‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 204 sur 220 · RAPPORT 28. — • DÉMENCE COMPLÈTE. — • IRRESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

RAPPORT 28. — • DÉMENCE COMPLÈTE. — • IRRESPONSABILITÉ

Traumatisme ctioz un homme de soixante-cinq ans. — Troubles mentaux et érotisme consécutifs. — Inculpation d'attentats aux mœurs. — Démence. — Irresponsabilité. — Non-lieu.

A... vient d'entrer dans sa soixante-neuvième année. Il y a quatre ans, il a été victime d'un grave accident : renversé par une voiture de place il resta inanimé sur le sol et fut ramené chez lui privé de connaissance. M. le D'' Robinet qui l'a soigné à cette époque, dans un certificat versé au dossier déclare ce qui suit :

« M. A... présenta des symptômes graves notamment un sub-delirium persistant favorisé par un état d'alcoolisme antérieur, il resta en traitement pendant plus de trois mois; lorsqu'il put se lever, son intelligence était affaiblie et il commença à se montrer violent et érotique; il restait des heures dans un mutisme absolu dont il ne sortait que pour se mettre en colère ou chanter des refrains obscènes. »

L'inculpé, après avoir été concierge pendant vingt-cinq ans à Paris, depuis deux ans environ habitait, dans la banlieue avec sa femme, une petite maison, fruit de ses économies. Les rapports de police le représentent comme « un dégoûtant personnage tenant des propos orduriers aux femmes et aux enfants qu'il trouve sur son passage mais ne paraissant pas jouir de la plénitude de ses facultés mentales. »

La fille de l'inculpé m'a donné sur son père les renseignements suivants : « Depuis l'accident qui lui est arrivé il y a quatre ans, il ne peut se livrer à aucune occupation ; de plus, son caractère et ses manières ont complètement changé. Autrefois il était absolument à cheval sur les convenances et pendant

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vingt-cinq ans qu'il est resté concierge rue du Cherche-Midi, jamais il n'aurait laissé une des nombreuses personnes entrant dans la loge prononcer devant sa femme et sa fille une parole tant soit peu légère; aujourd'hui il tient les propos les plus obscènes, il chante les chansons les plus ordurières devant sa fille et sa petite-fille âgée de dix-huit ans. Auti^efois il était très doux, il est maintenant irritable, coléreux et violent. Il passe de la gaieté à la joie, des larmes au rire sans rime ni raison ».

Tels sont les renseignements que j'ai pu recueillir sur l'inculpé; quant à l'acte incriminé, voici dans quelles circonstances il a été accompli : Dans une rue étroite, àun endroit peu éloigné des maisons d'habitation, vers midi. A... a rencontré la jeune H... âgée de onze ans et demi, il lui a barré la route puis la saisissant par le bras il l'a couchée sur le dos et lui a fait des attouchements. Des voisins s'étant mis à crier, il a laissé l'enfant et a continué son chemin.

Depuis son arrivée à Mazas, A..., d'après les i^enseignements qui m'ont été fournis par le personnel de cet établissement, a l'air complètement abruti, il est toujours somnolent, on a essayé mais inutilement de l'occuper à de petits travaux, il ne fait rien de bien.

A... est grand et bien développé, il ne paraît pas son âge, mais son état mental est loin de répondre à son état physique. Ses facultés intellectuelles sont considérablement affaiblies ; s'il conserve encore la mémoire des faits anciens, il ne se souvient pas des choses récentes ; il peut dire son âge et la date de sa naissance, mais il ne connaît ni le mois ni l'année, il ignore depuis combien de temps il est à Mazas. Gai, souriant, il siffle d'un air dégagé ne paraissant nullement se préoccuper ni de son emprisonnement ni de l'inculpation qui pèse sur lui. Je lui demande pourquoi on l'a arrêté, il me répond en riant : « J'ai chatouillé le bouton à une petite fille ». « Vous n'êtes pas honteux lui dis-je? » « Pourquoi honteux me répond-t-il d'un air étonné, que voulez-vous que la « bonniface ». Ces derniers mots reviennent constamment dans sa bouche. Il déclare qu'il ne s'ennuie pas à Mazas parce que l'on mange bien, mais que cependant il aimerait mieux être chez lui parce qu'il y a plus de plaisir.

En somme. A... est un dément. Le traumatisme crânien qu'il a subi il y a trois ans a été sans aucun doute le point de départ dans son cerveau d'un travail pathologique qui s'est accusé de plus en plus avec les progrès de l'âge et qui a abouti à la déchéance intellectuelle et morale aujourd'hui facile à constater,

L'acte qu'il a commis rentre d'ailleurs exactement par l'ensemble et par le le détail dans le type de ceux dont se rendent habituellement coupables les déments. Cet attentat commis en plein jour au milieu d'une rue non loin des maisons habitées, porte bien le cachet de l'imprévoyance et de l'insouciance.

Des renseignements que j'ai recueillis, de l'examen auquel je me suis livré, je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes :

Conclusions. — 1" A... est atteint de démence et par suite ne saurait être

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considéré comme responsable de l'attentat aux mœurs dont il est inculpé.

2° A... est incapable de se dirigei^ il est dangereux pour l'ordre public, il y a nécessité de l'interner dans un asile d'aliénés.

A... a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu et a été placé dans un asile d'aliénés.

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