Amoindrissement de la fonction SEXUELLE
Aberrations et perversions proprement dites . . .
Erotisme de la ménopause et de la
vieillesse.
Erotoraanie.
Fi'igidité simple, complète ou incomplète.
Exhibitionnisme.
Fétichisme.
Masochisme.
Sadisme.
Nécrophiiie.
Bestialité.
Inversion sexuelle.
Hermaphrodisme psychique.
l" Exaltation génésique. Nymphomanie et Satyriasis. — Ils sont caractérisés l'un et l'autre par une excitabilité excessive et pathologique de l'instinct
* Marc désignait la nymphomanie et le satyriasis sous le terme commun de aidoiomanie.
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sexuel, en même temps que par la faculté de renouveler presque indéfiniment l'acte vénérien, sans ariiver pour cela à l'apaisement du désir.
Chez ces malades, la vue ou la seule pensée d'un individu de sexe contraire, qu'il soit beau ou laid, jeune ou vieux, provoque un violent orgasme génital que le sujet cherche h satisfaire immédiatement. Un obstacle, un retard quelconque détei-minent une vive agitation. P. Moreau (de Tours) parle d'un malade qui « s'élance sur la femme qu'il peut atteindre, sans acception d'âge ou de figure... On en a vu répéter l'acte vénérien sans être assouvis plus de quarante fois dans une nuit. » Une malade deMagnan, âgée de trente-trois ans, mère de cinq enfants, a des crises sexuelles qu'elle cherche à satisfaire avec le premier venu. Ni l'onanisme, ni le coït répété ne peuvent améliorer son état. Perdant toute retenue, toute apparence de pudeur, elle parle de ses désirs à sa mère et à ses frères. Trélat {Folie lucide) rapporte l'observation d'une femme riche, appartenant au meilleur monde, élevée de la faç^'on la plus sévère, et qui, aussitôt après son mariage, est prise d'une véritable fureur éi^otique. On la relègue à la campagne, mais sans aucun succès. « .Cette femme élégante, pleine de jeunesse et d'éclat, pervertissait tout ce qui l'entourait : fermiers, domestiques, garçons de ferme, porchers et palefreniers, peu lui importait, pourvu qu'elle pût chaque jour et presque à chaque heure, non satisfaire, mais apaiser ses indomptables ardeurs. Cela dura longtemps... On sut plus tard que, dans le moment même ou M"" de X..., s'abandonnait ainsi à tous ceux qui l'entouraient, elle se livrait avec la même fureur aux excès de l'onanisme. » Dans ce même ouvrage de Trélat, on trouve des observations de nymphomanie développée aux âges extrêmes de la vie génitale, à l'âge de douze ans et h l'âge de soixante-neuf ans.
On rencontre assez souvent, dans cette catégorie de malades, des faibles d'esprit, des imbéciles qui s'abandonnent sans aucune contrainte, et parfois en public, à leurs impulsions génésiques ; ils se masturbent sans se préoccuper d'être vus; les hommes s'attaquent brutalement aux femmes qui passent à leur portée ; les femmes abusent de petits garçons, quelquefois même de leurs propres enfants. En cas de résistance, ces dei^niers malades, aveuglés par leur invincible passion, peuvent aller jusqu'au meurtre. De pareils faits ne sont pas très rares.
On conçoit quels ravages exercent sur la santé générale de semblables excès, continxiés pendant quelque tenips. Dans les cas extrêmes, on a vu se produire de graves lésions des organes génitaux, des gangrènes entraînant la mort.
A côté de ces cas typiques, développés chez des adultes, on peut ranger dans les exaltations fonctionnelles morbides les faits A' éveil précoce de l'instinct génital chez des enfants de quatre à huit ans. Cette précocité est, à elle seule, l'indice d'un développement défectueux du système nerveux.
On peut observer aussi un état analogue chez la femme, au moment de la ménopause et même à un âge plus avancé. C'est ce que Guéneau de Mussj^ décrivait sous le nom d' « érotisme de la ménopause^ w : « Des femmes...
' Gazeltte hebdom., 1871.
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qui avaient de l'indifférence pour les rapports sexuels sont parfois tourmentées par des excitations génésiques violentes, insupportables..., qui se font sentir pendant le jour, en dehors de toute provocation extérieure, de tout entraînement de l'imagination. Ces crises erotiques peuvent durer plusieurs années. » Sérieux {loc. cil.) en rapporte un exemple chez une femme de cinquante-cinq ans.
2° Affaiblissement génésique. Erotomanie. — Uérolomanie, telle que l'a définie Esquirol, est « caractérisée par un amour excessif, tantôt pour un objet connu, tantôt pour un objet imaginaire ; dans cette maladie, l'imagination seule est lésée,... l'amour est dans la téte. L'érotomaniaque ne désire, ne songe même pas aux faveurs qu'il pourrait prétendre de l'objet de sa folle tendresse, quelquefois même son amour a pour objet des êtres inanimés. Alkidias, de Rhodes, est pris de délire érotique pour la statue de Cupidon de Praxitèles ; Variola raconte la même chose d'un habitant d'Arles qui vivait de son temjDs. » Dans le même ordre de faits, on peut citer encore le cas, rapporté par les journaux, en 1877, d'un jardinier amoureux d'une Vénus de Milo placée dans son jardin, et celui d'un jeune homme de Saint-Pétersbourg qui avait voué son amour à la statue d'une nymphe ornant la terrasse d'une villa (Tarnowski).
Vérolomanie est donc un amour platonique morbide. Il est le contraire du satyriasis, dans lequel l'excitation sexuelle est d'une telle vivacité qu'elle doit abou.tir irrésistiblement à la satisfaction physique. Dans Véroloînanie, l'excitation existe, mais elle est comme transposée dans l'ordre intellectuel ; très vive cérébralement, l'excitation ne s'étend pas au centre génital médullaire (cérébraux antérieurs de Magnan). Il n'y a ni désir charnel, ni érection.
Cet état est évidemment en rapport avec un amoindrissement, momentané ou définitif, des fonctions génitales. Dans les observations qui ont été publiées, si les sujets ne sont pas impuissants, ils présentent toujours une frigidité marquée, les désirs vénériens n'occupent aucune place dans l'existence des malades, l'onanisme est rare. Mais en revanche l'amour-sentimcnt est chez eux d'une extrême vivacité et les entraîne aux actes les plus bizarres, les plus extravagants. Esquirol rapporte l'observation d'une dame qui s'éprend ainsi d'un jeune homme qu'elle aperçoit pour la première fois et à qui elle ne parle point, elle prend son mari en grippe, se sépare de lui et retourne chez ses parents. Là, elle ne parle que de celui qu'elle aime : il règle ses pensées, gouverne ses actions. Elle écrit fréquemment des letti"es, des vers, où il n'est question que de lui : « Si ces écrits expriment la passion la plus véhémente, ils sont la preuve des sentiments les plus vertueux », etc.
Le même auteur parle aussi d'un jeune homme de 36 ans, qui s'éprend d'une actrice dont il n'est pas connu, h qui il n'a jamais parlé. Il est persuadé que l'actrice l'a remarqué, qu'elle l'aime, qu'elle joue pour lui seul quand il assiste au spectacle. Dès lors, il ne s'occupe que de cette femme. Il se présente chez elle, il l'attend à la porte du théâtre, espérant obtenir un
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regard. On se moque de lui, on le repousse, on le chasse, on le maltraite. Rien ne le de'courage : « Par le temps le plus rigoureux, il s'établit sur les bornes
qui sont en face ou à côté de la maison qu'habite Mme ; il s'attache à ses
pas, la suit dans ses promenades, poursuit à pied sa voiture... Les dédains et le refus de lui parler sont des précautions prises par la jeune actrice pour mieux cacher son amour, les coups dont on l'assomme sont souvent des œuvres de jalousie de la part de ses rivaux », etc.
