CATAPLASMES ÉMOLLIENTS
Les différentes farines ou fécules, les feuilles des plantes mucilagineuses, la mie de pain, en sont principalement la base. Le liquide ou véhicule est de l'eau , du lait, une décoction mucilagineuse, un bouillon gélatineux. On s'en
sert tiède ou d'une température un peu plus élevée que celle du corps humain. Dans quelques cas, cependant, où la peau est la siège de douleurs ou de prurits qui augmenteraient par la moindre sensation de chaleur, on les applique froids.
Les cataplasmes émollients ont pour effet d'entretenir l'humidité et l'uniformité de température des parties sur lesquelles on les applique. Ils assouplissent et relâchent la peau lorsqu'elle est le siège d'une chaleur acre et sèche , et, en humectant le tissu cellulaire sous-cutané, facilitent la circulation capillaire par les liquides qu'ils présentent à l'absorption : cet effet, déterminé par le bain local, porte sympathiquement son action au loin. Ils conviennent dans les diverses inflammations, superficielles ou profondes. Le phlegmon est le cas qui requiert le plus fréquemment leur emploi; en même temps qu'ils modèrent l'inflammation , ils facilitent la suppuration. Le même effet s'obtient souvent à la surface d'une plaie, d'un ulcère, d'un vésicatoire qui avaient cessé de suppurer et dont la surface était devenue sèche par excès d'inflammation.
Les cataplasmes émollients conviennent également dans les phlegmasies membraneuses et perenchymateuses , et produisent , appliqués sur les parois des cavités splanchniques, des effets analogues à ceux que l'on en obtient dans les inflammations des membres profondément situées. C'est ainsi que, posés sur la poitrine, dans la pleurésie ou la pleuro-pneumonie, ils font cesser le point de côté, permettent une respiration plus facile et facilitent l'expectoration ; que, placés sur le ventre, ils calment les douleurs, diminuent la tension de l'abdomen, et disposent aux évacuations dans la péritonite, la gastro-entérite, la cystite, etc. Un autre résultat de leur application est cette modification
heureuse qu'ils impriment à la sensibilité de la peau, qui, de sèche, chaude et rugueuse, devient fréquemment molle, fraîche et halitueuse.
Enfin les cataplasmes émollients ne sont pas dépourvus d'une certaine action dérivativeou révulsive, d'autant plus prononcée que le sujet est plus affaibli ou primitivement doué d'une sensibilité plus vive : c'est ainsi qu'appliqué sur le crâne , cet épithème fait souvent disparaître certaines céphalalgies, et que, dans nombre de maladies, chez des sujets que les synapismes irritent trop violemment, il produit, posé sur les membres, un effet révulsif très marqué.
Aujourd'hui que la théorie de l'inflammation considérée Comme une exaltation des propriétés vitales, et une activité plus grande imprimée à la circulation capillaire dans la partie enflammée, s'écroule de toutes parts*, aujourd'hui que les observations et les belles expériences de plusieurs expérimentateurs modernes, à la tête desquels il faut placer M. WilsOn Philip, mènent nécessairement à regarder l'inflammation comme un ralentissement de la circulation du sang , dont la partie la plus solide reste stagnante dans les capillaires phlogosés:, on conçoit que l'absorption aqueuse qui résuite du contact permanent, sur la peau, d'un cataplasme, puisse relâcher les tissus, ranimer la circulation capillaire et favoriser la suppuration $ mais il reste à expliquer son action lorsque là maladie est située ou très profondément ou très loin : il est probable que dans ces derniers cas le système nerveux , qui domine l'ensemble de l'organisme, et dont la sensibilité se trouve modifiée sur un point , est l'agent de transmission entre la partie malade et celle sur laquelle est placé le médicament, et le surcroît d'activité imprimé par un ca-
MÉDICAMENTS TOPIQUES. 8l
taplasmeà la circulation locale, peut être considéré comme une contre-excitation analogue, quoique plus faible, à celle que l'on obtient de l'emploi des synapismes.
