I. DES CATAPLASMES
; Le cataplasme est un épithème mou et humide que Ton étend sur un linge pour l'appliquer à la surface des parties. La composition des cataplasmes est extrêmement variée,
en raison des effets divers qu'ils doivent produire. Le plus grand nombre des agents employés dans la matière médicale le sont à l'état de cataplasmes. Leur base se compose de substances molles, et susceptibles de former avec l'eau une sorte de pâte ou de bouillie *, on y ajoute, suivant les cas, diverses substances médicamenteuses en poudre ou en solution;
Trois sortes de matières entrent dans la composition d'un cataplasme: celle qui lui donne la forme et le volume se nomme excipient, le liquide qui sert à l'humecter est le véhicule, et les médicaments surajoutés sont appelés accessoires. Ces dénominations des éléments ne conviennent qu'aux cataplasmes composés, où le dernier médicament doit produire l'effet principal.
Un cataplasme simple , au contraire , ne comporte que les deux premières substances : tel est le mélange de la farine de graine de lin dans l'eau. Ici il n'y a point, à proprement parler, d'excipient,
Les matières féculentes sont les plus usitées sous forme de cataplasmes : telles sont les farines de graine de lin, de seigle, d'orge, d'avoine, de riz, de pomme de terre*, la mie de pain, le levain, produisent le même effet. On emploie également la farine de moutarde, et diverses parties des plantes : les racines de guimauve, de céleri, de carotte.,* les bulbes de lis, d'oignon, d'ail*, les feuilles de guimauve, de mauve, de morelle, de ciguë, d'oseille, de raifort, de cresson. Les racines seront râpées si on les emploie crues, et réduites en pulpe si elles sont cuites. Les bulbes et les feuilles doivent être écrasées, et les dernières séparées de leurs nervures.
Le véhicule le plus ordinaire est l'eau, soit simple, soit chargée de divers produits animauxou végétaux, entre au-
très, les mucilages, la gélatine, les divers principes toniques, astringents, narcotiques. Certains liquides employés s'éloignent peu des propriétés de l'eau: le sérum, le lait sont dans ce cas. D'autres, tels que le vin, le vinaigre, les huiles, les corps gras, servent à remplir diverses indications^ on en fait usage soit seuls, soit ajoutés et mélangés avec une substance déjà humectée d'eau. Presque tous ces cataplasmes doivent avoir été exposés au feu. Il est dans tous les cas inutile de prolonger leur ébullition; cela même est nuisible, lorsque le mélange comporte différentes matières qui peuvent se décomposer mutuellement, ou des principes volatils qui se dégageraient complètement. Les médicaments accessoires que l'on ajoute aux cataplasmes ont pour objet d'en augmenter l'activité. Souvent même cet épithème n'est qu'une forme ou pour ainsi dire une manière d'appliquer sur la surface de la peau, et d'offrir à l'absorption et à la sensibilité , le médicament qui est la seule partie active du cataplasme, ou au moins la seule en rapport avec l'indication qu'il s'agit de remplir. Les agents thérapeutiques dont on se sert comme accessoires sont, ou des poudres toniques , astringentes , ou des teintures alcooliques de principes excitants , aromatiques ou narcotiques, ou des solutions aqueuses qui jouissent de ces diverses propriétés.
Les cataplasmes agissent , par leur température , par l'humidité dont ils imbibent la peau, qu'ils maintiennent comme dans un bain permanent, par l'absorption soit de l'eau ellemême, soit surtout des divers principes médicamenteux, et par le mode d'action de ces principes sur la sensibilité: locale ou générale.
La température des cataplasmes est une de leurs causes d'action les plus énergiques. Froids, ils sont répercussifs ; et si, en outre , ils sont, par les matières qui les composent,
astringents et légèrement narcotiques, ils deviennent un sédatif puissant dans certaines inflammations, telles que la brûlure.
Les cataplasmes qui doivent être appliqués froids n'ont plus qu'une action très faible lorsque leur température s'est élevée par le contact de la peau. Il faut , par conséquent, les renouveler fréquemment , surtout dans les temps chauds. Pour peu que la surface qu'ils doivent recouvrir ait d'étendue, on évitera de s'en servir l'hiver, au moins pendant la nuit, le contact de cettehumidité froide pouvant produire des rhumatismes, des catarrhes, et une foule de maladies. Tièdes, les cataplasmes produisent une sorte de macération de l'épidémie qui se gonfle et devient d'un btane mat. Ils portent leur action à une certaine profondeur, le corps de la peau se trouvant comme ramolli : c'est à cette température qu'il convient d'appliquer tous ceux qui doivent agir par absorption.
