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IX. — Idées érotiques

Le terme d'idées érotiques ne désigne pas d'une façon générale les délires qui concernent les organes ou les fonctions sexuelles .

Ainsi on n'applique pas d'habitude le qualificatif d'érotique aux auto-accusations du mélancolique qui se croit coupable d'adultère, aux préoccupations de l'hypochondriaque portant sur la sphère génitale.

La signification du terme, idées érotiques, est beaucoup plus restreinte et sert plutôt à désigner simplement les manifestations délirantes du sens génésique. Ces idées n'en occupent pas moins une place importante dans la symptomatologie psychiatrique.

La plupart du temps, elles sont accompagnées d'un sentiment agréable. Le malade se complaît dans la représentation continuelle de la sexualité et de tout ce qui semble avoir un rapport avec la satisfaction de l'appétit génésique. D'autres fois, au contraire, les idées érotiques réveillent des sentiments pénibles de colère, de répugnance, de honte, ainsi que cela se présente chez les délirants persécutés qui souffrent des illusions les plus bizarres de la sphère génitale (Morselli).

Les idées érotiques peuvent se manifester dans plusieurs conditions différentes :

1° Dans un premier groupe de faits elles dépendent d'un état d'excitation générale.

L'état d'excitation qui marque la première période de la paralysie générale est peut-être de tous celui où l'érotisme est le plus marqué.

Les malades émettent à ce sujet des conceptions délirantes, empreintes d'une satisfaction exagérée : ils se vantent de leur puissance, de prouesses génésiques fantastiques, d'une exagération invraisemblable.

Leur érotisme ne se traduit pas seulement par des idées, mais aussi par des actes. Ils font de nombreux excès vénériens, se livrent volontiers à l'exhibitionnisme, et sont souvent inculpés d'attentats à la pudeur, de tentatives de viol.

L'état d'excitation maniaque, symptomatique de la folie intermittente, est, après la paralysie générale, l'affection où l'érotisme est le plus fréquent

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(Sollier). Tantôt il se manifeste simplement dans le langage, la mimique, par des actes obscènes, des attitudes lascives, des propos ou des chansons cyniques. Il est alors d'autant plus frappant qu'il s'observe chez des femmes, d'une éducation antérieure excellente, d'une réserve parfaite à l'état normal. D'autres fois, les malades vont plus loin, s'adonnent à l'onanisme, font des excès génésiques et se livrent à des actes érotiques qui peuvent compromettre leur honorabilité et provoquer des scandales.

Dans certaines variétés d'excitation maniaque symptomatique, en particulier dans celles dites « manie puerpérale )), les idées érotiques, très développées, donnent au délire un cachet tout spécial d'obscénité.

L'érotisme se développe encore dans certaines intoxications, haschich, opium, alcool. Tantôt il se manifeste sous forme de rêves hallucinatoires ou d'idées délirantes reliées également à des hallucinations ; tantôt par de l'excitation génésique, de l'onanisme, des excès vénériens ou des actes délictueux, exhibitionnisme, attentats, etc.

L'épilepsie s'accompagne fréquemment d'érotisme : les malades s'adonnent volontiers à un onanisme automatique sous le coup des accès et parfois commettent des actes obscènes, se livrent à l'exhibitionnisme.

L'excitation sexuelle est loin d'être rare chez les déments séniles. Ils nourissent des projets de mariage, recherchent dans des pratiques anormales le réveil de leur sexualité impuissante, se livrent volontiers à l'exhibitionnisme et peuvent commettre encore d'autres actes délictueux de la même catégorie.

2° Dans un second groupe de faits, les idées érotiques font partie intégrante d'un délire organisé et sont associées à des hallucinations.

Citons ici en première ligne le délire des persécutions systématique. Sans insister sur les cas dans lesquels certaines hallucinations de l'ouïe trahissent chez le persécuté des idées d'oi*dre génital, comme lorsqu'il s'entend appeler « sodomiste, pédéraste... », il convient de rappeler que les hallucinations plus ou moins complètes du sens génital sont très fréquentes dans les différentes variétés des délires de persécution . Les malades se plaignent de sensations particulières du côté des organes génitaux, picotements, brûlures, ou même de sensations nettement spécifiques ; ils accusent leurs ennemis de les violer, de leur tirer du sperme... Malgré tout, et c'est là un fait important, ces hallucinations n'ont pour le malade aucun caractère agréable. Elles portent toujours le cachet de la persécution, et constituent autant de nouveaux griefs qu'il invoque contre ses persécuteurs. Elles peuvent aussi déterminer des plaintes, des accusations contre des personnes fort honorables. Chez certains aliénés persécutés, les hallucinations génitales sont extrêmement fréquentes. On a voulu voir alors un antagonisme entre leur développement et celui des idées de grandeur (Christian). Mais cette opinion ne peut être érigée en règle, et comporte de nombreuses exceptions.

