CATAPLASMES IRRITANTS OU SINAPISMES
Il est un grand nombre de substances végétales susceptibles d'irriter la peau en les appliquant à sa surface. L'intensité d'action de quelques unes d'entre elles fait qu'on ne saurait les employer pures sans produire la vésication ou même la cautérisation ou destruction du corps de la peau frappée de gangrène. Ces substances ne doivent être employées qu'en faibles proportions et seulement comme
accessoires, et mêlées avec un excipient. De ce nombre sont, les clématites, les euphorbes, la grande chélidoine, lesedum acre, etc. Ces plantes au reste sont très peu usitées.
D'autres produisent la rubéfaction de la peau, et n'amènent la vésication qu'après un contact prolongé , et chez les sujets ou sur dessurfaces très sensibles ; les alliacées, les semences du sinapis nigra sont les plus employés. Les cataplasmes formés avec cette dernière substance en poudre ont reçu le nom de sinapismes, et, par extension , on appelle également sinapisme l'épi thème dans lequel le sinapis nigra n'est pas seul, et même, quoique improprement, un cataplasme irritant, analogue à cette substance par ses effets, malgré qu'il n'en contienne point.
L'action des sinapismes est de deux sortes. Sur la partie même où on les applique ils déterminent promptement une douleur cuisante, par l'irritation des épanouissements des nerfs, et, après quelques instants, une congestion dans les capillaires sanguins de la peau-, congestion qui, par le contact prolongé du sinapisme ou sa grande activité, peut être suivie d'une inflammation permanente. Le temps que l'on laisse les sinapismes doit donc être proportionné à la promptitude et à l'intensité d'action connue des substances qui entrent dans sa composition , et à la sensibilité de la partie qu'il recouvre ou du sujet sur lequel il est employé. Ordinairement on retire les sinapismes après deux ou trois heures; la peau alors est d'un rouge vif, très douloureuse au moindre contact, et le malade y éprouve une cuisson très vive et un fourmillement incommode. Si l'action n'a pas dépassé les bornes d'une simple rubéfaction, la rougeur et la douleur disparaissent graduellement, et la partie revient en trois ou quatre jours à son premier état. Quelquefois la rougeur, peu prononcée lorsqu'on enlève le sinapis-
me, se développe ensuite, et n'acquiert que le lendemain son maximum de coloration ; la douleur au contraire décroît progressivement, à moins qu'il ne se forme des phîyctènes qui annoncent la vésication ou inflammation permanente. Dans ce cas le sinapisme produit l'effet d'un vésicatoire volant. L'emploi local des sinapismes convient pour rappeler à son siège primitif un exanthème qui a disparu, pour augmenter et activer la circulation dans certaines tumeurs indolentes , pour faire cesser une douleur rhumatismale récente, etc. , etc.
L'énergie d'action locale des sinapismes est la cause de l'effet puissant, dérivatifou révulsif, qu'ils produisent sur l'ensemble de l'économie; et la promptitude avec laquelle cette action s'effectue en fait un des agents les plus précieux de la thérapeutique. Mais l'irritation nerveuse qu'ils occasionent est quelquefois d'un effet funeste lorsqu'elle est portée trop loin. Aussi voit-on chez certains malades l'application des sinapismes être suivie d'une excitation fébrile qui parfois augmente l'irritation organique contre laquelle le remède avait été appliqué. Cet inconvénient est facilement prévenu en mitigeant l'activité des sinapismes par un excipient émoi lient.
Les cas où les synapismes conviennent comme moyen dérivatif ou révulsif sont tellement nombreux, qu'il est impossible même de les énumérer. Nous nous contenterons de citer d'une manière générale, comme exemple d'effet révulsif, la plupart des phlegmasies splanchniques , lorsque les évacuations sanguines ont été employées, et que l'on craint en les renouvelant de trop affaiblir les malades j les cas nombreux où une affection inflammatoire se trouve compliquée de symptômes nerveux qui font hésiter le praticien dans l'emploi des autres moyens. Ils conviennent
surtout aux malades déjà très affaiblis, chez lesquels on veut produire une excitation légère; mais alors on doit les employer faibles, fréquemment renouvelés, et promenés sur les différentes surfaces.
Dans tous ces cas, les sinapismes sont posés aux membres deux à la fois, un sur chaque point correspondant. Les lieux d'élection sont, pour les extrémités abdominales, la plante et le dos du pied , les mollets , les genoux , la partie interne des cuisses •, pour les membres thoraciques, les faces interne et externe des bras. Gomme effet dérivatif, on les applique dans le voisinage d'une articulation, ou en regard de tissus fibreux nouvellement enflammés, sur toutes les parties affectées de rhumatisme, €10.5 enfin ils servent quelquefois à provoquer un afflux de sang auprès du lieu où ils sont posés : c'est dans cet objet qu'on les place à la partie interne et supérieure des cuisses , pour rappeler un écoulement menstruel supprimé.
Le principe actif de la graine de moutarde étant volatil, on pose les sinapismes à froid. La même observation s'applique à la plupart des substances qui ont les mêmes propriétés , telles que les alliacées , le poivre , dont on se sert communément pour augmenter l'action de la moutarde ou la remplacer, ainsi qu'à l'acide acétique qui leur sert de véhicule. Tout au plus doit-on faire tiédir légèrement le mélange, si l'on craignait que la première impression du froid sur la peau pût nuire au malade ou le contrarier.
Exemples de cataplasmes irritants.
Farine de moutarde. \ Vinaigre. J ^' s"
Sinapisme mitigé.
Farine de graine de lin. > . , .
- de moutarde. } Parties eSales-
On conçoit que, suivant les conditions que l'on veut remplir, on peut varier les proportions des deux farines. Cet épithème , ainsi mitigé, peut être laissé plus longtemps : son action continue s'exerce doucement $ il convient parfaitement dans tous les cas où l'on veut produire une révulsion lente, sans excitation générale sensible.
Si l'on veut produire une irritation locale violente, on peut mêler à la farine de moutarde de la râpure de racine de raifort, des bulbes d'ail réduites en pulpe, et saupoudrer le cataplasme avec une demi-once à une once de poivre noir, ou d'hydro- chlorate d'ammoniaque. Mais ces violents sinapismes ne conviennent guère que dans les cas extrêmes , et principalement lorsqu'un malade est sous le poids d'un coma profond, dont rien n'a pu le retirer.
Enfin dans beaucoup de lieux si l'on veut appliquer un sinapisme, et que l'on n'ait pas de farine de moutarde , on y suppléera par le cataplasme suivant.
Mie de pain. '§ iv."
Bulbes d'ail broyées en pulpe. N° iv.
Poivre. % ih à | j.
Fort vinaigre. q. s.