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V. — DES HALLUCINATIONS

Nombreuses sont les définitions de l'hallucination. Les unes sont la traduction de la simple observation clinique; les autres, au contraire, correspondent aux interprétations théoriques sur la nature et la pathogénie du symptôme. Or, il s'en faut qvi'aujourd'hui encore la lumière soit faite à cet égard ; et mieux vaut, il nous semble, rester sur le terrain de l'observation clinique.

La première bonne définition en ce genre, la plus simple et peut être aussi la meilleure, est celle d'Esquirol. « Un homme, dit-il, qui a la conviction entière d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à la portée de ses sens, est dans un état d'hallucination. »

Sans doute, on peut diiT que la définition d'Esquirol n'est pas assez générale. Elle n'envisage que riiallucination en tant que créant l'apparence d'un objet extérieur, tandis qu'il existe des phénomènes du même genre dans le domaine des sensations internes, de la cénesthésie. Néanmoins, tout en ne considérant que l'hallucination sensorielle, s'exerçant dans le domaine des sens de la vie de relation, cette définition peut nous suffire pour déterminer dès l'abord le phénomène psychologique que nous devons étudier. On pourra, si l'on veut, la remplacer par la formule bien connue, plus concise et plus générale : « L'hallucination est une perception sans objet. »

SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES

La caractéristique de l' hcllucination est de créer l'apparence d'un objet extérieur acltiel qui n existe pas en réalité.

11 y a un acte qui présente, les mêmes caractères fondamentaux signalés dans l'hallucination, c'est la perception des objets extérieurs, la perception sensorielle.

Le rapprochement s'impose de lui-même : il n'est pas un seul aliéné qui manque de l'indiquer : « J'ai vu, j'ai entendu aussi distinctement que je vous vois, que je vous entends. » (Esquirol.)

Ce langage est la preuve que pour les malades il n'y a pas de différence entre les impressions hallucinatoires et les impressions réelles, provoquées par des objets dont l'existence nous est révélée par le témoignage de nos sens. Les deux se mêlent, se confondent à tel point qu'ils ne peuvent douter de la réalité des unes, puisque tout le monde admet la réalité des autres. Pour eux, l'hallucination ne se distingue pas de la perception normale.

Sans aller aussi loin, nous pouvons considérer tout au moins l'hallucination comme une forme pathologique de la perception.

Elle n'est pas la seule.

(( Pour qu'une perception soit vraie, normale, régulière, il faut non seulement qu'elle corresponde à la présence actuelle d'un objet matériel existant, étranger ou inhérent à l'organisme humain, mais qu'elle soit la copie hdèle de cet objet. » (Michéa.)

Lorsque la première de ces conditions (et par suite la seconde) vient à manquer, la perception est hallucinatoire, mais il peut se faire que la seconde condition seule ne soit pas remplie. Il s'agit alors d'un trouble de la perception plus simple, plus facile à étudier et à interpréter. On le désigne le plus communément du nom d'Ilhcsion.

C'est Arnold qui a le premier introduit dans la pathologie mentale la distinction entre l'illusion et l'hallucination, défmitivement établie dans la suite par Esquirol. Cette opinion est aujourd'hui fortement battue en brèche, et la plupart des auteurs, tout en continuant à signaler l'existence des faits dits d'illusion, n'admettent pas entre eux et les hallucinations de différences fondamentales. Ce seraient simplement deux variétés d'un trouble psychologique, ne différant que par le point de départ. L'illusion n'est plus ainsi qu'une hallucination dont le point de départ est manifeste, l'hallucination une illusion dont le point de départ est latent.

On a généralement l'habitude, lorsqu'on les envisage par rapport à leur point de départ, de distinguer les hallucinations en périphériques et centrales.

Les hallucinations dites périphériques sont celles dans lesquelles le processus hallucinatoire reconnaît à son origine une excitation de la périphérie de l'appareil sensoriel correspondant.

La cause première de cette excitation peut résider dans l'appareil sensoriel lui-même (troubles fonctionnels ou lésions matérielles des organes des sens), ou se trouver en dehors du sujet, dans le monde extérieur. D'où la division des hallucinations périphériqiies en subjectives ei objectives.

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Ce n'est pas tout : qu'il s'agisse d'hallucinations périphériques, ohjectives ou subjectives, l'excitation initiale peut porter sur l'appareil sensoriel correspondant à l'hallucination ou sur un appareil sensoriel différent. Ces diverses hallucinations peuvent ainsi être distinguées en directes et indirectes ou réflexes. (Kahlbaum.)

Existe-t-il des hallucinations purement centrales, c'est-à-dire n'ayant comme point de départ aucune excitation périphérique objective ou subjective ? Le fait est contesté.

Nombre d'auteurs admettent que les hallucinations exigent toujours, pour se produire, une sensation venant mettre en mouvement le mécanisme automatique des centres nerveux (Bail). « Dans la grande majorité des cas d'hallucination, il est impossible de prouver qu'il n'y ait pas la moindre parcelle d'action extérieure contribuant à produire l'effet. » (J Sully.)

La remarque est évidemment fondée. Cependant l'existence d'hallucinations centrales n'a rien qui répugne a l'esprit, si l'on se reporte, par exemple, aux observations dans lesquelles on les voit faire cortège à des convulsions épileptiformes ou à des lésions organiques de l'écorce. La clinique et l'expérimentation psychologique montrent aussi qu'il existe toute une catégorie d'hallucinations visuelles ayant des caractèrss différents de celles qui reconnaissent une origine périphérique.

Ces hallucinations dites centrales peuvent dépendre de causes différentes.

Tantôt elles sont en rapport avec des lésions organiques diverses intéressant l'écorce cérébrale directement (tumeurs cérébrales, foyers de ramollissement) ou indirectement (lésions des méninges, des os du crâne).

Dans les cas où l'on ne soupçonne pas l'existence de lésions cérébrales, on peut quelquefois cependant invoquer d'une façon plausible l'action sur les éléments nerveux d'agents toxiques ou infectieux, ou de troubles de la nutrition. Mais bien des fois aussi ces hypothèses même font défaut. On reste dans l'ignorance la plus complète du trouble pathologique qui détermine l'hallucination centrale; et l'on est forcé de se rejeter sur l'intervention de causes psychiques, que l'hallucination soit le produit de l'automatisme cérébral, ou encore l'aboutissant extrême d'un système d'idées délirantes (hallucinations d'origine intellectuelle).

