DES AGGLUTINATIFS
<■• L'emploi des sparadraps agglutinatifs est très fréquent, soit comme préservatifs de frottements , soit comme moyens unissants. Dans le premier cas, on l'emploie en larges morceaux, et, dans le second, découpé en lanières ou bandelettes.
Emplâtres de diachylum. — • On s'en sert pour recouvrir les surfaces qui menacent de s'enflammer et de s'ulcérer par une pression trop prolongée : telles sont les régions du sacrum et des grands trochanters chez les individus affectés de paraplégie , de fractures des extrémités inférieures , ou que des maladies longues ont forcés à un décubitus en supination long-temps continué. Dans ces cas même , un chirurgien exercé prévoit la possibilité des eschares ., et n'attend pas, pour garantir la peau, qu'elle soit, déjà rouge, et que le malade y éprouve de la douleur. On taille un morceau de sparadrap d'une étendue assez considérable pour recouvrir non seulement toute la partie douloureuse, mais même un pouce en tout sens au-delà de son étendue. La forme de la pièce que l'on applique n'est pas indifférente pour son apposition exacte. Le morceau taillé en cercle adhère moins uniformément que celui qui est carré; mais dans ce dernier, il convient d'abattre les angles , qui ont l'inconvénient de se recroqueviller. En outre, on doit inciser la pièce dans toutson contour : le quarré, par exemple, en croix de Malte par les quatre angles et dans leurs intervalles. Chaque extrémité ainsi isolée s'accole bien mieux que ne fait le pièce en totalité, dont une portion se sou-
lèverait tandis que L'autre adhérerai l * en raison des courbures que décrivent nos parties. Il est bon , à chaque incision que Ton fait sur le morceau, d'en emporter un triangle alongé de la circonférence vers le centre , afin que les angles des extrémités isolées ne se recouvrent point : ces épaisseurs doubles, en s'enfohçant dans la peau, sont fréquemment suivies d'excoriations. Nous venons de voir que la courbe régulière ou les inégalités des surfaces sur lesquelles l'emplâtre est posé peuvent favoriser ou contrarier l'uniformité de son application. C'est ainsi que, chez les individus émaciés, les saillies osseuses du sacrum ou du grand trochanter> se dessinant en relief sous la peau, rendent sa surface irrégulière à tel point que, de quelque manière que l'on veuille alors appliquer un morceau de sparadrap, il souffle, et forme toujours des godets. Cependant ces circonstances sont celles où le besoin se fait le plus impérieusement sentir d'un corps qui empêche le frottement et réchauffement de la peau contre les draps.
Depuis long-temps on a remarqué avec quelle facilité les eschares gangreneuses se développent chez les individus d'une maigreur squelétique. Cela est au point qu'il a suffi chez plusieurs d'une pression de vingt-quatre heures pour déterminer des eschares; et que l'on en a vu, dans les grands hôpitaux, qui, indépendamment du sacrum et des trochanters, offraient de ces ulcérations aux épaules, aux coudes, aux genoux, etc., en un mot, sur toutes les parties sur lesquelles ces malheureux cherchaient un point d'appui? à mesure que la douleur les forçait à changer de position. Comme cette maigreur coïncide ordinairement avec la faiblesse, on a attribué avec raison à cet état la prompte formation des eschares , mais sans tenir peut-être assez compte de l'influence de la compression si violente
chez ces malades entre les saillies osseuses presque souscutanées et les matelas, de sorte que la peau se trouve comme étranglée entre deux résistances opposées. L'application du sparadrap, parfois insuffisante dans ces cas, en ce qu'elle ne diminue pas la pression, offre au moins l'avantage d'empêcher réchauffement et le frottement immédiat de la peau.
