questions que je lui pose. Ses facultés intellectuelles ne paraissent pas avoir subi les injures de l'âge, et la mémoire qui est la première atteinte chez les vieillards n'est pas chez lui sensiblement altérée. Il lui faut bien faire quelques efforts pour retrouver certaines dates, mais enfin il les retrouve.

Interrogé sur sa santé, il me fait connaître que son existence n'a été marquée par aucun événement pathologique grave. 11 a été, il est vrai, réformé du service militaire « parce qu'il avait, à ce moment-là, des ganglions cervicaux et toussait beaucoup », mais depuis il s'est toujours bien porté. Dans ces derniers temps, il lui est seulement arrivé, de loin en loin, d'avoir (c des accès de fièvre», c'est-à-dire d'éprouver un frisson suivi d'une sensation de chaleur : c'était quand il avait bu de l'absinthe plus que d'ordinaire. A l'entendre il buvait habituellement beaucoup de cette liqueur et de vin blanc.

MÉDECINE LÉGALE

Pendant longtemps, il a exercé le métier de mécanicien, puis comme on le trouvait trop vieux dans les ateliers, il s'est fait commissionnaire.

Invité h s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, il me dit : « Je me suis amusé avec des jeunes filles de douze à quatorze ans, j'ai eu la faiblesse de les conduire chez moi, mais c'est plutôt elles qui m'ont entraîné, elles venaient tout le temps à la gare où j'étais commissionnaire me demander des sous.

« Je me faisais sucer par toutes les quatre, voilà tout, c'est bien de trop. Je faisais aussi minette à Marie, .mais à elle seulement, elle était pire qu'une femme de maison, elle voulait que je lui fasse ce que je lui faisais. »

C'est sur un ton très tranquille et avec une physionomie impassible que D... fait ces aveux. Je lui fais remai-quer qu'il paraît bien peu tourmenté des mauvaises actions qu'il a commises et des conséquences qu'elles peuvent avoir pour lui. « Oh ! si, me répondit-il, je n'en dors pas la nuit. C'est honteux à mon âge d'avoir fait de pareilles choses. )) Malgi^é donc son appai'ente indifférence, D.., se rend bien compte de l'immoralité de sa conduite et se préoccupe ajuste titre de sa situation.

En somme, au moment de mon examen, D,.. n'est atteint d'aucun trouble cérébral ; est-on en droit de penser qu'il en était autrement au temps de l'acte ? Rien ne permet une semblable supposition. D... est un buveur d'habitude, cela n'est pas douteux, mais bien qu'arrivé à un âge avancé, il n'a jamais eu d'accès de folie alcoolique, et quand il se livrait à des attentats à la pudeur, il était loin d'être inconscient, il se rendait bien compte, au contraire, qu'il commettait des actes répréhensililes car, cela pai'aît du moins bien établi par l'information, il prenait des précautions pour faire entrer les enfants sans qu'on le vit, et Marie B..., une de ses victimes, a déclaré qu'il lui avait dit à elle et aux autres enfants : « Si vous répétez quelque chose, vous êtes sûres de votre affaire. »

Reste la nature même des actes. Sans doute ce sont des actes fort lubriques, mais qui dit lubricité ne dit pas folie. De plus, si, au premier abord, il peut paraître étrange de voir un vieillard s'en prendre à des enfants pour assouvir sa passion, on sait que ce n'est pas là un fait exceptionnel. Les statistiques, ont établi au contraire que dans les cas de viol et d'attentat à la pudeur, à mesure que l'âge des criminels s'élève, celui de leurs victimes s'abaisse, et que c'est presque exclusivement à des enfants que s'adresse la lubricité criminelle des vieillards.

Donc, que l'on examine l'inculpé ; que l'on considère les actes incriminés en eux-mêmes dans les circonstances qui les ont précédés, accompagnés et suivis, nulle part on ne trouve la preuve d'un état d'aliénation mentale.

Conclusions. — D... n'est pas atteint d'aliénation mentale, il doit donc être considéré comme responsable des actes dont il est inculpé.

D... a comparu devant les assises et a été condamné à deux ans de prison.

MÉDECINE LÉGALE

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