Dans rénumération précédente des diverses hallucinations envisagées suivant leur point de départ, figurent des faits qui seraient désignés, suivant les auteurs, tantôt sous le nom d'illusions, tantôt sous le nom d'hallucinations.

La limite, en effet, est très difficile à tracer, et bien des opinions ont cours à ce sujet.

Il y a d'abord l'ancienne division, telle que l'a établie Esquirol, d'après laquelle toute perception pathologique, ayant un point de départ réel, serait une illusion.

Aujourd'hui, bien que l'on continue encore h. parler d'illusions et d'hallucinations, leur distinction ne repose pas sur le même principe.

L'opinion la plus courante est que tous les phénomènes de perception

pathologique, quels qu'ils soient, ayant un point de départ objectif, sont des illusions. Du moment que le point de départ est subjectif, vint-il de la périphérie, on a affaire à une hallucination (Tamburini).

D'autres auteurs étendent ou restreignent beaucoup plus le domaine de l'hallucination.

Pour les uns, Binet par exemple, le terme illusion ne doit désigner que les erreurs sensorielles physiologiques; l'erreur sensorielle pathologique est une véritable hallucination. Par suite, les hallucinations périphériques, objectives ou subjectives, deviennent un chapitre important de l'hallucination.

Inversement, d'autres auteurs n'admettent comme véritables hallucinations que celles d'origine centrale; les autres, périphériques objectives ou subjectives, n'étant que des illusions(Koch).

11 en est même qui vont encore plus loin et pensent que bien des hallucinations dites centrales ne sont que des illusions (Joffroy).

A quelle opinion se ranger? Ainsi que je l'ai indiqué tout à l'heure, il me semble évident que les phénomènes distingués sous les noms d'illusions et d'hallucinations n'olfrent vraiment pas au fond de différence de nature et ne sont que des variétés d'un même trouble pathologique; aussi, en théorie, peut-on légitimement faire rentrer les illusions dans le cadre général des hallucinations, à la condition qu'elles figurent dans une classe à part, celle des hallucinations périphériques.

Néanmoins, comme les perceptions pathologiques qui succèdent à une impression périphérique, objective ou subjective, ne sont pas toutes absolument identiques (p. 215) ; comme, d'autre part, les hallucinations périphériques ou centrales ont une valeur séméiologique différente, il y a intérêt, en pratique, à les distinguer et à conserver l'ancienne division des illusions et des hallucinations, du moment qu'on s'entend sur la portée réelle de ces termes.

A. — Les différentes variétés d'hallucinations.

Nous avons distingué déjà les hallucinations en périphériques et centrales; mais cette division très générale est absolument insuffisante pour donner une idée des principales variétés d'hallucinations que l'on rencontre en clinique. Il est d'autres catégories à établir, variables suivant le point de vue auquel on envisage ce symptôme.

Tout d'abord, les hallucinations peuvent être conscientes ou inconscientes suivant que le malade reconnaît avoir affaire à un phénomène pathologique, ou au contraire, en ignore le caractère morbide.

Si, d'autre part, on envisage les hallucinations d'après leur contenu, on peut établir parmi elles une sorte d'hiérarchie au point de vue psycho-physiologique.

Prenons comme exemple les hallucinations de l'ouïe. A l'état normal, les perceptions qui succèdent à une impression auditive sont multiples : on les distingue d'ordinaire en trois catégories.

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Il y a d'abord la perception auditive brute, qui permet de percevoir \\n son avec tous ses caractères généraux : intensité, timbre, hauteur. Le son est perj^'u en tant que son, rien de plus.

Un degré plus parfait constitue la perception auditive différenciée; le son perçu est alors mis en rapport avec l'idée de l'objet qui le produit. Il réveille dans l'esprit l'idée de l'objet particulier auquel on l'attribue.

Vient enfin la perception auditive verbale, celle qui nous permet d'entendre le mot prononcé à notre oreille, non seulement comme son, ou assemblage de sons, mais comme son dil'férencié en rapport avec l'idée de l'objet auquel il s'applique.

Ces divisions, qui sont couramment admises, peuvent nous permettre d'établir une classification correspondante des hallucinations de l'ouïe, d'après leur contenu.

La pathologie nous a déjà appris que chacun des trois modes de perception des sons pouvait être alt('ré. On a distingué ainsi la surdité corticale caractérisée par la perte de l'audition du son brut; la surdité psychique qui fait i^erdre la faculté de rapporter un son à l'objet qui le produit; enfin la surdité NevhiÛQ ou perte de l'audition des mots en tant qu'ils expriment l'idée d'un objet.

Des distinctions parallèles peuvent être appliquées aux hallucinations correspondantes et l'on peut donc admettre :

Des hallucinations auditives élémentaires consistant dans la perception de sons bruts indéfinis.

Des hallucinations auditives communes, lorsqu'il s'agit de bruits différenciés rapportés à des objets déterminés .

Enfin, àQ?, hallucinations auditives verbales, alors que les malades entendent des mots représentant des idé es

Ces trois variétés d'iiallucinations n'ont pas la même valeur diagnostic|ue ou pronostique. De plus, si les deux premières sont relativement fort simples et se rencontrent dans toute espèce d'hallucinations sensorielles, la troisième est au contraire complexe et spéciale à certains sens (ouïe, vue, sens musculaire), la fonction du langage intervenant dans le phénomène pathologique.

hd, division la plus fréquemment adoptée pour l'étude des hallucinations est celle qui les classe d'après les différents sens. Mais elle est insuffisante et laisse de côté un bon nombre de phénomènes hallucinatoires importants. Il est préférable, si l'on veut faire une revue clinique complète des liallucinations, de les répartir en trois catégories : les hallucinations sensorielles, les hallucinations cénesthésiciues les hallucinations motrices.

H.\LLuciNATioNs SENSORIELLES. — Hallucinations de l'ouïe. — Ce sont les plus variées et l'on retrouve parmi elles les différentes catégories générales d'hallucinations périphériques, objectives ou subjectives, directes ou réflexes, centrales, conscientes et inconscientes, que nous avons indiquées. Ce sont elles aussi qui montrent de la façon la plus nette les différents degrés de la perception hallucinatoire.^

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Ainsi, dans les cas les plus simples, les malades ne perçoivent que des sons mal déterminés, des bruits confus qu'ils traduisent par des onomatopées ou comparent à des bourdonnements, des bruissements, des tintements... Ce sont là les hallucinations auditives élémentaires .

