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Extrait
Acidité directe
Acidité après distillation . . .
2sr,740 Oi.'\672 - 0s%342
0sr,384 - 03'-,247
Ethers
Aldéhydes
Alcools supérieurs
Os'-,o;«
0sf,002 0s\876
03S292 O''\04i Os',002 9s',950 .
ls'-.003 05'-,044 0';^013 ls'-.326
03^,772 0"'-,Û33 Osr.OlO ls^021
Somme
On voit que la somme totale des impuretés contenues dans l'eau-de-vie analysée atteint le chiffre de i8^285 à 'ls'-,836 par litre.
Dans l'exemple choisi, l'analyse a porté sur une eau-de-vie naturelle, et aloi's se pose cette question : les eaux-de-vie naturelles sont-elles moins toxiques ou plus toxiques que les eaux-de-vie industrielles?
Le problème a fait dans ces dernières années l'objet de nombreuses recherches parmi lesquelles les travaux de Daremberg. D'après cet auteur, les eaux-de-vie fabriquées avec des alcools d'industrie sont moins riches en éléments toxiques (aldéhydes, alcools supérieurs, ethers), que les meilleures eaux-de-vie provenant du vin.
xVinsi, dans les cognacs naturels, Daremberg trouve de 16 à 71 cent millièmes de gramme de furfurol par litre, tandis que sur trente-deux échantillons de cognacs artificiels, il en trouve vingt-sept contenant une quantité de furfurol moindre, les cinq autres en contenaient davantage. Comparant ensuite ces cognacs au point de vue de la teneur en alcools supérieurs, il arrive aux constatations suivantes :
Sur cinq échantillons de cognacs naturels, deux contenaient O^^SO d'alcools supérieurs par litre, les trois autres plus d'un gramme : 1e'',03; 1s"-,42 ; 16^80. "
■ * Riche. Toxicité des alcools. Bull, de l'Académie de Me'd., 3« série t. XXXV, p. 309. Jd. AnalY s e d'eaux-de-vie naturelle's.
INTOXICATIONS CÉRÉBRALES PAR USAGE HABITUEL
Sur trente-deux e'chantillons de cognacs arlificieh, un seul marquait 0s'",94 d'alcools supe'rieurs par litre ; les trente et un autres contenaient moins de Ob^SO.
Des conclusions analogues sont formulées par Daremberg en comparant le kirsch naturel au kirsch artificiel :
Kirsch nalurel. Kirscli arlificiel,
Acides 0,120 0,024
x\ldéhydes 0,058 néant.
Furi'urol 0,005 néant.
Élhers 0,352 0.035
Alcools supérieurs 0,450 0,002
Acide prussique 0,045 néant.
Aldéhyde benzoïque néant. traces.
Il résulterait de ces études comparées que la consommation des eaux-devie artificielles est moins dangereuse que celle des eaux-de-vie provenant de la distillation du vin.
Cette thèse pourrait se soutenir, si la toxicité des boissons alcooliques ne dépendait uniquement que de la teneur de ces boissons en éléments dits « impuretés » comme les alcools supérieurs, les éthers, les aldéhydes. Or, il n'en est pas ainsi dans la réalité. La proportion d'impuretés est trop faible dans les eaux-de-vie artificielles ou naturelles pour influer énormément sur le résultat final ; ce qui importe au point de vue de la toxicité, c'est la quantité d'alcool éthylique absorbé qui, dans toutes les eaux-de-vie, quelle que soit leur origine, constitue la masse principale et qui, par lui-même, est une substance toxique.
Les impuretés surajoutées en quantité variable, mais toujours infinitésimale, peuvent donner à l'intoxication un aspect particulier par l'addition d'un symptôme insolite, mais le fond du tableau sera toujours le même, en rapport avec la masse d'alcool éthylique qui forme la base de toute boisson distillée.