Trélat (loc. cit.), dans le chapitre qu'il a consacré aux érotomanes, parle d'un de ses malades « qui aimait à la fois deux sœurs d'un amour égal. C'était pour lui un grand chagrin de ne pouvoir concentrer sur une seule l'afTection qu'il avait pour l'une et pour l'auti'e. Ce sentiment était tout à fait secret, absolument ignoré des deux jeunes personnes et de leur famille ; il ne fut jamais confié qu'au médecin appelé pour donner des soins au malheureux qui s'était frappé mortellement en apprenant le futur mariage de l'une des deux. Il n'avait jamais songé à se marier ni avec l'une, ni avec l'autre, et, alors même que c'eût été possible, il s'y fût refusé. »
Magnan a vu un malade, amoureux de Mlle Van Zandt, dont l'histoire est tout à fait semblable à celle du malade d'Esquirol, résumée ci-dessus. Il donne aussi l'observation, bien souvent citée, d'un jeune élève de l'école des Beaux- Arts, qui passait de longues heures, la nuit, à sa fenêtre. « Il lui faut, dit-il, un idéal, il en a besoin ; son idéal, c'est Myrtho qui s est retirée dans une étoile. Il contemple tous les soirs cette étoile, vient la voir avant de se coucher, lui rend hommage, brûle pour elle des essences et de l'encens, il lui adresse des vers. On a parfois essayé... de fermer les fenêtres, de l'empêcher de regarder au ciel, mais c'est peine inutile, dès qu'il est seul, il se relève et ■ ne p'endort qu'après avoir jeté un dernier regard vers Myrtho. »
L'amoindrissement de l'appétit génésique peut, dans certains cas peu fréquents, être poussé si loin qu'il équivaut à l'abolition fonctionnelle. C'est la frigidité complète, absolue, en présence de toute excitation, qu'elle soit noi"male ou anormale, et l'absence de tout désir, de toute tendance érotique cérébrale. Ces cas sont peut-être plus fréquents chez la femme, mais on les observe aussi chez l'hojume. Legrain parle d'un homme de trente-cinq ans qui n'a jamais eu de désirs sexuels ; quelques rares érections ; hérédité très chargée {th. cit., observ. 3). G. Ballet ' cite comme exemple « un jeune officier d'artillerie que laisse absolument froid la vue et le contact des femmes les plus belles : il n'a jamais eu ni désir ni érection. Inutile de dire s'il s'afflige de cet état, qui est chez lui la conséquence d'une lourde hérédité névropathique ! ))
Il faut se garder de confondre la frigidité dont nous parlons ici, et qui est un phénomène primitif, résultant d'une défectuosité congénitale du système nerveux, avec l'impuissance consécutive soit aux abus sexuels, soit à certaines maladies nerveuses organiques. Le sujet frigide n'éprouve aucune excitation, ni des centres nerveux, ni des organes génitaux. L'impuissant, chez qui toute
' Traité de médecine, loc. cit.
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réaction des organes génitaux est abolie, n'en est pas moins excité cérébralement. L'érection a disparu, mais non le désir inapaisable !
30 Perversions proprement dites. — Les deux catégories précédentes correspondent à des anomalies génésiques, plutôt qu'à des perversions. La fonction est modifiée dans son intensité, dans son énergie, elle n'est pas nécessairement altéi"ée, pervertie dans son origine et dans ses rapports avec les excitants physiologiques.
Nous allons examiner maintenant les perversions proprement dites, les abei'rations véritables. Elles sont très nombreuses, mais elles ont toutes ce caractère commun, à savoirque la satisfaction génésique ne peut être obtenue que par V intervention d'un élément étranger à la sphère génitale. Cet élément est d'ailleurs très variable et plus ou moins éloigné de l'excitation normale. Il consiste tantôt en une idée ou représentation mentale, tantôt en un sentiment, tantôt en un objet matériel dont la présence effective est indispensable à l'accomjDlissement de l'acte vénérien. D'après la nature de l'excitation anormale, on a groupé les aberrations sexuelles en plusieurs catégories, Lasègue avait décrit rea;/a"6î720?2«ùme (1877). Krafft-Ebinga établi trois autres groupes : le fétichisme, le ma.'iochisme et le sadisme.
Les malades qui appartiennent à ces quatre catégories, quelle que soit la bizarrerie de leur perversion, se rattachentencore à l'état normal par ce fait qu'ils sont impressionnés par des sujets de sexe contraire, ils ^oni hétéro-sexuels. La perversion peut être plus i^rofonde encore et l'excitation génésique peut n'être produite exclusivement que par un sujet de même sexe. C'est Vhomosexualbté ou inversion sexuelle, telle que l'ont surtout décrite AVestphal, Charcot et Magnan, Gock, J. Chevalier, Moll, etc. Chez les invertis, l'aberration est i^arfois poussée plus loin encore et se complique de fétichisme, de sadisme, etc., de sorte que ces cas représentent une double perversion.
Exhibitionnisme^. — Lasègue a désigné sous ce nom V impulsion irrésistible à étaler en public, à exhiber ses organes génitaux.
En tant que fait, ainsi que Magnan l'a très justement fait remarquer, l'acte d'exhiber ses organes génitaux s'observe dans des situations mentales très diverses et parfois indépendamment de toute impulsion. Dans ces derniers cas, par exemple dans la démence sénile, dans la paralysie générale, dans l'imbécillité, dans l'épilepsie, etc., l'exhibition des organes n'est plus que l'expression de la perte, momentanée ou définitive, du sens moral ou du sentiment des convenances, et l'acte perd toute signification spéciale. On pourrait dire que c'est un faux exhibitionnisme, par opposition à V exhibitionnisme vrai, lequel constitue un état morbide particulier, dans lequel l'impulsion irrésistible, consciente et accompagnée d'une angoisse plus ou moins vive, est
' Lire principalement, sur l'Exhibitionnisme. Lasègue. Union médic. niai 1877, et Études me'dic, 1884. Magnan. Communie, à la Soc. de méd. légale, 12 mai 1890, et Recherches suites centres nerveux, Paris, 1893. G. Ballet. Sem. médic, 23 mai 1893, et Leç. cliniques, loc. cit., p. 61 et suiv.
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l'élément prépondérant. Cet état spécial, analogue par ses caractères généraux à la dipsomanie, à Y onomatomanie , etc., est rangé par Magnan dans les « syndromes épisodiques de la dégénérescence mentale ». C'est le seul dont nous ayons à nous occuper avec quelque détail.
Pour bien faille comprendre la nature de ce trouble mental, nous emprunterons à Lasègue la remarquable description qu'il en a donnée en quelques lignes où sont très nettement indiqviés ses traits essentiels.
« Le premier cas qu'il m'ait été donné d'observer m'avait laissé, dit Lasègue, une vive impression. Il s'agissait d'un jeune homme (moins de trente ans) appartenant à une famille honorable, jouissant lui-même d'une situation enviée. Il était distingué d'esprit et de formes, et son éducation le rattachait au meilleur monde.
« L'autorité avait été informée, par des plaintes multiples, d'un scandale qui se renouvelait dans les églises, toujours vers la tombée de la nuit. Un jeune homme, dont on donnait le signalement, se présentait subitement devant une femme en prière dans l'église alors peu fréquentée ; il étalait ses organes génitaux sans prononcer une parole et disparaissait dans l'ombre après une courte apparition.
«- Un soir, cet étrange fantaisiste fut arrêté à Saint-Roch, au moment où il se livrait à son exercice périodique devant une vieille religieuse qui poussa un grand cri et éveilla l'attention du gardien. Le délit était si singulier que le parquet demanda un examen médical... L'impulsion était invincible, elle se reproduisait pér^od^ç^^e??^e?^^ aux mêmes heures, jamais dans la matinée, elle était précédée d'une anxiété qu'il attribuait à une sorte de résistance intéi"ieure... Tout était irréprochable, sauf les faits qui avaient motivé l'arrestation. »
Un autre sujet, âgé de soixante ans, s'exhibait devant une petite fdle de huit à dix ans, tous les matins, entre 10 et 11 heures.