Dans des cas déjà plus complexes, les bruits entendus sont nettement spécifiés, rapportés à tel ou tel objet déterminé dont l'idée se trouve ainsi éveillée dans l'esprit du sujet. Il entend le sifflement des balles, le roulement dutamboui", le crépitement d'une machine électrique, des cris d'animaux, des pas d'individus, etc.. La perception hallucinatoire est devenue plus parfaite ; c'est l'hallucination différenciée commune.

Enfin l'hallucination auditive peut encore prendre une forme mieux définie, et faire entendre des voix articulant des mots, représentant des idées. C'est l'hallucination auditive différenciée, verbale.

Celle-ci peut se présenter sous des aspects multiples.

La voix peut venir d'endroits différents, être lointaine ou proche, haute ou basse ; elle peut revêtir des timbres variables, inconnus ou familiers; elle peut être affectueuse ou menaçante. Tantôt la voix est unique, tantôt il y a un concert de voix. Tantôt elle fait entendre un simple mot, ou bien des phrases stéréotypées : d'autres fois c'est un véritable discours, monologue ou dialogue ; tantôt le malade est interpellé directement, tantôt il assiste aune conversation entre deux ou plusieurs personnages imaginaires.

Mais, dans tous les cas, il affirme entendre les voix absolument comme il entendrait celle d'un interlocuteur réel.

Quand un malade parle plusieurs langues, les voix conversent le plus souvent dans la langue usuelle ; mais elles peuvent cependant se servir de celle qu'il ne parle pas d'habitude.

Ces hallucinations verbales auditives sont les plus fréquentes chez les aliénés. Cela tient à ce que nous sommes pour la plupart, et naturellement, surtout des auditifs.

D'ailleurs, si l'on n'est pas auditif, on peut le devenir par l'exercice, et l'aliéné lui-même nous en fournit une preuve. Dans certaines formes chroniques OLi prédomine l'hallucination de l'ouïe, le malade arrive à ne plus pouvoir penser sans entendre sa pensée se répercuter au dehors, avant même qu'il l'ait formulée ; c'est ce phénomène qu'on désigne en psychiatrie sous le nom d'écho de la pensée.

La surdité n'empêche pas les hallucinations de l'ouïe.

Hallucinations visuelles. — Tout aussi fréquentes, mais se manifestant dans d'autres circonstances que les auditives, les hallucinations visuelles sont passibles des mêmes distinctions eh périphériques et centrales, conscientes et inconscientes.

Elles peuvent se présenter également sous la forme de perceptions élémentaires, visions de lueurs, de flammes, d'étincelles, de globes lumineux de diverses couleurs, souvent de couleur rouge (erythopsie). D'autres fois elles se présentent comme hallucinations communes, différenciées, en rapport avec

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l'idée d'un objet déterminé : telles sont les visions de spectres, de démons, d'assassins. Enfin, il existe aussi des hallucinations verbales visuelles. Tout en n'étant pas rares, elles sont cependant moins fréquentes que les hallucinations verbales auditives; d'abord parce que, à l'état normal, les images verbales visuelles sont moins fréquemment usitées que les auditives dans le langage intérieur; de plus, bien des individus ne savent pas lire, et ceux-là ne peuvent évidemment pas avoir d'hallucinations visuelles verbales.

Parfois confuses, peu distinctes, les images hallucinatoires acquièrent dans d'autres cas une netteté parfaite.

Certains malades voient toujours une seule et même image; d'autres fois il y a une succession de figures, de tableaux qui se succèdent devant leurs j-eux comme les images d'un kaléidoscope.

Les objets qui apparaissent ainsi à l'halluciné semblent tantôt agrandis, tantôt plus petits que nature. Parfois fixes, immobiles, ils sont d'autres fois animés, se déplacent et fuient le regard.

Ils varient suivant l'état mental même du sujet : tantôt ce sont des visions d'animaux (hall, zoopsiques) ou d'assassins, de gendarmes, de têtes de mort, de cercueils, d'instruments de supplice, des scènes de toute espèce riantes ou effrayantes, des apparitions mystiques, des images érotiques, etc.

L'hallucination visuelle se produit en général les yeux ouverts; elle peut disparaître par l'occlusion d'un œil ou des deux yeux. D'autres fois, au contraire, elle ne survient que lorsque les yeux sont fermés. Beaucoup de malades n'en ont que la nuit ou dans l'obscurité. Elle n'est pas rare chez les aveugles.

Elle peut n'intéresser qu'une des parties symétriques des deux champs visuels (Plall. hémiopiques).

Quelquefois l'hallucination visuelle est interceptée par l'interposition d'un corps opaque, ou bien c'est elle qui fait écran aux objets situés derrière elle.

On a cité des faits dans lesquels l'image visuelle se dédoublait par la jDression du doigt sur le globe oculaire, modifiant le parallélisme des axes optiques (Breivsler, Bail et Despinej. L'expérimentation a aussi démontré que l'image hallucinatoire pouvait dans certains cas se réfléchir dans un miroir, se dévier par le prisme comme celle d'un objet réel (Binet et Féré).

Hallucinalions du goûl et de Vodorat. — Elles sont loin d'avoir la fi'équence et la netteté des hallucinations de l'ouïe ou de la vue. Aussi sont elles le plus souvent très difficiles à préciser. Beaucoup d'entre elles semblent correspondre à cette espèce de perceptions pathologiques que l'on désigne le plus communément du nom d'illusions.

La plupart du temps elles sont élémentaires ; mais elles peuvent se présenter cependant à l'occasion sous la forme d'hallucinations différenciées.

L'halluciné de l'odorat se dit poursuivi par des odeurs fétides, repoussantes, qu'il peut qualifier; c'est une odeur de brûlé, de soufre, d'ammoniaque, de pourri, de fumier, etc. ; plus rarement l'odeur est de caractère agréable. Ces odeurs viennent l'impressionner du dehors. Dans certains cas particuliers, le malade croit au contraire que cette odeur s'exhale de lui-même et s'imagine

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être devenu un objet d'horreur pour son entourage ; son cor^js sent le pourri, la gangrène, la chair en décomposition.

L'halluciné du goût trouve à ses aliments, à ses boissons, une saveur particulièi"e, acre, amère, acide, de phosphore, d'arsenic, de strychnine, etc. Ces hallucinations se l'elient très souvent à des idées d'empoisonnement.

