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DE LA COMPRESSION

Traiter avec étendue de la manière de faire les diverses sortes de bandages compressifs, de leur mode d'action, et des cas où ils sont avantageux ou nuisibles, ce serait presque faire l'histoire complète de la thérapeutique chirurgicale, la compression s'appliquant à un si grand nombre de maladies qu'il est peu de cas où l'on ne l'emploie, soit comme moyen prophylactique, soit comme palliatif ou curatif. Nous allons donc nous borner à donner à cet égard les indications lés plus générales.

On emploie la compression i° pour suspendre ou gêner lé cours du sang dans une foule d'opérations, dans les hémorrhagies ou dans les anévrismes-, 2° pour engourdir la sensibilité j 5° pour rapprocher les parties, empêcher la stase et l'accumulation du pus et des divers liquides , et

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favoriser l'adhésion. Ce cas , le plus fréquent de tous, convient lorsqu'il y a perte de substance, ou qu'il existe une cavité, comme un kyste, des foyers, des sinus, un décollement de la peau, une fistule, etc., toutes maladies où la réunion 11e peut avoir lieu qu'autant que les parois de la solution de continuité sont mises en contact. 4° Pour s'opposer aux engorgements veineux et lymphatiques après certaines inflammations chroniques, et surtout lorsqu'il y a atonie chez les vieillards. Les maladies qui présentent le plus fréquemment cette indication sont : les plaies, les ulcères avec callosités, les larges cicatrices récentes, les veines variqueuses, les entorses, etc. 5° Pour faciliter Fabsorption de liquides infiltrés ou formant collection, comme dans l'œdème, l'ecchymose, les hydarthroses , les kystes séreux, synoviaux ou même purulents; 6° pour diminuer l'énergie de contraction musculaire dans les fractures, les ruptures de tendons, les plaies en travers des muscles $ 7° pour s'opposer aux déplacements des fractures et des luxations réduites ; 8° pour empêcher la sortie des viscères par les ouvertures herniaires, ou pour faciliter ou opérer leur rentrée quand la hernie existe-, 90 pour atrophier ou diminuer de volume certaines parties : les tumeurs cancéreuses, anévrysmales , érectiles, les callosités, les ulcères, les fongosités, etc., offrent des exemples de ce mode de traitement.

La manière d'exercer la compression varie suivant ^indication que l'on se propose de remplir,, la nature de la maladie que l'on a à combattre, les différences de forme et de volume des parties sur lesquelles on l'applique. Elle est ou bornée à un seul point , ou étendue à une surface plus ou moins considérable.

Appliquée sur un seul point, la compression est effec

tuée avec les doigts ou par des pelottes, des boulettes de charpie roulée, des compresses graduées maintenues par des bandes, etc. C'est à cette sorte de compression, lorsqu'elle a pour usage de suspendre le cours du sang, que se rapportent le garot, le tourniquet, les compresseurs, dont nous parlerons en traitant des hémorrhagies. Les maladies pour le traitement desquelles on emploie une compression peu?étendue sont principalement les hernies, les hémorrhagies , les anévrysmes , les kystes , les décollements d'une faible portion de peau, les fistules.

Si une compression très limitée offre l'avantage de ne gêner qu'un petit nombre de parties, la force avec laquelle on est obligé de presser, dans beaucoup de cas, cause nécessairement des accidents. Ainsi il survient des douleurs vives, des engorgements, le refroidissement du membre audessous du point comprimé, lorsqu'il s'agit d'interrompre la circulation dans l'artère principale d'un membre, les nerfs et les veines qui accompagnent les artères se trouvant nécessairement comprimés avec elles. Dans tous les autres cas, l'irritation et même l'inflammation et la gangrène de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané sont des conséquences inévitables d'une compression vive long-temps entretenue.