Un troisième, officier supérieur en retraite, âgé de soixante-cinq ans, va, tous les deux jours, se placer devant la grille d'une maison où habitent des jeunes filles. Là, il découvre ses organes génitaux, puis, après quelques minutes, il reboutonne son pantalon et continue sa promenade périodique. Détail curieux, il dépose toujours sa canne au même endroit avant de se mettre en posture. II jouit, en api^arence, de toute sa raison, etc., etc.
Une dernière observation, empruntée à Magnan {toc. cit.), nous fournira des traits nouveaux. G..., garçon de restaurant, complètement déséquilibré, onaniste jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, présente à ce moment des tendances exhibitionnistes, sous forme de paroxysmes. Un jour, « il va se poster sous la porte d'entrée d'une maison, étalant ses organes génitaux aux regards de deux jeunes filles et d'une femme de chambre qui se trouvaient en face, à une fenêtre du premier étage. Interpellé par le père des deux jeunes filles, il s'éloigne. Un peu plus loin, il rencontre deux dames devant lesquelles il se livre stupidement à une nouvelle exhibition; il est arrêté immédiatement )). Un an après, il se fait arrêter dans des circonstances identiques, « à l'église Saint-Germain l'Auxerrois, au moment où, placé dans le tambour de la porte
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d'entrée, entrebâillant le battant extérieur, il venait d'exhiber ses organes génitaux aux regards de plusieurs ouvrières d'un atelier situé en face ». Ce malade était affecté, en outre, d'une excitabilité génésique excessive. Quand il servait une femme, au restaurant, ou bien quand une femme rencontrée dans la rue attirait ses regai^ds, souvent « l'orgasme génital était tel que. sans manœuvre particulière de sa part, dans le restaurant, en pleine rue, il s'accompagnait de pollution ». G... était dans un état de priapisme presque permanent, qui entraînait une insomnie habituelle. Marié avec une jeune fille qu'il aime, « les satisfactions conjugales qu'il trouve dans son intérieur ne suffisent pas à apaiser son éréthisme insatiable ».
Les exhibitionnistes se recrutent à peu près exclusivement parmi les hommes.
Les uns opèrent dans les églises, les autres exhibent leurs organes à une fenêtre, de façon à être aperçus des fenêtres d'en face ; certains se postent à proximité d'une école, sur le passage des élèves; d'autres enfin en pleine rue ou dans les urinoirs, ou dans les jardins publics, etc.
D'après Lasègue, « les caractères scientifiques de l'espèce » sont les suivants : exhibition à distance, sans aucune manœuvre lubrique, sans aucune tentative pour entrer en l'elations plus intimes ; retour du même instinct aux mêmes lieux et habituellement aux mêmes heures; pas un acte répréhensible au point de vue génital, en dehors de cette manifestation monotone. Cet éminent observateur insiste sur le caractère intermittent du trouble, sur l'irrésistibilité de l'impulsion et sur la correction de l'état mental dans l'intervalle des accès. Il ajoute que, d'après ses observations personnelles, les sujets ne présentent pas d'autre anomalie psychique appréciable.
Les observations ultérieures ont permis de compléter et de rectifier, sur qvielques points secondaires, les caractères du syndrome exhibitionnisme. C'est ainsi que le retour de l'acte aux mêmes lieux et aux mêmes heures n'est pas aussi constant que l'avait cru Lasègue, et peut-être dépend-il simplement des conditions extérieures qui lui permettent de se produire et non pas d'une périodicité instinctive.
D'autre part, et ceci est plus important, les exhibitionnistes ont généralement d'autres tares mentales, qui se manifestent par des symptômes différents (obsessions, impulsions, phobies, état mélancolique, tendances suicides, etc.. C'est un point sur lequel ont particulièrement insisté, de façon à l'établir définitivement, Magnan et ses élèves (Legrain, Saury, Garniei^, Sérieux, etc.). Il est rare que l'aberration dont il s'agit soit complètement isolée. Souvent, l'exhibitionniste présente, même au point de vue génital, soit d'autres perversions, soit des malformations. Mais surtout, on retrouve chez lui, dans le présent ou dans le passé, quelques troubles psychiques de nature à faire reconnaître nettement l'existence d'une affection mentale. C'est ainsi que l'impulsion à exhiber peut être accompagnée ou avoir été précédée d'autres impulsions ou obsessions (phobies, doute angoissant, onomatomanie, dipsomanie, etc.) ; ou encore elle est liée à l'alcoolisme, à un délire mélancolique ou de persécution, à un délire hypocondriaque, etc. En remontant dans le
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passé des malades, on retrouve des traces plus ou moins nombreuses, mais toujours évidentes, de l'état mental si particulier aux sujets prédisposés. On comprend toute l'importance de ces constatations en ce qui concerne le diagnostic et la médecine légale'. Aussi, quand on a à apprécier un fait d'exhibitionnisme, faut-il étudier avec soin la vie entière du sujet, et ne pas se borner au seul examen de l'acte. Cependant, si, pour une raison quelconque, on ne parvenait pas à trouver d'autres éléments d'appréciation, la constatation certaine de l'impulsion, avec ses caractères de lutte angoissante, suffirait à elle seule pour faire admettre la nature pathologique de l'acte.
Comme dans toute impulsion consciente, le malade sent très bien qu'il est en proie à une incitation morbide; il en a même souvent la conscience morale, c'est-k-dire qu'il en apprécie le caractère honteux et répugnant, mais il sent aussi, à n'en pouvoir douter, que sa volonté sera impuissante et qu'il ne tardera pas à succomber. Comme toujours aussi, l'angoisse qui accompagne cette lutte intérieure est suivie, une fois l'acte accompli, d'une détente nerveuse, d'un sentiment de satisfaction ou, tout au moins, de soulagement très marqué.
Quelquefois cependant, la volonté est assez forte pour triompher de l'impulsion. Mais il suffît alors d'une circonstance particulière, d'un appoint alcoolique par exemple, pour annihiler toute force de résistance.
Le soulagement consécutif est en rapport direct, on le sait, avec l'intensité de la lutte et la vivacité de l'impulsion. L'une et l'autre sont surtout manifestes dans les cas, et ce sont les plus fréquents, où l'impulsion est franchement intermittente, où les accès sont séparés par un intervalle normal d'une durée assez longue. Il est des cas plus rares dans lesquels l'obsession d'exhiber est à peu près constante. L'impulsion est alors plus faible, et le soulagement qui suit l'acte est aussi moins accentué. Magnan a présenté à la Société médicopsychologique (26 juin 1899) un exhibitionniste qui était poursuivi presque constamment par l'idée d'exhiber ses organes. L'impulsion est assez faible chez ce malade et ne s'accompagne pas d'une véritable angoisse. S'il est empêché par une circonstance quelconque, il éprouve seulement une sorte d'ennui, un certain malaise, mais sans oppression, ni sueurs, ni tremblement. L'acte accompli, il est content, il se sent heureux quand la femme le regarde, mais il n'éprouve rien d'analogue aux sensations du coït ; c'est une satisfaction toute psychique.
L'exhibition se fait généralement à distance, en silence, et, le plus souvent, elle n'est pas accompagnée de masturbation ou autre « manœuvre lubrique ». La verge est généralement à l'état flaccide, mais l'érection et, souvent, l'éjaculation se produisent dès que le sujet a attiré sur lui l'attention de la personne pour laquelle il exhibe. Puis, il se reboutonne et part, comme si de rien n'était.
Tel est le syndrome à l'état simple, sans complications, celui qu'avait
* Voir, à ee sujet, une intéressante observât, de Vigouroux. Exhibitionniste condamné par les tribunaux, Annal, méd.-psych., mars-avril 1896.
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observé Lasègue. Ici, l'exhibitionnisme trouve en lui-même son but et sa fin ; l'acte accompli, sans manœuvre d'aucun genre, le malade est satisfait et s'en va.
Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement, d'une façon aussi désintéressée. L'exhibitionnisme peut être complexe, ne pas trouver en lui-même sa complète satisfaction. C'est le cas lorsque le malade exhibe ses organes soit pour se masturber, soit pour les frotter contre une robe de femme. L'exhibition n'est plus un but, elle n'est plus qu'un moyen [frotteurs) ou un excitant surajouté (onanistes). Ce qui est impulsif, dans ces cas particuliers, ce n'est pas, à proprement parler, l'exhibition, c'est le besoin de satisfaire une sollicitation génésique impérieuse et pervertie.
A côté des exhibitionnistes à distance, respectueux, pourrait-on dire, et ne se livrant à aucune autre manœuvre, on doit donc distinguer les catégories des exhibitionnistes-onanistes et des exliibitionnistes-frotteurs (Magnan).
L'exhibitionnisme peut être associé à d'autres anomalies ou perversions génitales ; quelques-uns de ces sujets, par exemple, sont en même temps fétichistes (voy. plus bas) ; d'autres sont complètement frigides, quand il s'agit de rapports sexuels normaux. Ce sont là, cependant, de véritables exceptions. Lasègue, Magnan et la plupart des observateurs sont d'accord pour admettre que la grande majorité des exhibitionnistes n'offrent pas d'autre aberration génésique et qu'ils ont l'appétence sexuelle soit à un degré normal, soit même à un degré très développé. Beaucoup sont mariés et ont des enfants. Le malade de Magnan cité plus haut disait préférer l'exhibition au coït, « surtout parce qu'elle est tout aussi agréable et moins fatigante ».
Ni y âge ni le milieu social ne semblent avoir une influence appréciable sur le développement de cette perversion ; les faits publiés concernent tantôt des jeunes gens, tantôt des vieillards et tantôt des sujets dans la maturité de l'âge ; toutes les conditions y sont i^eprésentées.
Le seice joue un rôle plus important, puisque les faits connus d'exhibitionnisme vrai se rapportent tous à des hommes.
Nous avons dit que l'exibition a été observée dans des conditions mentales très différentes de celles que nous venons d'étudier. On la rencontre notamment chez des paralytiques généraux, des déments séniles, des ramollis, des épileptiques, des imbéciles, etc. Ici, on ne retrouve ni la lucidité et la conscience à peu près complète de l'acte, ni l'intermittence plus ou moins régulière, ni l'impulsion irrésistible, ni l'anxiété qui précède l'acte, ni, enfin le soulagement qui le suit. Ce n'est plus qu'un fait banal, accidentel, sans signification précise, faisant partie d'un ensemble de manifestations incorrectes qui trahit la déchéance profonde des facultés et l'oubli des convenances (démence, imbécillité), ou qui est en rapport avec une obtusion intellectuelle (épilepsie) capable de produire momentanément les mêmes effets. Il convient de ranger ces faits sous la dénomination de faux exhibitionnisme, pour les opposer aux précédents qui, seuls, constituent l'exhibitionnisme proprement dit, Vexhibi-
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tionnisme vrai. Les cas de faux exhibitionnisme sont beaucoup plus fréquents que les autres (Magnan).
Il existe aussi des cas intermédiaires, représentés par certains débiles et imbéciles qui exhibent leurs organes en vertu d'une sorte d'impulsion accompagnée d'un rudiment de conscience et d'une faible résistance, trop faible pour déterminer une véritable anxiété. Dans ces cas, on observe également une certaine intermittence.
En résumé, le moi exhibitionnisme ne désigne qu'une manifestation extérieure, qui peut être sous la dépendance d'états morbides très différents. Comme manifestation extérieure, comme acte, l'exhibitionnisme aune grande importance pour la médecine légale, et, à ce titre, le terme expressif, pittoresque, employé pour la première fois par Lasègue, mérite d'être conservé. Mais, au point de vue clinique et physiologique, ce terme n'a plus une signification simple et définie ; on ne peut l'appliquer utilement à un cas particulier qu'à la condition d'indiquer les caractères qu'il présente et la cause qui le détermine.
5° Fétichistes. — Krafft-Ebing a classé les pervertis sexuels en trois groupes : les fétichistes, les masochistes et les sadiques.
Ces perversions représentent un trouble plus pi^ofond que l'exhibitionnisme. Ce dernier laisse subsister le plus souvent, nous l'avons vu, l'appétence normale, tandis qu'elle est ordinairement supprimée dans les cas appartenant aux trois groupes que nous allons décrire.
Le fétichisme est une anomalie dans laquelle un objet étranger à la sphère génitale normale a le pouvoir exclusif d'éveiller les sensations et les désirs sexuels. L'objet peut d'ailleurs être une partie du vêtement ou du corps, d'où deux sortes de fétichisme : le fétichisme des objets et le fétichisme corporel. Suivant l'expression de Garnier, c'est « une sorte d'ectopie amoureuse », un « onanisme psychique ».
L Fétichisme des objets. — Les .objets qui peuvent prendre une valeur génésique et presque sexuelle sont très nombreux et très variés. Certains malades sont attirés vers des effets de lingerie, ordinairement blanche et fine : mouchoirs, chemises, tabliers blancs (Magnan). D'autres sont impressionnés génitalement par un bonnet de nuit (Magnan), par les corsages de femme (Mabille et Ramadier), par les étoffes duveteuses, soyeuses ou veloutées. D'autres encore par les chaussures, par les clous des semelles de femme, etc.
Casper rapporte l'observation d'un homme, « qui avait depuis sajeunesse une « monomanie » singulière : aussitôt qu'il apercevait un fouet dans une boutique; il éprouvait de violents désirs de volupté qu'il satisfaisait lui-même à l'instant, et commettait ainsi de honteux attentats aux mœurs en public ». {Méd. lég. traduct. franç., p. 350.)
Un malade de Blanche, dont l'histoire est longuement rapportée par Magnan, était obsédé dès l'âge de six ans par la recherche des clous des souliers de femme : « La vue de ces clous produisait dans tout son être un
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bonheur indéfinissable ». Au collège, malgré tous ses efforts, il y pensait souvent et il avait des crises de surexcitation suivies d'une prostration complète. Quelquefois, il se produisait à ces moments une érection et même l'éjaculation, sans que le malade touchât sa verge. Il se racontait, pour s'exciter, des histoii'es dans lesquelles les clous jouaient un rôle considérable, et il se masturbait. Il prenait parfois les souliers de ses cousines, posait l'extrémité de sa verge sur les clous et éjaculait aussitôt, sans aucune manœuvre, etc. Il fut arrêté se masturbant à la porte d'un cordonnier, et comme en extase devant la semelle d'un soulier de femme. C'était un homme d'ailleurs très intelligent, très instruit, très travailleur, déplorant cette aberration dont il avait la pleine conscience, dont il souffrait beaucoup et contre laqvielle il avait inutilement essayé de lutter de toutes ses forces.
Un autre malade, observé par Magnan, avait éprouvé à Vâge de cinq ans, une excitation génitale avec érection, en voyant un de ses parents se coiffer d'un bonnet de nuit. Vers le même âge une sensation toute semblable se reproduit à la vue d'une vieille servante mettant sur sa tète une coiffe de nuit. Plus tard. Vidée seule d'une tête de vieille femme ridée et laide, mais coiffée d'un bonnet de nuit, provoquait l'orgasme génital. La vue du bonnet de nuit seul n'exerce qu'une faible influence, mais son contact provoque l'érection et parfois l'éjaculation. Très froid avec les femmes, le sujet affirme n'avoir pas eu de relations sexuelles avant trente-deux ans, époque de son mariage. Impuissant auprès de sa jeune femme, qu'il aime cependant, il n'a jamais pu obtenir une érection qu'en évoquant Vimage de la vieille femme ridée couverte du bonnet de nuit.
Vallon' a publié une intéressante observation de fétichisme, relative h un malade coupant avec des ciseaux des lambeaux de jaquette de femme, qui lui procuraient les plus vives jouissances.
On trouve un très grand nombre de faits de ce genre dans les auteurs qui se sont occupés particulièrement de ces questions. Ils sont tous caractérisés par une idée obsédante devenant bientôt impulsive, par une lutte anxieuse plus ou moins vive, et par le soulagement consécutif.