Hallucinations tactiles. — Les hallucinations du toucher, toucher actif, ne sont pas aussi fréquentes que les précédentes. On en rencontre cependant des exemples, notamment dans les délires toxiques, alcoolique ou cocaïnique par exemple. Rarement isolées, elles s'associent souvent avec des hallucinations de la vue.

Bien plus fréquentes sont les hallucinations intéressant le toucher passif. Elles ont pi-esque toujours un caractère pénible : ce sont des sensations de fourmillement, de pincement, de piqûre, de grattement, de coups, de dilacération, d'arrachement, de brûlure, de mouillure (hallucinations de la sensibilité hygrique). La plupart du temps ces sensations sont de nature désagréable, bien rarement insignifiante ou agréable (attouchements, chatouillements, caresses). Ces phénomènes hallucinatoires sont souvent confondus et décints avec les troubles de la sensibilité générale. Bien que la chose ne soit pas aisée, on doit cependant chercher à les distinguer. Sans doute il est difficile de dire, pour les sensations tactiles en particulier, où commence la sensation interne, où finit la sensation externe. Cependant l'étude clinique des différentes formes vésaniques nous enseigne que les malades n'intei'prètent pas toujours les sensations de la même fa^-on. Dans certains cas, ils les rapportent à des objets extéiùeurs (poudres, animaux, liquides, instruments tranchants ou contondants, machines électriques, etc.) dont l'existence est affirmée pour eux par les contacts divers qu'ils en ressentent. Ce sont des hallucinations tactiles propi'ement dites.

Dans d'autres cas, les mêmes troubles sensitifs ne sont plus rapportés à un objet extérieur, mais au moi sentant. 11 ne s'agit plus alors que de perversions de la sensibilité générale intéressant les sensations internes et rentrant dans la catégorie de celles que nous allons examiner maintenant.

Hallucinations cénesthétiques. — On donne le nom de céneslhésie au sentiment général que nous avons de l'existence de notre propre corps ; c'est k la somme, le chaos non débrouillé des sensations qui de tous les points du corps sont sans cesse transmises au sensorium » (Henle). Ce sont ces sensations dérivant des organes et des tissus pris individuellement, à l'exclusion des organes des sens spéciaux, qui ont été appelées des différents noms de sensibilité générale, sensations organiques, sensations internes.

Bien qu'elles n'aient guère de caractère représentatif, qu'il s'agisse d'impressions peu susceptibles de revivre sous forme d'images, il n'en est pas moins vrai que les indications des malades sur leur état intérieur, dénotent dans les bases premières du sens organique des altérations que l'on désigne

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communément des noms d'illusions ou d'hallucinations de la sensibilité générale, ou cénesthésiques (Tambiirini).

Tout organe, tout viscère peut ainsi devenir le siège de sensations désagréables ou douloureuses, de déplacement, de changement de forme, de volume, de consistance, etc. Tel aliéné croit avoir le ventre plein d'animaux, de démons ; tel autre a des trous dans le cerveau, des vers dans le poumon, du pus dans les veines, ou bien l'estomac bouché, l'utérus plein de fœtus imaginaires, etc.

Ces différentes sensations imaginaires peuvent être iixes ou mobiles, partielles ou généralisées.

Dans ce dernier cas, le malade éprouve des sensations, des commotions, des douleurs indescriptibles, par tout le corps ; d'autres fois il a l'impression d'être changé en totalité, d'être en verre, en carton, en bois, en pierre, d'être creux, d'être mort, etc.

Ces hallucinations cénesthétiques, très fréquentes chez les aliénés, ont une portée toute spéciale. En effet, si les sens externes sont l'origine principale de la connaissance, ils n'interviennent que d'une fayon très secondaire dans la conception de la personnalité dont la base première est dans le sens du corps, la cénesthésie. Il s'ensuit que les hallucinations sensorielles ne peuvent avoir sur la personnalité qu'une atteinte très superficielle, tandis que les cénesthésiques correspondent souvent à des altérations très graves de la personnalité (dédoublement, transformation) .

Nous ne pouvons passer ici en revue toutes les variétés d'hallucinations cénesthétiques. Quelques-unes toutefois méritent une mention particulière : ce sont les haMnchraiions génitales et les hallucinations kineslhéliques.

Les hallucinations génitales sont en effet très fréquentes dans la folie : elles peuvent aller depuis l'impression la plus vagu.e jusqu'aux sensations du coït le plus complet. Les incubes et les succubes ont joué jadis un grand rôle dans les procès de sorcellerie. Aujourd'hui rien n'est plus commun que d'entendre les malades, hommes ou femmes, accuser des personnes de leur entourage, ou même éloignées, de se livrer sur eux à toutes sortes d'actes érotiques ; et quelquefois aller jusqu'à provoquer l'intervention de la justice par leurs dénonciations calomnieuses, précises et circonstanciées.

Les hallucinations du sens mitsculaire ou kineslhéliques ne sont ni moins fréquentes ni moins importantes. Pendant longtemps on s'est borné à mentionner à ce propos les sensations de lourdeur, ou de légèreté, de déplacement, d'ascension, de chute, éprouvées par certains individus. Mais en réalité la question est beaucoup plus complexe. Laissant de côté l'étude du rùle joué par le sens musculaire dans les différentes espèces d'hallucinations sensorielles, nous nous occuperons seulement ici de ces phénomènes hallucinatoires particuliers dans la production desquels il prend une part prédominante et que nous avons isolés et décrits il y a déjà plusieurs années sous le nom cVhallucinations motrices.

llALLUciN.iTioxs MOTRICES. — Ellcs consistcnt dans la perception de mou-

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vements imaginaires partiels ou généraux du corps. Une hallucination de ce genre, observée souvent dans les rêves, est celle de tomber- dans un précipice ou de voler. On en rencontre d'analogues dans certaines intoxications, le haschich par exemple ; chez les persécutés qui se plaignent d'être bousculés, secoués dans leur lit, chez certains mélancoliques, chez les délirants à idées de possession, comme les démoniaques d'autrefois, les sorciers qui affirmaient s'être rendus au sabbat en traversant l'espace sur un manche à balai. Dans la même catégorie rentrent aussi les sensations décrites par Weir Mitchell chez les amputés qui ont la sensation d'accomplir un mouvement dans les parties enlevées et peuvent décrire ce mouvement et la position qu'ils se figurent donner aux organes absents.

On peut distinguer dans les hallucinations motrices plusieurs catégories correspondant aux différentes variétés de perceptions que nous avons indiquées pour les hallucinations sensorielles.

