DE LA SUSPENSION ET DES SOUTIENS
Les moyens dont on se sert pour supporter et soutenir les parties sont aussi nombreux que les cas qui en réclament l'usage.
Les oreillers et les coussins sont employés dans nombre de circonstances où l'on est obligé de donner à la tète, au tronc, ou aux membres, des positions variées, soit que ces parties soient élevées, abaissées ou inclinées.
Certains appareils remplissent aussi cette indication. Des bouts de bande fixés et tendus entre deux bandages, dont l'un fait le tour de la tête, du front à l'occiput, et l'autre celui de la poitrine au-dessus des aisselles, servent, suivant la différence de leurs longueurs, à maintenir la tète fléchie, étendue ou inclinée, lorsque des plaies intéressent les parties antérieure , postérieure ou latérales du cou.
Le bandage nommé fronde supporte la mâchoire inférieure fracturée.
Une pièce de linge pliée en écharpe, et nouée sur un côté du cou, supporte dans l'anse qu'elle forme inférieurement le poids du membre supérieur fléchi.
Les bourses , la verge et les mamelles, exposées à de fréquents engorgements séreux et inflammatoires, en raison
de la laxilé de leur tissu et de leur vive sensibilité, ont particulièrement besoin d'être soutenues lorsqu'elles sont malades, en raison des tiraillements douloureux que détermineraient les mouvements et l'augmentation de poids de ces organes. Leur position aussi , et la proéminence qu'elles forment sur les surfaces dont elles naissent , et auxquelles elles n'adhèrent que par une faible partie de leur étendue , les exposent à des chocs et à de fréquentes lésions extérieures, et obligent à les accoler le plus possible aux autres parties. Les bandages qui supportent et protègent la verge et les bourses ont été nommés suspensoirs : ce sont de petits sacs dans lesquels ces organes sont reçus. Le suspensoir est percé d'un trou qui laisse passer l'extrémité de la verge, et supérieurement il est cousu à une ceinture qui l'empêche de redescendre. Quant aux mamelles, on lessoutient soit par des tours de bande obliques, passant sous le sein et sur l'épaule du côté opposé, soit par des godets cousus à une ceinture qui environne supérieurement la poitrine : on empêche cette ceinture de céder au poids des organes en la soutenant par des scapulaires. Un corset de femme bien fait , et peu serré, tient lieu de ce dernier bandage.
Lorsque des tumeurs graisseuses, sanguines, enkystées, des hernies anciennes, etc., ont acquis un développement assez considérable pour gêner ou devenir douloureuses, en raison de leur poids, on doit chercher à en prévenir le ballottement, en les soutenant dans une grande étendue de leur circonférence, et en prenant autant que possible un point d'appui sur le tronc.
Enfin , ou supporte par des serviettes ou une sorte de tablier lacé derrière les lombes le poids des viscères abdominaux, chez les personnes affectées de hernies, d'éventrations, cl'aseilé, chez les femmes grosses que gêne le
fO PANSEMENTS.
poids de Futérus, chez les individus affectes d'obésité. On aide suivant les circonstances à la guérison des diverses affections chirurgicales par des applications médicamenteuses, qui, en raison de leur emploi local, ont reçu le nom de topiques. Ces topiques, variables par leur degré de consistance, par leurs propriétés, qui correspondent aux diverses sortes de médications, par les formes diverses qu'on leur donne, nécessitent pour les faire connaître des détails trop étendus pour que l'on puisse les comprendre à la suite des pansements : nous avons donc cru devoir renvoyer pour ce qui les concerne à un article particulier, d'autant que les indications variées qu'ils sont appelés à remplir en font souvent des moyens spéciaux, qui modifient et commandent la forme et la disposition des pansements.