Chez certains persécutés systématiques ayant en même temps des idées d'auto-accusation, les persécutés auto-accusateui^s, on voit d'ordinaire les idées de persécution se rattacher à des préoccupations relatives à l'état des

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parties ou des fonctions génitales ou à des idées d'auto-accusation de teinte érotique (adultère, prostitution, etc.) (Ballet, Séglas).

Il est des persécutés, des femmes sui'tout, dont le délire de persécution se traduit presque exclusivement par des idées de jalousie vis-à-vis de leur mari, de leur amant qu'elles accusent atout propos d'infidélités, d'adultères répétés, invraisemblables, matériellement impossibles. Certaines de ces malades se livrent alors, sous l'influence de ces idées, à de véritables excès génésiques à titre de dérivatif contre les débordements supposés de leur conjoint.

On a décrit encore une variété particulière de persécutés raisonnants ou persécutés persécuteurs chez lesquels prédominent les idées érotiques. Ce sont les persécuteurs amoureux qui poursuivent de leurs obsessions telle ou telle personne déterminée dont ils s'imaginent avoir été remarqués et pour laquelle ils nourrissent une passion que l'insuccès ne fait que développer.

Les idées érotiques sont extrêmement fréquentes chez les délirants mystiques.

« Le rapport est tel entre la folie religieuse et l'excitation sexuelle qu'on pourrait croire que ce sont les mêmes cellules cérébrales qui président aux mêmes phénomènes. » (Bail.)

Cette excitation sexuelle se manifeste sous des formes variées ; souvent c'est l'onanisme. Mais non moins fréquemment les idées mystiques s'associent à des tendances érotiques, h des hallucinations génitales, en particulier chez les démonolàtres, les théomanes. Les malades n'entretiennent pas toujours avec les esprits supérieurs un commerce platonique comme dans le ravissement, l'extase. Ils ont aussi avec eux des relations plus intimes, basées sur des illusions ou des hallucinations génésiques; ils sont incubes ou succubes. Certaines malades se sont même réellement livrées à des individus dans lesquels elles ont cru reconnaître la personnification d'êtres divins ; et il n'est pas rare, a la suite de ces relations sexuelles, réelles ou purement hallucinatoires, de voir des femmes croire à une grossesse imaginaire et se prétendre enceintes des œuvres de la Divinité.

Erotisme et hystérie sont deux termes qui ont été longtemps presque synonymes, sous l'influence de la vieille théorie qui plaçait le siège de l'hystérie dans les organes génitaux. Des travaux plus récents ont entrepris à cet égard, comme à beaucoup d'autres, la réhabilitation de l'hystérique. Quelques-uns même ne craignent pas de nous représenter l'hystérique comme le plus généralement frigide.

Il nous parait prudent de rester sur la réserve. « L'érotisme, dit P. Janet (et je i^artage pleinement cet avis), existe dans l'hystérie comme toutes les idées fixes possibles... Dans le délire hystéi-ique surtout, les malades parlent très souvent d'amant, de mari, de viol, de grossesse..', mais on ne peut mettre dans son délire que ce que l'on a dans l'esprit. » L'érotisme peut même en pareil cas jouer un rôle tout à fait prédominant ; et, sans vouloir généraliser, je ne puis m'empêcher de constater que, par une coïncidence sans doute curieuse, dans les faits les plus caractérisés de délire d'origine et de nature hystérique que j'ai pu recueillir personnellement, les préoccupations sexuelles.

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le délire e'rotique, les hallucinations génitales figuraient toujours au nombre des phénomènes vésaniques les plus caractérisés.

Rappelons qu'il n'est pas rare en pareil cas d'entendre les malades formuler contre certaines personnes des accusations auxquelles leurs hallucinations génitales fournissent une certaine base et sur lesquelles leur imagination brode tout un roman, quelquefois assez habilement construit pour donner le change (Sollier).

3" Dans un troisième groupe de faits, les idées érotiques constituent presque à elles seules un délire auquel se conforme toute la conduite de l'aliéné.

Telle est l'érotomanie, délire érotique presque toujours chaste, dans lequel les malades nourrissent un culte idéal pour une personne d'une situation audessus de la leur ou même pour un être imaginaire.

Telles sont aussi les idées érotiques obscènes et de caractère obsédant, obsessions de mots rappelant des images génitales, hallucinations obsédantes d'organes génitaux, de rapprochements charnels. Nous citerons à ce propos certaines formes de folie du doute dans lesquelles le malade craint toujours d'avoir été violé, de s'être livré à quelqu'un, et ressent dans la crise obsédante des sensations génésiques particulières.

4'^ Il convient enfin de i\appeler toutes les perversions sexuelles, que nous ne pouvons étudier ici et qui forment un chapiti'e à part de la nosographie psychiatrique.

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