C. — Causes mécaniques
1. Commotion cérébrale. — Elle s'accompagne habituellement de perte de connaissance, dont la dui^ée peut varier de quelques heures à un ou plusieurs jours-. Elle peut être suivie dé crises d'excitation, avec désordre des idées et des actes (Boyer etLépine^). « Chez les gens âgés, une commotion encéphalique, même légère, « peut déterminer une diminution de l'intelli- « gence. D'autre part, chez des individus ayant des antécédents vésaniques, « il n'est pas illogique de penser que la commotion cérébrale peut déterminer « des troubles intellectuels tels que la confusion mentale, la mélancolie » (Mauclaire '').
2. Traumatismes cérébraux. — A la suite des traumatismes crâniens, on observe surtout des « états d'exaltation ou de démence». Hartman ^, Rayner 6, Schrœter plus récemment R. Smejkal ont publié des observations de psychopathies traumatiques. Les contusions du crâne, les chutes sur la tête sont tenues pour des causes possibles, suffisantes ou secondaires de la paralysie générale (Vallon, Meschede ^).
L'hystéro-traumatisme, conséquence assez fréquente des chocs de l'encéphale, peut s'a<;compagner, dit Pitres 'o, de troubles cérébraux et notamment d'amnésie plus ou moins durable. Il reste toujours, cela va de soi, dans tous les cas de psychopathies traumatiques, à dégager la part qui revient au traumatisme
* Savage. Des troubles de l'esprit développés à l'occasion des fiançailles. Encéphale, 1888, n° 6, vol. VIII, p. 729.
' P. Mauclaire. Commotions de l'encéphale et de la moelle épinière. Presse médicale, 1899, n» 26, p. 153.
^ Boyer et Lépine. Commotion cérébrale : accidents nerveux suivis de mort. Rev. de inéd., 1899, 10 fév., p. 161.
* P. Mauclaire. Loc. cit., p. 154.
Hartman. Arch. f. Psych., XV, 1.
' Rayner. Un cas de folie consécutive à un traumatisme de la tête. The Journ. of Ment. Science, cet. 1884.
' Schrœter. Deux cas de blessure grave du crâne avec trouble mental. Soc. psych. de Berlin, séance du 16 mars 1885.
' R. Smejkal. Psychosa potezkém Zranèni moz/cu. Casop ceskychlekar, 1889, 29.
" Meschede. Paralytische Geistesstôrung nach Trauma. Allg. z. f. Psych., t. LV, p. 5, 13 fév. 1899 (12 p., 1 obs.).
A. Pitres. Leçons clin, sur l'hystérie et l'hypnotisme, Paris, 1891, t. II, obs. III, p. 27.
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lui-même et à la prédisposition individuelle. Le fait aune importance, me'dicole'gale de premier ordre sur laquelle Schuster ' a très justement appelé l'attention.
Les coups sur la tête peuvent encore déterminer des fractures du crâne ou amener le développement de tumeurs cérébrales ^ Fractures ^ et tumeurs influencent l'intelligence par le mécanisme de la compression dont il nous reste à parler.
3. Compression du cerveau. — La compression du cerveau, qu'elle s'exerce sur les parois ventriculaires ou à la surface de l'écorce, peut occasionner des troubles mentaux : l'hydrocéphalie est une cause d'idiotie ; la suture prématurée des os du crâne a été longtemps regardée comme susceptible, elle aussi, de provoquer cette affection, d'où l'idée de la craniectomie pour y remédier. Mais on sait aujourd'hui combien la théorie et son application étaient erronées (Bourneville
Les esquilles osseuses, les tumeurs cérébrales et les abcès du cerveau sont des causes certaines de troubles mentaux. D'ordinaire on observe de la torpeur et de l'obtusion ; mais, quand la compression s'exerce sur un cerveau en imminence de délire, c'est le délire qu'elle détermine. Chez une malade affectée d'un sarcome angiolithique de la dure-mère, consécutif à un coujî sur la tête, nous avons vu des accès périodiques d'exaltation maniaque survenir à la suite du traumatisme, concurremment avec le développement de la tumeur ^.
Gianelli ^, récemment, a rapporté un certain nombre d'observations de troubles cérébraux apparus sous l'influence de néoplasmes encéphaliques.
4. Interventions chirurgicales. — Toute opération chirurgicale peut donner lieu à des intoxications médicamenteuses, par le chloroforme ou l'iodoforme, par exemple, ou être suivie d'infection septicémique. L'intoxication et l'infection sont susceptibles d'occasionner des délires, qui ne relèvent qu'indirectement de l'opération elle-même. Mais, en outre de ces délires, on peut voir (Picqué se développer, 4 ou 5 jours après l'acte opératoire, des accès maniaques ou mélancoliques, qui constitueraient de véritables psychonévroses post-opératoires ; la natui'e de l'opération influe d'ailleurs (Briand et Picqué sur l'apparition de ces psychoses : les interventions gynécolo-
' Schuster. Die Untersuchung und die Begutachlung bei traumatischen. Erkrankungen des Nervensystems. Berlin, chez Karger. 1899.