L'irritation déterminée à la surface de la peau par les cataplasmes émollients est prouvée par un autre phénomène , c'est la formation d'un plus ou moins grand nombre de petits boutons coniques, rouges à leur base,, et formant un point de suppuration à leur sommet. Le déve = loppement de ces boutons est précédé et suivi d'une démangeaison très vive, qui, lorsqu'on enlève le cataplasme , force souvent le malade à se gratter. On a attribué leur formation à ce que les épithèmes avaient été appliqués très chauds ; mais on les rencontre également lorsque cette circonstance n'existe pas. On a dit aussi que la cause pouvait en être dans la rancidité contractée par l'huile de la graine de lin ou le beurre. Cette explication tirée du passage des matières végétales à l'état acide est plus probable , d'autant que l'on observe les mêmes effets par la fermentation d'un cataplasme qui n'est formé que de mie de pain et d'eau de guimauve. Le mélange de la sueur acide ou des liquides des plaies est pour beaucoup dans le mouvement de décomposition. Quoiqu'il en soit, l'irritation produite à la peau a lieu d'autant plus sûrement que les cataplasmes sont plus long-temps en contact. On voit donc que , lorsque l'on ne veut obtenir que l'effet émollient, on doit renouveler fréquemment les cataplasmes, et ne point employer de matières fermentescibl es qui auraient vieilli en contact avec l'air.
L'application trop long-temps continuée des cataplasmes détermine dans les tissus un état de boursouflement et dç langueur. On a attribué ce résultat à l'accumulation des fluides blancs, c'est-à-dire de ceux où l'eau est en plus
grande proportion. L'inertie et la faiblesse qui en résultent font regarder comme contre-indiqué l'emploi de ces moyens sur des individus et dans les maladies dont la faiblesse forme le caractère, comme les hémorrhagies passives, la pourriture d'hôpital, etc. Lorsque la faiblesse et la pâleur déterminées par l'usage trop prolongé des cataplasmes sur une plaie ou un ulcère, par exemple, viennent à se manifester, on doit cesser l'emploi de ces moyens. La cicatrisation s'opère ensuite avec rapidité.
Dans certains cas, comme la péritonite , où, l'usage d'un cataplasme émollient peut être d'un grand secours, on évitera cependant de s'en servir si la sensibilité est très vive, en raison du poids considérable qu'il acquiert en recouvrant une grande étendue. On le remplacera par des fomentations faites avec des flanelles trempées dans une décoction émoliiente tiède.
Exemples de cataplasmes émollients.
Farine de graine de lin. |
Eau simple on décoction de guimauve, j ^*
Farine de graine de lin. 1 .- , ,
— d'orge. } S* parties égales.
Eau simple ou décoction de guimauve, q. s.
Pour ces deux premiers cataplasmes, il suffit de faire bouillir en les remuant les farines dans l'eau jusqu'à ce que la pâte soit assez solide pour ne pas couler. On l'étend ensuite et on l'applique.
Farine de lin ou mie de pain 3j iv.
Racines de guimauve.
Fleurs de mauve.
— de sureau.
Faites bouillir, puis broyez et réduisez en pulpe la racine et les feuilles; ajoutez les fleurs broyées, et mêlez avec la farine ou la mie de pain, cuites dans la décoction des herbes.
Mie de pai JLail.
Faites bouillir jusqu'à consistance convenable. Ce dernier cataplasme est très commode dans les campagnes, où l'on manque souvent de farine de graine de lin, tandis que le pain et le lait se trouvent partout. Cependant il offre, suivant la remarque de Hunter, l'inconvénient de se sécher promptement et de devenir friable et cassant. On y remédie en partie en y mêlant un peu de beurre ou de graisse et un ou deux jaunes d'ceuf battus.
On fait un excellent cataplasme émollient, et très légèrement astringent et narcotique , avec des pommes de terre bouillies et écrasées en pulpe, puis mêlées avec quantité suffisante d'eau ou de lait; on se sert également de la fécule. Ce cataplasme produit de très bons effets dans les inflammations accompagnées de douleurs vives.