‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 35 sur 220 · C. — Diagnostic · texte numérisé non relu

C. — Diagnostic

Deux cas peuvent se pre'senter :

l" On peut avoir à de'terminer l'existence d'hallucinations chez des aliénés qui refusent de répondre à l'interrogatoire et se renferment dans un mutisme obstiné.

Je rappellerai même que, parmi les causes du mutisme vésanique, ligure la présence des hallucinations à différents titres.

Dans ces conditions, le diagnostic d'hallucinations ne peut se fonder que sur la notion des symptômes objectifs qui les accompagnent souvent, d'une façon plus ou moins nette.

De ces symptômes objectifs, il est quelques-uns, tels que les modifications du pouls, de la circulation vaso-motrice, etc., sur lesquels je n'insiste pas; car ils ne valent guère pour le diagnostic pratique, et sont communs, non seulement h toute espèce d'hallucinations, mais encore à bien des faits psychiques d'un autre ordre.

De plus importants sont ceux qui ont trait aux réactions mimiques provoquées par les hallucinations.

Dans les hallucinations auditives, par exemple, la tète se tourne de façon à porter le pavillon de l'oreille dans la direction d'où semble venir l'hallucination. En même temps, on saisit une modification particulière dans l'expression du regard qui devient attentif, de même un léger mouvement de tout le corps, soit pour mieux écouter, soit pour fuir. En un mot, l'attitude du malade est celle d'une personne qui écoute.

Certaines habitudes ou particularités du costume tendant, par un moyen ou par un autre, à intercepter les sons par l'occlusion des oreilles, peuvent également mettre sur la piste d'hallucinations de l'ouïe.

Dans l'hallucination verbale motrice, le malade ressemble à quelqu'un qui parle seul ; on peut constater des mouvements des lèvres et retrouver des attitudes particulières, des habitudes ayant pour but de comprimer le point de départ des voix intérieures, de s'opposer aux mouvements de la langue, etc.

Les signes objectifs de l'hallucination de la vue sont souvent des plus faciles à saisir. C'est d'abord la rotation de la tète, la fixation du l'egard, les changements de dimensions de la pupille en rapport avec la direction ou la distance de l'hallucination, l'expression émotionnelle du regard, de l'attitude générale du sujet.

On a signalé encore ce fait que les hallucinés de la vue ont souvent des sensations désagréables de corps étrangers, de picotements qui les poi-tent à se frotter les yeux.

Les hallucinations du goût s'accompagnent de mouvements de dégustation ou de déglutition, de salivation ou de crachotements.

Les hallucinations de l'odorat s'accompagnent fréquemment de mouvements d'explication nasale. Souvent aussi les malades s'ingénient àse garantir

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des mauvaises odeurs en s'accoutrant d'une manière bizarre, de façon à se fermer la bouche et les narines.

Les hallucinations du sens ge'nital provoquent souvent des gestes, des attitudes lascives. Quant aux autres hallucinations de la sensibilité générale, elles ne se traduisent guère à l'extérieur que par des soubresauts, des mouvements de fuite, de défense, de grattage, des particularités du costume ayant pour but de protéger la partie du corps où elles se manifestent.

Chez les aliénés chroniques, quelques auteurs (Féré) ont signalé encore l'existence de rides perpendiculaires à la direction des fibres des muscles qui interviennent dans les expressions mimiques en rapport avec tel ou tel ordre d'hallucination.

2° Le malade est halluciné au moment même de l'examen et re/3ond d'autre part aux questions qu'on lui adresse.

11 ne faut jamais trop se hâter de conclure à l'existence d'une hallucination. Si simple qu'il paraisse, ce diagnostic n'est pas toujours facile et sa précision présente une l'éelle importance, aussi bien en clinique qu'en nosographie.

Lorsqu'il s'agit d'une hallucination élémentaire, le diagnostic est facile. On peut aisément contrôler par soi-même la réalité de la perception accusée par le malade.