On appelle topiques les médicaments que Ton applique sur la surface tégumentàire externe ou la peau. Leur nom semble indiquer que les effets de ces médicaments se font sentir dans le lieu même de leur application : cela est vrai dans le plus grand nombre des cas; mais en raison des rapports qui lient ensemble toutes les parties de l'organisme , un médicament quelconque apposé à la surface de la peau, indépendamment de son effet local, en produit toujours un autre général plus ou moins prononcé. La médecine même n'use guère des médicaments topiques que pour influencer l'état morbide général par les modifications imprimées à la sensibilité locale.
En prenant le mot de topique dans son acception la plus générale, presque tous les corps de la nature peuvent recevoir cette dénomination. Quant aux substances qui font partie du domaine de la matière médicale ou de lachimie, il en est peu dont on ne fasse, comme application externe, un usage plus ou moins fréquent.
Les effets des topiques sont de plusieurs sortes. Par rapport à leur action locale, tous les topiques agissent d'abord en raison de leur température et de leur état de sécheresse ou d'humidité. Pour ce qui est de leurs propriétés, les uns modifient la sensibilité de la peau*, d'autres n'agissent que sur sa contractilitéparune action physico-chimique, d'autres , ayant avec nos tissus des affinités chimiques, en de-
truisent l'organisation en se décomposant eux-mêmes, et s'emparent de certains de leurs éléments ou leur en cèdent en donnant lieu à de nouvelles combinaisons.
Quant au mode d'action des topiques sur l'ensemble de de l'organisme, elle s'effectue de deux manières : i° par cette irradiation inconnue dans ses moyens de transmission appelée du nom de sympathie, et qui fait que les modifications imprimées à la sensibilité sur une des extrémités de l'arbre nerveux réagissent sur un autre point et en changent le mode de vitalité; 2° par l'absorption cutanée, qui, transportant les principes médicamenteux euxmêmes dans la circulation générale , permet à leurs propriétés d'agir sur l'ensemble de l'économie.
Les topiques s'emploient sous les trois états, gazeux, liquide et solide. On appelle mous ceux dont la consistance est intermédiaire entre les deux derniers : cette consistance est due au mélange d'un liquide avec un corps solide en poudre.
Malgré que les topiques ne s'appliquent guère qu'à la surface de la peau, cependant il en est que l'on fait pénétrer directement sur les membranes muqueuses ou la surface tégumentaire interne : de ce nombre sont les gargarismes , les lavements et les fumigations. Comme ces médicaments, parle lieu de leur application et leur mode d'action, semblent tenir le milieu entre les médicaments internes et les topiques proprement dits, on les a surnommés topiques demi-internes. Cette distinction scoîastique est du reste de peu d'importance.
Rarement on emploie comme topique une seule substance, telle que l'eau ou un corps solide en poudre. Ordinairement, au contraire, on applique sous cette dénomination des composés formés d'un plus ou moins grand nom-
bre de matières différentes, le plus souvent à l'état de simple mélange, mais cependant formant parfois des combinaisons plus ou moins intimes.
Les bornes de cet ouvrage et le point de vue thérapeutique sous lequel nous devons considérer les topiques nous ont engagé à prendre pour point de départ, dans leur examen, les formes sous lesquelles on les emploie. Ces formes dépendent de la nature des composés, et des indications qu'ils sont appelés à remplir. Pour ne pas rester dans le vague des généralités, et éviter des répétitions inutiles, nous attendrons, pour parler de la forme et des propriétés, que nous traitions de chaque composé en particulier.
Malgré que dans l'emploi des topiques nous ayons eu principalement en vue leur application chirurgicale, cependant nous avons cru devoir, à mesure que l'occasion s'en présentait, indiquer, au moins d'une manière générale, dans quel cas on en fait usage en médecine. L'utilité de ces indications en elles-mêmes nous a paru d'un intérêt supérieur à la sévérité de la méthode; et en outre, il y a d'autant moins d'inconvénient à procéder de cette manière, que, dans nombre d'affections, la ligne qui sépare la médecine de la chirurgie est à peine sensible, et que souvent tel médicament topique employé contre une affection chirurgicale concourt à la guérison autant par les modifications qu'il imprime à la sensibilité générale que par l'effet local pour la production duquel on s'en était servi.