C'est ce que les recherches de Riche, Roques, Joffroy et Serveaux ont nettement démontré, et cette notion nous semble si importante pour la compréhension du problème de l'alcoolisme que nous croyons utile d'entrer à son sujet dans quelques détails.
L'effet toxique d'une boisson alcoolique peut être déterminé de trois façons différentes : par l'examen des manifestations cliniques, par les constatations anatomo-pathologiques, par des faits expérimentaux.
Les manifestations cliniques de l'intoxication alcoolique aiguë se retrouvent dans l'ivresse qui varie, au point de vue de sa forme, selon que telle ou telle boisson a été absorbée : l'ivresse par le rhum ou le cognac a un aspect différent de celle qui est provoquée par l'absinthe, le vin ou la bière. Ainsi que Lancereaux l'a établi, chaque boisson alcoolique détermine une intoxication à symptômes spéciaux, à évolution particulière, et même à complications propres'. Mais ce n'est pas seulement l'origine du liquide qui a son
Lancereaux. Leçons de clinique médicale. Paris, 1894,
TROUBLES MENTAUX DANS LES INTOXICATIONS ETC
importance : sa richesse en alcool ou son degré' de concentration alcoolique imprime aussi son cachet au tableau clinique, de même que le taux d'impuretés dont nous avons parlé plus haut. Enfin, cliniquement, il faut tenir aussi le plus grand compte des conditions inhérentes à l'individu qui boit; notamment, son âge, son origine entachée ou non d'une diathèse quelconque, les maladies qu'il a pu contracter. Ce sont toutes ces données du problème, examinées dans leur ensemble qui peuvent fournir l'explication des faits cliniques : tantôt un homme meurt subitement après avoir absorbé une demi-bouteille d'eau-de-vie, comme dans le cas du fort des halles cité par Pierron' ; tantôt un autre succombe après en avoir bu deux bouteilles'''.
Les constatations anatomo-pathologiques permettent-elles de reconnaître à quel genre de boissons alcooliques est due l'intoxication ? Nous ne possédons à cet égard aucune donnée précise.
La cirrhose du foie serait, d'après Lancereaux, la résultante de l'intoxication par le vin ; d'autres cliniciens soutiennent que les eaux-de-vie peuvent également donner lieu à des cirrhoses hépatiques. Des lésions, aj^ant pour siège le tube digestif et l'appareil rénal, fourniraient quelques présomptions en faveur d'une intoxication par les boissons fermentées, le vin, le cidre, la bière.
La prédominance des lésions au niveau du système nerveux central ou périphérique indiquerait une intoxication par les eaux-de-vie et les différentes liqueurs comme le vermouth, l'absinthe.
Les recherches expérimentales sur la toxicité des boissons alcooliques ont donné des résultats plus précis que les constatations cliniques ou anatomopathologiques. Nous avons déjà mentionné ceux qu'ont obtenus Dujardin- Beaumetz et Audigé, Rabuteau, Riche, Daremberg.
Rappelons les expériences deMagnan et Laborde ' qui faisaient ingurgiter aux chiens à l'aide d'une sonde œsophagienne des eaux-de-vie de vin, de betterave, de maïs. Ici les effets toxiques étaient plus accentués avec des eauxde-vie industrielles qu'avec des eaux-de-vie viniques. Les mêmes auteurs ont administré aux chiens de l'alcool éthylique extrait par rectification des mêmes eaux-de-vie naturelles ou industrielles et ils ont obtenu des phénomènes toxiques de la plus grande netteté ; l'alcool éthylique est donc indiscutablement un poison.
Les recherches expérimentales de Joffroy et Serveaux'* constituent une mise au point du problème de la toxicité des boissons alcooliques^. Ces deux auteurs ont d'abord amélioré les méthodes de mensuration, de façon à se
' Pierron. Th. de Paris, 1815.
* Briand. Th. de Paris, 1816.
^ Magnan et Laborde. De la toxicité des alcools dits supérieurs, des bouquets artificiels. Ilevue d'hygiène, 1887.
