SAIGNÉE DU BRAS
Anatoinie opératoire. — La peau qui revêt la partie antérieure de l'articulation huméro-cubitale est douce , lisse et mince , surtout dans le pli même de flexion. Ce pli représente une ligne d'un blanc bleuâtre, arrondie du côté externe à l'interne , et forme une convexité en bas et une concavité en haut, autour de la saillie du muscle biceps, à sa partie inférieure. La partie supérieure de l'avant-bras offre dans l'extension un léger enfoncement , borné latéralement par le relief des muscles supinateurs en dehors et du rond pronateur en dedans. Lorsque le membre est demi- fléchi , le tendon du muscle biceps fait saillie sous la peau, dans le point où existait la dépression moyenne. Toute cette partie de l'enveloppe cutanée reçoit par sa face interne de nombreux rameaux des nerfs cutanés interne et externe. Chez tous les sujets, excepté chez ceux qui sont très gras, les veines sous-cutanées sont visibles à travers les téguments. Au-dessous de la peau est un tissu adipeux qui ne manque jamais entièrement, et dont l'épaisseur, lorsqu'elle excède trois ou quatre lignes, suffit pour masquer la saillie des veines. Ces derniers vaisseaux , ceux que l'on saigne du moins , sont situés entre le tissu adipeux et l'aponévrose d'enveloppe. Supposons maintenant ces veines mises à nu : sur la partie antérieure et externe de l'avantbras rampe la veine médiane commune -, elle monte de dehors en dedans , de la partie inférieure et externe de l'avant-bras jusqu'au pli de l'articulation , au-devant du tendon du muscle biceps , où elle reçoit en arrière deux
anastomoses des radiales et cubitales profondes. La jonction opérée, le tronc commun se divise au-devant du tendon du biceps en deux branches, qui comprennent le même muscle dans leur écartement, et forment un angle de 60 à 70 degrés. De ces deux branches, l'interne se nomme médiane basilique et l'externe médiane céphâlique : la médiane basilique monte vers l'extrémité interne et supérieure de l'articulation , où elle reçoit la cubitale antérieure, et se jette dans la basilique. Pendant ce trajet entre les saillies du bord interne du biceps et du bord externe du rond pronateur, elle croise la direction d'une aponévrose nommée bicipitale , et qui , née du bord interne du tendon du biceps, concourt , en s'épanouissant, à former la partie antérieure et interne de l'aponévrose anti-brachiale, et sépare la veine médiane basilique des vaisseaux situés plus profondément. Derrière cette aponévrose, et dans le sillon qui sépare les deux muscles que nous venons de nommer, sont situés de dehors en dedansj, et à une ligne environ de profondeur derrière la veine: i° l'artère numérale, qui, de la partie interne et inférieure du bras, vient re-r joindre la partie moyenne de l'articulation, en suivant la convexité que le muscle biceps forme à la partie inférieure de son bord interne. Cette artère croise très obliquement la direction de la veine médiane basilique. Un peu au-dessus du pli de l'articulation , l'artère se divise en radiale et cubitale. Les veines du même nom envoient des rameaux auastomiques qui s'abouchent avec la médiane commune. Il résulte de cette disposition qu'à partir de la division des médianes jusqu'à un pouce en montant , la médiane basilique est située au-devant de l'artère brachiale.
2° La veine numérale profonde. Elle est quelquefois double 5 elle est située au côté interne et postérieur de
l'artère, couverte de ce vaisseau, qu'elle déborde un peu. Sa position du reste n'est pas aussi constante que celle du nerf et de l'artère : elle est souvent placée en dehors de ce dernier vaisseau, mais, dans tous les cas, elle lui est toujours postérieure.
3° Le nerf médian. Il est situé quatre lignes plus en dedans que l'artère , et commence à croiser la direction de la veine médiane basilique à un pouce et demi de la bifurcation commune avec la médiane céplialique.
Enfin, à deux pouces environ du point de bifurcation, la veine médiane bisilique se jette sur la face interne et inférieure du bras dans la basilique proprement dite. Derrière cette veine rampe le tronc principal du nerf cutané interne.
La médiane céplialique se dirige vers le côté externe, entre les bords externe du biceps, et interne du long supinateur, dont elle est également séparée par l'aponévrose; elle se jette dans la céplialique, à deux pouces et demi de la bifurcation commune; à quinze lignes environ du même point, sa direction est croisée obliquement par le tronc du nerf musculo-cutané, qui descend de la face externe du bras.
La veine cubitale antérieure, lorsqu'elle est assez volumineuse, peut être choisie pour saigner. Elle se réunit sur l'extrémité interne de l'articulation avec la cubitale postérieure et la médiane basilique , pour former la basilique.
La radiale superficielle monte le long de la face antérieure et externe de l'avant-bras j par sa réunion avec la médiane céphalique, elle forme la céphâlique proprement dite.
De tout ce que nous venons de dire il résulte :
i° Qu'il est impossible d'assigner sur la face antérieure
OPÉRATIONS SIMPLES. ity
du pli du bras un point où l'on ne puisse le'ser des rameaux des nerfs cutanés interne et externe. 11 n'y a du reste de danger à cet égard qu'autant qu'on blesserait les troncs eux-mêmes; 2° que la saignée offre peu de danger sur le trajet de la cubitale antérieure, de la radiale superficielle et de la médiane commune, excepté, pour cette dernière, à sa partie supérieure , au point de bifurcation, où l'on risque de blesser l'artère brachiale ou ses divisions et le nerf médian ; 5° que la saignée sur la médiane céphalique, au milieu de son trajet, peut intéresser le tronc principal du nerf musculo-cutané : dans tout autre point, la section de cette veine est inoffensive; 4° qu'une incision un peu profonde est dangereuse sur presque tous les points du trajet de la médiane basilique. Opération. — Il nous reste peu de chose à dire sur cette opération, qui se trouve presque entièrement décrite plus haut : seulement , l'incision doit être faite avec la main droite du chirurgien pour le bras droit du malade, et vice versa. Si c'est le bras droit qu'on Veut saigner, l'opérateur applique la main du malade sous son aisselle gauche , et la maintient immobile en appuyant le bras contre la poitrine; la paume de la main gauche embrasse le coude du malade ; les doigts et le pouce, ramenés par les côtés interne, et externe de l'articulation sur sa face antérieure , servent à tendre les téguments. L'incision faite, on facilite. l'écoulement du sang en ordonnant au patient de tourner entre ses doigts un corps arrondi et peu volumineux, comme le lancetier, un étui , etc. L'opération terminée, on met le membre dans la demi-flexion, on lave la plaie, et on la recouvre d'une compresse carrée maintenue par une bande. On applique la bande de bas en haut obliquement sur la plaie, en laissant pendante une extrémité sur la partie externe et inférieure de l'avant-bras ; puis on conduit successivement le
globe en dedans , en arrière , en dehors; on passe de nouveau en descendant sur la face antérieure du pli du bras, et croisant sur la plaie la direction du premier tour, etc. ', et, lorsque la bande est épuisée, on en noue les deux extrémités, ou on les fixe avec une épingle. On maintient le bras en écharpe pendant environ vingt- quatre heures.