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V. — Idées hypochondriaques

On donne le nom d'hypochondriaques aux idées qui traduisent une préoccupation constante et mal fondée sur la santé physique, l'état des divers organes.

Ces idées peuvent être plus ou moins précises. Tantôt elles ne font qu'exprimer une crainte très vague d'altération générale de toutes les fonctions organiques, d'infériorité, de maladie incurable. Dans le plus gi'and nombre des cas, elles sont plus spécifiées et concernent le fonctionnement, les modifications de tel ou tel organe.

On a généralement l'habitude de distinguer les idées hypochondriaques en simples et délirantes, suivant qu'elles se traduisent par de simples préoccupations exagérées ou sans fondement, ou bien par la croyance à un désordre physique, maginaire et invraisemblable.

SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES

Si naturelle qu'elle paraisse, cette distinction basée sur le degré de vraisemblance des idées n'est nullement justifiée. En réalité, il n'y a pas d'autre différence entre l'hypochondrie simple ou délirante qu'une simple différence de degré.

Aussi, au point de vue nosologique, la division proposée par G. Ballet nous paraît elle bien préférable.

Une première forme est la petite hypochondrie (hypochondria minor). Là, l'idée hypochondi'iaque se réduit à des préoccupations sur les causes, la nature, les conséquences de sensations diverses éprouvées par le malade ; elle paraît dépendre d'un état cénesthétique particulier, de caractère liyperesthésique et qui pousse les malades >à se préoccuper de leur santé plus qu'il ne conviendrait. Elle garde alors un caractère de vague, d'incertitude, et constitue moins une véritable conviction, qu'une appréhension, une crainte. Aussi le malade est-il accessible au raisonnement et se laisse-t-il volontiers convaincre, au moins pour un temps, j^ar une affirmation nette et formelle. Telle est la forme de l'idée hypochondriaque que l'on observe particulièrement chez les neurasthéniques, chez certains arthritiques ou herpétiques, chez des dyspeptiques, des auto-intoxiqués.

Dans une autre forme, très voisine, l'idée hypochondriaque reste encore une crainte plutôt qu'une conviction ; mais cette crainte prend les proportions d'une véritable obsession angoissante, tenace, s'imposant à l'esprit d'une façon impérieuse, presque sans trêve, et ne laissant guère j^lace au raisonnement que dans les courts intervalles interparoxystiques. C'est la phobie hypochondriaque, la nosomanie, la nosophobie.

Une troisième forme nous amène à la grande hypochondrie (hypochondria major). Là, l'idée hypochondriaque se précise, se systématise, et devient une véritable conviction résistant aux arguments, aux preuves les plus péremptoîres. Toutefois cette conviction n'est encore que fausse, elle n'est pas absurde.

De là à l'idée hypochondriaque délirante il n'y a qu'un pas, facile à franchir. Nous arrivons ainsi à la folie hypochondriaque proprement dite, dans laquelle l'idée délirante, pour absurde qu'elle puisse être, conserve cependant les mêmes caractères de précision, de systté^natisation, de conviction, de certitude inébranlable.

Dans les cas précédents, l'idée hypochondriaque restait en fait un symptôme capital, presque caractéristique des différentes modalités de ce qu'on pouvait appeler l'hypochondrie essentielle.

Mais elle peut se rencontrer encore comme sj'mptôme accessoire dans bien des états psychopathiques différents.

L'idée hypochondriaque vraie se rencontre rarement dans cette variété de folie systématique, constituée par le délire de persécution typique ou délire chronique à évolution progressive (Magnan).

« Il est certain que les malades ont de commun avec les hypochondriaques des troubles de la sensibilité générale et l'observation constante et minutieuse de ces sensations ; mais l'interprétation n'en n'est pas la même. » (Journiac.)

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Tandis que Thypochondriaque rattache ses sensations pénibles à une maladie née spontanément ou s'en prend à des causes extérieures comme le climat, la température,, etc., le persécuté les rattache aux manœuvres de ses ennemis.

Les troubles de la sensibilité générale, éprouvés par les hypochondriaques vrais et les persécutés, présentent aussi quelques différences. Pour cette raison, Cotard opposait ces malades les uns aux autres sous le nom d'hypo- «hondriaques anesthésiques et d'hypochondriaques hyperesthésiques. Et tandis que les premiers manifestent des craintes de jour en jour plus sérieuses sur l'état de leurs organes qu'ils arrivent à croire perdus sans retour, décomposés, pourris, détruits ; chez les autres, les organes semblent renaître au fur et à mesure des attaques de leurs ennemis pour en subir de nouvelles plus séiieuses encore.

Il est d'autres variétés de folie systématique dans lesquelles on observe de véritables idées hypochondriaques. Elles participent alors aux caractères généraux des autres idées délii'antes que nous avons exposés en particulier pour les idées de persécution.

