X. — Délires métaboliques et palingnostiques
Il est encore certaines idées délirantes qu'il importe de signaler, non pas qu'elles puissent servir à cai\actériser une forme vésanique particulière, mais parce qu'elles impliquent une perturbation profonde de toute la vie psychique.
Ce sont les idées qui constituent les délii^es métaboliques ou de transformation, de métamorphose, et les délires palingnostiques ou de reconnaissance.
Le délire métabolique se présente sous différents aspects, en rapport avec la nature même des idées délirantes.
Le plus ordinairement, le qualificatif de métabolique s'applique aux délires dans lesquels tous les faits ou tous les objets du monde extérieur n'ont plus pour le malade la même signification que leur accorde le consensus universel et subissent une transformation qui les met en accord avec les conceptions délirantes.
Ainsi, les infirmiers sont des ministres travestis, l'asile devient un royaume, etc.
Non seulement cette transformation porte sur des faits ou des objets au moment même, mais elle peut également intéresser les événements du passé ; c'est ainsi que le délire devient à la fois rétrospectif et métabolique.
Le nom que portent les malades n'est pas leur vrai nom ; leur famille n'est
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
qu'une famille d'adoption^ etc. Le délire traduit ainsi une transformation dans l'idée de la personnalité, de la position sociale du malade.
D'autres fois, le délire métabolique correspond à un changement dans la personnalité individuelle du sujet (délire métabolique de la personnalité). Il se croit autre qu'autrefois, différent du commun des mortels, un être extraordinaire, hors des lois naturelles ; et dans des cas plus accentués se manifestent des idées de possession démoniaque, de démonomanie.
Le délire métabolique de la personnalité peut en intéresser aussi la base organique. Le malade exprime alors des idées de transformation des organes de nature hypochondriaque : il est en verre, en bois, en caoutchouc, etc. Dans des cas plus complets, la transformation corporelle est absolue. Il se croit changé en animal (zoanthropie), en loup (lycanthropie).
Le délire palingnostique (Mendel) ou de reconnaissance consiste en ce que le malade croit reconnaître dans ce qu'il voit pour la première fois, dans un milieu tout à fait nouveau, des objets, des individus qu'il aurait déjà connus auparavant, un milieu dans lequel il se sei'ait déjà trouvé autrefois.
Le délire palingnostique n'est ainsi que l'expression la plus complète, la manifestation parfois presque continue, le plus généralement associée à d'autres symptômes délirants, d'un phénomène dont le mécanisme est encore bien discuté et que l'on a désigné sous les noms divers d'illusions ou d'hallucinations de la mémoire, de fausse mémoire, d'illusion de « déjà vu », d'illusion de fausse reconnaissance.
C'est, nous semble-t-il, par une extension fâcheuse que l'on désigne quelquefois sous le nom de délire palingnostique les conceptions délirantes de malades prétendant comprendre aujoiird'hui ce qui pour eux était autrefois incompréhensible, avoir trouvé la signification précise des événements de leur vie. Ces idées si fréquentes chez les persécutés systématiques se rapprochei-aient plutôt du délire rétrospectif et métabolique.
Les différentes formes de délire métabolique et palingnostique se rencontrent en général dans les vésanies chroniques et les différents états de faiblesse intellectuelle congénitale ou de démence acquise.