Il . Fétichisme corporel. ■ — Ici encore, il existe une grande diversité. Les uns se passionnent pour les cheveux (Motet), les autres pour le pied (Krafft- Ebing) ou la main, pour les fesses, etc.
Il peut sembler tout d'abord que les cas de ce genre s'éloignent moins de l'état normal, oii l'excitation sexuelle est souvent augmentée par le contact de telle ou telle partie du corps ; mais, en réalité, la perversion y est tout aussi profonde que dans le fétichisme des objets. Tandis qu'à l'état normal la préférence pour une partie du corps n'est pas séparée de l'appétence pour le sexe, n'existe même que par rapport à celle-ci, dans le fétichisme corporel, au contraire, la partie préférée se substitue complètement à la personne physique et morale, elle suppiime en quelque sorte tout le reste du
' fétichiste honteux. Annal, d'hygiène et de méd. lég., 1893, t. XXXIV, p. 547.
PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
corps, et elle concentre en soi, exclusivement, toutes les excitations ge'nésiques dont elle est devenue la raison nécessaire et suffisante. Sa présence crée ces excitations, son absence les fait totalement disparaître.
Suivant les parties du corps choisies par les malades, et suivant les procédés qu'ils adoptent pour atteindre leur but, on a distingué certains groupes secondaires.
Les coupeurs de nattes sont les amants des cheveux. Munis de ciseaux, ils se glissent dans la foule, à la poursuite des jeunes filles qui portent les cheveux flottants ou en longues nattes. Quand ils ont réussi à couper les cheveux convoités, ils éprouvent toutes les sensations des rapports sexuels. Ils emportent chez eux les cheveux ainsi dérobés, et soit en les maniant avec amour, soit en les appliquant sur leurs organes génitaux, ils reproduisent ces mêmes sensations. II est possible que les sensations tactiles jouent un rôle dans l'émotivité génitale des amants des cheveux et des étoffes. Féré admet cette interprétation à propos d'un jeune médecin chez qui l'éjaculation était amenée par le contact de la peau très fine des mains d'une vieille femme. Mais ce n'est pas toujours le cas, puisque la représentation mentale des cheveux est quelquefois suffisante pour déterminer l'orgasme génital.
Motet a publié ^ l'histoire détaillée d'un coupeur de nattes. Magnan, Garnier et d'autres auteurs ont rapporté des faits semblables.
Les frotteurs, auxquels nous avons déjà fait allusion à propos des exhibitionnistes, sont représentés par les malades qui ne peuvent se procurer des sensations génésiques complètes qu'en frottant leurs organes génitaux contre le corps d'une femme. Ordinairement ce sont les fesses des femmes qui exercent sur eux une véritable attraction, et surtout les fesses très proéminentes. Un malade de Magnan « raconte qu'il avait longtemps résisté à l'impulsion, mais qu'à la vue d'une dame dont le derrière était très saillant, il avait été comme ébloui et ne savait plus ce qu'il faisait ». Il avait été arrêté à une station d'omnibus, frottant sa verge sur la robe d'une dame qui attendait son tour pour monter en voiture. Un autre malade, cité parle même auteur, était un ancien onaniste qui, depuis deux ans, n'avait plus d'érection. « Depuis cette époque, il se sent poussé à des actes contre nature. A la tombée de la nuit, il se dirige vers les rassemblements, aux stations d'omnibus, auprès des bateleurs, il s'approche et se place derrière une femme, cherchant de préférence la plus grosse ; puis, il retire sa verge qui reste flasque et se frotte contre les fesses de sa voisine » . Tous les cas se ressemblent, d'ailleurs, et dans tous le frottage constitue un excitant indispensable pour obtenir la sensation génésique.
C'est naturellement dans les agglomérations, dans les foules quelconques que les frotteurs trouvent à se satisfaire : stations d'omnibus, rassemblements accidentels sur la voie publique, grands magasins, etc. Bien qu'il soit pleine-
' État mental de P. poursuivi pour avoir coupé les nattes de plusieurs jeunes filles. Annal, d'hygiène et de méd. lég., 1890. VoLr aussi, H. Berbez, Obsession avec conscience, aberration du sens génital. Gaz. hebdom., 1890.
ÉTATS MORBIDES INTERMITTENTS DE L'ÉMOTIYITÉ, ETC. 779
ment conscient de son ignominie et du danger qu'il court en s'y abandonnant, le malade, quand il se trouve placé dans ces circonstances favorables, ne peut re'sister à l'impulsion morbide.
&" Masochistes. — Le mot masochisme a été employé par Krafft-Ebing pour désigner l'état particulier d'un individu qui aime à être subjugué, humilié et même maltraité par un individu de sexe contraire, et pour qui cet abaissement {passivité ou passivisme, Stefanowsky) constitue l'excitant sexuel par excellence, sinon l'excitant unique. Ce mot est dérivé du nom de Sacher-Masoch, romancier qui s'est complu dans la description de ces états psycho-pathologiques.
Les malades de cette catégorie éprouvent le besoin impérieux de se faire battre, pincer, fouetter, piétiner par une personne de l'autre sexe, de lui lécher les pieds, de subir ses injures, etc., soit comme préparation nécessaire au coït, soit même pour arriver, sans autre manœuvre, à la satisfaction génésique complète. J.-J. Rousseau, ainsi que cela résulte de ses propres aveux, était un masochiste caractérisé'.
Certains masochistes se contentent d'injures, de scènes de violence, qu'ils s'ingénient à provoquer par toute sorte de moyens, et notamment en excitant la jalousie de la personne aimée. D'autres veulent recevoir des coups, éprouver une douleur physique. C'est ainsi qu'un malade observé par Tardieu entrait en jouissance quand on lui marchait sur l'orteil. Un autre, dont parle Moll, n'éprouvait de satisfaction génitale que lorsque, avec une brosse, on lui frottait le dos jusqu'au sang. La sensation douloureuse le plus souvent recherchée est, d'après les auteurs, la flagellation des fesses. Aussi, doit-on bannir absolument de l'éducation des enfants un procédé de répression qui peut avoir de si fâcheuses conséquences.
En outre de la perversion génitale, un pareil état implique une autre aberration d'ordre plus général, et qui peut se rencontrer dans des conditions très variables, à savoir le goût et la recherche de l'humiliation, de l'avilissement volontaire ou, tout au moins, conscient.
Krafft-Ebing considère cette tendance, chez l'homme, comme une aberration très analogue à l'inversion sexuelle. A l'état normal, en effet, c'est chez la femme que l'amour présente un caractère de soumission, tandis que, chez l'homme, il affecte une attitude dominatrice. Par conséquent, d'après Krafft- Ebing, le cas d'un homme qui recherche la soumission en amovir est pathologique, et, à lui seul, en dehors de toute perversion plus caractérisée, il constitue un premier degré d'inversion sexuelle. C'est là un point de vue discutable, mais assurément ingénieux.
1° Sadiques . — Le sadisme, auquel le fameux marquis de Sade a laissé son nom, est une perversion dans laquelle l'excitation génitale ne peut être obtenue qu'à la condition de faire souffrir ou de voir souffrir ; la souffrance de la victime éveille les sensations voluptueuses de celui qui la torture. C'est
' J.-J. Rousseau, Confessions.
PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
l'alliance nécessaire de la cruauté et de l'amour, état inverse du précédent. Au lieu de s'offrir, comme le masochiste, aux injures ou aux coups, le sadique tourmente et frappe autrui (lyrannisme) , et, s'il peut voir couler le sang, son excitation sexuelle atteint au plus haut degré
L'instinct de cruauté du sadique s'adresse tantôt aux personnes et tantôt aux animaux : il frappe violemment une femme, il la pince, la mord jusqu'au sang ; il torture ou tue un animal quelconque ; le résultat est le même dans l'un et l'autre cas. Parfois il lui suffit, pour se metti^e en état d'accomplir le coït, d'injurier grossièrement, de faire pleurer une femme.