* Jofîroy. Alcool et alcoolisme. Gazette des hôpitaux, 1893, n»25. Leçon recueillie par Roubinovitch .
Joffroy et Serveaux. Nouveau procédé de mensuration de la toxicité des liquides par
INTOXICATIONS CEREBRALES PAR USAGE HABITUEL
trouver, dans la mesure du i^ossible, dans des conditions expérimentales toujours identiques.
Voici quelle a été leur méthode :
Les expériences portaient sur des chiens et des lapins, le plus souvent. Les diverses boissons alcooliques étudiées ont été injectées par la voie intraveineuse. La coagulation du sang survenant souvent dans les injeclions de ce genre était évitée parla méthode de Haycraft qui consiste à donner à l'alcool devant être injecté un excipent composé d'une macération de huit tètes de sangsue et de huit grammes de chlorure de sodium dans un litre d'eau. Enfin, un vase de Mariette disposé ad hoc a permis d'avoir une pression de liquide toujours la même, et de faire l'injection intra-veineuse avec une vitesse constante, facile à mesurer.
Avec ce dispositif et ces précautions, Joffroy et Serveaux déterminent pour les différents alcools pris isolément, pour les impuretés et pour les eaux-devie d'origine diverse, ce qu'ils appellent leurs équivalents toxiques expérimentaux. Par ce terme, il faut entendre la quantité de matière toxique qu'on peut injecter pour amener la mort d'un kilogramme d'animal, lorsqu'on continue l'injection jusqu'au moment de la mort constatée par la dernière respiration.
Les équivalents toxiques ainsi définis sont : a. Pour les alcools :
Alcool motliylique 23,.3.ï
Si on se rapporte aux tableaux dressés par Dujardin-Beaumetz et Audigé d'une part, et Rabuteau d'autre part, que nous avons reproduits plus haut, nous trouvons une concordance relative dans les résultats; la loi de la toxicité croissante avec le point d'ébullition ou le nombre d'atomes de carbone est vérifiée et reconnue exacte pourtous les alcoolsy compris l'alcool méthylique.
b. Pour les impuretés :
Aldéhyde 0,14
Fui-furol 0,24
Acétone S, 27
la méthode dos injections intra-veinouses. Application à la détermination de la toxicité des alcools. Arch. de méd. expér. et d'anal, path., 1893, n» o.
Joffroy et Serveaux. Considération générale sur la recherche de la toxicité. Toxicité expérimentale et toxicité vraie. Arcli. de méd. expér. et d'anat. path.. 1896, n» 1.
Id. Mensuration de la toxicité expérimentale et de la toxicité vraie du furlurol. Arch. de méd. expér., 1896, n° 2.
Id. Mensuration de la toxicité expérimentale et de la toxicité vraie de l'alcool méthylique. Ibid., 1896, n»4.
Id. Mensuration de la toxicité vraie et do la toxicité expérimentale de l'alcool éthylique Ibid., 1897, n" 4.
— éthylique.
— propylique
iso-butylique ainylique. .
c. Pour les eaux-de-vie :
Cognac jeune, ISOi, authentique . ; . H, 41
Armagnac vieux 11,10
Eau-de-vie de cidre, 1894 10.57
Marc de Bourgogne 9,84
Eau-de-vie de prunes, 1894 9,41
Kirsch des Vosges 8,40
A côté de l'équivalent toxique expérimental, les auteurs précités cherchent V équivalent toxique vrai dont la définition est : quantité de matière toxique nécessaire et suffisante pour amener, par elle-même et dans un court délai, la mort d'un kilogramme d'animal. Il est :
a. Pour les alcools :
Chien. Lapin.
