‹ Traité de paysage mis à la portée de tousChapitre 7 sur 10 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Il est rare que l'on trouve dans les productions de la nature des lignes parfaitement droites, parce que toutes les lignes de contours sont des lignes courbes ou sont composés de lignes courbes : effectivement, si Ton examine attentivement les arbres, les eaux, les rochers, les montagnes, les nuages, on reconnaît de sufte que ceux de ces objets qui semblent formés de lignes droites, ou apparaissent en lignes droites, sont cependant plus ou moins tourmentés de légères courbures. Ainsi voyez les nouvelles pousses des jeunes arbres de plusieurs espèces ; au premier abord elles semblent droites : néanmoins, elles sont

ondulées; sans cette condition elles paraîtraient raides. Quant aux anciennes branches,, le temps les ayant fait plier sous le poids de leur propre feuillage, et les ayant recouvertes de mousse, lichens et autres corps étrangers, leurs formes en sont plus courbes et plus interrompues. Il en est de même des troncs d'arbres : ceux qui paraissent les plus droits ont leur contour extérieur mouvementé d'accidents et de courbes prononcées. Cependant, comme il est plus difficile de retracer des lignes courbes que des lignes droites, on cherche autant que possible, dans l'étude du paysage, à apercevoir et représenter l'aspect des masses générales et particulières, d'abord sous des formes anguleuses, composées de lignes droites. Cette manière de voir et de procéder a l'avantage de donner une plus grande exactitude procédant de l'ensemble aux détails, car il est plus facile de juger et de retracer les figures formées de lignes droites et d'angles rectilignes que celles qui offrent la combinaison de lignes courbes et d'angles curvilignes. Du reste, il est toujours aisé d'enfermer par la pensée dans des lignes droites la forme courbe de la masse que présente le contour extérieur d'un arbre, ou d'une réunion de feuilles, et d'obtenir plus facilement l'imitation des groupes de feuilles quand on a retracé la découpure extérieure. Je ferai observer que cette manière de voir la nature ne doit avoir lieu que quant à l'ensemble ; cette première

disposition obtenue, on épure de plus en plus le contour des formes, jusqu'au moment où Ton croit avoir approché aussi près que possible de la vérité.

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