PANSEMENTS CONSECUTIFS
Aussitôt que l'ancien appareil est enlevé, il faut se hâter d'appliquer l'autre. On continuera d'apporter à ce panse-
ment, et à tous ceux qui suivront, les mêmes soins que nous avons indiqués plus haut. Un des plus importants est de ne jamais laisser la plaie exposée à l'air. La suppression de la suppuration qui peut s'en suivre est fréquemment accompagnée de frissons précurseurs d'une phlegmasie viscérale, non que le pus lui-même se transporte de la plaie sur les poumons, les plèvres, ou ailleurs, comme on l'enseignait dans l'ancienne chirurgie *, mais si la cause de ce phénomène n'est point dans un transport de matière, au moins survient-il par une irritation sympathique dont la cause à la vérité nous est inconnue, mais dont les effets n'en sont pas moins évidents et certains. Lorsque les plaies en suppuration sont très étendues, et que l'on se trouve dans des lieux encombrés de malades, et où l'atmosphère est chargée de miasmes délétères, les plaies devant être considérées comme des surfaces absorbantes, on conçoit le nouveau danger qu'il y a de les laisser à découvert. Enfin , pendant tout le temps qu'exige un pansement pour s'effectuer, on doit avoir soin que le malade soit suffisamment couvert, et qu'il n'y ait dans la chambre aucun courant d'air qui puisse porter sur lui; on évitera de le panser dans un moment où il serait en sueur, et, dans tous les cas, on ne découvrira jamais que l'étendue de parties strictement nécessaire pour le renouvellement de l'appareil.
La position à donner pendant le pansement au corps et aux parties affectées étant d'un grand intérêt pour que le malade n'en soit pas fatigué, il est bon dans la plupart des cas de le consulter à cet égard, soit que l'état de ses forces lui permettre de présenter ou de contenir lui-même le lieu affecté, ou que l'on soit obligé de confier ce soin à des aides. Si, en raison du siège que la plaie occupe, on est obligé de placer le malade dans une position qu'il ne puisse
garder facilement de lui-même, on devra soutenir avec des oreillers les parties qui porteraient à faux , ou faire supporter convenablement le malade par des aides, soit à bras, si le malade doit seulement être incliné sur le côté, soit en portant les extrémités de serviettes ou de draps plies et passés sous les épaules, les lombes ou le ventre, si l'on est obligé de le soulever et de le coucher sur l'une ou l'autre face du corps, et dans une situation plus ou moins pencbéev Ces inclinaisons sont souvent utiles chez des individus très affaiblis } et pour le pansement de certaines plaies des parties latérales et postérieure du tronc, et principalement des eschares gangreneuses au sacrum. Dans tous les cas, une fois le pansement commencé, la position du malade ne doit plus être changée ou modifiée, que si le chirurgien lui-même le requérait.
Lorsqu'un pansement est terminé, il est essentiel de donner au corps en général, et en particulier à la partie malade, la situation la plus convenable pour la guérison.
La situation concourt à la guérsion de deux manières : en favorisant l'évacuation des liquides à mesure qu'ils sont sécrétés ou amenés par des conduits fistuleux à la surface de la plaie, et en mettant les parties dans les rapports convenables pour leur adhésion.
Dans le premier cas, la position doit être calculée pour que le fond du foyer soit plus élevé que son ouverture , afin que le pus ne puisse jamais s'y amasser. Pour remplir cette indication , on est souvent forcé de donner aux malades les attitudes et les inclinaisons les plus variées, sui-
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vaut que la solution de continuité occupe le tronc ou les membres, les faces antérieure et postérieure, ou les côtés. Lorsque la position qu'il faudrait donner aux malades est trop incommode ou sujette à inconvénients, on favorise la sortie des liquides en remplissant les cavités de charpie fine, qui, par l'absorption et l'attraction capillaire, fait remonter contre son propre poids le pus du fond vers la surface, où il vient imbiber l'appareil.
La position qui a pour objet de faciliter l'adhésion doit toujours être telle que les parties maintenues dans le relâchement tendent pour ainsi dire à se réunir d'ellesmêmes. La demi-flexion est généralement l'état dans lequel nous éprouvons le sentiment de bien-aise et de calme le plus parfait*, c'est la situation quêtons les hommes prennent machinalement pour se reposer quand ils sont fatigués 5 c'est aussi celle que l'on affecte pendant le sommeil. Cette situation, qui paraît si naturelle, convient également dans les affections chirurgicales, à moins de contreindication spéciale , comme lorsqu'une plaie en travers est située sur la face d'un membre qui correspond à l'extension. En outre on doit maintenir la partie malade sur un plan un peu plus élevé que celles qui sont plus rapprochées du tronc, pour prévenir les inconvénients qui résulteraient des engorgements veineux et lymphatiques. On remplira cette indication en posant le membre demi-fléchi sur un oreiller garni d'un drap et soulevé par un coussin à son extrémité libre, de manière à former un plan déclive. On évitera aussi non seulement que le membre soit appuyé sur le côté de la plaie, mais même que celle-ci puisse être gênée ou comprimée, en éloignant tout ce qui pourrait produire cet effet. Différents moyens ont été imaginés pour parvenir à ce but. Si le matelas gêne en un point, on
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le déprime ou on en retire la laine dans le point correspondant, de manière à y former une cavité; si ce sont les oreillers, on les affaisse. Dans le cas où la plaie est tellement située qu'il est presque impossible qu'elle ne soit pas comprimée , comme , par exemple , dans les eschares gangreneuses au sacrum, on creuse dans le matelas une cavité dans laquelle on fait entrer un bourrelet circulaire disposé de manière que le trou central corresponde à l'ulcération qui, de cette manière, ne se trouve point comprimée. Enfin si le poids des couvertures peut gêner, on les fait supporter par des arceaux demi-circulaires qui appuient de chaque côté sur le matelas. Cependant il faut convenir que dans certaines maladies l'art est impuissant pour remédier aux compressions déterminées par le poids des parties ellesmêmes. Il nous suffira de citer pour exemple ces larges érysipèles phlégmoneux qui enveloppent toute la circonférence des membres abdominaux.