Alcool éthylique 7,80 7,60
— méthylique 9 10,90
— d'industrie, de cœur 7,80
— mauvais goût, de tête 7.80
— — de queue 7,80
Il est à remarquer d'après ces chiffres que si les produits de distillation de tète et de queue sont considéi^és comme étant de qualité inférieure au produit de cœur qui est plus rectifié, leur toxicité paraît être à peu près la même.
b. Pour les impuretés :
Cliien. Lapin.
Furfurol 0,20 0,14
Aldéhyde 1
Éther 4
Etant donné toutes ces évaluations fondées sur des expériences rigoureuses, peut-on déterminer à quels éléments est due la toxicité des boissons alcooliques, quels sont les éléments qui tuent : sont-ce les impuretés, est-ce l'alcool qui forme la masse du liquide?
Tout d'abord il est à remarquer que les impuretés existent dans les boissons alcooliques courantes dans une proportion extrêmement faible. D'après les recherches de Roques' on trouve Osr^OlS à 0s'',040 de furfurol dans un litre de rhum à 55°; dans un litre de cognac on d'armagnac marquant 55° on en trouve de Osi',005 à 0g'',015; dans un litre de kirsch 0s^005; dans un litre de trois-six de Montpellier, une quantité plus faible encore; il n'y a plus que des traces de furfurol dans l'eau-de-vie de cidre, de poiré, marc. Or, Joffroy et Serveaux ont fixé l'équivalent toxique vrai du furfurol, chez le lapin, à 0,14. Si l'homme présente à l'égard de ce poison la même sensibilité que le lapin, il faudrait environ 10 grammes de furfurol lancé dans la circulation sanguine par la voie intraveineuse pour tuer un homme de 70 kilogrammes ; or, la quantité maxima de furfurol qu'on trouve dans un litre de boisson alcoolique courante ne dépasse pas 40 milligrammes. Donc,
' Roques. Analyse des alcools et eaux-de-vie. In Encyclopédie Léaiité.
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il serait irrationnel d'attribuer, au moins dans l'intoxication alcoolique aiguë, le principal rôle au furfurol qui n'y sera vraiment pas pour grand'cliose, d'après les chiffres que nous venons de citer.
Sont-ce les impuretés réunies qu'il faut alors incriminer?
Rappelons-nous les chiffres de Riche confirmés ultérieurement par les analyses de Depaire : la somme totale des impuretés dépasse rarement deux grammes par litre. Quand un ouvrier absorbe un litre de rhum, il ne met dans son estomac que I à 2 centimètres cubes de furfurol, d'aldhéliyde, d'éther, tandis qu'en même temps il y introduit 500 centimètres cubes d'alcool éthylique.
Or, les recherches de Jolïroy et Serveaux nous apprennent que ces différents éléments du rhum ont les équivalents toxiques suivants :
Alcool éthylique 7,80
Ether 4
Aldéhyde 1
Furfui'ol 0,14
Alcools supérieurs 0,50
Un simple calcul permet alors d'établir que les substances contenues dans le litre de rhum produiront respectivement les destructions suivantes :
300 ce. d'alcool éthylique tueront 64'', 102
0 ce. 763 d'éther Ok.lQl
0 ce. 153 d'aldéhyde OMoS
0 ce. 034 de furfurol 0^,243
0 ce. 387 d'alcools supérieurs 0i','258
Le litre de rhum dans sa totalité tuera donc 64''g,947 de ce que l'homme a d'animal, et sur cette somme totale 64''s,102 seront tués par l'alcool éthylique.
Alors, est-on en droit de conclure que le rôle toxique principal du rhum appartient exclusivement à l'alcool éthylique. Et cette conclusion se vérifie pour toutes les eaux-de-vie delà consommation courante : elles sont éminemment dangereuses par l'alcool éthylique qu'elles contiennent en trop grande quantité.
Mais dans l'intoxication chronique par les boissons alcooliques, les choses ne se passent peut-être pas ainsi, et là, le rôle des impuretés est peut-être plus important que dans l'intoxication aiguë?
