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RAPPORT 39. FOLIE SIMULÉE

Vol à la tire. — Intornenient antùrieur pour alcoolisme. • — Apparence de folie. — Première expertise concluant à la simulation. — Comparution en police correctionnelle. — .4 l'audience manifestation bruyante. — Nouvelle expertise concluant aussi à la simulation. — Responsabilité. — Condamnation.

Extrait du jugement ordonnant l'expertise :

« Le Tribunal après en avoir délibéré con formément à la loi : attendu que le nommé H..., prévenu de vol, de tentatives de vol, et d'infraction à un arrêté d'interdiction, a déjà été interné comme alcoolique à l'asile de Quatre-Mares d'où il est sorti le 3 août 1896, qu'aujourd'hui à l'audience, il a eu une crise de violence grave et que malgré l'examen du D"' Dubuisson, commis par le magistrat-instructeur, il y a lieu de recourir à un nouvel examen mental. Par

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ces motifs, avant faire droit, commet les D'^ Dubuisson, Vallon et Floquet, lesquels examineront H... à l'effet de rechercher etde déterminer s'il doit être considéré comme responsable de ses actes. »

Dans le courant du mois de mars 1897, l'attention des gardes à l'Hôtel des Ventes fut attii^ée parles allures de H... qui rôdait journellement dans les salles; ils le surveillèrent particulièrement et l'aperçurent plusieurs fois fouillant dans les poches des dames.

Le 20 mars, ils purent le surprendre en flagrant délit la main dans une poche, et procédèrent à son ari"estation.

H... refusa formellement de faire connaître son état civil et son domicile. Conduit devant le commissaire de police il se montra d'une extrême violence envers les gardiens de la paix, prononça des paroles incohérentes et se mit à crier : « A l'assassin! » 11 fut trouvé nanti d'un certificat de sortie de l'asile de Quatre-Mares (Seine-Inférieur-e) au nom de H... Son attitude ayant donné à penser qu'il était atteint d'aliénation mentale le commissaire l'envoya à l'Infirmerie spéciale de la Préfecture de police oîi il fut examiné par M. le D'' Garnier qui, le 25 mars, rédigea le certificat suivant :

« H... a présenté des manifestations bizarres, insolites qui n'ont pas de rapport avec les véritables symptômes de l'aliénation mentale. Son attitude n'a cessé d'être fort suspecte. Il n'y a pas lieu à internement dans ces conditions. »

II... fut donc envoyé à Mazas. Quelques jours plus tard (26 mars) ; il comparut devant M. le Juge d'instruction et refusa de réj^ondre à toutes les questions de ce magistrat concernant son état civil, se bornant à dire qu'il était né à Strasbourg. Interrogé sur le vol et les tentatives de vol qui lui étaient reprochés, il répondit ainsi : « Je suis innocent. Je suis venu à Paris pour chercher ma femme qui est avec un agent de police révoqué; je n'ai jamais eu de porte-monnaie. »

Le 31 mars, confronté avec les témoins, il s'écria d'un air indigné : « Voler des porte-monnaie, moi? » puis il proféra des paroles et des cris incohérents.

Le 8 avril, interrogé de nouveau par M. le Juge d'instruction, il fit la déclaration suivante : « Je me nomme G..., âgé de vingt-sept ans, né à Strasbourg. Je ne me rappelle pas les prénoms de ma mère et je n'ai pas connu mon père. Je n'ai jamais été condamné. »

Conduit au service de l'identité judiciaire, il fut examiné et reconnu pour avoir été mensuré et photographié le 20 septembre 1891, sous le nom de H...

Sa photographie lui ayant été mise sous les yenx, il s'écria : « Cette photographie est celle d'un inspecteur de la Sûreté qui m'a pris ma maîtresse et qui a dû être révoqué. En aucune circonstance je n'ai été mensuré par le service anthropométrique avant la présente arrestation. )>

Son casier judiciaire contient dix condamnations à la prison, pour vols, outrages, rébellion, coups et blessures, mendicité, vagabondage spécial. II est en contravention à une interdiction de séjour; il est, de plus, passible de la relégation s'il est condamné à une peine quelconque d'emprisonnement.

