‹ Traité de pathologie mentale [electronic resource]Chapitre 82 sur 220 · CHAPITRE [I · texte numérisé non relu

CHAPITRE [I

PSYCHOSES PÉRIODIQUES OU INTERMITTENTES

(Folie maniaque — dépressive, de Krœpelin).

L'intermittence est un fait d'observation commune dans le cours des diverses maladies mentales. Mais, dans certains cas, l'intermittence se présente avec des caractères tels, elle prend une importance si particulière, qu'elle a pu servir à la détermination d'un groupe nosologique. Ce n'était pas l'avis de Morel, qui ne voyait dans l'intermittence « aucune des conditions requises pour en faire un genre spécial, une variété particulière d'aliénation mentale ' ».

La manière de voir de Morel n'a pas prévalu, et tous les auteurs admettent comme groupe distinct psychoses périodiques ou intermittentes.

Elles ont pour commune caractéristique la reproduction plus ou moins fréquente et régulière d'accès de manie ou de mélancolie, séparés par des -intervalles de santé intellectuelle normale ou presque.

En outre de la manie et de la mélancolie, certains auteurs, notamment Mendel, Kausch, Ziehen, ont décrit une Paranoia aiguë (délire systématisé aigu) à type périodique -. Mais cette forme n'est pas généralement admise, les faits invoqués à l'appui ne paraissent pas démonstratifs, et nous ne croyons pas devoir nous en occuper au cours de ce chapitre ^

Les accès périodiques de dépression ou d'excitation, les seuls dont nous ayons à parler, présentent à leur tour un caractère commun, à savoir leur très grande ressemblance, ressemblance qui non seulement porte sur le type général des accès, mais qui se retrouve aussi jusque dans les détails, dans les conceptions délirantes comme dans les actes morbides. Les accès 'ne se reproduisent pas seulement, ils se répètent. De sorte que, si l'on a observé un accès de manie ou de mélancolie périodique, on peut décrire d'avance les accès qui suivront et, conséquence pratique fort importante, se garantir contre le retour d'actes nuisibles.

Cette règle de la répétition identique des accès successifs comporte des ' Morel. Traité des maladies menlales, 1860, p. -479.

^ Kausch. Contribution à l'étude de la folie systématisée périodique, Archiv. f. Psych., 1892, XXIV, 3, p. 924.

3 La Paranoia aiyite périodique, par Gianelli. Riv. spei'iment. di freniatria e ined. leg., décembre 1898. Anal, in Revue Neurol., 30 mai 4899.

PSYCHOSES PÉRIODIQUES OU INTERMITTENTES

exceptions dont nous paiiei'ons plus loin, mais elle n'en a pas moins un caractère de généralité reconnu par tous les auteurs.

Le retour des accès, au contraire, s'opère suivant des modes très variables, si bien que l'on a dù, pour éviter l'inextricable confusion qui résulterait, à ce point de vue, d'une description générale, distinguer un certain nombre de types cliniques, d'après le mode de succession des différents accès. C'est donc de leur évolution que les psychoses périodiques tirent leur individualité pathologique et non de leurs symptômes propres, qui sont ceux de la manie et de la mélancolie.

On peut établir les limites du groupe des psychoses périodiques entre deux types extrêmes et opposés : i" Le type intermittent pur, composé d'accès de même nature, séparés par des intervalles lucides d'une durée variable ; il comprend deux formes : la manie intermittente et la mélancolie intermittente. — 2° Le type circulaire continu, composé d'accès maniaques et mélancoliques, alternant indéfiniment, sans aucun intervalle lucide.

