TY PE EXPANSIF
PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
n'ont qu'une importance accessoire, ne sont pas indispensables à la constitution du délire. Ce n'est donc pas l'existence exclusive de conceptions délirantes d'une formule donnée qui caractérise les variétés du délire systématisé expansif, mais c'est \eiir prédominance marquée. Les idées de grandeur, les idées religieuses ou érotiques ont, dans ces cas particuliers, une importance analogue à celle qu'ont les idées de persécution dans le délire systématique de persécution. C'est donc à juste titre qu'une description spéciale leur est consacrée.
Quelques auteurs n'admettent pas l'existence indépendante de ces délires systématisés expansifs, qui rentraient dans la Monomanie d'Esquirol et qui ne doivent pas kii survivre. Il est certain que la Monomanie était faite de cas disparates, dont le plus grand nombre ont pu être rattachés à une catégorie plus générale et cliniquement mieux définie, telle que \?i paralysie générale, V alcoolisme, \?i manie, les diverses îïéwoses, etc. Mais il n'est jîas moins cei'tain que ce classement une fois opéré, il reste encore un petit nombre de cas irréductibles, au moins actuellement, à une autre forme mentale, et qui ont une physionomie propre et une évolution indépendante. Certains auteurs englobent encore tous ces faits, qu'on ne peut classer facilement, dans la dégénérescence mentale ; c'est là une interprétation doctrinale qui laisse entièiT la question clinique. Au point de vue clinique, en effet, on n'a rien dit quand on a dit délire dégénératif, puisque, ainsi que nous l'avons vu, cette épitliète s'applique aux formes les plus variées, parfois même les plus opposées. Par elle-même, la notion de dégénérescence n'apporte aucune clarté à la solution d'un problème particulier, et notamment elle ne donne aucune indication pour la question si importante du pronostic, puisqu'un délire systématisé quelconque, apparaissant chez un « dégénéré », est tantôt parfaitement curable, tantôt tout à fait incurable. Ce n'est donc pas en tant que dégénératif qu'un délire d'une certaine fornuile comporte une signification plus ou moins grave, mais c'est selon qu'il naît et se développe brusquement ou insidieusement, qu'il présente tel ou tel degré de systématisation, telle ou telle évolution, etc.
Il nous paraît donc indispensable, jusqu'à ce que leur signification nosologique soit définitivement précisée, de décrire à part ces différents délires systématisés qui, dans un petit nombre de cas il est vrai, ont une réelle individualité clinique. Nous ne faisons en cela que suivre l'exemple de la grande majorité des auteurs.
Les trois variétés de délire systématisé expansif chronique ont des caractères généraux communs.
Ils apparaissent plus fréquemment chez des sujets atteints de tares héréditaires ou congénitales, ce qui, peut-être, leur est commun avec le délire systématisé dépressif (J. Falret, Krafft-Ebing, Schule, ïanzi et Riva, etc.).
Ils éclatent d'ordinaire entre vingt-cinq et quarante ans, mais ils peuvent aussi, beaucoup plus rarement toutefois, ne se montrer que dans la vieillesse.
Leur évolution est généralement lente, leur début insidieux, et ils pré-
sentent les trois phases que. depiiis J. P. Falret. l'on rcconnaîL à tout délire systématisé ctironique : piiase d'incubation, pliase d'état ou de systématisation, phase de délire stéréotypé ou de déclin. Dans certains cas cependant l'évolution est beaucoup plus rapide, tout en restant régulière. C'est ce que l'on observe habituellement chez les vieillards qui présentent ces formes délirantes.
La terminaison par démence véritable est exceptionnelle, mais la guérison l'est également, et le traitement se borne d'ordinaire aux soins hj-giéniques et aux mesures de sécurité.