Elles coexistent alors la plupart du temps avec des idées de persécution, de gi'andeur, etc. Gela donne parfois au délire dans son ensemble un caractère de polymorphisme, sans grande systématisation. D'autres fois, au contraire, les différentes idées se relient l'une à l'autre par une systématisation assez étroite. Nous signalerons à ce propos les cas, mis en relief par G. Ballet, dans lesquels les malades se croient l'objet de persécutions en raison de maladies ou d'infirmités, le plus souvent imaginaires, dont ils se ci'oient atteints et qui justifieraient pour eux jusqu'àun certain point les moqueries, les misères auxquelles ils se disent en butte.

Dans d'autres cas, au contraire, la systématisation suit une marche inverse, et c'est l'idée de persécution qui vient justifier l'idée hypochondriaque.

Les idées hypochondriaques se rencontrent encore chez une catégorie de malades, du groupe des persécuteurs raisonnants, les hypochondriaques persécuteurs, qui s'en prennent à leurs proches, à leurs médecins, de leurs maux imaginaires, les en rendent responsables, et souvent se pointent sur eux à des actes violents dans un but de vengeance.

Les idées hypochondriaques ne sont pas rares dans la mélancolie. Le malade exprime alors des préoccupations sur sa santé, son intelligence, son appétit, son sommeil ; son angoisse lui fait craindre d'être atteint d'une maladie de cœur ; il craint de ne pouvoir guérir, etc. Ces. idées partagent alors les caractères du délire mélancolique que nous avons exposés en détail pour les idées d'auto-accusation, et se rattachent directeiTient au nouvel état cénesthétique, pénible, produit par la maladie. Lorsque ces idées hypochondriaques occupent le premier plan du délire, elles donnent leur nom à la variété dite mélancolie hypochondriaque.

Dans certains cas particuliers, surtout chroniques, la mélancolie peut s'accompagner d'idées délirantes hypochondriaques d'un caractère particulier et que nous étudiei-ons à part, les idées de négation.

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On rencontre également des idées hypochondriaques dans les états mélancoliques qui se rattachent à la folie intermittente . Il n'y a alors que la connaissance de l'évolution de l'alfection qui puisse trancher le diagnostic avec les cas précédents.

L'alcoolisme chronique s'accompagne quelquefois d'idées hypochondriaques, reliées aux troubles de la sensibilité générale, si fréquents en pareilles circonstances. Elles sont alors à prendre en considération, surtout si elles persistent quelque peu, car elles peuvent conduire les malades à des actes d'auto-mutilation (Chadzinski)

Le délire hypochondriaque est un symptôme très fréquent de la paralysie générale, surtout dans la forme dépressive. Tantôt il existe seul, tantôt il s'accompagne d'idées délirantes d'une tout autre variété. Dans les deux cas, il porte le cachet du fond de démence sur lequel il se développe. Ces idées hypochondriaques ne pourraient cependant suffire à elles seules pour affirmer le diagnostic, mais elles s'accompagnent d'autres signes essentiels de la paralysie générale dont il faut toujours rechercher l'existence à ce point de vue.

Les idées hypochondriaques de la paralysie générale se présentent assez souvent sous une forme particulière, celle des idées de négation, que nous étudierons à part en raison de leur importance.

Il est une autre variété d'idées hypochondriaques assez fréquentes en pareil cas, et constituant le délire des petitesses ou délire micromaniaque. Les malades se croient alors devenus tout petits, rabougris, ratatinés ; leurs organes se sont rétrécis, raccourcis, réduits à rien (Materne). Ce délire, regardé pendant un temps comme pathognoinonique de la paralysie générale, peut cependant s'observer dans d'autres états vésaniques tels que la débilité mentale, l'intoxication haschichique, etc. (Chambard, Séglas...).

Les idées hypochondriaques figurent souvent dans le délire inconsistant, vague, mobile, du malade atteint de confusion mentale. Elles sont alors souvent en rapport avec des troubles de la perception personnelle dans le domaine des sensations internes.

Les idées hypochondriaques sont extrêmement fréquentes chez les débiles et les imbéciles, soit sous la forme de simples préoccupations, soit sous celle d'un véritable délire. Dans ce dernier cas, elles ont la plus gra.nde analogie avec celles de la paralysie générale et le diagnostic ne peut en être fait que par la constatation des symptômes concomitants.

Elles sont également très fréquentes chez les épileptiques ; mais alors elles dépendent plutôt du fonds mental que du mal comitial lui-même, constituent un délire surajouté (Moundlic), et ne se présentent guère comme une des manifestations du délire épileptique. Cependant elles se montrent assez souvent dans la période prodroinique des accès.

Les différents états démentiels, vésaniques, organiques, séniles, s'accompagnent à l'occasion d'idées hypochondriaques. Elles consistent surtout en

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une série monotone de plaintes, de réclamations, reflétant un égoïsme souvent extraordinaire. Elles se compliquent presque toujours d'une sensiblerie larmoyante et gémisseuse, quelquefois d'actes violents qui nécessitent l'internement.

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