Les manœuvres sadiques peuvent n'être qu'un excitant, indispensable, mais insuffisant par lui-même à produire la sensation génésique complète ; elles sont en pareil cas une simple préparation. Dans d'autres cas, le sadisme se suffit à lui-même, et un acte de cruauté peut, indépendamment de tout rapport sexuel, déterminer à lui seul l'érection et l'éjaculation. Pai'mi les faits dans lesquels le sadisme joue le rôle d'un simple adjuvant, mais, répétons-le, d'un adjuvant indispensable, Moll cite deux exemples empruntés h Krafft-Ebing. Dans le premier, il s'agit d'un homme qui ne pouvait avoir de rapports sexuels que si l'on tuait et martyrisait devant lui des poules. Le second est relatif à un homme qui, dans ses rapports sexuels, n'avait jamais pu aboutir ; il n'éprouva de joùissance complète qu'en violant une jeune tille, qui se débattait et criait de douleur. Gilles de Laval, maréchal de Retz, surnommé Barbe-Bleue, qui fut pendu et brûlé à Nantes, en 1440, pour ses meurtrières débauches, était un sadique qui s'attaquait de préférence aux enfants.
Magnan et Garnier ont publié l'observation d'un garçon de vingt et un ans qui, depuis Vâge de six ans, éprouve, à la vue d'une jeune fille ou d'un jeune garçon à peau fine et délicate, une excitation génitale vive, accompagnée du désir violent de mordre ou de manger un morceau de leur peau. Il a toujours pu résister à l'impulsion. Mais, depuis quelque temps, celle-ci étant devenue plus impérieuse, le malade n'a trouvé d'autre dérivatif que de couper des lambeaux de sa propre peau et d'y mordre à pleines dents, ou encore de brûler ses plaies avec des liquides corrosifs. Ce cas, on le voit, est complexe ; il tient à la fois des trois catégories que nous venons d'examiner.
Le fameux Vacher, l'éventreur de bergers, était un perverti sadique ^.
Nous nous bornerons à mentionner quelques autres aberrations, peut-être moins fréquentes, à coup sûr plus répugnantes que les précédentes et qui s'en distinguent plus ou moins.
Michéa a désigné sous le nom de nécrophiles des malades qu'une monstrueuse perversion pousse à rechercher des cadavres, à les déterrer même, pour satisfaire leur lubricité. L'histoire du sergent Bertrand ^ qui, en 1894,
' Régis a publié une très curieuse observation de sadisme. Régis. JJncas de perversion sexuelle à forme sadique, Lyon, Storck, 1899.
* J. V. Laborde. Étude psycho-physiologique, médico-légale et anatomique sur Vacher, communicat. à l'Acad. de méd., 20 mars 1900.
3 Lunier. Examen d'un cas de monomanie instinctive, (affaire du sergent Bertrand). Annal, méd.-psych., 1849.
ÉTATS MORBIDES INTERMITTENTS DE L'ÉMOTIVITÉ, ETC
fut arrêté dans le cimetière Montparnasse et convaincu d'en avoir i'rancln les murs, plusieurs fois, pour déterrer des cadavres, est citée partout comme un cas de nécrophilie génésique des plus remarquables, des plus probants, bien que le sergent Bertrand se soit énergiquement défendu plus tard de toute impulsion ou tentative génitale
Michéa, Brierre de Boismont, Lunicr. ont rapporté d'autres faits analoguesDagonet {Traité des maladies mentales, 1894, p. 402) rappelle l'arrestation, en 1891, du cocher d'un hospice de la Rochelle, « qui avait commis d'odieuses profanations sur les corps de quelques femmes, mortes à l'hospice, quels que fussent l'âge des défuntes et la maladie qui avait occasionné la mort. Il avait lui-même avoué les faits qui lui étaient reprochés. »
Tardieu, Krafft-Ebing, Garnier ont parlé de stercoraires, de renifleurs, pour lesquels l'excitation génésique est liée à la vue, au contact ou à l'odeur des matières fécales, de l'urine, des papiers de water-closets, etc. Krafft- Ebing considère ces faits comme des variétés de masochisme, et il est incontestable qu'on ne savirait pousser plus loin le goût de l'avilissement le plus immonde.
Cependant, il ne s'agit, là encore, que d'une déviation maladive d'un phénomène physiologique, car on sait qu'à l'état normal, chez l'homme comme chez les animaux, les sensations olfactives produites par les sécrétions génitales sont un excitant génésique puissant.
La bestialité est encore une des formes de la perversion génitale. Elle consiste dans l'impulsion à s'accoupler avec les animaux. Ces faits ont été connus de tout temps. On les observe encore de temps à autre. Le D'" Hospital ^ rapporte le fait d'un individu qui, sous l'influence d'impulsions irrésistibles, tantôt se précipitait sur des jeunes filles pour les violer, et tantôt cherchait à se satisfaire avec des chiennes. Dans un travail de Magnan *, nous trouvons l'observation d'un homme qui, à neuf ans, pratique le coït sur une poule. Plus tard, il utilise une génisse. Marié, ayant des rapports normaux avec sa femme, il se sert encore d'une chèvre. Une fille de vingt-deux ans, citée par le même auteur, est obsédée par l'idée de s'accoupler avec un chien ; elle résiste, elle lutte et elle parvient à détourner, à chasser l'obsession en regardant un autre animal, un bœuf ou un cheval.
8° Inversion sexuelle. — Jusqu'ici, les nombreuses aberrations sexuelles cjue nous avons décrites, pour étranges, pour monstrueuses qu'elles soient.
' V. Morel. Annal, méd.-psijch., 1866, t. Yill, p. 119. * Annal, méd.-psych., 1850.
^ Curieuse observation de folie erotique avec autopsie. Annal, mtjd.-psvch.. janvier 1891, p. 45.
* Lobsession criminelle morbide, Rapport au Congrès d'anthropol. criminelle de Bruxelles, 1892.
782 PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
se rattachent encore à l'état physiologique par un point essentiel, fondamental : les sujets qui les présentent sont attirés vers des individus de sexe contraire, ils sont hétérosexuels. De sorte que, chez eux, peut-on dire, si le fonctionnement est ^Derverti à son point de départ, à son origine, par suite du besoin d'une excitation anormale, la fonction n'est pas absolument atteinte dans son moyen, qui est l'accouplement, non plus que dans son but, qui est la reproduction.
Il existe une autre perversion, physiologiquement beaucoup plus grave, puisqu'elle atteint la fonction génitale dans sa liaison d'être, en supprimant la possibilité même de la reproduction. Cette perversion est désignée par les Allemands sous le nom de sensibilité sexuelle contraire (contràre-sexualempfindung), et par les Français, depuis Charcot et Magnan, sous le terme beaucoup plus clair, à'inversion du sens génital. Elle consiste dans la tendance génésique vers un individu du même sexe, accompagnée d'une répulsion vive, quelquefois insurmontable, pour le sexe contraire. On la désigne encore par le terme homosexualité, par celui dhiranisnie (Ulrichs, 1860).
L'inversion du sens génital ou, plus brièvement, Vinversion sexuelle, a été signalée par Casper (1852), par Griesinger (1868). Mais son étude vraiment scientifique n'a commencé qu'avec les travaux de Westphal (Archiv. f. ^Sî/c/waï., 1870 et 1876). Puis, sont venus les remarquables travaux de Gock (1875), de Charcot et Magnan (1882), de Krafft-Ebing, de Moll, de Chevallier, etc. On en trouve d'intéressantes observations dans plusieurs publications de 3Iagnan et de ses élèves (Legrand, Saury, Sérieux), dans le livre de Garnier, dans un travail de G. Ballet, etc.
Voici, pour fixer les idées sur ce qu'il faut entendre par inversion du sens génital, le résumé de deux observations, dont l'une est empruntée à Charcot, et dont l'autre est due à G. Ballet.
