DES BAINS
On donne le nom de bain à l'immersion d'une partie ou de la totalité du corps dans un milieu qui est ordinaire-
ment l'eau , soit liquide soit à l'état de vapeur. Quelque* fois aussi ce milieu est une substance pulvérulente : le sable nous servira d'exemple.
Les bains prennent différentes dénominations par rapport aux parties immergées; on distingue le bain local du bain général. Le bain général est celui où la totalité de la surface du corps , excepté la tête pour les bains chauds, trempe dans le liquide. Les bains locaux s'appliquent à toutes les parties qui, par leur position, peuvent être immergées indépendamment du tronc. Quelques uns d'entre eux ont reçu des noms particuliers. Ainsi on appelle demi-bain cçlui où le liquide ne monte que jusqu'à la ceinture, de manière que les membres inférieurs et le bassin sont compris sous l'eau, tandis que le tronc et les parties supérieures sont dans l'air. Le bain des pieds en particulier se nomme pédiluve, et celui des mains manuluve ; enfin on nomme bains de siège ceux dans lesquels le malade étant assis, les cuisses fortement fléchies sur le tronc, et les jambes pendantes hors de la baignoire ou du baquet, le bassin seul trempe dans le liquide.
Eu égard à la température, on distingue les, bains très froids de o° à io° centigrades-, les bains froids de io° à i8°-, les bains frais de 180 à 25° ; les bains tièdes de 2,5° à 52° •, les bains chauds de 52° à 38° ou 4o°, température du corps humain. Enfin des expérimentateurs ont essayé sur eux-mêmes les effets de bains très chauds portés jusqu'à 45 degrés centigrades-, mais l'expérience a prouvé qu'à cette température l'immersion dans l'eau pouvait amener des congestions funestes ^ surtout à la tête, outre que l'emploi de ce moyen ne répond à aucune indication thérapeutique.
Une troisième distinction a rapport à la nature de l'eau en elle-même, suivant qu'elle est pure ou chargée de prin-
cipes médicamenteux en suspension ou en solution. Diverses sortes de sels , surtout à base cie soude , de potasse , de fer; le soufre, l'ammoniaque, l'acide carbonique*, des principes immédiats végétaux et animaux, etc., se trouvent dans la nature en solution dans les eaux, qui alors, en thérapeutique, sont dites minérales. L'art en compose de semblables en mélangeant leurs éléments dans les mêmes proportions. En outre on donne aux bains toutes les propriétés médicamenteuses par la solution à froid ou la décoction des diverses substances émollientes, astringentes, toniques, narcotiques, etc. On fait aussi des bains nutritifs avec le lait ou la gélatine, mais il est douteux que l'absorption cutanée soit assez active pour que la nutrition puisse avoir lieu par cette voie.
On administre les bains comme moyens hygiéniques ou thérapeutiques. Leurs effets varient suivant les trois conditions énoncées plus haut, la température du liquide, sa nature chimique et l'espèce des parties immergées \ ils diffèrent aussi d'après quelques circonstances générales tirées du climat, de la saison 5 d'après d'autres individuelles, telles que l'âge, le sexe et les habitudes, les professions-, enfin suivant l'heure à laquelle on fprend le bain , l'éloignement ou le rapprochement des repas ou du sommeil, l'état de santé ou de maladie, et l'espèce de cette dernière.
Le bain à o° est peu employé en raison du refroidissement trop considérable, du refoulement des liquides vers le centre, et des crampes musculaires qu'il occasione. Cependant il est fort utile pour rappeler la vie chez un individu ou dans un membre congelé. L'expérience a appris que dans ce cas le passage trop brusque d'un froid intense à la température ordinaire était suivi de gangrène. Il vaut
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mieux faire tremper la partie congelée d'abord dans de l'eau très froide. On fait aussi des frictions avec de la neige j peu à peu on élève la température du liquide. En procédant ainsi avec lenteur, on parvient à rappeler sans danger à la vie les parties qui n'en avaient pas été complètement séparées par la congélation.
