DE LA. LEVÉE DU PREMIER APPAREIL
L'époque à laquelle s'établit la suppuration varie suivant une foule de circonstances. Elle commence un peu plus tôt en été qu'en hiver, chez un enfant et un sujet rotmste que chez un vieillard ou un individu affaibli. La nature des parties lésées a également une influence :- celles qui sont habituellement douées d'une vive sensibilité ou abondamment pourvues de tissu cellulaire suppurent plus vite et en plus grande quantité que celles qui offrent les conditions contraires*, le même phénomène s'observe sur les solutions de continuité en partie anciennes et en partie nouvelles, par rapport aux plaies récentes dans toute leur
étendue. Il est bon aussi de faire observer qu'en raison du mode différent de vitalité des divers tissus, l'époque et l'intensité de leur inflammation diffèrent singulièrement. Cependant ces phénomènes particuliers des plaies ne sont généralement pas remarqués, et n'ont sur l'ensemble de la guérison qu'une influence presque toujours inaperçue; et le mot de suppuration s'entend principalement de celle des tissus doués de plus de vitalité, tels que la peau, le tissu cellulaire et les muscles, qui forment, le plus souvent , la presque-totalité de la surface des plaies.
En général, ce n'est que du quatrième au cinquième jour que la suppuration est établie. Avant d'enlever les diverses pièces de l'appareil, il convient de les imbiber d'une solution émolliente, ou simplement d'eau tiède, pour en faciliter le décollement. Si, par le dessèchement des liquides qui ont suinté de la plaie pendant les premiers jours, l'ensemble des linges formait une masse dure et solidement accolée, on ferait bien de les maintenir mouillés une ou deux heures à l'avance pour les détremper et en permettre le détachement facile , sans risquer de causer des tiraillements toujours douloureux , et quelquefois même funestes.
Tous les objets qui doivent servir à enlever l'appareil et renouveler le pansement se trouvant disposés , le chirurgien, après avoir mis le malade et la partie blessée dans la position qu'ils avaient lors de la première application , donne le membre à supporter à un aide, qui devra le soutenir du plat des deux mains , sans appuyer en aucune façon, surtout avec l'extrémité des doigts. Le chirurgien détache ensuite les bandes avec douceur, sans trop se hâter, ce qui peut amener des secousses, s'il vient à se trouver arrêté dans un point où le chef serait encore accolé. A 'mesure que la bande se déroule, il la tient ramassée en la fai-
sant passer alternativement d'une main dans l'autre , et en prenant garde de laisser d'anse traînante, qui s'accrocherait à ceux des corps environnants qui peuvent lui faire obstacle. Si , malgré que l'appareil ait été imbibé en masse , les circulaires profonds étaient encore trop adhérents , on les mouillerait de nouveau avec une éponge imbibée d'eau tiède, plutôt que de tirer dessus avec un peu d'effort : cette imprudence exposerait à ce que, l'adhésion venant à se rompre tout à coup, la main, déjetée brusquement de côté, imprimerait au membre un mouvement violent.
Lorsque toute la bande a été enlevée, on détache doucement les compresses une à une, en les soutenant en dessous, du plat de la main gauche, pour éviter qu'en tombant elles n'entraînent d'un seul trait avec elles la charpie qui recouvre la plaie. Lorsque la couche est épaisse, on enlève d'abord les premières épaisseurs avec la pince à anneaux ou avec les doigts -, mais, à mesure que l'on approche de la surface de la plaie, on essaie avec la pince à anneaux, présentée obliquement, d'en détacher avec douceur les filaments; si on en trouve de trop adhérents, on sépare avec des ciseaux cette portion de celle qui est libre: détachés par la suppuration, ils tomberont d'eux-mêmes à un prochain pansement , tandis que , si on voulait les enlever de force , on ferait saigner la partie de la plaie à laquelle ils adhèrent, et on pourrait même courir le risque d'ébranler quelque ligature, s'il s'en trouvait en regard, outre l'inconvénient, dans tous les cas , de prolonger inutilement le pansement.