Un professeur de faculté, très intelligent, doué de goûts artistiques, a vu, à l'âge de huit ans, un soldat qui se masturbait. Il l'imite, et il ressent une sensation agréable en pensant à ce soldat. Dès lors, le souvenir d'hommes nus l'excite génitalement, leur vue encore davantage. Les hommes jeunes, beaux et forts l'impressionnent vivement ; les statues d'hommes nus lui produisent le même effet. Il a des goûts féminins, il s'intéresse beaucoup aux toilettes de femme. Mais il n'éprouve aucun désir en présence des femmes, le nu féminin le laisse complètement indifférent. Il a des rêves érotiques dans lesquels il n'évoque jamais que des hommes nus, cette évocation s'accompagne de pollutions. Dans son enfance, le sujet avait des propensions au vol. Plus tard, il a été atteint d'arithmomanie. Il a quelquefois des crises hystériformes. Sur le conseil de ses médecins, ce malade s'est essayé aux relations sexuelles avec des femmes. Après un certain nombre d'essais infructueux, il a fini par obtenir des résultats, et, à sa grande joie, il a vu son état s'améliorer ^
' Charcot et Magnan. Archiv. de NeuroL, 1882.
Jl
ÉTATS MORBIDES INTERMITTENTS DE L'ÉMOTIVITÉ, ETC
Le malade de G. Ballet' est un homme de quarante-sept ans, d'une intelligence ordinaire, plutôt faible, et d'un caractère timide. 11 passe pour un peu original, mais il gère bien ses affaires, qui sont importantes, 11 raconte qu'il a toujours eu des goûts et des appétits de femme. Dès la puberté, il a éprouvé une tendance génésique vers les hommes. Il n'a, jamais eu aucun désir pour une femme. Souvent, il a cherché à avoir des rapports avec des femmes, mais toujours sans succès; deux fois seulement, il a pu éjaculer, mais c'est parce qu'il a évoqué l'image d'un homme. « Deux fois, dit-il, j'ai rencontré des gens qui m'ont fait des propositions déshonnètes. J'ai repoussé ces propositions, mais j'avais le plus vif désir de les accepter. J'ai l'occasion de revoir quelquefois une des personnes qui ont ainsi cherché à entrer en relations avec moi et, bien que j'aie pour elle peu d'estime, j'éprouve à la voir un plaisir extrême. Je lutte autant que je puis le faire, mais la vie est devenue pour moi insupportable, et je suis vraiment très malheureux, m Comme la plupart de ces malades, cet homme a une lourde hérédité névro-psychopathique. il présente d'autres anomalies : très émotif, irrésolu, il a eu des accès de doute angoissant.
Un grand nombre de cas de pédérastie chez l'homme et de saphisme chez la femme rentrent dans la catégorie de Vinversion sexuelle. Nous disons un grand nombre, car ici, plus que dans les autres perversions, il faut tenir compte des faits dans lesquels une curiosité malsaine, la recherche de sensations nouvelles née de la satiété, jouent un rôle détemninant et se substituent à la tendance instinctive, à l'impulsion. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne devient pas pédéraste qui veut, et les faits de dépravation pure et simple, sans tendance innée, sont exceptionnels.
Certains caractères, étrangers à l'acte génital lui-même, peuvent servir utilement à établir le diagnostic de l'inversion vraie. On a signalé (Westphal, Krafft-Ebing, Magnan, Moll, Sérieux) le goût des hommes pour les occupations féminines : ils cultivent la broderie, la tapisserie et autres ouvrages de femme, ils aiment à s'habiller en femme, ils ornent et disposent leurs appartements comme des boudoirs. Entre eux, ils se donnent souvent des prénoms féminins, ils s'écrivent des lettres d'amour enflammées, etc., etc. Chez les femmes inverties, on observe des goûts et des tendances opposés, le dédain pour les occupations habituelles à leur sexe.
Quelques-uns de ces malades, tout en ayant les organes génitaux normalement conformés, présentent certains caractères du sexe opposé : chez les hommes, absence de poils sur le corps, formes et démarche féminines, voix aiguë, développement des mamelles avec sécrétion lactée, et, chez les femmes, formes et voix viriles, développement exagéré des poils, rétrécissement du bassin, atrophie des mamelles, etc. {Gynandres, de Kraflt-Ebing). Malheureusement, ces modifications anatomiques, dont l'importance serait considérable, ne sont ni spécifiques, ni même fréquentes.
Si l'on s'en tient aux observations publiées, Vinversion sexicelle serait plus fréquente chez l'homme. Mais ce n'est peut-être là qu'une apparence.
' Archiv. génér. de méd., 1888.
PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
cette perversion e'tant beaucoup plus facile h dissimuler et à satisfaire chez les femmes. Westphal etGock ont rapporté chacun un fait d'inversion relatif à des filles d'un niveau intellectuel peu élevé. Pour les détails, les choses se passent exactement comme chez les hommes. Krafft-Ebing, Chevallier, Sérieux, MoU, en ont donné aussi des observations.
Indépendamment des cas typiques et développés sur un terrain spécial, on a noté des faits cV inversion sexuelle passagère chez des maniaques et chez des mélancoliques (Westphal, Krafft-Ebing, Magnan).
On a décrit également des cas d'inve?^sion sexuelle acquise, se développant dans les agglomérations d'hommes (collèges, marins, etc.). Jlais il semble bien qu'il s'agisse plutôt de dépravations momentanées, résultant d'une continence forcée et longtenaps maintenue.
Enfin, il existerait des faits du même genre dans certaines agglomérations d'animaux (Huber, Lombroso), de même qu'il n'est pas très rare de voir des chiens mâles, par exemple, s'essayer entre eux au coït. Ces faits doivent être plus complètement étudiés, si l'on veut en tirer des conclusions scientifiques.
Provisoirement, et pour éviter des répétitions interminables, nous avons établi une sorte d'opposition entre les perversions si^nples, c'est-à-dire dans lesquelles le malade s'adresse encore à un individu du sexe opposé (hétérosexualité), et V inversion du sens génital (homo-sexualité).
Nous devons a,jouter maintenant que cette opposition disparaît souvent en fait. Beaucoup de pervertis ne deviennent jamais des invertis, mais il est fréquent d'observer chez les invertis les perversions que nous avons décrites avant l'inversion sexuelle. Toutes pevivent s'y associer. On se trouve alors en présence d'une perversion double, atteignant à la fois le fond et la forme de la fonction génitale. Dans ces faits complexes, le fétichisme, le sadisme, le masochisme et toutes les différentes perversions se présentent avec les mêmes caractères que nous connaissons déjcà. On en trouve des exemples très probants, en particulier dans les ouvrages de Krafft-Ebing, de Chevallier, de Moll et de Garnier. Ce dernier auteur rapporte, entre autres, la longue observation d'un homme, inverti sexuel, qui avait en même temps et à un très haut degré, le fétichisme des bottes vernies d'hommes. Il les caressait amoureusement, il les flairait avec transports, il les mettait dans son lit, etc. La vue, le contact, l'odeur de ces bottes, suffisaient, suivant les dispositions du moment, â provoquer l'érection et l'éjaculation.
Krafft-Ebing classe de la façon suivante les diverses modalités que peut présenter V inversion sexuelle congénitale :
a. hliermaphrodisme psycho-sexuel , dans lequel, avec une prédominance marquée de l'inversion, des tendances homo-sexuelles, on trouve des traces de tendances hétéro-sexuelles, normales.
b. h' homosexualité , ou penchant sexuel exclusif vers les individus du même sexe, avec répulsion pour les individus de sexe différent.
c. L'effémination, dans laquelle la constitution psychique dans son ensemble est modifiée dans le sens de l'inversion sexuelle, subit une déviation correspondante à cette inversion.
d. L'androgynie, caractérisée par des modifications organiques, par une transformation physique en rapport avec l'inversion sexuelle (type masculin chez la femme, tj^pe féminin chez l'homme).
Cette classification embrasse à peu près tous les cas, au moins tous ceux qui sont bien tranchés. Mais, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, il existe, ici comme ailleurs, des faits qui débordent tous les cadres, qui échappent à toute classilication systématique. On trouve dans l'ouvrage de Moll {loc. cit.) des cas intermédiaires, participant des caractères attribués à plusieurs des catégories précédentes. Par exemple, certains invertis efféminés (3" catégorie de Krafft-Ebing), parfaitement caractérisés, peuvent par moments avoir des rapports avec des femmes et y trouver satisfaction complète (l''** catégorie), etc.