' Anglade. Gonim. à la Soc. de méd. de Toulouse. Dec. 1898.
^ Azeilza. Le délire dans les fractures du crâne. Riv. de medic. y cirurgia. 576, 1899.
Bourneville. Congrès de Blois, 1892.
^ Anglade. Soc. méd. de Toulouse.
° Gianelli. Gli effelti direlli ed indiretfi dei neoplasmi encefalici aille fonzioni mentali. Policlinico, 15 juillet 1897.
' Picqué. Du délire psychique post-opératoire. Ann. méd.-psych., août 1898, t. VIII, p. 91.
* Briand et Picqué. Des psychoses post-opératoires. Du rôle que la nature de l'opération chirurgicale peut jouer dans leur production. Ann. méd.-psych., oct. 1898, t. VIII, p. 249.
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giques, la laparatomie, favorisent particulièrement l'éclosion de la mélancolie sous ses diverses formes. Mais l'opération n'intervient ici qu'au titre de cause occasionnelle et la prédisposition héréditaire reste, en dehors de l'infection et de l'intoxication, la cause dominante des prétendues psychoses post-opératoires (Rayneau
Duplay récemment est arrivé à des conclusions analogues ^.
D. — Causes physiques.
1. Chaleur. — Le coup de chaleur détermine parfois la perte de connaissance et peut laisser après lui « un certain degré d'affaiblissement intellectuel ' ». Mais, au dire de R. Victor des troubles psychiques plus graves, de véritables psychoses, peuvent en être la conséquence : c'est ainsi qu'il serait susceptible d'occasionner l'agitation maniaque aiguë, plus rarement la mélancolie, la démence aiguë, la stupidité. Ces troubles s'observent assez souvent chez ies individus exposés par leur profession aux températures élevées, chez les boulangers, chez les chauffeurs de navires, etc. Mais la fatigue et l'alcoolisme contribuent certainement pour une bonne part à leur genèse.
2. Froid. ■ — • L'action prolongée du froid affaiblit les forces physiques et morales ^. Elle peut amener la mort après une période plus ou moins longue de léthargie avec arrêt des fonctions cérébrales. Ces accidents seraient attrihuables à la congestion cérébrale, d'après Moricheau^ Beaupré et quelques autres; elle résulterait au contraire de l'anémie "cérébrale d'après Walther ; tantôt de congestion et tantôt d'anémie d'après Horwatt et Laveran. On connaît le cas rapporté par Calmeil de trois filles qui, après avoir supporté en voiture un froid rigoureux, devinrent brusquement stupides. Calmeil ajoute « que Bartholin fit couvrir, avec des peaux de mouton, la tête de ces filles, dont l'état stupide persistait depuis 14 jours; les fonctions de l'âme ne tardèrent pas à reprendre leur ancienne liberté ' ».
3. Lumière. — On sait l'effet produit sur certaines hystériques par une lueur vive et son action cataleptisante. On n'ignore pas d'autre part que la lumière rouge, utilisée dans certaines industries (fabrique de plaques photographiques), exerce, sur le système nerveux des ouviiers, une action excitante, qui lui a fait préférer la lumière verte. C'est en considération de ces faits qu'on a songé à utiliser les rayons colorés dans le traitement des affections mentales.
' Rayneau. Les troubles psychiques posl-opératoires. Congrès d'Angers, 1898. ' Duplay. De la folie post-opératoire. Presse médicale, 28 juin 1899, p. 305. ' P. Le Noir. In Traité de Patliologie générale de Ch. Bouchard, t. \, p. 629. * R. Victor. Allg. Z. f. Psych. XL. 1 et 2.
" R. Pictet. Rov. scientif. 4 nov. 1893. Acad. des sciences, 1894.
" Cités par Le Noir, in Traité de Pathol. génér. de Bouchard, 1895, p. 632.
' Calmeil. De la folie, t. II. p. 225.
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Le coup de soleil, qui diffère du coup de chaleur en ce que son action porte presque exclusivement sur la tête, en diffère aussi peut-être en ce que l'influence de la lumière vive s'y ajoute à celle de la température.
R. Victor' a recueilli 15 cas de psychoses attrihuables à ses effets : dans S de ces cas, la prédisposition héréditaire était notoire, et dans un, au contraire, le coup de soleil a paru être la cause unique des troubles observés et qui revêlaient la physionomie d'accidents mélancoliques.
i. Pression barométrique. — Les variations accusées de la pression atmosphérique ne sont pas sans influer sur le cerveau. On sait à cet égard les troubles qu'éprouvent les touristes et les aéronautes, lorsqu'ils s'élèvent aux grandes altitudes.
E. — Causes pathologiques.
Toutes les maladies générales sont susceptibles de s'accompagner de troubles mentaux au prorata de la tendance qu'elles ont à localiser leurs manifestations sur le cerveau. Les infections aiguës ou chroniques, les intoxications d'origine externe ou les auto-intoxications, les lésions viscérales qui entravent les échanges et la dépuration de l'organisme, ou celles qui intéressent directement la substance nerveuse, sont dans ce cas. C'est ce que va montrer une revue rapide.