Tantc)t, le malade n'éprouve que la sensation d'un mouvement sans but, indéterminé, d'un simple déplacement partiel ou total du corps ; telle une jeune fille qui, après avoir vu des choréiques, s'imaginait sentir son bras droit c( remuer tout le temps ».

D'autres fois, il s'agit de l'hallucination d'un mouvement différencié, correspondant à un acte déterminé (préhension, saut, marche...).

Enfin, l'hallucination peut encore être plus spécialisée, intéressant une fonction spéciale, celle du langage, dans ses éléments moteurs. C'est l'hallucination verbale motrice, orale ou graphique, consistant dans la perception pathologique de i^aroles, non plus sous la forme d'images sensorielles auditives ou visuelles, de mots entendus ou lus, mais sous la forme d'images motrices à l'aide des mouvements adaptés de l'articulation ou de l'écriture.

Nous avons déjà étudié ces hallucinations (p. 146) avec les troubles du langage : nous n'y reviendrons donc pas maintenant.

Hallucinations unilatérales . — Les hallucinations sensorielles, telles que nous les avons envisagées jusqu'ici, notamment celles de la vue et de l'ouïe, sont perçues par le sujet comme les sensations normales ; c'est-à-dire que les deux moitiés symétriques de l'appareil sensoriel y prennent part : l'hallucination est bilatérale.

Mais il est des cas où la perception hallucinatoire semble n'intéresser qu'une des moitiés symétriques du même sens, au dire de sujets qui prétendent ne voir ou n'entendre par exemple leurs hallucinations que d'un seul côté, par un seul œil ou une seule oreille. C'est l'hallucination unilatérale ou dédoublée .

Cette unilatéralité présente d'ordinaire, mais pas toujours, un caractère remarquable. Les hallucinations unilatérales ont souvent un point de départ périphérique subjectif, troubles fonctionnels ou lésions matérielles des organes sensoriels. Or, la perception de l'objet imaginaire peut différer de celle des objets réels. Cette dernière conserve, autant que l'état des organes sensoriels le permet, la forme habituelle, c'est-à-dire bilatérale, tandis que la perception hallucinatoire prend la forme unilatérale, ordinairement du côté

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de V appareil sensoriel atteint dans son fonctionnement ; si bien qu'un halluciné de ce genre, sourd d'une oreille, pourra entendre les bruits réels du côté sain et les bruits hallucinatoires du côté où il est sourd.

Hallucinations bilatérales antagonistes. — 11 est d'autres cas susceptibles d'être rapprochés des hallucinations unilatérales. Il s'agit alors d'hallucinations bilatérales, mais de caractère opposé suivant le côté affecté. Par exemple, un malade entendra des injures par une oreille, tandis que du côté opposé il entendra des paroles élogieuses et consolantes.

On a signalé, pour les hallucinations de l'ouïe, certains cas un peu différents : ce sont ceux dans lesquels les hallucinations ne diffèrent que par le timbre des bruits ou des voix entendus dans chaque oreille. On a noté alors des altérations dans une seule oreille. Dans ces hallucinations, d'origine périphérique, les deux sons perçus en môme temps ne vibrant plus à l'unisson paraissent doubles et entraînent ainsi le dédoublement de l'hallucination (Mairet), C'est un mécanisme analogue à celui qui produit le dédoublement de l'hallucination visuelle par la pression du globe oculaire.

Associations hallucinatoires. — Jusqu'ici nous n'avons envisagé les hallucinations qu'à l'état de simplicité; mais il des cas plus complexes.

Il y a association hallucinatoire lorsque plusieurs hallucinations différant d'objet et de localisation sensorielle, ont un lien direct entre elles, et bien que différentes, peuvent s'évoquer et s'associer réciproquement.

Ces associations peuvent se faire de diverses manières : entre hallucinations élémentaires et différenciées communes, entre ces hallucinations et des hallucinations verbales, entre hallucinations verbales ; quelle que soit d'ailleurs la variété sensorielle ou motrice de chacune de ces hallucinations.

En voici un exemple très simple : Le vendredi à 7 heures, dit une malade, j'entends une espèce de boum. On aurait dit que le boum venait sur le toit, aussitôt on s'est mis à scier du bois très fort et j'ai senti l'odeur de la pisse de chat.

Ces différentes hallucinations, qui d'une part n'ont pas trait au même objet, ont d'autre part entre elles plus qu'un rapport de simple coexistence ; elles sont associées entre elles, et dans l'esprit de la malade, l'une est comme le signal de l'autre. C'est une sorte d'association d'idées différentes, réveillées par l'une quelconque de leurs images respectives, devenant assez vive et précise pour s'extérioriser sous la forme hallucinatoire.

Mais ce qu'il importe de retenir, c'est que les images hallucinatoires ont tirait chacune à des objets différents.

Cela est si vrai que dans certains cas ces hallucinations associées peuvent être antagonistes.

Cela est surtout fréquent pour les hallucinations verbales, et l'antagonisme peut s'établir ainsi entre hallucinations verbales de même nature, aviditives par exemple {double voix de Morel), bilatérales toutes deux, ou se cantonnant dans une oreille, chacune de leur côté ; ou bien l'antagonisme existe entre halluci-

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nations verbales, auditives et motrices. J'ai souvent cité à ce propos l'exemple typique d'une perse'cutée chez laquelle « l'attaque » se produisait par l'intermédiaire des hallucinations verbales auditives, les motrices représentant le côté « défense ».

Le caractère capital des hallucinations verbales associées, c'est que chacune d'elles a trait à des mots on des phrases différentes.

Combinaisons hallucinatoires. — Les hallucinations peuvent être dites combinées lorsqu'elles sont relatives à un même objet, aux mêmes paroles.

On peut admettre en clinique qu'il n'y aura combinaison proprement dite qu'autant que les hallucinations sont de môme nature, soit communes, soit verbales. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il peut y avoir combinaison entre hallucinations communes et verbales, lorsqu'elles sont relatives à une même idée, puisque le mot n'est que le signe sensible de l'idée.

Voici un exemple de combinaison entre hallucinations communes :

Une malade se plaint un jour d'avoir entendu chez elle trois détonations « comme des fusées de feu d'artifice et en même temps d'avoir senti le soufre ».