La compression étendue est celle dont on se sert communément pour s'opposer aux infiltrations, aux engorgeants , .contenir les fractures, réprimer les mouvements musculaires, maintenir les décollements considérables de téguments, pour contenir les hernies volumineuses, etc. Les bandages unissants des plaies sont aussi des exemples de cette sorte de compression. Les avantages qu'elle présente ne sont point balancés par autant d'inconvénients que ceux de la compression limitée, les motifs de son appli-

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cation n'exigeant pas une pression aussi forte, et la grande étendue de surface qu'elle recouvre permettant mieux d'en graduer et d'en régulariser les effets. Dans certains cas cependant, lorsqu'on n'a pas tenu compte du gonflement inflammatoire qui doit survenir , la constriction et l'étranglement déterminés par un appareil qui, d'abord, n'était que médiocrement serré, a suffi pour causer le sphacèle de de tout un membre. Les fractures en ont offert de nombreux exemples.

Les attelles et les coussinets maintenus par des lacs, et les grandes bandes à un ou deux globes, sont les moyens les plus ordinaires d'exercer une compression étendue à une grande surface. La facilité qu'offrent les renversés de pouvoir s'appliquer exactement aux contours les plus irréguliers permet de modifier à l'infini les bandages suivant le volume et la forme des parties.

Considérée par rapport à l'axe des parties , la compression est latérale , directe ou circulaire.

On appelle compression latérale celle qui appuie sur un point quelconque de la circonférence d'une partie sans presser également sur les autreSc Son caractère principal est d'affecter une direction parallèle aux parties que' l'on veut comprimer. On l'exerce par les mêmes moyens que la compression bornée à un seul point. Son principal usage est d'accoler ensemble les parois peu étendues soit d'un canal fistuleux que l'on veut faire cicatriser, soit d'une artère dont on veut obtenir l'oblitération; ou même, pour ce qui est des artères en particulier, on se sert aussi de la compression latérale lorsqu'on ne veut qu'intercepter ou ralentir momentanément le cours du sang. L'exact rapprochement des parois, nécessaire pour obtenir ces deux effets, suppose que la compression qui agit sur la circonfé-

renée rencontre vers le centre un point d'appui. Ce dernier est pour les membres l'os principal, et pour les autres parties une surface osseuse quelconque. La pression est d'autant plus sûre que les os sont séparés de la superficie par une moindre épaisseur de parties molles ; elle est impossible lorsque cette épaisseur est trop grande. Lorsqu'il s'agit de déterminer une oblitération, il faut d'abord reconnaître avec soin le trajet que parcourent le canal fistuleux ou l'artère : c'est suivant leur direction que la compression sera appliquée. Mais l'adhérence , pour être obtenue, suppose une inflammation \ et la compression susceptible de produire profondément une inflammation est fréquemment suivie de la conversion en eschares des téguments sur lesquels elle appuie. Ce moyen est donc peu sûr , au moins pour les artères ; il convient mieux pour les canaux fîstuleux, dont on peut enflammer les parrois par des injections ou des irritations mécaniques, avant d'appliquer la compression qui en détermine l'adhésion.

Pour donner une idée de la manière dont on peut faire une compression latérale, nous supposerons que l'on veuille obtenir la guérison soit d'une fistule ou d'un décollement de la peau à la partie moyenne de la cuisse, et d'une direction parallèle à l'axe de ce membre. On prend une compresse graduée dont la longueur est la même que celle de la solution de continuité -, si Ton a un décollement dont la profondeur soit la même partout, l'épaisseur de la compresse sera uniforme. Ordinairement on incise ces décollements suivant leur longueur, pour en faciliter l'adhésion : dans ce cas, on placera une petite compresse graduée parallèlement de chaque côté de la division. Si , au contraire, les profondeurs sont différentes, comme,

par exemple, pour une fistule qui, reconnaissant pour cause une maladie du fémur, viendrait, du centre à la circonférence, aboutir à la peau, la compresse graduée devrait être plus épaisse en regard du point profond, et diminuer successivement jusqu'à l'orifice de sortie. Une compresse longuette et quelques tours circulaires de bande maintiendraient la compresse graduée. On conçoit que , dans ce cas, malgré que la direction des tours de bande soit transversale par rapport à la longueur du trajet fistuleux ou du décollement, la compression cependant est parallèle ou longitudinale, n'étant exercée que par la compresse graduée, et l'épaisseur de celle ci, qui fait saillie à la surface du membre, empêchant les autres points de se trouver pressés.