Dans le cas d'une hallucination différenciée, commune ou verbale, il est plusieurs phénomènes desquels il importe de la distinguer.

La caractéristique de l'hallucination, avons-nous dit au début de ce chapitre, est de créer l'apparence d'un objet extérieur actuel qui n'existe pas dans la réalité.

Ce caractère sépare nettement l'hallucination d'autres phénomènes qui s'en rapprochent par certains côtés, par exemple des phénomènes de mémoire.

Mais si net, si saisissant que puisse reparaître un souvenir, il reste toujours localisé dans le passé et ne produit pas l'appai'ence d'un objet extérieur et présent. « L'hallucination, a dit très justement Leui"et, n'est pas un souvenir, c'est une chose actuellement perçue; elle diffère autant et de la même manière du souvenir que la sensation elle-même. J'accorde qu'elle puise ses éléments dans la mémoii^e, car toute hallucination peut se résoudre en sensations ou en idées antérieures; mais elle crée une existence, elle donne une actualité, et, pour celui qui l'éprouve, elle est aussi distincte de la mémoire que, pour nous tous, la mémoire est distincte de la sensation. »

Sans doute, parmi les troubles de la mémoire, il en est de décrits sous le vocable assez impropre d'hallucinations de la mémoire; mais ce sont là des désordres spéciaux qui ne rentrent nullement dans la classe des véritables hallucinations.

Parmi les troubles pathologiques auxquels peuvent donner lieu les perceptions actuelles, et qu'il convient de distinguer de l'hallucination, nous devons citer d'abord V interprétation délirante, ou, comme le disait Baillarger, les faux jugements à l'occasion des sensations. Dans ces cas, les sensations

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sont perçues comme dans l'état normal, la perception est régulière, mais le malade l'interprète ensuite d'une manière erronée, lui attribue une portée spéciale.

Une jeune fille donne un sens aux cris des oiseavix qu'elle entend chanter dans le jai^din : elle pense, par exemple, que lorsqu'elle sort, ils disent : «Tiens, voilà la petite jeune tille ». Mais ces mots, elle déclare ne pas les entendre, elle se figure simplement que telle est la signification de leurs cris.

« llien de plus ordinaire que ces faits chez les hallucinés, et rien de plus difficile que de reconnaître au milieu de tout cela leurs véritables hallucinations. On leur a commandé tel ou tel acte, ils ont appris telle ou telle nouvelle, et quand on cherche à savoir comment tout cela s'est fait, on arrive à découvrir qu'il n'y a eu ni illusion des sens, ni hallucination, mais tout simplement une fausse interprétation de certaines sensations bien réelles, et nous pourrions dire bien normales » (Baillarger). Combien plus difficile encore sera la distinction lorsqu'il s'agira de faire le diagnostic rétrospectif du symptôme.

Nous avons signalé au début toutes les divergences d'opinion à pi^opos de la distinction des illusions et des hallucinations. Nous avons vu qu'en théorie, ces phénomènes n'offraient pas au fond de différences de nature; mais qu'en pratique, étant donné qu'ils se présentent souvent dans des circonstances différentes, on peut cependant chercher à les distinguer.

La distinction habituelle entre les illusions et les hallucinations est basée sur le fait que dans l'illusion il y a une impression extérieure actuelle qui n'existe pas dans l'hallucination.

L'illusion rentrerait ainsi dans la classe des hallucinations périphériques, c'est-à-dire provoquées par une impression sensorielle qui peut leur servir tout à la fois de point de départ et de point de repère.

Mais il est à remarquer que cette impression périphérique ne se comporte pas toujours de même.

■ Tantôt par exemple elle est correctement perçue à part, et si elle provoque une hallucination, elle ne fait que se juxtaposer sans se confondre avec elle. Par exemple, une aliénée se plaint d'entendre ses ennemis se mettre à l'injurier en scandant leurs paxoles sur les battements d'un métronome qu'on vient de mettre en marche. Mais les deux faits de perception restent distincts. Les battements du métronome sont perçus d'un côté avec leurs caractères exacts, ils sont simplement accompagnés de la perception de syllabes prononcées en mesure par des interlocuteurs imaginaires et aussi nettes qu'eux pour le sujet. C'est là une véritable hallucination suscitée par une impression périphérique.