Pour appliquer uu emplâtre de diachylum d'une certaine étendue, on commence, après l'avoir ramolli au feu, par faire adhérer le centre, puis on accole successivement chacune des extrémités libres, en ayant soin de ne produire aucun pli. On le maintiendra ensuite un certain temps avec la main pour rendre l'adhésion plus complète. Parfois, malgré les précautions prises , des soufflures qui se prononcent en certains points indiquent que des bulles d'air ont été renfermées sous le sparadrap. Comme par leur raréfaction ces bulles pourraient décoller l'emplâtre, il convient de les chasser. Pour cela, il suffit de soulever l'extrémité la plus proche , et de presser derrière l'air contenu , du centre vers la circonférence. Si on ne peut obtenir qu'une pièce s'applique exactement sur la peau, on y supplée en couvrant le lieu affecté de bandelettes, que l'on pose une à une, et qui, en raison de leur étroitesse, suivent avec facilité les contours de la partie sur laquelle on agit.
De quelque manière que l'on appose l'emplâtre préservatif, on devra auparavant raser les poils, et laver et nettoyer la peau avec un linge ou une éponge imbibée d'eau fraîche : cette précaution bien simple suffit parfois pour faire disparaître la sensation incommode de chaleur et de prurit que le malade éprouve ordinairement. On essuiera ensuite la peau avec soin, l'humidité pouvant s'opposer à l'adhésion de l'emplâtre.
Bandelettes agglutinatives. — Les sparadraps, employés comme moyens unissants, sont d'un usage très fréquent. On les taille sous la forme de bandelettes dites agglutinatives. Ce que nous avons déjà dit de la difficulté de faire adhérer de larges morceaux de sparadrap suffit pour faire sentir l'avantage qu'il y a de se servir de ce tissu découpé en lanières. La longueur et la largeur des bandelettes sont proportionnées au volume des parties sur lesquelles on les applique, etàl'étendue des solutions de continuité des parties molles qu'elles servent à réunir. Mais on doit toujours se rappeler que leur action est superficielle, et qu'elles n'affrontent que la peau ; en sorte que , très convenables pour la réunion des plaies peu profondes, et pour appliquer contre les chairs d'un moignon les téguments qui les recouvrent, elles sont insuffisantes pour la réunion des plaies transversales et longitudinales qui ont de la profondeur, et doivent être remplacées par les bandages dits unissants. Nous verrons cependant à l'article des plaies comment on peut combiner ces deux espèces de pansements, lorsque les muscles n'ont été intéressés que superficiellement.
Le nombre des bandelettes que l'on emploie est proportionné à l'étendue des plaies dont elles rapprochent les bords. On les place l'une à côté de l'autre, pour permettre aux liquides de s'écouler entre leurs intervalles et faciliter le rechange de l'une d'elles qui viendrait à se détacher , sans, pour cela, toucher aux autres. Celte disposition permet de pouvoir au besoin renouveler toutes les bandelettes, sans communiquer à la plaie un ébranlement qui aurait pour effet de rompre une cicatrice encore légère.
Plus la longueur des bandelettes est considérable et l'emporte sur leur largeur, et plus elles maintiennent solide-
ment les parties eu contact. Ordinairement, pour les membres, elles doivent être taillées de manière à pouvoir en faire le tourysoit que la solution de continuité soit longitudinale, comme l'incision pour la ligature d'un gros vaisseau ; ou transversale , comme l'est la surface d'un moignon. U en résulte que leur longueur la plus habituelle sera de dix à seize pouces-, quant à la. largeur, elle ne sera<que de six à. huit lignes.
Lorsqu'une plaie n'a que peu d'étendue, un pouce à un pouce et demi, par exemple, on peut la maintenir par une seule bandelette*, mais alors on la taillera de manière que r les extrémités étant plus larges que le centre, elles repré sentent deux triangles alongés, tronqués et adossés par leurs sommets. La largeur plus grande des extrémités augmente leur force d'adhésion, et le rétrécissement du centre de la bandelette, apposé sur le milieu de la plaie permet aux liquides de s'échapper par ses angles.
