DÉLIRE DU COLLAPSUS
(CoUaps-deliriuiii)
Par J. ROUBINOVITCll
Nous entendons sous ce nom, les troubles psychiques qui surviennent dans les cas d'adynamie subite accompagnant certaines affections fébriles graves.
Pathogénie. — Gomme pour le de'lire fébrile, de nombreuses hypothèses ont été émises pour expliquer l'apparition des accidents mentaux. Etant donné que l'adynamie subite détermine un abaissement rapide et considérable de la température, on suppose que sous l'influence de la suppi'ession brusque de l'action stimulante de la fièvre, il se produit une modification aiguë dans la nutrition des éléments nerveux de l'écorce.
D'autre part, le collapsus se déclare généralement vers le milieu ou vers la fin de la maladie fébrile générale, c'est-à-dire à un moment oii le cerveau est déjà, ou bien troublé par des conditions défectueuses de la circulation sanguine ou lymphatique, ou bien infecté par un sang dont la composition a été altérée par la maladie générale. Aussi, cette organe est-il particulièrement apte à subir l'influence de l'adynamie subite et à manifester son état de souffrance par un délire spécial.
Etiologie. — Le collaps-delirium s'observe dans la fièvre typhoïde, dans le typhus exanthématique, dans la pneumonie; c'est généralement vers la phase de la défervescence que ce grave syndrome se déclare ; quelquefois aussi il se produit à la période d'état de ces affections. La tuberculose pulmonaire, la cachexie cancéreuse peuvent également s'accompagner de manifestations de cet ordre.
Les individus nerveux présentant une hérédité grave sont naturellement plus prédisposés que les autres à contracter, en pareilles conditions, le collaps-délirium.
Symptom.\tologie. — Sous l'influence de l'adynamie subite qui caractérise le collapsus, on voit la température du malade descendre au-dessous de la normale, le pouls devenir très irrégulier, fréquent et faible.
TROUBLES MENTAUX DANS LES INTOXICATIONS ETC
Le corps du malade est inondé d'une sueur froide, et l'organisme dans son ensemble est à l'état d'épuisement aigu. Cet état est par lui-même extrêmement grave et peut, d'un moment à l'autre, se terminer par la mort. Cependant, il arrive encore souvent qu'après quelques heures de cette situation tout à fait alarmante, le pouls se relève, se régularise, et les forces reviennent.
C'est au milieu de ces signes d'adynamie brusque et générale qu'on voit survenir de véritables troubles psychiques caractérisés par une grande confusion dans les idées, des illusions et des hallucinations de toute sorte, et une excitation motrice plus ou moins accusée.
Généralement, les phénomènes psychiques éclatent sous la forme d'un accès nocturne violent ; le malade a des soubresauts parfois assez forts pour le jeter hors de son lit, il déchire ses draps et sa chemise, il casse tout ce qui lui tombe sous la main, il pousse des cris sauvages, il grince des dents ; tout son corps s'agite à tel point qu'il faut souvent plusieurs hommes pour le maintenir.
Quand l'excitation est moins forte, les mouvements moins désordonnés, le malade marmotte des phrases dont on ne saisit que des bribes.
En prêtant attentivement l'oreille à son débit,^ on entend des mots ayant trait à des hallucinations visuelles ou auditives de nature terrifiante : il s'agit de monstres, d'assassins, d'enfer, d'empoisonnement. Le sujet est dans une anxiété, une terreur extrême ; il réagit, en faisant des mouvements carphologiques, en repoussant ou en essayant de frapper les personnes de son entourage qu'il ne i^econnaît pas et qu'il prend pour des ennemis.
L'accès dure généralement plusieurs heures. Un calme lui succède, mais il n'est souvent qu'apparent; c'est simplement une période de dépression qui suit l'excitation de tout à l'heure, mais cette dépression s'accompagne d'illusions et d'hallucinations tristes, accablantes.
Enfin, au bout de quelques heures encore, la conscience revient, le malade retrouve son état psychique normal sans qu'il ait conservé le moindre souvenir de l'accès qu'il vient d'avoir.
Pronostic. — La gravité du pronostic du collaps-delirium est liée à celle du collapsus lui-même.
DuGNOSTic. — Le diagnostic généralement s'impose de lui-même.
Traitement. — Quant au traitement, il consiste dans l'emploi des moyens destinés à relever l'activité cardiaque : une injection hypodermique de caféine trouve son indication; on peut aussi recourir à l'usage du musc, seul ou combiné avec un peu d'alcool.
Les inhalations d'oxygène, les compresses chaudes sur la tète peuvent rendre de grands services.