Dans d'autres cas, un peu dilféi'ents, non seulement l'impression périphérique est le point de départ du fait de perception pathologique, mais elle y prend part, se confond avec lui et se trouve ainsi dénaturée. Il n'y a plus deux perceptions simultanées, l'une exacte éveillant l'autre hallucinatoire, mais une seule perception fausse dans son ensemble. Par exemple, une malade jDerçoit un bourdonnement de voix dans le bruit d'une machine à coudre, sans vouloir jamais convenir de la nature exacte du bruit occasionné par cet appareil.

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Parmi les hallucinations périphériques, ce sont surtout les faits de ce genre qui correspondraient le plus exactement à ceux décrits sous le nom d'illusions.

Quoi qu'il en soit, il nous reste à nous demander si les hallucinations périphériques n'offrent pas des caractères en rapport avec leur point de départ et qui permettent de les distinguer des centrales.

Jusqu'ici cette recherche n'a été tentée que pour les hallucinations visuelles.

M. Binet admet que les hallucinations visuelles |produites par une cause objective sont fixes dans l'espace, dédoublées par la pression oculaire, déviées par le prisme, supprimées par l'occlusion des yeux ou un écran, bilatérales, ne suivant pas le regard. — Les hallucinations produites par une cause subjective se déplacent avec le regard, sont unilatérales à l'occasion et manquent des autres caractères ci-dessus indiqués. Dans les hallucinations d'origine centrale, on noterait l'absence de tous les caractères positifs déjà énumérés.

Il importe enfin de distinguer des hallucinations proprenaent dites, les phénomènes décrits sous le nom de fausses hallucinations (Michéa), hallucinations psychiques (Baillarger), pseudo-hallucinations (Hagen, Kandinskj-, Hoppe), hallucinations aperceptives (Kahlbaum).

Il est à remarquer que ces termes ne sont d'ailleurs pas absolument équivalents. Suivant les auteurs, chacun d'eux désigne et englobe des faits différents les uns des autres.

On pourrait, d'une façon générale, les diviser en trois catégories.

Une première renferme des faits qui n'ont de l'hallucination que l'apparence : par exemple, la rêverie à l'état de veille de certains paranoiaques qui se croient en imagination dans telle ou telle position et se livrent à des dialogues sans voir ni entendre personne ; ou bien le mélange d'une conception délirante au souvenir actuel d'une perception prétendue exacte, comme chez les persécutés qui prétendent avoir été injuriés, alors qu'ils se figurent seulement cela au moment même (Hagen).

Une seconde catégorie comprend les phénomènes auxquels Kandinsky réserve plus particulièrement le nom de pseudo-hallucinations. Ce sont des phénomènes participant à la fois de la représentation mentale sensorielle ordinaire et de l'hallucination, des représentations mentales vives, animées, précises, stables, spontanées, incoercibles, se rapprochant ainsi des hallucinations véritables, mais ne créant pas comme elles l'apparence d'une réalité objective. Elles manquent de ce caractèi^e cf extériorité que Baillarger regardait avec juste raison comme inhérent à l'hallucination sensorielle.

Enfin, dans une dernière catégorie, plus particulièrement intéressante au point de vue de la délimitation de l'hallucination auditive, prennent place les phénomènes très spéciaux que j'ai étudiés sous le nom (ï hallucinations verbales motrices, et que Kandinsky, comme je l'ai fait d'ailleurs moi-même, distingue des précédents, alors qu'ils se trouvaient confondus avec eux par d'autres auteurs sous le titre général de fausses hallucinations (Michéa) ou d'hallucinations psychiques (Baillarger).

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D. — Valeur séméiologique.