Il s'agit là d'hallucinations combinées, en ce sens qu'elles n'ont trait qu'à un seul objet, dont plusieurs images constitutives différentes s'extériorisent en même temps. Elles se distinguent ainsi des hallucinations communes, isolées, qui tout en réveillant l'idée d'un objet n'extériorisent qu'une quelconque de ses images; et d'un autre côté des hallucinations communes associées extériorisant bien plusieurs images, mais relatives chacune à des objets différents.

C'est surtout dans le domaine des hallucinations verbales que se rencontrent ces combinaisons hallucinatoires. Les hallucinations verbales combinées sont celles dans lesquelles le malade perçoit un même mot ou une même phrase à l'aide de plusieurs images verbales simultanées, revêtant la forme hallucinatoire.

Les j^lus fréquentes résultent de la mise enjeu des deux images, auditive et motrice d'articulation.

En voici un exemple : Un malade, cité par Charcot, qui avait des voix intérieures et extérieures, sentait sa langue se mouvoir malgré lui au moment où parlait la voix intérieure. Or, en même temps que sa langue remuait, il entendait sa voix intérieure qui avait moins de timbre que l'extérieure.

B. — Mécanisme.

Les théories scientifiques de l'hallucination, considérées dans leurs lignes principales, peuvent être réduites à quatre grandes catégories.

1° Théorie de V origine périphérique ou sensorielle. — ■ Les hallucinations partiraient des appareils sensoriaux périphériques et reconnaîtraient comme

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cause première une excitation des expansions terminales des nerfs sensitifs (Plater, Sauvages, Darwin, Poujol, etc.).

2° Théorie de V origine intellectuelle (Esquirol, Leuret, Le'lut, J. P. Falret, B. de Boismont, Delasiauve, Bûchez, Peisse, Parchappe, Macario, Reil, Neumann, Griesingerj. — L'hallucination s'accomplit indépendamment des sens; c'est un phénomène d'ordre purement céréhral ou psychique, un simple fait d'idéation.

3° Théorie mixte ou psycho-sensorielle . — Cette théorie présente de nombreuses différences suivant les auteurs. Les uns admettent l'existence d'hallucinations d'origine périphérique, sensoriale, et d'hallucinations d'origine intellectuelle, centrale (Callen, Fodéré, Calmeil, Michéa et la plupart des auteurs modernes). Les autres regardent comme nécessaire à la production de toute hallucination proprement dite la double intervention de l'intelligence et des appareils sensoriels (Baillarger, Marcé, Motet, Bail, Descourtis, Dagonet). Il est à remarquer d'ailleurs que le rôle des sens est envisagé de façons différentes. Tandis que, pour certains, l'hallucination reconnaît à son origine une excitation de l'organe sensoriel, pour les autres, il n'interviendrait que dans l'extériorisation de l'hallucination.

4° Théories physiologiques. — Elles s'appuient toutes sur l'existence dans la masse encéphalique de certains points où aboutissent les nerfs sensoriels, qui y conduisent les impressions pour être transformées en perceptions. C'est de ces centres sensoriels véritables que partiraient les hallucinations.

Ces théories peuvent se classer en deux grands groujDes suivant la localisation attribuée aux centres sensoriels.

Dans le premier, le rôle principal est dévolu aux couches optiques, ou, d'une façon plus générale, aux centres sensoriels infra-corticaux. Déjà en germe dans les écrits de Foville, Bergmann, Audiffrent, Ilagen, Kahlbaum, Hoffmann, Leidesdorf, Virchow, Jolly, etc., cette théorie a pris avec les études de Luys, Ritti, Poincaré. Ilanimond une forme plus précise. Elle repose sur l'attribution aux couches optiques de fonctions sensorielles, opinion reconnue aujourd'hui inexacte.

Il en est d'autres, qui ne diffèrent guère de la précédente que par l'attribution aux centres infra-corticaux, ganglionnaires, du rôle dévolu par Luys aux couches optiques (Schrœder van der Kolk, Krafft-Ebing, Meynett, Kandinsky, Koch). La principale objection qu'on peut faire à ces théories, c'est d'attribuer un rôle trop considérable aux centres infra-corticaux, qui ne sont en réalité que les principales stations ou relais sur la voie des courants sensoriels. Les recherches expérimentales et les observations anatomo-cliniques obligent à placer plus haut, dans l'écorce, les centimes proprement dits de perception.

De là, la théorie physiologique du second groupe. Déjà entrevue par quelques auteurs anciens (Michéa, Parchappe), formulée pour la première fois avec précision par Tamburini, elle est en réalité celle qui rend le mieux compte du

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phénomène d'après les données anatomiques et i^hysiologiques actuelles. Les desiderata qu'elle peut présenter ne sont que la résultante forcée de la limitation même de nos connaissances sur l'anatomie et la physiologie des voies et centres sensoriels.

D'après cette théorie, la cause fondamentale de Thallucination est un état d'excitation des centres sensoriels corticaux, c'est-à-dire de ces points de i'écorce cérébrale où se perçoivent les impressions reçues jDar l'intermédiaire des différents organes et où sont disposées les images mnémoniques sensorielles. Les hallucinations seraient ainsi aux centres sensoriels et à leurs lésions ce que l'épilepsie est aux centres moteurs. Elles constitueraient une sorte d' (( épilepsie des centres sensoriels ».

« Il faut admettre une excitation morbide constante des centres sensoriels corticaux, ayant pour point de départ aussi bien les organes périphériques de la sensibilité que les voies conductrices ou les centres eux-nfièmes. Un état irritatif siégeant sur l'un ou l'autre de ces points aura pour résultante une sensation morbide qui sera d'autant ^dIus simple que la lésion sera plus péririphérique, d'autant plus compliquée qu'elle sera plus centrale. » (ïamburini.)

Sur ce dernier point il conviendrait peut-être de faire déjà quelques rései'ves.

Sans doute il est des hallucinations très simples en rappoi-t avec une lésion initiale périphérique. Mais il serait excessif de généraliser. Par exemple, telle hallucination élémentaire du persécuté qui entend des bruits mal définis, quoique nettement perçus, extériorisés et localisés, est en réalité un fait de perception déjà très complexe, et comme tel tout aussi central qu'une hallucination bien différenciée.

L'intervention reconnue nécessaire des centres corticaux dans l'hallucination peut servir à nous expliquer d'une façon peut-être plus exacte les diverses variétés d'hallucinations élémentaires ou différenciées.