9"^ Hermaphrodisme psycho-sexuel. — h' hermaphrodisme psychique est caractérisé par un penchant variable., portant tantôt sur l'homme et tantôt sur la femme.
Gasper avait signalé cette transposition du penchant sexuel chez des sujets dépravés qui, ayant abusé de la femme, en arrivent à une sorte de dégoût pour elle; ces cas rentrent dans \di pédérastie acquise. Mais, d'après certains auteurs, d'après Moll, en particulier, il est des cas où la variation de l'attraction sexuelle est indépendante de toute espèce d'abus et de dépravation, où elle est j^récoce et Tée\\e,mQn\. primitive .
Gomme toutes les perversions que nous avons étudiées, V hermaphrodisme psychique présente des degrés différents, selon les cas. Par exemple, l'anomalie peut être très restreinte, n'exister que par rapport à un seul individu : un homme éprouve un penchant très particulier pour un autre homme. Ghaque fois qu'il le voit, ses tendances génitales s'éveillent, et, dans cette circonstance, il devient un véritable inverti sexuel. Mais, chose remarquable, l'excitation génitale ne se reproduit chez ce sujet pour aucun autre homme, et, en dehors de ce fait particulier, l'appétit génital pour les femmes est intact, le sujet est tout à fait normal au point de vue sexuel.
Dans un second cas, l'excitation génitale n'est pa-s limitée à un individu en particulier, elle s'étend à toute une catégorie : sujets bruns ou blonds, vieillards, militaires, domestiques, en un mot, sujets appartenant à un certain type, le type opposé étant complètement indifférent (Krafft-Ebing, Tarnowski, Moll). Pour ces deux premières catégories de malades, on peut dire que l'hermaphrodisme psychique est systématisé.
Un troisième groupe comprend les cas les plus complets et aussi peut-être les plus rares, ceux dans lesquels un sujet présente un égal penchant tantôt pour le sexe masculin en général, et tantôt pour le sexe féminin, qu'il s'agisse des blonds ou des bruns, des blondes ou des brunes. « Ghez un grand nombre de ces hermaphrodites, dit Moll, le sexe de l'individu vers lequel ils se sentent sexuellement attirés ne joue aucun rôle. Ils ont un penchant pour un certain type, et le sexe du type n'est, pour eux, d'aucune importance. Ce qui joue le rôle principal dans leur passion, c'est la tête de l'individu, les uns aimant
PSYCHOSES CONSTITUTIONNELLES
une tête blonde avec des cheveux coupés courts, d'autres des traits fins, etc., abstraction faite de ce que la tête appartient à un homme ou à une femme. » C'est là encore un mode de systématisation.
Nous devons nous bornera mentionner V hermaphrodisme physiqice. Au point de vue anatomique, ainsi qu'au point de vue de ses conséquences médico- Jégales possibles, il est étranger à l'objet de notre étude, et nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages spéciaux '■. On sait que l'hermaphrodisme est divisé en interne ou vrai et en externe ou apparent. Longtemps contesté, l'hermaphrodisme vrai, qui consiste dans la coexistence d'ovaires et de testicules, est aujourd'hui admis comme une réalité. Il est beaucoup plus rare que l'hermaphrodisme extei"ne. Celui-ci est caractérisé, chez le mâle, par l'hypospadias et la cryptorchidie; quand l'hypospadias est très accentué, la soudure de la fente uro-génitale peut être incomplète au point de laisser subsister une dépression profonde, analogue à une vulve, et suffisante pour permettre des rapprochements sexuels. Chez la femme, l'hermaphrodisme externe résulte principalement d'un développement anormal du clitoris. De Là des erreurs de sexe assez fréquentes, et dont les conséquences peuvent être fort graves.
La seule chose qui nous intéresse directement ici, c'est que ces sujets de sexe douteux présentent aussi, ordinairement, des tendances génitales ambiguës ou anormales. Les uns sont dans un état de frigidité complète. Les autres sont hermaphrodites psychiques comme ils le sont par leur constitution physique. D'autres enfin n'ont que des tendances homo-sexuelles, sont complètement invertis au point de vue génital. S'il est vrai que l'éducation vicieuse qu'ils ont reçue, du fait même de l'incertitude de leur sexe, puisse expliquer dans certains cas les perversions que présentent ces sujets, il n'en est pas moins certain que la déviation organique s'accompagne primitivement, et en dehors de toute éducation vicieuse, d'une déviation fonctionnelle et psychique, puisque les perversions génésiques se rencontrent également chez ceux de ces sujets qui, n'ayant pas été victimes d'une erreur de sexe, ont reçu une éducation conforme à leur sexe réel.
Après l'étude qu-e nous venons de faire, il est facile de voir que le classement rigoureux des perversions sextielles est très malaisé, telle perversion 130uvant être légitimement placée dans l'une ou l'autre des catégories établies, telle autre participant des caractères de plusieurs de ces catégories. C'est ainsi, par exemple, que le malade dont nous avons résumé l'observation, d'après Magnan et Garnier, est à la fois sadique (impulsion à mordre la peau d'une jeune fille) et fétichiste corporel, puisque l'excitation spéciale est nécessairement liée à la vue ou au contact d'un lambeau de peau. C'est ainsi encore que la limite entre le fétichisme et le masochisme est souvent incertaine, puisqu'un même fait peut être, suivant les auteurs, diversement classé (par exemple, renifleurs, stercoraires, etc.).
Malgré toutes ces difficultés, Magnan a tenté une véritable classification,
* Consulter :
' Art. des diction. J. Chevalier. L'inversion sexuelle, 1893. Bailliez, les sujets de sexe douteux, th. Paris, 4893. E. Laurent. Les Bisexués, Paris, 1894.
ETATS MORBIDES INTERMITTENTS DE L'EMOTIVITE, ETC
d'après des données anatomo-physiologiques. Nous la donnons ici, en faisant observer qu'elle ne résout aucunement la difficulté et qu'elle est passible des objections faites aux simples classements d'après les. caractères de l'acte. Magnan établit quatre groupes ' :
« Les spinaux, qui forment le premier groupe, sont réduits au réflexe simple, leur domaine se ti'ouve limité à la moelle, au centre génito-spinal de Budge. C'est l'onanisme chez l'idiot complet.
« Pour les seconds, les spinaux cérébraux postérieurs, le réflexe part de l'écorce cérébrale postérieure et aboutit à la moelle. La vue seule, l'image d'un sujet de sexe différent, quelles que soient ses qualités, qu'il soit beau ou laid, jeune ou vieux, provoque l'orgasme vénérien. C'est l'acte instinctif purement brutal.
« Un troisième groupe comprend les spinaux cérébraux antérieurs. Le point de départ du réflexe est dans l'écorce cérébrale antérieure; c'est une influence psychique, comme dans l'état normal, qui agit sur le centre génitospinal ; luais l'idée, le sentiment ou le penchant sont ici pervertis. Nous verrons, en effet, le penchant anormal d'une femme pour un garçon de deux ans. D'autre part, l'acte conjugal, chez un homme, sous la dépendance exclusive du souvenir de la tête d'une vieille femme ridée, couverte d'un bonnet de nuit. Par suite, frigidité complète, tant que l'image n'est pas évoquée.
« Enfin, les cérébraux antérieurs ou psychiques; ce sont des extatiques, des érotomanes. Un jeune élève des Beaux-Arts vit dans la chasteté absolue; son amour*, c'est Myrtho réfugiée dans une étoile, il contemple tous les soirs cette étoile, lui adresse des vers, brûle de l'encens, m
Il est peut-être inutile de faire remarquer le caractère théorique de cette classification, puisqu'elle repose exclusivement sur des localisations qui n'ont rien de définitif et dont la plupart sont fort contestées.
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