L'hallucination peut se rencontrer dans des circonstances, h la suite des causes les plus variées : état intermédiaire <à la veille et au sommeil (hallucinations hypnagogiques), émotions violentes, fatigue cérébrale avec tension prolongée de l'esprit, traumatismes, inanition, maladies infectieuses, autointoxications et intoxications ])ar agents extérieurs, affections chroniques diverses, troubles de la circulation encéphalique, névroses, aliénation mentale.

Envisagée dans les différentes formes de troubles psychopathiqucs nettement caractérisés, l'hallucination est d'une importance très variable. Il est certaines formes de troubles mentaux dans lesquelles on ne l'observe qu'à titre d'exception (folie raisonnante, excitation maniaque, folie périodique, imbécillité, idiotie) ; dans d'autres elle est seulement accidentelle, accessoire (manie, mélancolie, confusion asthénique, paranoia simple, démence, paralysie générale); dans d'autres enfin elle est constante (délires toxiques, délires névropathiques, délire hallucinatoire, confusion hallucinatoire, pai'anoia hallucinatoire avec délire des pcrsécvitions ou délire mystique). Parmi ces derniers cas, il en est même dans lesquels, en raison de son évolution, de ses caractères intrinsèques, cliniques et psychologiques, elle devient presque un symptôme pathognomonique : telle l'hallucination de l'ouïe dans le délire des persécutions, à évolution systématique, telle encore l'hallucination de la vue dans le délire alcoolique.

Sans nous borner exclusivement à ces deux cas particuliers, nous n'étudierons toutefois que ceux dans lesquels l'hallucination peut avoir par ellemême une signification diagnostique d'une certaine valeur.

Hallucinations de l'ouïe. — Il est, avons-nous dit, une affection dans laquelle l'hallucination de l'ouïe est presque pathognomonique par elle-même, c'est le délire des persécutions à évolution systématique.

L'hallucination de l'ouïe est alors la première en date et suit une marche progressive parallèle à celle du délire lui-même.

D'abord, ce sont des hallucinations élémentaires qui font entendre aux malades des bruits indéfinis. En général, ils les traduisent par des onomatopées (boum, crac, uit, uit, uit).

Dans d'autres cas, il s'agit d'hallucinations auditives communes ; le bruit perçu est rattaché à un objet particulier bien déterminé : bruit de pas, sifflet de chemins de fer, son de cloche, coup de fusil, etc.

Enfin, il y a des hallucinations auditives verbales qui, dans l'ordre chronologique, sont généralement les dernières, et qui elles-mêmes ont souvent un développement progressif. Tout d'abord, le patient n'entend que des mots isolés, des phrases très courtes, toujours de même signification et parfois même presque stéréotypées. Basses, indistinctes, chuchotées au début, les voix deviennent par la suite de plus en plus nettes. Puis l'hallucination se

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développe ; c'est un monologue que tient le persécuteur et que le patient est condamné à entendre ; parfois même c'est un discours interminable qu'il doit subir sans espoir de s'y dérober.

Mais les choses se compliquent encore. Si les persécuteurs sont nombreux, s'ils forment une bande, ce n'est plus un monologue, mais un dialogue, une conversation bruyante. Les interlocuteurs peuvent s'adresser directement au persécuté ou causer entre' eux en déblatérant sur son compte.

Parmi les voix qu'entend le persécuté, il en est qui lui sont nouvelles et inconnues ; d'autres reparaissent avec le même caractère d'intonation, elles lui sont familières, et il sait les reconnaître.

Tantôt ces voix ne se distinguent en rien des paroles réelles que le malade peut entendre ; d'autres fois il les différencie par certains caractères variables, de timbre, d'intensité, etc.

Quelquefois, la tonalité lui en semble étrange, voilée, criarde, ce qu'il traduit par les néologismes de voix phj-siques, magnétiques, téléphoniques, etc.

Il arrive parfois que tous les persécuteurs sont du même avis et s'entendent pai'faitement pour lui faire toutes sortes de misères.