Lorsqu'une partie malade a été mise dans la situation la plus avantageuse pour en amener la guérison, cette situation doit être maintenue le plus long- temps possible. Cependant comme toute position , même celle qui avait été d'abord la plus commode, ne tarde pas à devenir fatigante , et à causer des accidents, tels que des douleurs générales, des roideurs des articulations, des tiraillements dans les muscles , mais surtout des eschares gangreneuses dans les parties qui servent de point d'appui, il est rare que l'on puisse parvenir à la fin d'un traitement un peu long sans être forcé d'en changer. Les fractures sont principalement dans ce cas. Pour le plus grand nombre on peut modifier légèrement la position du malade, et lui permettre, lorsqu'un certain temps s'est déjà écoulé, quelques faibles mouvements qui le soulagent , font cesser les tirail-
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lements musculaires et diminuent la roideur articulaire •> mais il est des lésions, telles que les fractures de la rotule, de l'olécrane et du calcanéuin, les ruptures du tendon d'Achille et du ligament rotulien, les plaies des muscles en travers, etc., qui ne permettent pas le plus léger mouvement avant une parfaite consolidation 5 on aura recours, dans ces cas, aux fomentations mucilagineuses et narcotiques pour calmer les douleurs , et on préviendra la formation des eschares par tous les moyens déjà indiqués.
L'obligation de maintenir long-temps le malade dans une situation déterminée, et de lui imprimer le moins de mouvements possibles, et la diiïïculté d'accorder ce précepte avec la nécessité pour le malade de satisfaire à ses différents besoins, et pour le chirugien de faire journellement des pansements de plaies ou d'ulcération, ont fait imaginer certains lits qui permissent de remplir ces différentes indications.
En France MM. Daujon et Delpecb, en Angleterre M. Earle, se sont occupés des modifications à imprimer à ces lits pour les rendre le plus commodes qu'il soit possible.
Le lit dont on se sert dans les hôpitaux de Paris se compose d'un cadre en bois garni de ses sangles 9 que l'on pose sur le matelas de dessus d'un lit ordinaire. Les sangles sont susceptibles d'être enlevées isolément, au moins en regard de l'anus et des plaies ou ulcères situées à la face postérieure du tronc. Quatre poulies sont fixées en dedans des quatre angles du lit, à la partie supérieure des montants verticaux. En dehors , soit vers les pieds ou vers la tête, sont deux autres poulies; un treuil leur correspond dans le bas. Quatre cordes attachées aux angles du cadre
en bois sont réfléchies par-dessus les poulies. Celïes de l'extrémité où est fixé le treuil s'enroulent immédiatement à l'entour de ce dernier-, les cordes de l'extrémité opposée, après avoir passé sur leurs poulies, parcourent toute la longueur du lit et glissent de nouveau dans la cannelure des poulies située en dehors de la traverse ; de là elles se réfléchissent en bas et vont gagner le treuil. En tournant la manivelle de ce dernier, on soulève le cadre en bois sur lequel le malade se couche, et l'on conçoit qu'en raccourcissant préalablement les cordes de l'une des extrémités ou de l'un des côtés du lit, on puisse donner au malade des inclinaisons variées. Pour empêcher le cadre de redescendre , le treuil est garni à l'une de ses extrémités d'une roue dentelée entre les èngrenures de laquelle vient tomber un arrêt-, de sorte que l'appareil se trouve soutenu à la hauteur voulue.
On peut suppléer aux montants de la couchette par quatre supports réunis par des traverses , ou en fixant les poulies au plafond.
On garnit ce lit de sangles de drap ou de linges , dans les points qui ne doivent point offrir de rides , et on étend dessus le malade recouvert de ses couvertures. Sans lui causer le moindre dérangement, on peut, au moyen de cet appareil, l'élever ou l'incliner à volonté, passer sous le bassin un vase pour recevoir ses excréments, et panser les plaies et ulcérations situées sur les faces postérieure et latérales du tronc.