La compression directe agit perpendiculairement sur les parties, et comme en les refoulant. Elle convient dans les hémorrliagies, ou pour s'opposer au développement de fongosités à la surface des plaies. Pour établir cette compression on se sert de boulettes appliquées immédiatement sur l'orifice des vaisseaux qui fournissent du sang 3 on les maintient avec le doigt, et on entasse au-devant d'autres boulettes en forme de pyramide, dont la base, tournée en dehors, est maintenue par les moyens ordinaires.

La compression directe est douloureuse, très irritante pour les plaies , et infidèle dans son emploi 5 les parties molles s'affaissent au-devant de la pression , et l'appareil relâché ne remplit plus qu'imparfaitement l'objet auquel il est destiné.

La compression circulaire est la plus généralement usitée. On l'exerce avec les petites ou les grandes bandes à un ou à deux globes. La largeur et la longueur de ces bandes sont proportionnées au volume et à l'étendue des

parties sur lesquelles doit agir la compression , et les renversés permettent de saisir avec facilité les irrégularités de contours des membres et de leurs articulations.

Depuis les simples tours circulaires, qui n'ont pour objet que de maintenir l'appareil d'une plaie légère, jusqu'aux bandages spiraux les plus étendus, la compression circulaire éprouve des modifications à l'infini, et s'emploie dans les cas les plus variés : pour faciliter l'absorption ou empêcher le développement des infiltrations et de diverses sortes d'engorgements*, maintenir l'état d'immobilité dans les fractures, les luxations, les diastases \ tenir les parties rapprochées, comme dans les plaies des muscles en travers -, évacuer le pus renfermé dans des foyers , et en prévenir une nouvelle accumulation-, vaincre l'énergie de contraction des muscles : faciliter l'application des surfaces décollées, etc.

Avant de procéder à son application, il faut se rappeler que la compression circulaire, pour peu qu'elle soit forte, gênant nécessairement le retour du sang veineux et de ta lymphe , on ne doit jamais la pratiquer à la partie moyenne d'un membre, dont l'extrémité, n'étant point contenue par le bandage, s'engorgerait par la stase et l'accumulation des liquides qui s'y trouveraient comme emprisonnés. Ceci posé, et en supposant que la maladie pour laquelle on exerce la compression soit située à la partie supérieure de la jambe ou à la cuisse, voici comment l'on procède.

On enveloppe d'abord les trois premiers orteils avec de petites bandes ou rubans cle quelques lignes de largeur, en décrivant des spirales jusqu'au pli de leur articulation métatarsienne , et l'on couche les chefs terminaux des rubans à plat sur le dos du pied.

Prenant ensuite une bande d'une longueur proportion-

née à retendue de parties que l'on doit recouvrir, on applique la face externe du chef initial sur le dos du pied, et Ton dirige la bande obliquement, de manière à envelopper par deux tours les orteils en masse : ces deux premiers tours bien appliqués dispensent du petit bandage propre à ces organes. On ramène ensuite la bande en remontant jusqu'au coude-pied par une suite de tours en spirale, puis on contourne l'extrémité inférieure de la jambe en recouvrant une malléole, le tendon d'Achille et l'autre malléole : la bande est alors ramenée sur le coude-pied. Arrivé là, ordinairement on continue d'environner la jambe en remontant, mais si l'on craint l'engorgement œdémateux de l'espace situé de chaque côté au-dessous des malléoles, espace qui , ainsi que le taîon, n'est point enveloppé, on abaisse le plein de la bande en croisant de haut en bas le coude-pied, et on passe successivement au-devant du talon sous le pied, de l'autre côté du talon-, on croise de nouveau Je coudepied, mais de bas en haut; on fait au-dessus et près le talon un tour semblable au précédent, et par un renversé, le dos du pli en haut, on recouvre le talon lui-même ; on soutient ce nouveau tour par deux autres, l'un au-dessus , l'autre au-dessous du talon 5 enfin , toutes les parties se trouvant recouvertes, on regagne la partie inférieure de la jambe, au point d'où l'on était parti. Les rapports entre la largeur de la bande et les dimensions du pied obligent dans cette manœuvre à faire deux ou plusieurs renversés en sens inverse. En continuant les spirales, on égalise le bandage, et on empêche la formation des godets par une série de renversés dont le dos est tourné en haut tant que le membre augmente de volume, et en bas quand le volume au contraire diminue : on arrive ainsi au point où existe la

maladie. Là ou fixe le bandage, pour n'avoir pas besoin de

le renouveler à chaque pansement.