Mais, dans d'autres cas, les interlocuteurs se disputent entre eux, les uns soutenant le pour, les autres le contre. En face des persécuteurs, il y a les défenseurs, et l'on retrouve alors, <à côté des idées habituelles de persécution, certaines de ces idées particulières que j'ai décrites sous le nom à.' idées de défense.

Tantôt les voix se font entendre à la fois dans les deux oreilles : l'hallucination est bilatérale. Dans quelques circonstances, elle devient unilatérale, le patient ne percevant plus les voix que d'un seul côté. Enfin, les hallucinations peuvent être bilatérales, mais de caractère opposé de chaque côté, le sujet percevant seulement par une oreille les calomnies, les insultes de ses perséeviteurs, tandis que l'autre semble réservée aux paroles consolantes que prononcent les défenseurs.

Quand les hallucinations verbales auditives durent depuis un certain temps, le malade en arrive à présenter le phénomène connu sous le nom d'écho de la pensée. 11 accuse les personnes qui l'environnent de connaître ses plus secrètes pensées, de les énoncer à haute voix, si bien qu'il les entend avant même d'avoir eu le temps de les prononcer, etc.

Ces voix qui se font entendre au milieu du silence comme au milieu du bruit, la nuit comme le jour, qui viennent du dehors, de tous les côtés, du plafond, des cheminées, de distances plus ou moins éloignées, qui accompagnent le persécuté dans ses déplacements, sont toujours dues à des interlocuteurs qui restent invisibles à ses yeux. Il avoue lui-même que, malgré ses tentatives, il n'a pu prendre sur le fait les individus qui lui parlaient ainsi. Le sens de la vue ne se fait pas le complice de celui de l'ouïe et il ne se produit pas ici, entre ces deux sens, sauf de très rares exceptions, ces associations hallucinatoires assez fréquentes chez d'autres vésaniques qui voient leurs interlocuteurs en même temps qu'ils les entendent. Gela nous explique

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l'expression dont se servent souvent les persécutés pour désigner leurs voix : « mes secrètes, mes invisibles ».

Au fur et à mesui'e que la maladie évolue, les hallucinations verbales peuvent changer de caractère.

Alors se manifestent des hallucinations verbales motrices. L'hallucination auditive ne disparaît pas pour cela ; elle persiste généralement, au contraire, et souvent il se produit alors de ces associations ou combinaisons hallucinatoires du genre de celles que nous avons étudiées précédemment. Mais, fait important à constater, l'hallucination motrice reste cependant à un plan plus effacé et ne se présente que par intervalles. Un grand nombre de ces persécutés n'en ont même jamais.

Si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur la série des phénomènes hallucinatoires, bruits ou voix, dont je viens de faire brièvement l'analyse et de montrer le développement souvent progressif, on s'apercevra facilement que leur ordre d'apparition correspond alors exactement à la formation des idées et au développement du langage chez l'enfant (Séglas). C'est d'abord l'hallucination auditive élémentaire, puis la commune, la verbale auditive, et en dernier lieu, la verbale motrice.

Or, que se produit-il pour l'éclosion et le perfectionnement du langage chez l'enfant ? Celui-ci n'a d'abord qu'une vague sensation de son élémentaire, brut; plus tard, il a la notion de l'objet qui produit ce son.

Puis, entendant parler, il commence par associer l'image auditive verbale à l'image auditive commune. Bientôt il cherche lui-même à répéter les mots qu'il entend, et associe à son tour l'image verbale motrice à l'image auditive verbale.

Hallucinations de la vice. — Les hallucinations de la vue sont extrêmement fréquentes dans les délires toxiques, aigus. On peut même dire qu'en pareil cas ce sont elles qui constituent le délire. Dans l'intoxication alcoolique aiguë, la plus communément observée, elles sont presque pathognomoniques.

Les visions revêtent alors le plus souvent l'apparence d'animaux fantastiques ou naturels (hall, zoopsiques), rats, souris, insectes, serpents, etc.). Ou bien ce sont des figures humaines, grimaçantes, menaçantes, des gens armés qui se précipitent sur le malade. Elles reflètent souvent l'objet soit des occupations journalières, soit des préoccupations dominantes du moment.