Les travaux récents sur les centres cérébraux de la vision par exemple, admettent dans I'écorce l'existence d'éléments qui sont le siège d'une différenciation fonctionnelle, les uns chargés de recueillir les perceptions vraies, les auti'es plus spécialement aptes à emmagasiner les souvenirs visuels. A ce point de vue, il y a encore une différence à établir entre les images visuelles communes et les images visuelles des mots nécessaires au fonctionnement du langage intérieur (Vialet).

11 est très rationnel d'admettre qu'il en soit de même pour les centres cérébraux de l'audition, bien que nos connaissances soient moins précises à leur égard.

L'hallucination verbale résulterait ainsi de l'intervention des éléments affectés aux images verbales, l'hallucination commune différenciée de l'intervention de ceux affectés aux images communes, à condition que ces dernières se trouvent associées préalablement à d'autres images sensorielles de façon à pouvoir réveiller l'idée d'un objet différencié ; sinon l'hallucination resterait élémentaire. Ôn pourrait admettre aussi que, dans certains cas, cette dernière résulte de la mise en activité des éléments chargés de recueillir les perceptions

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brutes, par exemple lorsqu'elle reconnaît une origine périphérique, extracorticale.

Toute hallucination, quelle qu'elle soit, réclame donc l'intervention des centres corticaux, qui lui est indispensable, sans laquelle elle ne pourrait exister. .

Mais se trouve-t-elle suffisamment expliquée par un état d'irritation du centre sensoriel correspondant, et la formule qui fait de l'hallucination « une épilepsie des centres sensoriels » est-elle vraiment bien exacte ? Est-il permis de comparer des mouvements convulsifs comme ceux de l'épilepsie aux images prises et intelligentes des hallucinations?

Cette question se rattache à celle de la nature môme des images mentales et de la conception du rôle des centres.

L'étude détaillée de cette question nous entraînerait dans de trop longs développements. Nous rappellerons très sommairement qu'il importe de ne pas perdre de vue les rapports respectifs qui unissent entre eux les diiï'érents centres sensoriels aussi bien dans les phénomènes de perception que dans ceux d'hallucination. Il ne faut pas demander par exemple au centre auditif seul plus qu'il ne peut donner, c'est-à-dire des pei'ceptions brutes ou des hallucinations élémentaires de sons avec leur timbre, leur hauteur, leur intensité. Mais c'est tout. Et dès qu'il s'agit de la perception ou de l'hallucination d'un son différencié, cela suppose l'association d'autres images nécessaires à la constitution de l'idée de l'objet ainsi déterminé, et par suite, l'intervention non seulement du centre auditif, mais d'une série d'autres centres. De même la perception ou l'hallucination auditive verbale suppose encore l'intervention d'un ou de plusieurs autres centres spéciaux : ceux de la fonction du langage. Et ne savons-nous pas que le mot n'est qu'un complexus d'images, que ces différentes images du mot sont associées ensemble et à celles de l'idée et que par suite elles peuvent toutes se réveiller l'une l'autre? C'est en m'appuyant sur ces considérations que j'ai pu, dans mes premiers mémoires sur les hallucinations et dans mes leçons cliniques, établir la distinction et le mécanisme des hallucinations élémentaires ou différenciées, communes et verbales. Il est d'ailleurs certains faits d'hallucination qui sont comme la preuve naturelle, la justification de cette manière de voir. Ce sont ceux que j'ai étudiés sous le nom de combinaisons hallucinatoires, intéressant en même temps plusieurs images constitutive* d'un môme objet ou d'un môme mot qui s'extériorisent à la fois dans le domaine des sens correspondants. D'autre part, les images sensorielles de l'hallucination se trouvent en connexité avec des images musculaires qui prennent part aussi au mécanisme du phénomène et auxquelles Tamburini attribue môme la projection extérieure de l'image hallucinatoire.

Cette notion de la complexité de l'image hallucinatoire et de l'association de ses divers attributs est d'autant plus importante à connaître, qu'aujourd'hui elle est devenue pour certains auteurs, beaucoup plutijt que son intensité, le véritable critérium de son objectivité (P. Janet, Souriau).

Mais l'étude des conditions pathogéniques de l'hallucination ne peut pas et ne doit pas s'arrêter là. Si nous ne pouvons plus à cet instant nous appu\"er sur

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les données de la physiologie cérébrale, ce n'est pas une raison pour négliger le rôle de facteurs aussi importants que les facteurs psychologiques : l'attention, la croyance, la mémoire, l'association des idées, le contraste psychique, l'automatisme et la désagrégation psychiques... L'apport psychique est d'ailleurs mis en évidence par différentes preuves souvent invoquées par les partisans de la théorie intellectuelle : par exemple, les rapports de l'hallucination • avec la forme du délire, avec la profession, avec le degré d'intelligence et de culture du sujet, de prédominance chez lui d'un type d'images mentales (type visuel, auditif, moteur), avec des sensations vives antérieures qu'elle ne fait que reproduire.

Ainsi, l'intervention du centre sensoriel cortical correspondant est évidemment une condition pathogénique nécessaire de l'hallucination ; mais elle n'en est pas la condition nécessaire et suffisante. « V hallucination ne doit pas être purement considérée comme un « délire des sensations suivant une expression fréquemment employée. Gela ne peut s'appliquer qu'à ses formes les plus élémentaires ; mais dans ses formes les plus élevées, elle apparaît comme un phénomène psychologique très complexe et revêt toutes les allures d'un véritable délire, dans le sens le plus général du mot. » (Séglas.)

Cela veut-il dire qu'il faille absolument refuser aux sens toute participation ? Nullement. Leur rôle toutefois est secondaire, et reste celui d'agent provocateur, de facteur étiologique plutôt que de condition pathogénique.

Il ne faut pas oublier toutefois que les excitations sensorielles peuvent jouer à l'occasion un rôle plus important, en déterminant la forme sensorielle sous laquelle se manifeste le travail intellectuel présidant à la genèse de l'hallucination (Crystal-vision, Shell Hearing).

Les impressions sensorielles peuvent encore intervenir dans l'extériorisation et la localisation du phénomène hallucinatoire.

Bien des hypothèses ont été invoquées à ce propos, par exemple, celle d'un courant sensoriel centrifuge allant du cerveau à la périphérie (Baillarger, Hagen, Griesinger) ; celle de l'onde réflexe perceptive (Sergi) ; celle de l'existence de voies sensorielles centrifuges « qui nous inclinent à penser qu'à côté du processus afférent qui porte l'impression au centre il y en a une auti'e, inverse, qui ramène l'image à la périphérie » (Bergson) ; celle de la connexité des images sensoiielles avec des images musculaires (Tamburini) ; 'celle de l'existence pour chaque sensation d'un signe local (Lotze, Wundt), etc.

