FUMIGATIONS
La fumigation consiste dans la conversion, au moyen du
calorique, de corps solides ou liquides à l'état de vapeur, ou dans le dégagement de corps gazeux par les réactions chimiques. On appelle aussi de ce nom les gaz ou les vapeurs mêmes appliqués à la guérison des maladies.
Des corps ou des composés qui servent à faire des fumigations, les uns, en agissant par eux-mêmes, servent en outre de véhicule pour d'autres: tels sont l'eau, l'alcool et les éthers. D'autres, volatilisés en nature, n'ont pas besoin d'excipient: de ce nombre sont différents gaz, et entre autre le chlore-, des substances solides à la température atmosphérique, comme le soufre, le cinabre. Enfin quelques uns, tels que les principes aromatiques, sont employés dissous dans un liquide dont la vapeur leur sert de véhicule.
Les fumigations varient dans leurs propriétés en raison de leur température, suivant la nature des substances volatilisées, et selon que ces substances sont sèches ou mêlées de vapeur d'eau.
Les fumigations très chaudes rubéfient la peau indépendamment des propriétés des vapeurs qui les forment. Sèches , elles produisent des sueurs abondantes , et , par la soustraction de chaleur qui résulte de l'évaporation, elles peuvent être supportées à un degré de température assez élevé ; très humides au contraire, elles déterminent un état de turgescence du corps de la peau, et causent de vives démangeaisons et une sensation de chaleur pénétrante qui devient bientôt insupportable. Ces derniers effets sont dus à l'absence d'évaporation de la sueur dans un air déjà saturé de vapeur d'eau. Appliquées à un degré de chaleur un peu au-dessous de celui du corps humain , les fumigations deviennent relâchantes, surtout si elles sont humides et imprégnées de vapeurs émollientes.
Il8 MÉDICAMENTS TOPIQUES.
On emploie les fumigations dans un grand nombre de maladies -, faites avec les décoctions émollientes de guimauve, de mauve, de lait, elles conviennent dans les phlegmasies de la peau et des membranes muqueuses, et parmi celles-ci, en particulier, dans celles du nez, du pharynx et des voies aériennes.
Quoique les principes astringents, acide gallique et tannin, ne se volatilisent que difficilement et en faible quantité, cependant on se sert avec succès des fumigations avec ces substances, ou les médicaments qui les contiennent, dans les inflammations chroniques muqueuses , surtout lorsqu'elles s'accompagnent de relâchement, comme au vagin et à l'anus , ou lorsqu'elles sont le siège d'un ancien écoulement.
Ici, comme pour tous les topiques, la classe nombreuse des médicaments qui agissent comme excitants ou irritants contient des substances de natures très différentes, et dont l'effet prochain, l'irritation, est accompagné et suivi de phénomènes très variés. Ainsi les actions des acides , de l'ammoniaque, des éthers, des huiles essentielles, du soufre, du cinabre, des calomélas, etc., employés en vapeur, n'ont de commun que d'irriter les surfaces avec lesquelles elles sont en contact. Les fumigations avec ces substances doivent être faites dans des appareils clos, presque toutes étant de nature à causer des inflammations graves des poumons ou de leur membrane muqueuse, si elles étaient respirées. Quant aux applications spéciales de chacune d'elles , on s'est servi, mais sans grands succès, de fumigations avec le chlore et les acides sur les ulcères affectés de gangrène et de pourriture d'hôpital-, on a employé avec plus d'avantages celles avec le cinabre et le calomélas sur les ulcères syphilitiques chroniques, surtout ceux qui sié»
gent dans les fosses nasales et au voile du palais*, mais alors il faut prendre garde que la vapeur ne porte que sur le point ulcéré, et on doit conseiller au malade de faire alterner le contact de ces vapeurs avec les inspirations, de sorte que chaque fois qu'il a besoin de respirer, il commence par chasser l'air imprégné de la fumigation avant d'en introduire de nouveau dans ses poumons. Les fumigations avec le soufre ou l'acide sulfureux conviennent dans les dartres et la gale 5. les dernières sont les plus actives, mais les plus irritantes. Enfin celles que l'on fait avec le succin, les huiles essentielles, les baumes, les solutions alcooliques , servent avec avantage dans les affections avec atonie et œdème des surfaces tégumentaires.