Elles sont toujours désagréables, souvent pénibles, parfois terrifiantes.

Toujours multiples, variables, changeant d'objet, reproduisant une succession de tableaux divers, elles sont de plus mobiles, animées, se meuvent, se déplacent dans l'espace (Lasègue).

Elles ne sont pas passives, mais déterminent toujours chez le malade des réactions extrêmement actives.

Enfin, elles ont une évolution particulière. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'elles arrivent d'emblée h leur apogée. C'est ordinairement la nuit qu'elles se montrent tout d'abord ; puis le jour et la nuit. Leur mode de disparition

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est aussi très spécial. D'abord persistantes le jour et la nuit, elles commencent à disparaître lejour joour se produire la nuit avec la même intensité ; devenant moins nettes, elles ne se montrent plus tard que dans la période intermédiaire à la veille et au sommeil, pour faire place ensuite à de simples cauchemars (Magnan) .

Des délires exoloxiques, il convient de rapprocher les délires fébriles et d'origine toxi-infectieuse ou auto-toxique (délires hallucinatoires, confusion hallucinatoire) dans lesquels les hallucinations de la vue sont également très fréquentes.

Elles se montrent aussi souvent dans les délires névropathiques, en particulier ceux qui relèvent de l'hystérie et de l'épilepsie. On a signalé avec juste raison la ressemblance qvii existe entre les hallucinations visuelles du délire hystérique et celles du délire alcoolique (P. Richer). Rappelons que de plus, én pareil cas, les hallucinations ont souvent une couleur spéciale rouge (hystérie, épilepsie) ou noire (hystérie).

Parmi les autres formes mentales dans lesquelles l'hallucination de la vue a une réelle importance, nous citerons les délires mystiques. Elle consiste alors dans des apparitions de Dieu, de la Vierge, des Saints, du diable et de l'enfer, etc. Ces visions sont en général fixes, à contours assez précis, et piuettes. Les ordres qu'elles peuvent donner au malade ne lui arrivent pas alors par l'intermédiaire d'hallucinations verbales auditives; mais d'hallucinations verbables visuelles (mots écrits sur des pancartes) ou motrices (voix intérieures.

Hallucinations du goût et de Vodoral. — Elles sont surtout fréquentes chez les délirants persécutés, se rattachant en ce cas à des idées d'empoisonnement et iDarticipant du même caractère convergent, centripète des idées délirantes. En revanche, dans d'autres circonstances (délires systématisés, secondaires à la mélancolie, délires systématisés primitifs avec idées d'autoaccusation ou hypochondriaques), elles revêtent un caractère absolument inverse ; le malade s'imagine que l'odeur qu'il perçoit émane de lui-même, et le rend à charge à ses semblables.

Hallucinations tactiles et cénesthésiques. — Les hallucinations tactiles et de la sensibilité générale périphérique sont surtout fréquentes dans les délires toxiques. Dans le délire alcoolique, par exemple, les malades se plaignent de fourmillements, d'élancements. Ils ont souvent la sensation d'animaux courant sur la peau.

Dans le délire cocaïnique, ils présentent même ce symptôme très spécial de sentir des petits, vers qui leur sortent de la peau et qu'ils s'attachent à extraire avec la pointe d'une aiguille.

C'est peut-être dans le délire de persécution chronique, sj'stématisé, que les hallucinations de la sensibilité générale se présentent avec leur maximum d'intensité, de fréquence et de variété. Elles y tiennent à une cei'taine période presque autant déplace que les hallucinations de l'ouïe; elles sont comme elles en rapport direct avec les idées de persécution ; elles se trouvent ainsi objec-

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tivées par le malade qui en place l'origine dans le monde extérieur et accuse ses ennemis de le torturer par des proce'dés et à l'aide d'instruments variés. Les hallucinations génitales ne sont pas rares en pareil cas, surtout chez les femmes.