applications des bandelettes. — Avant d'appliquer les bandelettes agglutinatives, on doit avoir rasé et mis à sec la surface qu'elles doivent recouvrir et nettoyé convenablement la plaie. Le chirurgien rapproche ensuite avec soin les lèvres de la solution de continuité avec le plat des deux mains étendues. Si la plaie est considérable , comme un moignon, par exemple, il commence l'apposition des mains un peu loin des bords delà division j il presse ensuite légèrement et avec lenteur pour amener le plus possible en contact les parties profondes, en même temps qu'il les recouvre des téguments, en évitant d'occasioner ni douleur ni secousses. Dans cette disposition, les deux bords radiaux des mains se trouveront rapprochés parallèlement, et contiendront dans leur intervalle les bords affrontés
de la solution de continuité. Un aide, après avoir chauffe la première bandelette , qu'il tient légèrement par ses extrémités, en applique d'abord une moitié sur les téguments, passe par-dessus la plaie, et accole l'autre moitié en pressant légèrement avec les doigt posés k plat. Il est imr portant, dans cette manœuvre, que les mouvements du chirurgien et de l'aide soient parfaitement coordonnés, de manière à ce que leurs mains ne s'entrechoquent jamais en se rencontrant, et que la bandelette maintienne immédiatement les parties accolées à mesure quelles doigts du chirurgien se soulèvent pour lui faire place. Au moment où la bandelette passe sur la plaie, le chirurgien doit soutenir au contact celui des deux côtés que cette bandelette n'a pas encore recouvert, afin qu'aussitôt qu'elle est abaissée, les parties se trouvent maintenues dans un rapport parfait.
Cette première bandelette doit toujours occuper la partie moyenne de la solution de continuité* Puis on en pose une seconde et une troisième sur l'un et l'autre côté, et successivement jusqu'à ce que Ton soit parvenu aux angles de la plaie. C'est par celui de ces angles, qui est le plus déclive que l'on fait sortir les fils des ligatures des artères, lorsqu'il a été besoin de lier de ces vaisseaux. La direction des bandelettes n'est pas toujours perpendiculaire, comme nous venons de l'indiquer. On peut les poser obliquement en différents sens , suivant les besoins requis par l'étendue et la disposition régulière ou irrégulière de la plaie. C'est à l'intelligence du chirurgien qu'il appartient, dans ces cas comme dans tant d'autres, de savoir se conduire suivant les indications qu'il se propose de remplir.
On doit prendre garde, dans l'application des bandelettes, que le degré de tension qu'elles déterminent , suf-
fisantpour empêcher les bords de s'écarter, ne soit pas trop considérable, en raison du gonflement inflammatoire qui doit survenir. Ce précepte devient encore plus important lorsque les saillies osseuses se dessinent sous les téguments : une constriction trop considérable pourrait, dans ce cas, déterminer une gangrène par étranglement.
Les bandelettes agglutinatives servent en outre dans différentes circonstances. i° Elles commencent à rendre de grands services dans le traitement des anciens ulcères. Ce traitement , imaginé par Baynton , a pour objet de rapprocher les bords de l'ulcération et de favoriser la formation d'une cicatrice d'autant plus solide qu'elle offre moins d'étendue : nous y reviendrons en traitant des ulcères. 2° Elles servent à fermer l'ouverture des abcès froids, la piqûre d'une saignée, la plaie qui résulte de l'opération de l'empyème, ou celle des ponctions dans les hydropisies, etc., en un mot, toutes les fois qu'il s'agit d'obtenir une prompte cicatrisation , et d'empêcher une cavité naturelle ou accidentelle de communiquer au dehors. 3° Enfin on les emploie pour maintenir avec solidité diverses applications de médicaments ou de caustiques.
Le taffetas gommé n'a que des usages très restreints. En raison de la propreté de son emploi et du peu d'embarras qu'il cause, il convient préférablement à tout autre moyen pour protéger de petites excoriations ou des plaies légères et peu étendues, surtout aux mains et au visage. Pour l'appliquer, on en coupe un morceau en rapport avec l'étendue de la petite plaie , on le mouille avec un peu d'eau ou de salive , et en le posant sur la peau il adhère immédiatement.