Les fumigations narcotiques sont employées sèches et produites par la fumée qui résulte de la combustion des feuilles de jusquiame ou de belladone, ou humides en se servant de la vapeur des décoctions de ces plantes. Elles conviennent dans les névralgies et les névroses. Dirigées sur le canal intestinal, elles calment les coliques de l'iléus ; étant respirées, elles ont même parfois réussi à suspendre ou prévenir l'invasion d'un accès d'asthme convulsif.
On administre les fumigations de différentes manières. Le moyen le meilleur est une boîte en bois bien close, dans laquelle le malade est assis 5 sa tête est passée au dehors, dans une sorte de tablier de cuir ou de toile vernie qui s'adapte très exactement autour du cou, pour empêcher le dégagement de la vapeur. La production de cette dernière se fait, soit à la partie inférieure de l'appareil , où les matières qui servent à la fumigation sont volatisées sur une plaque fortement chauffée , soit dans un point plus ou moins éloigné de la boîte fumigatoire. Les vapeurs sont
ensuite amenées par des conduits dans la cavité de la caisse. Ce dernier moyen est très commode, en ce qu'il s'applique aux cas où, le malade ne pouvant se lever, on peut lui administrer la fumigation dansle lit. Pour pratiquer ces sortes de fumigations , on tient les couvertures soulevées par des arceaux comme pour les fractures ; il est bon que le malade soit enveloppé dans un sac de toile cirée dans lequel on introduit ia vapeur. Sans cette précaution, les draps seraient imprégnés de l'odeur des fumigations, plus ou moins dangereuse suivant la substance avec laquelle on les fait; ou si cette fumigation contient de la vapeur d'eau, il peut rester dans le lit une humidité funeste au malade, surtout dans les temps froids,
La manière de disposer cet appareil est simple. A une distance quelconque du lit est un réchaud sur lequel on place un vase à bec, cafetière ou autre, hermétiquement fermé par le haut, et qui contient les substances dont on veut obtenir la volatilisation. Si cette substance était du soufre, la chaleur devra être assez ménagée pour qu'il ne puisse s'enflammer, et, pour plus de sûreté, on le ferait chauffer sur un bain de sable. Pour^ introduire les vapeurs dansle lit, on adaptera au bas du vase unealonge faite avec un roseau creux , un bâton de sureau , un tuyau en cirir ou tout autre , et qui viendra s'ouvrir dans la cavité du sac de toile cirée.Ilest bon que le point de jonction du tuyau et du sac soit formé d'un canal solide, debois ou de métal, pour pouvoir arrêter et ficeler dessus les bords de l'ouverture du sac.
Pour suppléera la boîte fumigatoire, que l'on n'a pas toujours et partout à sa disposition , je me suis souvent servi avec succès d'une baignoire ordinaire dans les cas où la fumigation était faite avec de la vapeur d'eau, soit seule, soit
tenant en suspension les principes auxquels elle sert de véhicule. A huit ou dix pouces du fond de la baignoire s'élevait un gril en bois, lormé de planchettes longitudinales réunies par des traverses *, ce gril était supporté par des morceaux de bois d'épaisseur convenable , et couchés au fond de la baignoire. En versant ensuite de l'eau à 60 ou 70° centigrades jusqu'à une hauteur de trois pouces du fond, la vapeur emplissait la cavité de la baignoire. Le malade était déposé assis sur le gril, et par conséquent supporté à cinq ou six pouces au-dessus de l'eau ; recouvrant ensuite la baignoire d'un drap épais en double et d'une couverture, le malade s'enveloppait le cou, de manière à ce que sa tête seule fût au dehors, et se trouvait ainsi dans un bain de vapeurs. Cet appareil très simple m'a toujours très bien réussi. On conçoit que Ton peut , dans tous les cas, remplacer par ce moyen la boîte fumigatoire ordinaire, et que, quelle que soit l'espèce de fumigation que l'on veuille administrer, il est facile, avec des tuyaux adaptés à un trou fait à la baignoire, de faire parvenir dans sa cavité telle vapeur que Ton voudra.