Pour répondre à cette question, il faut avant tout se rappeler que l'intoxication chronique est intimement liée à la fonction rénale et qu'elle lui est subordonnée : c'est lorsque les reins éliminent mal les éléments constitutifs des boissons alcooliques que cette intoxication chronique s'établit. On voit donc que ni l'alcool éthylique, ni les impuretés, n'y ont une action prédominante : tout dépend du rein et de la puissance d'élimination par les urines.
Nous arrivons donc, après cette longue étude de la toxicité des alcools, à la conclusion suivante :
Dans les intoxications alcooliques, aiguë ou chronique, le rôle essentiel
TROUBLES MENTAUX DANS LES INTOXICATIONS ETC
appartient à rélëinent qui domine par la quantité dans les boissons couramment employées, c'est-à-dire à l'alcool éthylique.
Ajoutons que de l'avis de tous les expérimentateurs, les plus dangereuses des boissons alcooliques sont les liqueurs à essence : l'absinthe et similaires, qui contiennent des éléments surajoutés extrêmement toxiques et qui sont fabriqués avec des alcools supérieurs.
Uabsinthe est fabriquée en soumettant les feuilles d'absinthe, des racines de calamus et d'angélique, des feuilles de badiane et d'origan à la macération dans l'alcool. La macération est distillée, le produit ainsi obtenu est additionné d'essence d'anis qui lui donne son parfum, et de l'indigo qui lui procure sa couleur. De nombreuses expériences de Magnan et Laborde ont démontré que le liquide ainsi obtenu et qui est un mélange d'alcool et d'essences, provoque des convulsions épileptifoi'mes. L'essence d'anis exerce, d'après Cadéac et Meunier, Daremberg, une action stupéfiante. Les boissons similaires comme le hitter, le vermouth produisent des accidents analogues.
Étiologie de l'alcoolisme. — En étudiant la toxicité de l'alcool chez l'homme, il est indispensable de ne jamais perdre de vue la résistance plus ou moins grande que chaque individu présente à l'action nuisible de ce poison. Cette résistance individuelle explique certains accidents d'intoxication mieux que la quantité de poison absorbée, son degré de concentration ou sa qualité ; aussi, est-ce elle qui fait comprendre pourquoi des quantités même minimes de boissons alcooliques faibles et de bonne qualité produisent des accidents souvent graves chez certains sujets. Quand on recherche les raisons de cette sensibilité extrême vis-à-vis de l'alcool, on trouve généralement un système nerveux faible, lequel est souvent le résultat d'une hérédité maladive : parents ou ascendants directs ou indirects atteints de névropathies, de débilité mentale, d'idées obsédantes, de psychoses de diverses formes, d'alcoolisme. D'autres fois, elle est acquise par des maladies graves de la première enfance, par toute sorte d'autres conditions débilitantes comme la misère, le surmenage, l'onanisme.
A côté de ces conditions qui sont cause qu'un gi'and nombre de personnes se rendent alcooliques en n'absorbant que des doses extrêmement faibles d'alcool, il y a une foule d'autres cas dans lesquels des individus arrivent à l'état alcoolique en buvant des quantités énormes de boissons spiri tueuses; ceux-ci ne feraient sans doute aucun tort à leur santé s'ils ne buvaient que d'une façon modérée. S'ils boivent trop, les raisons en sont nombreuses. Nous avons déjà indiqué plus haut les préjugés qui régnent au sujet de l'action bienfaisante de l'alcool. Dans la classe ouvrière, la mauvaise alimentation, les logements insalubres contribuent grandemènt à la consommation exagérée des boissons distillées. Il faut tenir compte aussi de certains métiers dans lesquels il est nécessaire d'avoir une grande indépendance de caractère pour résister à l'entraînement de l'exemple ; tels sont les métiers de marchand de vin, de charretiei", de cocher, de cuisinier, de chauffeur, de forgeron, de boulanger, de repasseuse.