Il peut sembler étrange de faire entrer dans les psychoses intermiitentes une forme continue, ne présentant ancun intervalle lucide. La contradiction n'est qu'apparente et toute verbale ; d'une part, la folie circulaire continue peut être considérée comme formée par la réunion d'une manie et d'une mélancolie intermittentes, dont les accès alterneraient régulièrement ; l'intermittence existe, si l'on considère sépai"ément les accès de même formule. D'autre part, entre les deux types extrêmes d'intermittence et de circularité se retrouvent de nombreuses formes intermédiaires qui les relient l'un à l'autre ; de sorte que ces deux types extrêmes ne sont en réalité que le premier et le dernier anneau d'une longue chaine pathologique. Enfin, la folie circulaire ne présente pas toujours d'emblée sa forme définitive ; dans certains cas, elle n'est que la transformation et l'aboutissement d'une folie intermittente.

Les chaînons intermédiaires que l'on a décrits sont assez nombreux, et il est probable qu'une observation plus minutieuse en ferait découvrir un certain nombre encore.

Le premier, après la forme intermittente pure, est constitué par les folies intermittentes que l'on peut appeler irrégulières ou atypiques : manie ou mélancolie intermittente dont le cours régulier est interrompu par un ou plusieurs accès de formule contraire.

A un degré plus loin, cette succession d'accès de nature différente, au lieu d'être une exception fortuite, devient la règle ; elle se produit par alternances régulières et elle donne naissance à un nouveau type : la folie à formes alternes, avec une intermittence entre chacun des accès, soit maniaques, soit mélancoliques.

Dans les types précédents, chaque accès, soit de manie, soit de mélancolie, est précédé et suivi d'un intervalle lucide, d'une intermittence de raison. Mais il est des cas dans lesquels une intermittence est supprimée, généralement celle qui suit l'excitation, de telle sorte que le malade passe de l'excitation à la dépression sans faire une halte appréciable sur la limite qui les sépare et

P.\THOLOGIE MENTALE. 37

PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES

qui est l'état de santé. L'accès se compose alors de deux périodes on phases . la première d'excitation ou de manie, la seconde de dépression ou de mélancolie, se succédant sans interruption, soudées l'une à l'autre, comme l'a dit très exactement Ritti. L'accès complet, à deux périodes, a été comparé par Baillarger à l'accès complet, à trois stades, de la fièvre intermittente. Après la phase de mélancolie, l'accès est terminé, un intervalle de raison s'établit qui dure plus ou moins longtemps, puis un nouvel accès conjugué se reproduit, suivi d'un intervalle lucide, et ainsi de suite. Ce type constitue la folie à double forme proprement dite, décrite très nettement par Baillarger, en

La suppression d'une intermittence établit, ainsi que nous venons de le voir, le passage du type alterne au type double forme. La disparition de la seconde intermittence va transformer le type double forme en type circulaire continu, dans lequel les accès de manie et de mélancolie se succèdent indéfiniment, par alternance régulière et sans aucun intervalle lucide. La dénomination de folie circulaire et la description de cette forme sont dues à Falret père (1851-1854) et à J. Falret (1878-1879). Mais ces auteurs la comprenaient un peu autrement, ainsi que nous aurons à le montrer.

Les tracés ci-contre (Fig. 45) montrent clairement tout ce que nous venons de dire de la succession des accès et de leurs combinaisons dans lés psychoses périodiques. II suffit de comparer ces graphiques pour reconnaître que ces différentes formes se rangent sous deux types principaux : les quatre premières appartiennent au type intermittent, régulier ou irrégulier ; — les trois dernières appartiennent au type alterne, diversement modifié par la simple suppression d'abord de la première intermittence, puis de la seconde.

Cette remarque n'a pas seulement un intérêt de curiosité. Elle est fondée, en fait, sur certains caractères cliniques. Les accès intermittents simples n'ont pas tout à fait la physionomie clinique des accès de la folie à double forme ou de la folie circulaire. Aussi nous semble-t-il légitime de résumer les considérations générales que nous venons de développer dans le tableau suivant, où les psychoses périodiques sont distribuées en deux groupes distincts, psychoses intermittentes et psychoses alternantes.

Page 1