Dans la suite de doloires que l'on forme depuis la partie inférieure jusqu'à la supérieure, on observe de graduer la compression, qui, plus forte d'abord vers l'extrémité libre, l'est ensuite de moins €n moins à mesure que l'on se rapproche du lieu malade, de manière à chasser devant soi, des extrémités vers le cœur, la lympe et le sang veineux. Le degré de constriction exercé ne sera jamais assez considérable pour gêner la circulation , et celui même auquel on veut atteindre ne doit pas être produit dès la première application, mais amené peu à peu, en augmentant la pression progressivement à chaque fois que l'on renouvelle le bandage. Enfin, on doit s'assurer de temps à autre de l'état du bandage; s'il s'est relâché, mais surtout s'il détermine des inégalités de pression, il convient de le réappliquer. La compression circulaire ne peut avoir des effets funestes qu'autant que l'on aurait négligé les préceptes que nous venons d'énoncer. Des imperfections de l'appareil, la plus grave est, sans contredit, une constriction trop grande. Déterminée uniformément par la totalité de l'appareil, au point de gêner l'abord du sang artériel, elle produit des gangrènes partielles, ou même le sphacèle de tout un membre par atrophie, en interrompant la circulation ; produite seulement par quelques tours trop serrés du bandage, les mêmes résultats sont la suite des engorgements veineux ou lympathiques causés par l'étranglement qui fait obstacle au retour des liquides. Le praticien doit donc visiter fréquemment l'appareil, et écouter les plaintes des malades lorsqu'ils disent éprouver de la douleur et de l'engourdissement dans la partie comprimée.

Lorsque le pus fuse de la solution de continuité vers la partie supérieure, il est bon de faire un nouveau bandage , dont les doloires, commençant à une certaine distance vers cette partie supérieure, descendent jusqu'au voisinage de la partie malade. Cependant, comme il existe souvent dans ces cas de larges foyers dont il convient de rapprocher les parois pour en obtenir l'adhésion, après avoir évacué le pus contenu dans les cavités, on placera sur leur trajet des compresses graduées qui mettent leurs surfaces en contact.

Enfin, il est une quatrième sorte de compression qui, e« raison de la manière dont elle agit> participe plus ou moins des effets des trois autres : c'est celle qui a pour objet d'empêcher ou de gêner le développement anormal de certaines tumeurs fongueuses ? cancéreuses^ anévrvsmales, etc.

Son mode d'action le plus ordinaire consiste à aplatir les organes contre quelque point d'appui, pour en rendre la circulation languissante. Les engorgements chroniques des glandes mammaires offrent un exemple de son application. Ici le point d'appui se prend sur les côtes. Cette compression s'obtient en environnant le sein de compresses longuettes, dont une inférieure et une supérieure, placées en ellipse, et maintenues par une troisième moyenne. Des masses de charpie rendent la pression plus forte <3ans les points où l'on juge nécessaire de l'augmenter. L'appareil est contenu par un bandage dont les tours sont, les uns obliques et passant par-dessous le sein et par-dessus l'épaule du côté opposé, les autres circulaires : ces derniers enveloppent la poitrine en passant au-dessus et au-dessous du sein de l'autre côté. On conçoit, que la pression déterminée par cette sorte de bandage, agissant par elle-même en

avant, et en partie en haut, en bas et sur les côtés, et en arrière en raison de la résistance du point d'appui , est à la fois directe, latérale et circulaire, sans mériter aucune de ces dénominations en particulier.

Le plus simple raisonnement suffit pour diriger dans Temploi de cette compression sur une tumeur anévrysmale, ou dans toute autre circonstance qui en nécessiterait l'emploi.

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