INTOXICATIONS CÉRÉBRALES PAR USAGE HABITUEL
L'habitude de boire n'a pas toujours les raisons que nous venons de donner; il y l'appétence pour l'alcool créée chez l'enfant par le passage de l'alcool dans le lait de la nourrice ou par l'introduction trop précoce de ce poison dans son alimentation journalière. Ces faits sont malheureusement assez fréquents dans les pays du nord. Ils ont été signalés en France par Morel, Lancereaux, Moreau (de Tours), Charpentier...
Si l'ingestion de l'alcool est déjà en elle-même souvent dangereuse, le moment de la journée où elle se pratique a une grande importance : moins nuisible pendant les repas, elle l'est beaucoup plus à jeùn, l'absorption par la muqueuse digestive se faisant alors plus rapidement et plus complètement.
L'intoxication par l'alcool peut avoir lieu par les voies respiratoires, mais le fait est plutôt rare; quant à l'intoxication par les voies sous-cutanée, intrapéritonéale et intra-veineuse, elle appartient au domaine purement expérimental.
La production des alcools va, en France, en augmentant.
Le Ministère des Finances vient de publier le relevé de la production de la production de l'alcool, en France, pendant l'année 1898. On y voit que les quantités d'alcool obtenues par les distillateurs et les bouilleurs professionnels se sont élevées à 2 336 000 hectolitres, soit une augmentation de 235 000 hectolitres sur l'année précédente. Pour mieux se rendre compte de l'importance de ce chiffre, il importe de revenir en arrière. En '1850, la production totale de l'alcool aussi bien chez les distillateurs que chez les bouilleurs de cru, n'était que 940000 hectolitres : soit une moyenne de 1 litre 46 par habitant. Dix ans après, en 1860, on relève une diminution sensible : la France ne produit plus que 873000 hectolitres; en 1870, le chiffre de la production se relève à 1 237 000 hectolitres. X partir de 1871, la progression continue sans le moindre arrêt : en 1875, on trouve le chiffre de 2 309000 hectolitres; en 1878, elle est de 1987 857 hectolitres; en 1887, la production n'est pas inférieure à 2005 000 hectolitres; en 1895, elle est de 2166 000; et en 1898, elle atteint le chiffre jusqu'alors inconnu de 2 412 000 hectolitres. Ainsi donc, depuis 1850, la production de l'alcool a presque quadruplé en France. Et encore la production indigène ne suffit-elle plus aux besoins des consommateurs; on s'approvisionne de plus en plus à l'étranger. En 1850, la France importait 5 555 hectolitres; en 1898, elle a demandé à l'étranger 133980 hectolitres. Ces derniers chiffres s'appliquent exclusivement à l'alcool pur; il faut y joindre l'importation de l'alcool sous forme de liqueurs qui a passé de 99 hectolitres en 1850, à 1 370 hectolitres en 1898. Par contre, l'exportation de notre alcool a sensiblement diminué : de 284 071 hectolitres, chiffre de 1850, elle est descendue à 25 783 hectolitres. En Allemagne, la production de l'alcool, sans être restée stationnaire, n'a pas suivi la même progression qu'en Finance : de 3058025 hectolitres, chiffre en 1887, elle a passé à 3287 890 hectolitres en 1898. ^
La consommation alcoolique, malgré les efforts des sociétés de tempérance, augmente parallèlement, ainsi que les statistiques de Claude (des Vosges), de Rochard, de Guillemet, le démontrent. Il est important de se faire
une idée d'ensemble de la marche de la consommation alcoolique dans les différents pays, et le tableau ci-joint répond à cette, nécessité en indi-
INTOXICATIONS CÉRÉBRALES PAR USAGE HABITUEL
quant la quantité d'alcool à 50" consommé par chaque habitant' (fig. 35).
Pour la France en particulier, \d consommation de l'alcool a suivi une augmentation progressive depuis 1830, ainsi que l'indiquent les chiffres suivants :
1830 365 182 liectolitres.