Dans nombre de cas, les choses peuvent s'expliquer d'une façon beaucoup plus simple.

Si, par exemple, l'image cérébrale qui s'extériorise crée si bien l'apparence d'un objet extérieur, cela résulte quelque peu de ce que cette image est associée à des impressions des sens, accompagnée et soutenue par un certain nombre de perceptions externes qui lui communiquent leurs propriétés. Il en résulte que l'objet fictif, créé par l'hallucination, est naturellement placé au milieu des objets extérieurs et localisé non par rapport au moi, mais par rapport à eux (Calmeil, Souriau).

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Ce sont les impressions des sens qui viennent ainsi contribuer souvent à la localisation de l'hallucination à titre point de repère.

L'étude du mécanisme physiologique des hallucinations motrices est particulièrement intéressante en ce sens qu'elle nous montre péremptoirement que la formule faisant de l'hallucination simplement une épilepsie de tels ou tels centres de l'écorcc ne peut être prise à la lettre. Plus que d'autres, les hallucinations motrices sont de nature à prouver la distinction. Il est hors de doute qu'elles réclament l'intervention des centres moteurs de l'écorce ; mais cela ne suffit pas, et une irritation physique seule, pure et simple, de ces centres ne pourrait expliquer la différence qui existe entre les décharges spasmodiques, convulsives, désordonnées de l'épilepsie et la représentation de mouvements déterminés, combinés, systématisés, ou de paroles articulées en rapport avec tel ou tel délire constituant l'hallucination motrice, commune ou verbale.

L'hallucination sensorielle n'est pas plus une simple épilepsie des centres sensoriels que l'hallucination motrice n'est une épilepsie des centres moteurs et l'hallucination verbale motrice une épilepsie du centre de Broca.

En donnant à ces hallucinations le qualificatif de motrices, cette dénomination n'avait pour but, dans mon esprit, que de rappeler l'intervention des centres moteurs, provoquée par un trouble fonctionnel de ces centres analogue à celui qui dans les hallucinations sensorielles intéresse les centres sensoriels corticaux. Or nous nous sommes expliqués tout à l'heure sur le rôle exact qui revient à ces derniers.

Toutes autres conditions restant comparables à celles des hallucinations en général, la caractéristique de l'hallucination motrice, c'est donc de s'adresser aux images du même nom. Il ne sera i3eut-ètre pas inutile à ce propos de rappeler ce qu'est une image motrice ; et cette c[uestion se rattache à celle de la nature fonctionnelle des centres moteurs corticaux.

Or, on admet aujourd'hui que ces centres corticaux sont à la fois le foyer de perception des sensations provenant des parties correspondantes du corps et le point de départ des excitations centrifuges allant aux muscles de ces même régions. Ce sont des centres sensorio-moteurs.

Dès lors leur excitation fonctionnelle, qui précède chaque acte moteur, comprend à la fois la reproduction de l'image du sens musculaire et tactile qui accompagne habituellement ces mouvements et suscite en même temps l'impulsion centrifuge vers les muscles qui doivent en assurer l'exécution.

L'image motrice peut donc être considérée comme constituée par l'apparition d'images sensorielles tactiles et musculaires du mouvement, accompagnant une impulsion centrifuge qui, tout en produisant dans les muscles et les nerfs désignés pour le mouvement une modification semblable à celle de l'acte moteur central, ne conduit pas à un mouvement réel.

Dans les hallucinations, cette image devient assez vive pour que l'acte puisse apparaître comme en voie d'exécution.

Quand les organes chargés de ce mouvement existent encore et sont dans

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des conditions normales, l'impulsion motrice envoyée jusqu'à eux peut produire des modifications telles que, sans qu'il y ait mouvement accompli, il arrive aux éléments sensoriels des centres une nouvelle image qui, renforçant la première, complète l'hallucination du mouvement (Tamburini).

Ainsi, comme le fait remarquer Tamburini, qui a résumé très clairement cette question, dans une hallucination complète du mouvement, les parties périphériques étant intactes, on peut distinguer trois phases : 1° une phase centrale constituée par la formation dans le centre cortical, d'une image sensorielle de mouvement; 2° une phase centrifuge constituée par l'impulsion motrice, qui du centre cortical se dirige vers les nerfs et les muscles destinés au mouvement ; 3° une phase centripète représentée par la sensation provenant des appareils périphériques du mouvement subissant les modifications dues à l'impulsion motrice.

De ces trois phases la dernière n'est pas nécessaire à la production de l'hallucination motrice, ainsi que le prouvent les hallucinations des amputés.

Les considérations précédentes peuvent servir à nous expliquer les différents degrés qu'on observe dans les hallucinations motrices communes ou verbales.

Par exemple, l'excitation morbide du centre moteur d'articulation fait naître à la fois l'image sensorielle des mouvements correspondant à la représentation verbale et l'impulsion relative à ces mêmes mouvements. Cette dernière, suivant l'intensité de l'excitation initiale, produit dans les nerfs et les muscles destinés à la prononciation de la parole des modifications d'innervation périphérique analogues à celles qui parviennent à la conscience c|uand le mouvement est exécuté, alors même qu'il n'a pas lieu (hallucination verbale kinesthétique simple). A un degré plus intense, l'impulsion détermine des mouvements périphériques peu accentués, perceptibles pour le malade seul, ou parfois pour l'observateur (hallucination verbale motrice proprement dite).

Enfin, si l'excitation est encore plus forte, l'émission de la parole se produit sous forme d'impulsion incoercible.

Les mêmes considérations nous expliquent aussi aisément la localisation de ces hallucinations rapportées excentriquement, à la périphérie de l'appareil vocal, dans la langue, la bouche, ou même dans la gorge, l'épigastre, la poitrine. En effet, les sensations qui se rattachent au mouvement des lèvres ou de la langue ne sont pas, dans l'articulation des mots, les seules exclusives. Il faut tenir compte des sensations analogues émanant du larynx, des muscles respiratoires, etc., qui préparent l'articulation proprement dite, et dont l'intervention est nécessaire et indispensable dans l'acte d'ensemble de la parole.

Dans les cas oîi la voix est l'apportée à une partie quelconque du corps (genou, doigt, etc.), l'explication la plus vraisemblable de cette localisation singulière se trouve en général dans une association hallucinatoire ou dans une sensation réelle concomitante et servant de repère.

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