Le bain froid , en raison de la réaction dont il est suivi , est considéré comme tonique et excitant général, Cependant, au-dessous de io à 120 centigrades, il cause le refoulement du sang de la circonférence au centre, et peut déterminer des congestions graves, outre que la réaction qui survient est trop vive. Employé localement et sous forme d'affusions, il est utile en chirurgie pour empêcher le gonflement inflammatoire qui suit les brûlures , les diastases, les fractures, etc. Dans ces cas on entoure la partie malade de compresses trempées dans l'eau froide de o à v5° centigrades , et on les mouille de temps à autre en laissant dégoutter, d'une éponge, de l'eau à la même température. 11 est bon, pour cette sorte de traitement, de préserver de l'humidité le lit et les parties environnantes, en passant audessous de la partie malade une toile cirée formant gouttière, de manière à faire rendre le liquide au dehors, à mesure qu'il s'écoule.
Le bain frais, à 20° centigrades environ, est le plus usité sous le rapport de l'hygiène. C'est à cette température que l'on prend les bains de rivière en été*, c'est aussi celle des bains de mer et de beaucoup de bains d'eaux minérales. Il est fortifiant, et, pris dans une grande étendue d'eau, il produit des effets d'autant meilleurs qu'il est accompagné de plus de mouvements pour la natation.
Les bains tièdes et chauds de 32 à 38° centigrades agissent, à la manière des cataplasmes et des fomentations, par
la chaleur et l'humidité; ils sont relâchants et émollients; ils assouplissent le corps de la peau, introduisent par l'absorption dans l'économie une quantité d'eau plus ou moins considérable, calment l'état d'éréthisme nerveux, si fâcheux dans nombre de maladies, facilitent le transport du sang du centre vers la circonférence, dilatent les pores de la peau et disposent aux sueurs. Sous tous ces rapports, ils sont un des plus utiles auxiliaires du traitement antiphlogistique dans les phlegmasies, principalement des viscères abdominaux. En chirurgie on administre les bains locaux presque uniquement à cette température-
A part les eaux minérales, toutes formées dans la nature, les bains médicamenteux sont bien moins fréquemment employés à l'état général qu'à l'état local , en médecine qu'en chirurgie.
Il n'est pas de notre objet, et, en outre, il serait beaucoup trop long d'entrer dans l'énumération des diverses sortes de bains généraux, et d'indiquer leur composition. Nousnoas contenterons de dire d'une manière générale que les bains de mer et les bains ferrugineux sont usités comme toniques. Les bains alcalins et hydro-sulfureux sont employés dans la gale, les dartres et autres phlegmasies cutanées chroniques; on a essayé, mais sans grand succès, des bains mercuriels pour le traitement des affections syphilitiques. Chez les sujets rachitiques et les individus affectés de rhumatisme on s'est servi de bains de sable chaud ; ce dernier moyen au reste est plus spécialement appliqué aux affections chirurgicales lorsqu'il s'agit de réchauffer une partie artificiellement. Enfin ici, comme pour les cataplasmes, les préjugés populaires ont mis en crédit certains moyens auxquels la crédulité a accordé des vertus spécifiques imaginaires, tels sont les bains de fumier et de diverses sub-
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stances animales \ si parfois ces déboutantes immersions ne sont pas sans efficacité , au moins ne jouissent-elles point de propriétés spéciales que Ton ne puisse remplacer par tout autre moyen.
Les bains locaux étant plus spécialement du ressort de la chirurgie , nous allons les examiner plus en détail.
Ces bains, émoliients, toniques ou narcotiques, agissent à la manière des cataplasmes, mais ils ont une action plus prononcée que ces derniers par la plus grande quantité d'humidité dont ils pénètrent le corps de la peau , et par la facilité que l'on éprouve à entretenir, augmenter ou diminuer à volonté leur température en ajoutant de nouveau liquide au fur et à mesure que cette température s'élève ou s'abaisse. Aussi , dans les inflammations locales où l'isolement des parties et une situation commode permettent d'employer ce moyen, comme au pied et à la jambe, aux doigts, à la main et à l'avant-bras, aux parties génitales et au siège dans les deux sexes , fait-on des bains émoliients et narcotiques un usage fréquent et prolongé.