X. - DE LA COMPOSITION DU TABLEAU
calque parfaitement la nature. Cet instrument inventé , il y a plus de trente ans, par le professeur J.-F. Le Breton , mon père (i), a toujours été employé avec le plus grand succès , dans nos cours publics ou particuliers de perspective , pour faire comprendre la direction que prennent les lignes fuyantes et les modifications que subissent les formes des différens objets , par l’effet de la perspective , qui ne nous permet pas de voir la nature telle qu’elle est , mais seulement des apparences soumises aux lois diverses que nous avons exposées.
Cet instrument est très simple : il se compose d’un verre placé dans un cadre que l’on fixe sur une table , ou sur trois pieds , à la manière des instrumens employés par les ingénieurs. À la partie supérieure du cadre AB (PI. LV, fig. i), est adaptée une tige de cuivre CD, qui est mobile et retenue par une vis. Par l’extrémité E de cette branche de cuivre, qui est percée, passe une seconde tige EF, également mobile, et que l’on fixe encore au moyen d’une vis; à l’extrémité F de cette seconde tige, on place une ou deux plaques rondes de dix-huit lignes environ de diamètre , dans le milieu desquelles on a pratiqué une très petite ouverture, d’une ligne à-peu-près. Au moyen de la vis G , on éloigne plus ou moins du
(1) L’instrument dont nous donnons ici la description et que nous avons appelé tout simplement Machine à calquer , d’après nature, offre une ressemblance frappante , à ce que l'on assure, avec un appareil, destiné au même usage et décrit sous le nom de Hyalographe , dans un ouvrage sur la Perspective récemment publié. L’appareil inventé par mon père , a été exécuté, il y a plus de trente ans, sur les dessins qu’il a fournis à l’habile mécanicien, M. Dumotiez. Cet instrument, dont nous n’avons jamais cessé de recommander et de démontrer l’emploi, dans nos cours de perspective, était encore exposé aux yeux des artistes et des amateurs dans le cabinet de physique de mon pere , dont la vente a eu beu il y a douze ans. La Machine à calquer , d’après nature , exécutée par M. Pixii, successeur de M. Dumotiez, se trouve chez l’au.teur du présent ouvrage (rue Pot-dc-Fer-Saint-Sulpice, n° 20). Prix de cet appareil de 3o à 60 francs, suivant le format.
l44 APPLICATION DE LA PERSPECTIVE SIMPLIFIEE,
verre la branche EF , selon la grandeur que l’on veut donner à l’objet qu’il s’agit de calquer d’après nature : ensuite on applique un œil sur l’une des petites ouvertures , en fermant l’autre oeil , et avec un crayon blanc ou noir, on trace les contours des objets tels qu’on les voit ; enfin on calque fidèlement ce que l’on a sous les yeux. Cette opération finie , on ôte l’instrument de cuivre adapté au cadre , on pose une feuille de papier sur le verre et l’on calque de nouveau ce qui est sur le verre. Ce dessin ainsi calqué , on met le bon trait, mais il faut que la personne qui veut se servir de cet instrument , ait étudié la perspective , et sache un peu dessiner. Si elle n’avait aucune de ces notions , en arrêtant le trait de son dessin , elle pourrait gâter ce qu’elle aurait calqué ; elle ne finirait pas dans l’esprit de la perspective, comme nous l’avons démontré (PI. LU, fig. i et 2 ).
Nous ferons observer que , pour que le crayon puisse prendre sur le verre , on fait dissoudre, dans de l’eau, un peu de gomme arabique , et , au moyen d’une éponge imbibée de cette eau , on mouille également la surface du verre ; on laisse bien sécher^ et ensuite toute espèce de crayon , et le trait même de la plume , prend sur le verre ainsi préparé.
On conçoit qu’il faut toujours que l’œil soit éloigné du tableau que l’on calque à deux ou trois fois la largeur de ce tableau , autrement on aurait, au lieu d’un tableau , un fragment de Panorama. Nous donnerons la description de ce genre de perspective dans la section suivante.