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PERSPECTIVE AÉRIENNE

dits dans le lointain ; la couleur bleue augmente, et l’on peut dire que toutes les couleurs viennent se fondre dans une seule, qui est le bleu des lointains.

Le jaune y devient bleu-jaune, c’est-à-dire un peu verdâtre.

Le rouge y devient rouge-bleu, c’est-à-dire un peu violacé.

Le bleu y devient moins foncé s’il était d’abord foncé, et plus foncé au contraire s’il était très clair. En tout cas, jamais ce bleu de lointain ne peut devenir intense ; il ne doit évidemment pas dépasser de beaucoup le bleu du ciel, qui est le bleu de l’air à son maximum d’intensité.

79. Manière de rendre en camaïeu, à l’encre de Chine, les effets de la distance. — Les effets de la distance se rendront, à l’encre de Chine, de manières différentes suivant l’intensité des tons.

En effet : un objet, en s’éloignant, doit 1° perdre de sa coloration propre ; 2° prendre le ton de l’air. Par conséquent, suivant que l’un ou l’autre de ces deux effets l’emportera, on devra diminuer ou augmenter la teinte d’encre de Chine qu’on lui aurait attribuée en prerhier plan. Donnons des exemples :

(a) Un objet jaune en lumière , se rendra en premier plan par une teinte d’encre de Chine très légère et pour ainsi dire nulle ; en s’éloignant, c’est l’effet d’assombrissement de l’air qui l’emportera; on rendra donc l’éloignement, pour les objets jaunes, en ajoutant de légères teintes d’encre de Chine qui, cependant, ne devront jamais, même pour les lointains, dépasser la teinte que l’on jugerait devoir représenter le bleu du ciel ou, mieux encore, le ton des montagnes au lointain.

(b) Un objet jaune dans l'ombre, et plus généralement tout objet dans l’ombre, se rendra, en premier plan, par une teinte d’encre de Chine en général assez intense ; lorsque

l’objet s’éloignera ce sera l’effet d’éclaircissement qui l’emportera et l’on devra diminuer les teintes.

(c) Pour un objet rouge en lumière (le rouge étant un ton demi-sombre), la teinte d’encre de Chine, qui le rendra en premier plan, ne sera ni claire ni foncée et à peu près la même que celle qui conviendrait comme bleu de lointain. Il pourra donc se faire que l’éloignement conduise à ne modifier que très peu la teinte rendant le rouge. Cependant comme il ne faut jamais, en dessin, rester dans l’indécision, on devra franchement adopter un rouge clair ou un rouge foncé ; s’il est clair, on en rendra les effets comme on a fait pour du jaune ; s’il est foncé, on agira comme il va être dit pour le bleu.

(d) Un objet bleu dans la lumière (le bleu étant une couleur sombre) se rendra, en premier plan, par une teinte d’encre de Chine un peu accentuée. En s'éloignant, cette teinte devra diminuer, tandis que l’air agira pour la foncer; le premier effet l’emportera. Par conséquent, pour les bleus, surtout les bleus sombres dans la lumière (ceci ne s’appliquerait pas aux bleus clairs), la distance se rendra en diminuant le ton de premier plan.

(e) Règle générale. — Veut-on savoir, en faisant un camaïeu, si tel ton d’ombre ou de lumière doit être rabattu ou éclairci en s’éloignant, on commencera par établir le ton qui conviendrait aux lointains, et qui sera très voisin de celui qui figurait le ciel, près de l’horizon. Les tons plus clairs que celui-là s’assombriront en s’éloignant, mais sans jamais dépasser comme intensité celui des lointains ; les tons plus foncés que celui des lointains devront s’éclaircir en s’éloignant, mais sans jamais devenir plus clairs que le ton de ceux-ci. En résumé :

Tous les tons , en s’éloignant, tendront à se rapprocher d'un ton unique , qui est celui des lointains. Cette règle résume tous les effets de perspective aérienne.

§ V. — Effets physiologiques de contraste et d’irradiation

80. Effets physiologiques. — Les effets que nous allons décrire sont physiologiques et se produisent sur les nerfs de la rétine. Leur influence est considérable sur l’aspect apparent des objets ; le dessinateur doit les connaître, afin de les produire dans ses rendus en les exagérant. Il augmentera ainsi l'illusion produite par eux sur le spectateur. Voici les principaux effets de contraste et d’irradiation. Commençons par les effets de contraste.

(a) Effets de contraste. — 1° Si deux surfaces placées à côté l’une de l’autre sont, l’une noire et l’autre blanche, leur différence d’éclat s’exagère par le seul fait de leur juxtaposition.