Les cataplasmes très chauds agissent néeessai rement comme rubéfiants, quelles que soient les substances dont ils sont formés. On doit préférer une température de 4o à 45 degrés centigrades, toutes les fois que l'on se propose d'obtenir par ces épithèmes une action révulsive. En général, on a observé que l'effet révulsif est plus suret plus complet lorsque les cataplas* mes sont appliqués sur les extrémités, et qu'ils en recouvrent une plus grande étendue. Il n'est pas indifférent non plus de les appliquer indistinctement sur les membres supérieurs ou inférieurs pour une affection déterminée: l'observation et l'expérience ont appris qu'il existe sous ce rapport une sympathie plus étroite entre les membres inférieurs et les affections de la tète et de l'abdomen, tandis que les membres supérieurs doivent être préférés dans les maladies thoraciques.
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Dans tous les cas, quelle que soit l'indication pour laquelle on a posé un cataplasme, et la matière dont il est composé, il doit toujours être suffisamment humide, et ne pas être laissé plus de douze heures en contact avec les parties sans être renouvelé. Le cataplasme sec irrite la peau à la manière d'un corps dur. Dans cet état, la pression du bandage ou les mouvements donnent lieu, sur la peau, à la formation de sillons rouges et douloureux. On ne saurait extraire la pâte de ces sillons qu'après l'avoir ramollie en l'humectant. On en préviendra avec facilité le dessèchement en ajoutant aux substances dont elle est formée un peu d'huile d'olives ou de beurre. Le cataplasme qu'on abandonne trop long-temps se décompose par la réaction de ses éléments entre eux , et avec les fluides exhalés par la surface cutanée , et peut occasioner des effets inverses à ceux que l'on voulait produire. Les cataplasmes émollients offrent de fréquents exemples des inconvénients que nous venons d'exposer.
La manière d'appliquer un cataplasme est la même pour tous. On étend sur une surface plane , comme une table, une compresse carrée de linge clair et plus qu'à demi usé, et on verse sur son milieu la matière, en consistance de pâte molle ou de bouillie. Soulevant alors par les deux angles un des côtés de la compresse , on l'applique sur la masse, et posant ensuite la main à plat sur le côté du linge abaissé, on le ramène vers soi en étendant la pâte vers le bord , qu'on laisse ensuite accolé, mais en repoussant vers le centre la matière contenue dans la duplicature. On fait la même manœuvre pour les trois autres côtés , et on obtient ainsi une surface qui , par l'habitude, se trouve régulièrement enduite d'une épaisseur uniforme de la bouillie. Les quatre côtés de la compresse font une espèce
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d'encadrement. Lorsque, ce qui est le plus commun, on doit appliquer le cataplasme à nu sur la peau, dans l'état que nous venons de dire, il est tout préparé; mais s'il doit recouvrir la surface d'une plaie ou le visage, il est convenable d'étendre sur le côté où la matière est à nu un linge très clair ou une gaze ; c'est ce que l'on appelle cataplasme entre deux linges. On l'étend ensuite sur la surface des parties qu'il doit recouvrir. Pour le maintenir en place et empêcher que par les pressions accidentelles la pâte ne fuse et ne salisse les corps environnants , on recouvre le cataplasme avec une compresse plus large que lui , et on fixe avec une bande les bords par quelques circulaires un peu serrés 5 on applique ensuite légèrement les doloires qui pressent sur la partie moyenne du cataplasme.
Lorsque l'on enlève un cataplasme, il faut avoir soin en général d'empêcher que le froid ne porte sur la surface humide en essuyant de suite avec un linge sec. Ce précepte est surtout de rigueur lorsque l'impression du froid serait de nature à rappeier de vives douleurs, comme, par exemple, dans les rhumatismes.
D'après la composition des cataplasmes , et les effets que l'on en obtient, on les a divisés en émollients, astringents, excitants , irritants et narcotiques : quelques uns jouissent à la fois d une ou plusieurs de ces propriétés ; on les nomme mixtes,