Les fumigations locales dans les cavités intérieures, comme l'oreille, les fosses nasales, les voies aériennes ,1e vagin, le rectum, se font à l'aide d'un flacon à trois tubulures ,dont Tune sert à introduire les substances qui doivent servir à la fumigation , celle du milieu permet à l'air extérieur de peser sur la surface du liquide , et la troisième porte un bec ou une aîonge que Ton dirige vers les cavités, ou que l'on place entre les lèvres pour les vapeurs qui doivent être inspirées. On compose un appareil encore plus simple, en adaptant au-dessus d'un vase rétréci par le haut un cornet en carton léger, dont on adapte l'extrémité élargie en pavillon sur le vase, tandis que l'autre extré-
mité est introduite seule, ou munie d'un ajutage, dans l'ouverture naturelle que l'on veut fumiger.
Enfin, dans les cas où l'on veut injecter la vapeur avec une certaine force, on emploie , pour les vapeurs sèches , le soufflet fumigaloire. Cet instrument est garni à son extrémité d'une petite boîte dans laquelle la combustion s'opère -, le vent chassé du soufflet pousse devant lui la vapeur. On peut, pour les fumigations humides , simuler un appareil semblable de la manière la plus simple, il suffira de faire pénétrer le tuyau d'un soufflet ordinaire dans l'extrémité effilée du cornet dont nous avons parlé tout à l'heure , et presque parallèlement à la direction de ce cornet 5 faisant ensuite agir le soufflet, la colonne d'air chassera devant elle ra vapeur, en donnant lieu à une véritable injection.
Exemples de fumigations.
Fumigation èmolliente.
Décoction très chaude de graine de lin
ou de racine de guimauve. q. s.
Au moment de s'en servir, ajoutez
fleur de sureau, une pincée.
'Elle facilitela sécrétion muqueuse dans le coryza, les angines , le catarrhe pulmonaire. La vapeur ne doit jamais être inspirée très chaude.
Fumigation excitante.
Eau chaude. Ife ij.
Alcool de lavande de sauge ou de romarin , ou eau de Cologne, cuillerées, iv.
On dirige la vapeur sur les ulcèies atoniques, sur les parties affectées d'œdème.
Fumigation mercurielle.
Sulfure rouge de mercure. ^ x .. Oliban. } aa 3 1]'
Cette vapeur dirigée sur les ulcères et les dartres syphilitiques ne doit pas, autant que possible, être dégagée à l'air libre.
Il nous reste à parler des fumigations nommées désinfectantes, qui ont pour objet de décomposer les miasmes en suspension dans l'air. On les fait avec le chlore et l'acide nitrique. La première a été appelée guytonienne, du nom de Guyton de Morvau son inventeur -, l'autre est due à Carmichaè'l Smith.
La théorie de ces fumigations est fondée sur ce que les gaz délétères et les miasmes, produits de la décomposition des matières végétales et animales, ont pour base l'hydrogène. Le chlore, en s'emparant de ce gaz pour se convertir en acide hydro-chlorique, détruit le composé-, les corps avec lesquels l'hydrogène se trouvait combiné sont rendus à l'état libre, ou forment ensemble de nouveaux composés inodores. Le chlore est de tous ces agents de désinfection le plus puissant et le plus fidèle 5 aucune émanation délétère ne résiste à son action : on doit donc le préférer dans tous les cas, non seulement à l'évaporation de l'acide acétique ou à la combustion du sucre, des baumes, des résines, etc. , moyens insignifiants, qui n'ont pour effet que de masquer une odeur par une autre, mais on le préférera même à l'acide nitrique. Ce dernier agent décompose la plupart des gaz délétères provenant de la décomposition des substances végétales ou animales, en cédant de l'oxigène à leur hydrogène et à leur carbone, ou à tout autre
corps suivant la nature du composé. Il en résulte, dans le premier cas, de l'eau -, dans le second, de l'acide carbonique*, et pour les autres, des produits plus ou moins variés, outre l'azote et les composés dans lesquels entre ce gaz, tels que l'acide nitreux, l'ammoniaque pur ou son carbonate, l'acide hydro-cyanique, etc.