Chez les malades à idées hypochondriaques, les phénomènes hallucinatoires se manifestent surtout dans le domaine des sensations internes,, de la sensibilité viscérale.

Hallucinations motrices. — La séméiologie des hallucinations motrices n'a guère été étudiée jusqu'ici ; et l'on n'a abordé que celle des hallucinations motrices verbales. Accidentelles dans différentes circonstances (alcoolisme, débilité mentale, paralysie générale), elles ont dans d'autres cas une importance capitale, par exemple, dans la mélancolie, le délire systématisé secondaire, dans le délire systématisé mystique, dans le délire des persécutions systématisé.

A propos de cette dernière affection, il est même à remarquer qu'il existe certains cas d'une forme que j'ai essayé de décrire sous le nom de variété psycho-motrice du délire de persécution, dans la symptomatologie desquels les phénomènes hallucinatoires, de caractère moteur, tiennent une place prépondérante et s'accompagnent d'un dédoublement très marqué, parfois précoce, de la personnalité, qui se traduit souvent par des idées spéciales de possession.

Hallucinations coexistantes. — On observe souvent chez un même malade la coexistence d'hallucinations diverses. Par elle-même, cette donnée peut avoir une certaine importance. Ainsi la rapidité d'apparition, le manque de netteté, la mobilité des différentes hallucinations sont généralement les signes d'une affection aiguë ; tandis que le développement graduel, la précision, la fixité, sont en général des signes d'une affection chronique.

Les conditions psychologic|ues c[ui favorisent la production des hallucinations ne sont pas toujours identiques.

Baillarger admettait trois conditions de l'hallucination : l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination, la suppression des impressions externes, l'excitation interne des appareils sensoriels.

Il n'y a rien à dire à ces différentes propositions en elles-mêmes, mais il faut remarquer qu'elles ne s'appliquent pas à tous les cas. Ce n'est que dans certaines circonstances que l'hallucination se trouve relever ainsi directement de l'automatisme psychologique, par exemple dans l'état hypnogogique, les intoxications, la confusion mentale, le délire hallucinatoire, la paranoïa aiguë, l'hystérie. Encore dans ces ciixonstances, faut-il s'entendre sur ce que Baillarger appelle la suspension des impressions externes. Cela, en réalité, ne veut pas dire qu'elles soient suspendues, mais qu'elles ne sont pas comprises, assimilées par le malade, qu'elles échappent à sa perception personnelle.

Mais il est d'autres cas où l'hailucination ne se présente pas comme le produit immédiat de l'automatisme psychologique ; et l'on ne peut se refuser à

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admettre aujourd'hui, ainsi que le faisait Baillarger, que l'hallucination puisse être comme le plus haut degré, la traduction sensorielle de l'idée fixe.

Chez les délirants systématiques chroniques, persécutés et mystiques, par exemple, il n'y a d'hallucination, du moins au début, qu'autant que l'idée délirante antérieure contient une image qui pourra à un certain moment se transformer en la sensation même (Ghaslin). Le sens qui présente des hallucinations prédominantes est déterminé par la nature même des représentations mentales qui constituent l'idée délirante.

Pour que ce développement puisse s'effectuer, il est deux conditions nécessaires : i° la croyance qui fait que le malade porte sans cesse son attention sur son idée et en écarte par cela même toutes les idées intei^médiaires (Pariset), les réducteurs antagonistes (Taine) ; 2° l'attention par suite de laquelle le malade creuse ses idées, les rumine sans cesse et arrive, peu à peu, à constituer complètement son délire.

Si la croyance à l'hallucination peut tenir, dans certains cas, à la précision de l'image, à la diminution d'activité des sens, au défaut de contrôle des autres sens, il en est d'autres où la croyance précède l'hallucination qui n'est plus que la traduction sensorielle d'une idée en rapport avec un très grand nombre de faits faisant partie de la conscience personnelle du sujet, et dans ces cas, l'effort intellectuel n'est pas étranger à sa production.

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