De Mazas, H... écrivit bientôt à M. le Juge d'instruction une lettre des plus

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bizarres. Il racontait qu'il était dans les catacombes et qu'on égorgeait des gens autour de lui.

En présence de l'attitude de H... et de sa lettre incohérente, M. le Juge d'instruction chargea l'un de nous (M. Dubuisson) de l'examiner au point de vue mental.

Le o avril, M. Dubuisson déposa un rapport se terminant ainsi : « Quelque étrange que soit l'inculpé dans son attitude et son langage, nous ne saurions nous résoudre à voir en lui un aliéné. Il n'y a guère que la démence qui offre une oblitération des souvenirs, comparable à celle que nous rencontrons chez lui, et il est clair cependant que l'inculpé n'est pas un dément. Ce n'est pas davantage un maniaque, ni un mélancolique, et, d'avitre part, l'histoire de femme qu'il nous a contée ne suffit pas à nous le faire prendre pour un délirant persécuté. Qu'il y ait en ce moment chez lui un certain degré d'excitation, cela n'est pas impossible et s'explique aisément par le penchant décidé qu'il accuse pour l'alcool et l'absinthe (c'est d'ailleurs comme alcoolique qu'il a été enfermé à Quatre-Mares) ; mais de l'excitation intellectuelle à la folie il y a loin.

Conclusions. — « L'inculpé n'est pas aliéné, il doit rendre compte de ses actes à la justice. »

Le 7 mai, II... comparut à l'audience de la il" Chambre, se montra violent, gesticulant et tenant des propos incohérents. L'un de nous (M. Floquet) appelé à ce moment lui causa en patois alsacien ; surpris, il répondit d'abord correctement. Puis, M. Floquet lui ayant demandé pourquoi il simulait ainsi la folie, il devint très rouge et se mit à divaguer.

H... est bien développé; il ne présente pas de stigmates de dégénérescence; ses traits sont réguliers ; son attitude donne tout de suite à penser qu'on se trouve en présence d'un homme simulant l'aliénation mentale. Par moment, il se promène comme une bête fa'uve dans sa cage, prenant un air égaré, roulant des yeux furieux ; à d'autres, il reste immobile avec un air hébété ; le plus souvent il marmotte des paroles inintelligibles. Quand on l'interroge, souvent il garde le silence; quand il répond, c'est, soit d'une voix rauque (dont la raucité est évidemment affectée), soit d'une voix forte avec un ton de colère. Quant aux phrases qu'il prononce, en voici quelques-unes : « Je ne dis jamais rien à personne, pourquoi me tracassent-ils ? Ils montent tout le temps sur le mur et se foutent de moi. Ils me foutent dans des précipices. Ils veulent m'étrangler. Ils me foutent de l'eau bouillante, du sang. »

Nous l'invitons à nous montrer sa langue, il ne la sort pas et dit : « Ils me l'ont arrachée. »

A la rigueur l'attitude et les propos de II... pourraient en imposer pour l'alcoolisme subaigu. Mais l'hypothèse d'un pareil état morbide doit être immédiatement rejetée.. Les gardes de l'Hôtel des Ventes ont déclaré qu'à aucun moment pendant toute la durée de leur surveillance qui s'est prolongée pendant plusieurs jours. H... n'a eu les allures d'un fou; il était très calme et causait paisiblement avec les gens qui se trouvaient près de lui ;

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devant M. le Juge d'instruction il a essayé de cacher son véritable état civil et a déclaré n'avoir jamais encoui^u de condamnation. A ces moments-là, il n'était évidemment pas en état de délire alcoolique. Au surplus, ce n'est pas un homme atteint de folie alcoolique, qui serait capable des précautions nécessaires pour commettre un vol à la tire.

