APPLICATION DU PREMIER APPAREIL
On nomme premier appareil le premier pansement que l'on applique à une plaie récente. C'est celui de tous au-
quel ii est indispensable de donner le plus d'attention. Après les soins de propreté' indispensables, et lorsque la plaie ne saigne plus, il faut, si l'on veut réunir par première intention, assembler en faisceau les fils à ligature. Pour en diminuer le volume, on coupe une des extrémités du fil auprès de l'endroit lié, et on laisse sortir au dehors l'autre extrémité. On entoure ces fils réunis d'un petit linge, et l'on maintient le tout accolé sur un des bords de la plaie par une bandelette agglutinative , afin d'éviter qu'ils adhèrent avec les autres parties de l'appareil. Sans cette précaution, on courrait le risque, quand on renouvelle le pansement, de détacher les ligatures, ou au moins de les ébranler par les tiraillements, et dans les deux cas, de voir survenir une hémorrhagie. Le point par lequel on fait sortir les fils est ordinairement l'angle le plus déclive de la plaie ; cependant si par le grand nombre de ligatures ils formaient un volume trop considérable, on les diviserait en plusieurs faisceaux , que Ton ferait sortir isolément entre les bandelettes.
Lorsqu'il existe une perte de substance considérable, qui ne permet pas de réunir immédiatement, on recommande en France de couper les deux extrémités du fil auprès des nœuds, le fond de la plaie devant toujours être en vue. Les chirurgiens anglais ne bornent pas seulement cette section des deux extrémités du fil auprès du point lié aux cas où l'on ne réunit pas par première intention ; quelques uns suivent, au contraire, la pratique de leur compatriote Lawrence, qui, sans s'inquiéter du fil qu'il laisse dans la plaie , les réunit comme à l'ordinaire , quand le cas le permet. A la vérité, outre qu'il coupe les deux fils très près du nœud, ces fils, qui sont en soie, n'occupent qu'un volume très faible : leur poids, qui n'excède jamais
un vingtième de grain pour la ligature des plus Tories artères, ne va qu'à un quatre-vingtième de grain pour les plus petites. Suivant M. Lawrence, ces fils ne causent le plus ordinairement aucun accident. L'essai de ce procédé a réussi à plusieurs chirurgiens en Angleterre, et en France à MM. Roux et Delpecb. Néanmoins on doit craindre dans ces cas que, pour être expulsés au*dehors , les fils ne déterminent . de petits abcès, comme cela est arrivé à M. Guthrie, à M. Dupuytren à l'Hôtel-Dieu de Paris, et comme M. Samuel Cooper dit également l'avoir vu survenir. L'ancien précepte de ne couper les deux extrémités du fil que lorsque l'on ne réunit pas la plaie immédiatement paraît donc encore le plus sûr.
Nous avons dit qu'en raison clu gonflement inflammatoire inévitable qui doit survenir, le premier appareil sera toujours appliqué mollement, et que les différentes pièces qui le forment ne seront que peu serrées. Si , malgré ces précautions prises, le gonflement était assez considérable pour occasioner de vives douleurs dans la partie malade , il vaudrait mieux enlever les bandes et les compresses pour les réappliquer, que de risquer de voir survenir des accidents. Mais avaut d'occasioner au malade les dérangements nécessaires pour un nouveau pansement, dérangements qui peuvent eux-mêmes présenter de graves inconvénients par la réaction trop brusque qui survient lorsqu'une plaie comprimée cesse tout à coup de l'être, on essaiera de couper en travers quelques tours de la bande qui maintient l'appareil : le relâchement produit par cette section suffit souvent pour faire cesser les accidents.
Souvent, chez les sujets nerveux, les douleurs persistent malgré que l'appareil ne comprime plus en aucune manière: dans ces cas, on imbibera les linges de décoctions
mucilagineuses de racine de guimauve ou de graine de lin , rendues légèrement narcotiques par le mélange de solutions de têtes de pavot ou de feuilles de morelle.
L'hémorrhagie est un autre accident souvent à craindre , lorsqu'une plaie est encore récente. Il faut savoir distinguer celle qui provient du dégorgement des capillaires, et de la cessation de l'état de resserrement spasmodique que ces vaisseaux éprouvent dans les premiers instants de la division, d'avec l'écoulement sanguin provenant de la chute d'une ligature , ou qui serait fourni par l'orifice d'un rameau artériel qui n'aurait point été lié. Nous traiterons assez au long de ces accidents, et des moyens d'y remédier, à l'article des hémorrhagies.
Si rien ne contraint à enlever le premier appareil , on ne doit y toucher qu'à l'époque où s'établit la suppuration dans les plaies qui doivent offrir ce phénomène, et un peu plus tard pour celles que l'on réunit par première intention.