2° Une même surface légèrement grise paraîtra presque noire si on la fait se détacher sur un fond très blanc ou

très lumineux, et presque blanche, au contraire, si on la met sur un fond noir.

3° Un cercle très blanc placé sur un fond moins blanc semblera entouré d’une auréole dégradée grise. Au contraire, un cercle très noir placé sur un fond presque blanc semblera entouré d’une auréole plus blanche que le fond et se dégradant vers le blanc du fond en s’éloignant du cercle.

4° Une surface d’une certaine couleur, verte par exemple, se détachant sur un fond vert un peu différent d’elle, parait moins verte que si on la place sur un fond d’une couleur complémentaire, rouge par conséquent.

5° Une figure d’une certaine couleur placée sur un fond blanc paraît entourée d’une auréole dégradée, teintée de la couleur complémentaire. En résumé:

RENDU — GENERALITES

( b ) Loi du contraste. — Deux tons de couleurs analogues s’atténuent réciproquement, et deux tons de couleurs opposées, c’est-à-dire complémentaires, s’exaltent l’un par l’autre .

(c) Effets d’irradiation. — Deux surfaces égales, l’une noire et l’autre blanche, placées à côté l’une de l’autre, ne paraissent pas égales, et la surface blanche parait plus grande. C’est par un effet analogue que le croissant de la lune, alors que la lumière cendrée est visible, semble déborder sur la partie obscure du disque. Un fil fin, obscur, visible sur un fond gris disparaît si le fond devient plus éclairé. Les plombs des vitraux, dans les églises, paraissent beaucoup plus minces qu'ils ne le sont en réalité. Dans certains cas, c’est à peine si on les voit. En résumé :

(d) Loi de l'irradiation. — Il y a empiétement du clair sur l’obscur. On dit que le blanc mange le noir.

(e) Conséquences. — 1° Si deux plans A et B (fig. 105) se

Fig. 105

coupent suivant une arête vive CD ; si l’un d’eux A est éclairé, et si l’autre B est dans l’ombre, la face dans l’ombre paraît plus noire aux environs de l’arête CD et la face éclairée plus blanche.

Le dessinateur devra donc, dans son rendu, accuser cet effet en l’exagérant.

Fig. 106

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2° En architecture (fig. 106), les fenêtres se détachent sur des murs qui, même dans l’ombre, sont beaucoup plus éclairés que l’intérieur des pièces auxquelles appartiennent

ces fenêtres. Elles paraissent très noires; c’est un effet de contraste. Elles sont, en outre, plus foncées en haut qu’en bas. Ce dernier effet tient à ce que, dans les appartements, les parties basses des murs intérieurs sont plus éclairées que les parties hautes; il se justifie également par ce qui est dit aux numéros suivants (3° et 4°).

3° Dans un édifice, les toits paraissent presque toujours très sombres, à moins qu’ils ne fassent miroirs et ne réfléchissent la lumière. Cela tient à ce qu’ils se détachent sur le ciel qui est presque toujours très brillant. Les ombres dans les toits paraissent toujours très noires.

4° Le ciel étant bleu, les objets qui se détachent sur lui doivent paraître plus orangés qu’ils ne le sont en réalité, puisque l’orangé est la couleur complémentaire du bleu. Ce fait est surtout sensible pour les édifices en pierres jaunes. Aussi les architectes ont-ils l’habitude, dans leurs lavis, lorsqu’ils veulent rendre l’effet d’un édifice en pierre rouge ou jaune, de passer la teinte plus intense à la partie supérieure.

Plus généralement, à cause du contraste puissant dû au ciel très clair, tous les tons (tons d’ombre ou tons de couleur) doivent être plus intenses à la partie supérieure des édifices qu’à la partie inférieure. Nous verrons, en parlant du rendu d’architecture, que les reflets terrestres contribuent à accentuer encore l’exagération des ombres et même des couleurs à la partie supérieure des édifices.

Fig. i 07

5° Dans un dessin d’architecture (fig. 107), les ombres fines telles que a, qui se détachent sur une surface très éclairée, comme l’est un larmier, paraîtront, à égalité d’éloignement, plus noires que d’autres ombres plus larges, telles que C. La partie B de l’ombre, qui est peu étendue et qui est voisine d’une partie très éclairée, paraîtra plus sombre que la grande nappe d’ombre C, quoique située dans un même plan. En fondant la teinte de B en C on produira un effet satisfaisant et l’on donnera au dessin l’aspect que produirait un éclairage puissant.

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