Donc l'accès d'alcoolisme, en admettant qu'il fût réel, se serait déclaré postérieurement à l'emprisonnement. Gela ne constitue pas une impossibilité : on voit des buveurs d'habitude qui, emprisonnés et, de ce fait, privés brusquement de leur excitant ordinaire se mettent à délirer. Mais ce qu'il est absolument impossible de voir, c'est un délire alcoolique subaigu se prolongeant des mois et des mois. L'accès d'alcoolisme subaigu dure généralement quelques jours, très exceptionnellement, il se prolonge plusieurs semaines. Or, depuis quatre mois, IL., s'il n'était un simulateur, ne cesserait de délirer ; non seulement son état mental ne se serait pas amélioré mais se serait encore aggi^avé. La simulation se ti^ouverait ainsi établie par la persistance même des prétendus troubles mentaux, si elle ne l'était déjà par leurs caractères.

Au surplus si un doute pouvait subsister, un fait suffirait à le dissiper complètement. Dans l'alcoolisme il existe un tremblement, toujours continu, très intense et s'étendant à tout le corps (dans les cas d'intoxication profonde) peu accusé et manifeste seulement, aux mains et à la langue, dans le cas d'intoxication légère. Or, IL., ne présente aucun tremblement, mais si on vient à lui dire d'étendre le bras et d'écarter les doigts (mouvements que l'on fait exécviter aux alcooliques pour mettre le tremblement en évidence) immédiatement il contracte la main et lève le bras en lui imprimant volontairement de grandes oscillations qui ne ressemblent en rien au tremblement alcoolique.

Ce fait montre la volonté arrêtée de la part de II... d'en imposer pour des troubles de la santé dont en réalité il n'est pas affecté. Une pareille préoccupation, un pareil souci d'éviter la condamnation qui le menace, indique qu'il n'est pas atteint d'aliénation mentale, pas plus d'alcoolisme que d'une forme quelconque de folie.

H... qui a eu autrefois un accès passager d'alcoolisme, se souvient probablement des troubles mentaux qu'il a éprouvés, de ceux qu'il a pu observer à l'asile de Quatre-Mares'chcz d'autres aliénés, il cherche à se couvrir du masque de la folie, mais comme la plupart des simulateurs il a dépassé toute mesure, il est tombé dans une exagération grossière en sorte que sa supercherie ne peut faire aucun doute.

Conclusions. — H... simule l'aliénation mentale mais en réalité il n'est pas fou. Il doit être considéré comme responsable de ses actes. H... a été condamné à un an de prison et à la relégation.

Épilepsie prétextée et simulée.

L'épilepsie est parfois prétextée. Le médecin doit alors se faire décrire les attaques par les personnes qui les ont vues et interroger habilement le

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prétendu épileptique sur ce qu'il éprouve avant et après l'attaque. 11 est difficile d'affirmer la sincérité d'une manifestation épileptique à laquelle on n'a pas assisté et c'est impossible quand il s'agit d'une manifestation non convulsive.

L'épilepsie est simulée par des inculpés pour se procurer une excuse légale, par les conscrits et les militaires pour obtenir l'exemplion ou la réforme, mais surtout jjar les mendiailts sur la voie publique dans le but d'exciter lâchante des passants.

C'est presque exclusivement la forme convulsive qui est simulée. Voici comment s'exprime Féré^ au sujet de la simulation :

« On peut affirmer la sincérité d'une attaque lorsqu'on a observé l'insensibilité pupillaire pendant l'attaque et les ptiénomènes d'épuisement du côté des appareils locomoteur circulatoire et respiratoire ; mais il n'est aucun phénomène qui permette de nier la sincérité d'un paroxysme, en dehors de la constatation de fourberies, telle que la présence de savon dans la bouche dans le but d'imiter la salivation spumeuse, etc. »

Jules Voisin- fait remarquer que l'insensibilité pupillaire et la dilatation pupillaire peuvent exister à l'état normal et qu'un individu qui veut simuler peut prendre de la belladone avant de tomber en attaque pour se dilater la pupille; l'examen des urines, l'exagération de l'urée et de la phosphaturie ainsi que l'hypotoxicité urinaire pendant les accès et l'hypertoxicité après les accès lui paraissent des signes plus certains pour découvrir toute supercherie.

Ceux qui simulent l'épilepsie sont rarement des individus normaux, ce sont quelquefois de véritables épileptiques. La simulation d'attaques par des épileptiques peut provoquer l'apparition de véritables attaques.

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